Guide d’entretien pour les souliers en cuir

Avant-propos

Vous venez de vous découvrir une passion pour les chaussures en cuir et à mesure de vos lectures sur les zinternets vous apprenez avec effroi (ou avec joie, c’est selon) qu’il ne faut pas seulement raquer pour les pompes mais qu’il faut également hypothéquer un rein en cirage, brosses et autres crachoirs pour la maintenance. Il fût un temps où l’on déléguait les bassesses de l’entretien au personnel de maison. Un tel luxe se trouve encore dans certains pays, un très bon ami à moi a grandi en Côte d’Ivoire avec tout l’attirail de la coloniale, hépatite comprise. Du boy au garde du corps en passant par la cuisinière, il avait tout. En guise de réveil on lui chatouillait les pieds et le jour où il est parti pour la métropole sa cuisinière s’est proposée de le suivre de crainte qu’il ne meure de faim. Aujourd’hui à moins d’être un expat dans le tiers monde ou un membre de la communauté fermée des 1 %, il n’y plus de petit personnel. Vous allez devoir vous farcir toutes les tâches ingrates vous-même, car le cirage de pompe c’est ingrat, d’où l’expression. C’est ingrat car c’est une perte de temps. Ce n’est pas pour rien que c’était un travail de rue pratiqué par des petites mains. Alors je sais que pour faire passer la pilule il est de bon ton de travestir cette corvée en une sorte de moment de détente. Si vous écouter Olga Squerri ça semble même être la recherche d’une volupté suprême. Mais ne vous y trompez pas, plus vous avez de paires et plus on se rapproche des galères voire même du bagne. Vous allez suivre la trajectoire classique, au début vous allez être un maniaque de l’entretien, un brossage après chaque port, une révision complète par semaine, des glaçages à la volée. Et puis, plus votre collection va s’agrandir plus vous allez trouver cela fastidieux. Les brossages vont devenir de plus en plus espacés, les nettoyages en profondeur hebdomadaires vont devenir mensuels et finalement annuels. Au début je peux concevoir que vous soyez amusé par l’idée de vous enfermer dans votre bureau pour astiquer vos chaussures en fumant un cigare tout en écoutant de la musique et en sirotant un cognac Louis XIII, mais plus les années passent et plus cela se transforme en excuse pour se pinter la ruche tranquillement sans avoir à supporter autrui. En réalité, après quelques années vous allez avoir tendance à balancer vos pompes dans un placard et à ne vous en souciez que si vous voulez les porter. Et puis un jour vous allez vous sentir coupable, ou vous allez avoir votre première paire bespoke et c’est alors vous recommencez le cycle jusqu’à ce que chacune de vos paires soient irréprochables. Au final l’entretien c’est un peu comme un bouquin fétiche. On le ponce jusqu’à la nausée et puis on le met de côté, presque à l’oublier. Jusqu’au jour où on le reprend et en voulant simplement parcourir les premières pages on se retrouve à le lire intégralement. Oui l’entretien est fastidieux mais comme il s’agit d’un passage inévitable autant en expliquer les bases surtout que vos parents, particulièrement s’ils sont de la génération 68, étaient trop occupés à militer en faveur des rouges et de la pédophilie pour vous apprendre à vous démerder dans la vie.

Avant de commencer, il est inutile de venir chouiner dans les commentaires pour dire “gnagna moi je fais pas comme ça”, d’une part je n’en ai absolument rien à cogner, d’autre part il n’existe pas une seule et unique façon de procéder mais des dizaines. Cet article a pour but d’être le plus complet possible et va donc couvrir l’entretien courant comme le décrassage intégral tel que certaines paires de seconde main peuvent en avoir besoin, à vous de piocher ce qui vous intéresse et d’utiliser la table des matières. Je décline également toute responsabilité si vous flinguez vos chaussures, les produits et techniques décrites sont normalement sans risques mais prudence est mère de sûreté.

Les principes

Le savoir de base

Quelle est la différence entre le cirage et le crémage ?

La majorité des gens s’imaginent qu’il faut “cirer” les chaussures à la Kiwi pour les entretenir. Les vendeurs de pompes en boutique ont tendance à entretenir ce mythe et essayent régulièrement de refiler une boite de cirage de leur marque aux clients les moins attentifs. Dès lors ces gens tombent des nues quand on leur explique qu’il existe deux produits différents que sont la pâte et la crème et que c’est de dernier qu’il faut utiliser. La confusion est entretenue par des marques comme Saphir qui vendent les deux produits sous le label cirage, probablement pour ne pas être en décalage avec cette idée ancrée dans la société qu’il faut cirer les pompes. La crème est un produit semi solide qui va pénétrer en profondeur le cuir, afin de l’hydrater ou de le nourrir, c’est la même chose. Se faisant la crème évite que le cuir ne se dessèche craquèle et finalement craque.
La pâte ("cirage"), est un produit plus dense que la crème qui va rester en surface et qui sert surtout à faire briller le cuir, mais qui dans une certaine mesure va également offrir une forme de protection contre les intempéries et les saletés. La pâte est également utilisée pour réaliser des glaçages, sujet que l’on ne va pas traiter dans cet article.
Il est impensable d'utiliser seulement de la pâte sans jamais crémer. Le cuir va devenir sec et finira par craquer car la pâte assèche le cuir. L’utilisation de la pâte est donc totalement facultative et relève d’une préférence personnelle plutôt que d’un réel besoin pour le cuir.

La pâte (à gauche) sert à faire briller et glacer, la crème (à droite) sert à nourrir le cuir. (Source: Sartorialisme)
La pâte (à gauche) sert à faire briller et glacer, la crème (à droite) sert à nourrir le cuir. (Source: Sartorialisme)
Quelle couleur choisir pour les crèmes et les pâtes ?

Le principe de base est de prendre une teinte légèrement plus foncée que celle des chaussures mais ça n’est pas une obligation. Il est possible de jouer avec les teintes et il existe quelques astuces. Par exemple pour donner un effet patiné à une paire de couleur bordeaux il peut sembler naturel d’utiliser du noir alors qu’en réalité cela produira un résultat “sale” assez peu réussi, et l’effet est beaucoup plus convaincant en utilisant du bleu marine. Vous pouvez en revanche utiliser du noir sur les coutures pour les faire ressortir.

Le matériel nécessaire pour l’entretien

Pour entretenir vos souliers vous aurez besoin d’un équipement de base, je ne liste ici que le minimum nécessaire à l’entretien du box calf classique, les autres cuirs seront traités à part.

- La crème : elle sert à nourrir le cuir, l’hydrater. Elle existe sous deux formes chez Saphir à savoir qu’il y a la surfine et le pommadier Médaille d’Or (MO). D’autres marques sont disponibles ailleurs (Boot Black, Colonil...)

- Les brosses : il est préférable d’en avoir au moins trois. Un décrottoir, une pour les noirs, l’autre pour les marrons, ça n’est pas raciste. Il existe différents types de crins : cheval, sanglier… mais on en trouve aussi en poil de chèvre par exemple. La règle de base est la suivante, plus le crin va être rigide plus on aura tendance à utiliser cette brosse pour le décrottage, plus il est doux et plus on aura tendance à l’utiliser pour le lustrage. La brosse à reluire par excellence est toujours en poil de Jacomet.

- Un chiffon : de préférence en 100 % coton, si vous avez une chemise Lanieri c’est l’occasion idéale de lui trouver une utilité à la hauteur de sa qualité. Fonctionne également avec un t-shirt BG/Asphalte.

-La pâte ("cirage") : elle est facultative pour l’entretien mais devient obligatoire si vous voulez faire un glaçage. Il en existe un peu partout, évitez tout ce qui contient du silicone genre Kiwi “parade gloss”, c’est de la merde.

Le matériel de base pour l'entretien. À vous de construire votre kit selon vos besoins, vous pouvez parfaitement substituer ou ajouter des pièces, mais vous avez ici tout ce qu'il faut pour nettoyer et nourrir le cuir. La pâte (cirage) n'est pas obligatoire. (Source: Sartorialisme)
Le matériel de base pour l'entretien. À vous de construire votre kit selon vos besoins, vous pouvez parfaitement substituer ou ajouter des pièces, mais vous avez ici tout ce qu'il faut pour nettoyer et nourrir le cuir. La pâte (cirage) n'est pas obligatoire. (Source: Sartorialisme)
Les produits à manier avec précaution

Absolument tous les produits sont à manier avec un certain niveau de précaution (j’insiste), mais certains sont plus agressifs que d’autres et peuvent rapidement conduire à des catastrophes s’ils ne sont pas utilisés correctement.

- La crème universelle ou crème essentielle : elle sert de couteau Suisse de l’entretien mais est la source de nombreux problèmes en raison d’un pouvoir décapant souvent sous-estimé.

- Le Reno'Mat (ou Renomat) : un produit qui sert à décrasser en profondeur mais qui peut également décaper le cuir avec un peu d’effort.

- les solvants organiques : acétone, essence de térébenthine, alcool isopropylique... Ils ont la même fonction que le Reno'Mat et permettent de nettoyer le cuir en profondeur, mais peuvent également le décaper très rapidement.

- L'huile de vison, l'huile de pied de bœuf, la graisse... : produits au très fort pouvoir nourrissant, en grande quantité ils peuvent trop assouplir le cuir et le déformer. À ne jamais utiliser sur les exotiques comme le crocodile ou le caïman sous peine de les tâcher de manière définitive.

Tous les produits d'entretien sont à manier avec précaution, mais certains risquent d'avoir des conséquences néfastes s'ils sont mal utilisés. (Source: Sartorialisme)
Tous les produits d'entretien sont à manier avec précaution, mais certains risquent d'avoir des conséquences néfastes s'ils sont mal utilisés. (Source: Sartorialisme)
Fréquence d’entretien

C’est une question difficile puisqu’elle dépend de l’usage des souliers, mais également de la qualité de la peausserie utilisée etc etc. Il est recommandé de donner un premier grand décrassage à une paire lors de son achat. Les chaussure (dès le milieu de gamme) font en général l’objet d’un “bichonnage” avant de quitter l’usine où elles sont fabriquées durant lequel les ouvriers appliquent des cires et autres produits sur la chaussure afin de la rendre attractive au client. Le problème c’est que vous ne savez pas combien de temps s’est écoulé entre le moment où la chaussure a quitté l’usine et le moment où vous l’avez achetée, elle peut entre-temps avoir été stockée dans un coin pendant des mois sans que vous n’en sachiez rien. L’autre problème est que vous ne savez pas exactement ce qui a été utilisé par l’usine lors du bichonnage. Il est donc préférable de commencer sur une base saine et de décrasser complètement la chaussure.

En fonction de l’usage que vous faites de vos chaussures il est ensuite recommandé de faire un crémage environ tous les 15 jours pour des souliers portés très régulièrement et un crémage tous les 2 mois pour des souliers portés occasionnellement. Il est ensuite recommandé de faire un grand nettoyage une fois l’an. Le plus important n’étant pas de se fixer sur un calendrier mais d’observer l’état du cuir et de voir s’il a besoin d’être nourri ou non.

Entretien commun à toutes les chaussures

Dans cette partie nous allons essentiellement traiter des parties autres que la tige qui peuvent demander un entretien plus ou moins régulier.

Entretien de l’intérieur de la chaussure

Nous allons tout d’abord aborder un point qui n’est jamais mentionné par tous les spécialistes des zinternet, ça vaut également pour certains débilos de private label et autres influenceurs qui savent manier un bilan comptable plutôt qu’une alêne. Remarquez que ça n’est pas surprenant, ils sont souvent fringants à l’extérieur et moisis de l’intérieur.

Quand j’ai demandé il y a des années de cela à mon mentor ce qui faisait la durabilité d’une chaussure, il m’a répondu que c’était la température des pieds du client. C’est une réponse qui peut surprendre mais que j’ai eu l’occasion d’entendre chez plusieurs autres bottiers à travers les ans, dont certains sont aujourd’hui nonagénaires et ont plus de 50 ans d’expérience parfois acquise dans les plus grandes maisons. C’est bien évidemment une façon polie de parler de sudation. La transpiration et le cuir ne font pas bon ménage, c’est quelque chose qui est assez connu chez les amateurs de voitures de luxe à intérieur cuir, moins chez les calcéophiles alors que c’est pourtant dans leur intérêt.

Certaines personnes ont “les pieds chauds” et d’autres ont les “pieds froids”, comprendre par-là que certaines personnes transpirent beaucoup alors que d’autres transpirent peu. La transpiration est extrêmement mauvaise pour le cuir notamment en raison de son acidité et du sel qu’elle contient. Non seulement la sueur va brûler le cuir et à la longue le fragiliser, mais elle va également réagir avec les différents éléments en métal qui sont utilisés aujourd’hui dans la fabrication de souliers industriels (agrafes, clous, pointes, cambrion…) et provoquer leur corrosion. Corrosion qui à son tour va interagir avec le cuir et faire pourrir la chaussure de l’intérieur. Ça n’est pas pour rien qu’au Mexique ou qu’au Sud des États-Unis (surtout au Tegzas) les bottes de cow-boy à montage traditionnel sont chevillées avec des pointes de citronnier.
D’où l’importance des embauchoirs qui vont servir à absorber une partie de la sudation et de ne jamais porter la même paire deux jours de suite. Mais cela ne suffit pas, il faut passer un coup de chiffon humide ou d’éponge à l’intérieur de la chaussure au minimum une à deux fois par an. Certains vont plus loin et vont imbiber leur chiffon d’alcool isopropylique ce qui est également une solution valable. Peu importe la solution que vous décidez d’adopter, il faut ensuite nourrir le cuir. Car bien que de nombreuses marques vous refilent des doublures en cuir naze de Chine, d’Inde ou du Brésil ça n’en reste pas moins du cuir et il important de l’entretenir de la même façon que le cuir de tige.
Pour nourrir la doublure vous avez l’embarras du choix, vous pouvez utiliser le rénovateur Saphir médaille d’or, la crème surfine incolore 02, ou encore la lotion médaille d’or. Peu importe le produit que vous choisissez d’utiliser, il faut l’appliquer avec parcimonie et pas plus d’une à deux fois par an.

L’entretien des lisses et du talon

L’entretien des lisses est réservé aux amateurs très avertis, mais avec la disparition progressive des cordonniers traditionnels je partage au moins quelques éléments afin de permettre à ceux que ça intéresse d’en apprendre plus.
Normalement l’application de la déforme est une étape réservée au cordonnier, qui dispose en général d’un poste à déforme sur son banc de finissage. Un bon cordonnier pourra s’occuper de vos lisses rapidement et pour trois fois rien, mais si vous habitez en province vous n’avez peut-être pas cette chance. Et encore estimez-vous heureux, dans certains pays comme les États-Unis beaucoup n’ont pas le choix et doivent s’occuper de cela eux même puisqu’il y a au mieux 10 cordonniers compétents pour tout le pays…. Les lisses n’ont en général pas besoin de beaucoup d’entretien, un crémage régulier est normalement très largement suffisant. Sauf si vous avez des paires qui sont très usées ou qui sont dédiées à des utilisations spéciales, je pense par exemple à la neige. Les paires que je réserve à une utilisation hivernale sont exposées régulièrement à la neige et au sel ce qui a tendance à très rapidement faire perdre sa teinte aux lisses. Il existe dès lors deux options, la première consiste à utiliser des petits flacons de teinture pour lisse ou des crayons réparateurs. La seconde est la déforme traditionnelle. Les flacons applicateurs existent sous plusieurs marques, mais il s’agit toujours d’un flacon plastique avec tampon applicateur de très petit conditionnement, les marques Fiebing’s ou Tarrago en proposent, mais vous en trouvez également chez l’immonde marque Kiwi. Dans tous les cas c’est le même principe, il suffit de très bien nettoyer la lisse, et d’appliquer. Le crayon réparateur fonctionne sur le même principe, et est trouvable chez la marque Woly sous le nom de “heel renovator”. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit que d’une solution plus ou moins temporaire en attendant que vous puissiez avoir accès à un cordonnier où que vous appreniez à appliquer de la déforme proprement.

L’application de la déforme est difficile et demande de la minutie ainsi que de la patience. Je ne vais pas en décrire le processus d’application en détail ici puisque ça n’est pas ce qu’il y a de plus visuel et ça n’est de toute façon pas le but de cet article. Sachez seulement que dans le cas d’une finition artisanale il faut procéder à un verrage de la lisse, appliquer la déforme, passer un fer à lisse… Sachez également que si vous êtes à la recherche de déforme cette dernière est généralement vendue au litre aux cordonniers mais qu’elle est très difficile à conserver car elle sèche rapidement. Il est possible d’en acheter dans des quantités plus petites, par exemple Saphir vendent de la déforme au millilitre sous le nom de “teinture cirante Tanil”. On trouve également de la déforme avec applicateur et en petit conditionnement chez la marque Allemande Top Finish.

Flacons de teinture Fiebing’s pour lisse et talon et deux flacons de déforme traditionnelle. La déforme existe en noir, marron et incolore. (Source: Sartorialisme)
Flacons de teinture Fiebing’s pour lisse et talon et deux flacons de déforme traditionnelle. La déforme existe en noir, marron et incolore. (Source: Sartorialisme)

Entretien de la semelle

Les semelles en caoutchouc deviennent de plus en plus communes et ont l’avantage de ne demander aucun entretien particulier. Les semelles en crêpes sont extrêmement salissantes et peuvent se nettoyer avec une brosse à dent et du savon de Marseille mais surtout pas de solvants.
En ce qui concerne les semelles en cuir, il y a ceux qui font poser un patin et un fer, ceux qui ne le font pas et ceux qui ne posent que l’un des deux. Nous n’allons pas aborder cette question aujourd’hui puisque nous lui consacreront éventuellement un article.
En revanche sachez qu’il existe différents produits d’entretien destinés aux semelles en cuir mais tout ce qui touche à l’entretien des semelles a tendance à se transformer rapidement en débat interminable. C’est comme parler patin avec un vendeur Weston, il n’y a pas de fin.

Avant toute chose sachez que les semelles de qualité (donc le croupon à tannage lent de première qualité provenant de Baker, Bastin, Garat…) est à la fois souple et rigide. C’est un cuir résistant comme Pétain et toute tentative de trop le nourrir va le ramollir, ce qui est contreproductif. Bien évidemment ce qui est valable pour ces cuirs est également valable pour le cuir de semelle absolument immonde que l’on trouve sur énormément de paires d’entrée/milieu de gamme.

Chez Saphir on trouve “l’huile semelle” dans la gamme médaille d’or, plus communément appelée Sole Guard. Le nom Anglais me laisse penser à une huile de serpent à destination du marché Anglophone qui est assez client de ce genre de gadgets un peu débiles. Il s’agit d’une une huile protectrice 100% végétale qui imperméabilise le cuir et empêche l'eau et le sel de pénétrer et de faire gonfler la semelle. Enfin, ça c’est la version officielle, personnellement j’ai essayé sur quelques paires pour voir s’il y avait un effet notable et après plusieurs années, j’en doute encore. Je ne suis pas encore tombé sur un cordonnier (réputé) qui en vante les mérites, mais j’ai en revanche trouvé des cordonniers qui ont vu des semelles totalement ramollies par l’utilisation de ce genre de produit (il existe également un équivalent chez Burgol et Tapir) ce qui confirme que s’il faut l’utiliser, c’est avec parcimonie. Quand je vois que Kirby Midas Allison vend ce machin 30$ j’ai tendance à penser que c’est simplement un attrape couillon, mais encore une fois quand on voit la vitesse à laquelle la qualité du cuir de semelle qui est utilisé par beaucoup de marques décroit, on peut comprendre que certains s’en vouent aux huiles saintes et aux incantations magiques pour espérer prolonger la vie de leurs semelles. Si certains ont de bonnes expériences avec ces produits tant mieux pour eux, mais j’ai tendance à les considérer comme à manipuler avec précaution voire à les éviter et à leur préférer un patin.

Il existe chez Weston une graisse à base de matières d’origine animales et de cires d’abeille qui sert à nourrir les semelles. Pour une raison qui m’échappe cette graisse est uniquement trouvable en boutique, et il me semble que c’est une graisse exclusivement fabriquée pour la marque. Je ne l’ai pas utilisée depuis une éternité puisque je fais poser des patins sur l’intégralité de mes souliers, en revanche à l’époque où je l’utilisais j’avais remarqué qu’elle avait l’avantage de ne pas ramollir le cuir. C’est à mon sens la meilleure option pour ceux qui veulent nourrir leur cuir de semelle sans prendre trop de risques, à condition que le produit soit resté le même.

Le sole guard de Saphir a également l’inconvénient d’être liquide, ce qui rend sont application moins pratique que celle d'une graisse. (Source: Sartorialisme)
Le sole guard de Saphir a également l’inconvénient d’être liquide, ce qui rend sont application moins pratique que celle d'une graisse. (Source: Sartorialisme)

L’entretien des lacets

Il n’est pas spécialement nécessaire d’entretenir les lacets cirés des chaussures de ville, toutefois il n’est pas une mauvaise idée de les passer de temps en temps à la cire, cela permet d’assurer leur maintien. Vous avez là aussi plusieurs solutions, personnellement j’utilise un simple pain de cire d’abeille mais vous pouvez également utiliser le cirage “pâte de luxe” de Saphir. Il suffit de mettre un peu de pâte incolore sur un chiffon et de pincer le lacet tout en le tirant vers le haut. Vous répétez cette opération plusieurs fois et vous laissez reposer un peu avant de recommencer, mais cette fois sur un coté du chiffon qui ne comporte pas de cirage afin d’enlever l’excédent.

L'entretien de la tige et de la trépointe

Avant de commencer il est important de préciser deux choses.

La première est que je vais essentiellement parler des produits Avel/Valmour/Saphir (tout ça c’est le même groupe) car je les connais et les utilise depuis des années et en plus comme dirait l’autre “pas mal non ? C’est Français” alors autant en profiter. Cela étant dit rien ne vous empêche d’aller voir les produits Colonil, Famaco ou Boot Black, la marque Japonaise qui ferait presque passer les produits Saphir pour bon marché, il n’y a rien de problématique avec ces marques. Le plus important est d’éviter les produits qui contiennent du silicone. Si vous décidez d’utiliser les produits Saphir souvenez-vous qu’il existe la gamme “normale” et la gamme Médaille d’Or. Elles ne sont pas nécessairement très différentes, en dehors du prix et en général un produit qui est présent dans l’une des gammes est également présent dans l’autre, sous un autre nom et avec une formule chimique légèrement différente. L’effet est plus ou moins le même. Si l’on prend par exemple le pommadier MO et qu’on le compare à la surfine vous allez remarquer une différence dans le nuancier, dans la texture, ou encore dans les solvants employés, mais au final le pouvoir nourrissant est similaire.

La seconde est qu’il n’est pas nécessaire d’investir dans beaucoup de produits pour entretenir vos chaussures, même dans le cas d’un grand nettoyage annuel. Le minimum dans ce cas est une bassine, de l’eau claire, une éponge, du savon de Marseille, une brosse et un pot de crème Surfine ou MO et c’est tout, comme nous allons le voir maintenant.

À gauche vous avez la crème surfine à droite la crème 1925, également appelée pommadier. En dehors d'un nuancier et d'une composition différentes les deux produits font la même chose. Il s'agit avant tout d'une histoire de prix et de préférence. (Source: Sartorialisme).
À gauche vous avez la crème surfine à droite la crème 1925, également appelée pommadier. En dehors d'un nuancier et d'une composition différentes les deux produits font la même chose. Il s'agit avant tout d'une histoire de prix et de préférence. (Source: Sartorialisme).

L’entretien annuel, première méthode

Cette technique est valable pour le box calf mais peut également fonctionner pour le veau velours.
Pensez à brosser vos chaussures avant de les immerger afin d’enlever le maximum de poussière, ensuite vous pouvez tremper vos chaussures dans une bassine d’eau tiède (j’insiste, mieux vaut une eau un peu froide que trop chaude), cela fonctionne également pour les trouvailles de seconde main à l’entretien douteux. Il n’y a pas vraiment de règle sur la façon de procéder, vous pouvez laisser vos chaussures immergées dans l’eau pendant 20 minutes ou plus comme vous pouvez simplement faire couler de l’eau dessus de façon abondante sans les immerger totalement. Si vous êtes vraiment frileux vous pouvez simplement passer une éponge humide plutôt que d’immerger les chaussures.

Une fois la chaussure bien mouillée vous les nettoyez avec une éponge savonneuse. Pour éviter les problèmes il est préférable d’utiliser du savon de Marseille traditionnel tout ce qu’il y a de plus simple. Une fois que vous avez bien nettoyé l’extérieur de la chaussure vous pouvez en profiter pour nettoyer l’intérieur également. Une fois cette opération réalisée rincez abondamment les chaussures à l'eau tiède pour enlever le savon.

Mettez ensuite les chaussures sur des embauchoirs bien adaptés à la forme et laissez sécher dans un endroit sec, loin des radiateurs. Quand vous faites sécher des chaussures, peu importe si c’est après une averse ou un nettoyage, n’ayez pas de source de chaleur à proximité. Vous pouvez remplacer les embauchoirs toutes les 3 ou 4 heures pour accélérer le processus de séchage. Une fois que les souliers sont parfaitement secs vous pouvez ensuite les crémer soit à la surfine ou à la MO. Pour le crémage ayez l’habitude de toujours passer sur la trépointe afin de nourrir la couture. Essayez de ne pas tartiner la paire, si vous n’avez pas de palot il est tout à fait possible d’utiliser un chiffon pour appliquer la crème. Laissez ensuite sécher et lustrez avec un chiffon ou une brosse. Si jamais vous en avez envie vous pouvez ensuite passer une couche de pâte de luxe pour augmenter la brillance.

L’entretien annuel, seconde méthode

Cette technique est valable pour le cuir box classique.

Cette méthode est similaire à la précédente, sauf qu’elle utilise un solvant plutôt que de l’eau et du savon. Comme pour la méthode du bain d’eau il faut brosser vos chaussures afin de les débarrasser de toute poussière.

Utilisez ensuite du Reno'Mat en petite quantité sur un chiffon pour enlever les anciennes couches de crème et/ou de cirage. Il est important de frotter sans appuyer et de ne pas utiliser trop de produit à la fois, le plus simple est de mettre le chiffon directement sur le goulot de la bouteille et de l’humidifier très rapidement. Dans le cas où vous êtes en train de travailler sur une paire d’occasion, il est possible que le précédent propriétaire ait tartiné la chaussure de cirage, dans ce cas l’acétone ou l’alcool isopropylique sont des alternatives plus agressives que le Reno'Mat. En fonction de la couche de cirage, c’est un travail qui peut demander plusieurs heures. Parfois il sera nécessaire de décaper la paire et de la reteindre ensuite, certains cirages anciens formant pratiquement une sorte de goudron sur la chaussure. Si jamais la paire doit être décapée, il faut alors utiliser la teinture Française de Saphir pour la recolorer mais on dépasse le cadre de l’entretien et on entre vraiment dans de la restauration.

Une fois que la chaussure est débarrassée de toutes les anciennes couches de crème il est important de les laisser reposer pendant une vingtaine de minutes. Les solvants ont tendance à assécher le cuir vous pouvez ensuite utiliser le rénovateur à l’huile de vison, ou la lotion Saphir afin de nourrir le cuir en profondeur. N’en abusez pas, puisque la prochaine étape consiste à appliquer de la surfine qui a également un pouvoir nourrissant. Insistez bien sur les plis d'usure pour les repasser et ainsi les atténuer. Une fois la surfine appliquée, laissez le soulier sécher et lustrez avec un chiffon ou une brosse. Là aussi vous pouvez ensuite passer une couche de pâte de luxe pour plus de brillance.

Vous pouvez faire des substitutions ou des ajouts mais voilà le matériel de base nécessaire pour l'entretien en profondeur. (Source: Sartorialisme)
Vous pouvez faire des substitutions ou des ajouts mais voilà le matériel de base nécessaire pour l'entretien en profondeur. (Source: Sartorialisme)

L’entretien régulier

Dans le cadre de l’entretien régulier on utilise une version raccourcie de la technique énoncée ci-dessus, il suffit en général de bien brosser le soulier afin de le débarrasser de toutes les impuretés et autres poussières et d’appliquer ensuite de la surfine. Avant de mettre de la surfine certains décrassent la chaussure avec un peu de crème universelle, c’est une question de choix. Là encore respectez bien les temps de séchage et lustrez avec une brosse ou un chiffon.

L'entretien régulier nécessite surtout du brossage. Vous pouvez même ajouter une brosse à reluire en poil de Jaco ou en poil de chèvre, c'est la même chose. (arrière plan, à gauche). (Source: Sartorialisme)
L'entretien régulier nécessite surtout du brossage. Vous pouvez même ajouter une brosse à reluire en poil de Jaco ou en poil de chèvre, c'est la même chose. (arrière plan, à gauche). (Source: Sartorialisme)

Les cas particuliers

Le cuir gras

Le cuir gras est un cuir qui est aisément reconnaissable par son aspect mat et qui demande relativement peu d’entretien.
Comme toujours il est important de commencer par bien brosser le soulier. Une fois cette étape effectuée vous pouvez graisser le cuir à l’aide de différents produits Saphir, il existe la “graisse de phoque” ou le baume "étalon noir" mais vous pouvez également utiliser leur “crème cuir gras”.

À noter que vous pouvez entretenir un cuir gras comme un cuir box, mais dans ce cas vous allez perdre les avantages du cuir gras, je ne vois donc pas l’intérêt.

Le cuir gras est simple d'entretien. Il existe plusieurs options pour la graisse mais la Dubbin (incorrectement appelée graisse de phoque) est la plus courante. Elle existe en incolore. Vous pouvez utiliser une brosse à dent pour la trépointe. (Source: Sartorialisme)
Le cuir gras est simple d'entretien. Il existe plusieurs options pour la graisse mais la Dubbin (incorrectement appelée graisse de phoque) est la plus courante. Elle existe en incolore. Vous pouvez utiliser une brosse à dent pour la trépointe. (Source: Sartorialisme)

Le veau velours

Le veau velours comme le nubuck demande très peu d’entretien surtout si vous avez l’intelligence de le choisir foncé, le veau velours clair étant plus salissant et surtout plus plouc. Une fois que vous achetez vos souliers pensez à les faire imperméabiliser à l’aide de la bombe imperméabilisante Saphir (opération à réaliser tous les ans environ). Il suffit ensuite d’entretenir le cuir à l’aide de deux brosses. La brosse en crêpe sert pour l’entretien courant, la brosse en laiton sert pour l’entretien annuel. Certains trouvent la brosse en laiton trop agressive et préfèrent ne pas l’utiliser.
Comme pour toutes les chaussures il est parfaitement possible d’utiliser une brosse en crin pour le dépoussiérage. Si jamais vous avez une tâche de gras sur vos souliers elle peut être efficacement traitée si elle est rapidement recouverte de terre de Sommières, que l'on laissera agir au moins 24 heures. Il peut être intéressant d’utiliser un gommadin pour traiter les petites tâches surtout si la paire est claire. Quand le veau velours commence à vraiment trop perdre sa teinte il est possible de lui donner un coup de spray rénovateur, ce dernier existe dans plusieurs couleurs différentes.

Le veau velours est extrêmement simple d'entretien. La brosse en laiton (à gauche) est optionelle. (Source: Sartorialisme)
Le veau velours est extrêmement simple d'entretien. La brosse en laiton (à gauche) est optionelle. (Source: Sartorialisme)

Le cordovan

Le cordovan est un cuir très gras qui demande peu d’entretien, le plus important est de brosser le cuir énergiquement de façon occasionnelle. Saphir ont une crème pommadier spéciale cordovan que vous pouvez utiliser une à deux fois l’an mais il est inutile de l’utiliser de manière plus régulière. Si vous récupérez une paire en cordovan de seconde main et qu’elle est très encrassée par des couches de crème, vous pouvez passer la paire au Reno'Mat, cela ne pose pas de problème si c’est fait correctement.
Vous pouvez également investir dans un os de cerf, il sert notamment à atténuer les plis du cordovan, et fonctionne très bien mais demande de fournir un effort assez long. Cela permet aussi d’effacer les traces laissées par l’eau de pluie.

Si vous faites le choix d'utiliser de la crème sur votre cordovan, assurez-vous qu'elle est adaptée. N'utilisez pas non plus cette crème sur le box. (Source: Sartorialisme)
Si vous faites le choix d'utiliser de la crème sur votre cordovan, assurez-vous qu'elle est adaptée. N'utilisez pas non plus cette crème sur le box. (Source: Sartorialisme)

Les cuirs exotiques

Le cuir exotique recouvre beaucoup de matières différentes, et il est inutile d’évoquer les spécificités du cuir de baleine, de requin ou d’éléphant tant il est rare de rencontrer ces peaux. Le crocodile, le caïman et le lézard s’entretiennent avec une simple brosse et avec la crème Reptan de Saphir. Cette crème est à appliquer avec parcimonie et avec un chiffon. N’utilisez en revanche jamais d’huile de vison sous peine de tâcher le cuir de façon pratiquement définitive. Si la paire devient trop encrassée il est parfaitement possible de passer un coup de Reno'Mat mais cela assèche en général assez fortement les peaux de reptiles, il faut donc penser à bien nourrir le cuir par la suite.

Le Reptan est l'équivalent de la surfine mais pour les exotiques. (Source: Sartorialisme)
Le Reptan est l'équivalent de la surfine mais pour les exotiques. (Source: Sartorialisme)

Les cuirs rectifiés (bookbinder, etc...)

Un coup d’éponge humide et c’est marre. Le cuir était protégé par une couche de matière plastique il n’est pas possible de le nourrir.

Démontage d’une paire de Carlos Santos

Toutes les photos du démontage sont la propriété de Sartorialisme.com et ne peuvent être utilisées sans autorisation.

Avant-propos

La paire qui fait l’objet du démontage est le modèle Andrew 6942 de Carlos Santos vendu à 339€. Cette paire a été achetée usagée mais a été portée moins d’une dizaine de fois par le précédent propriétaire. Il s’agit d’une double boucle avec un montage Goodyear rainette qui est trouvable chez d’autres marques sous divers noms. En effet, Carlos Santos est surtout réputé pour fournir via son usine Zarco bon nombre de private labels disponible en France. Loding, Malfroid, JM Legazel, Monsieur Chaussure, Gustavia, Marc Guyot, Prince Jorge et j’en passe font fabriquer ou on fait fabriquer certains de leurs modèles par Carlos Santos. Parmi toutes ces marques certaines proposent une double boucle très similaire, pour ne pas dire identique au modèle Andrew 6942 que nous allons démonter. Loding appelle leur modèle Melleray 473, chez Malfroid c’est Scapin (un lien avec les fourberies ?), quant à Monsieur Chaussure le nom est moins évocateur : MC01. En dehors de la communication faite par ces marques respectives et de quelques détails (notamment les peausseries), il ne s’agit que d’un seul et même modèle qui fait l’objet de plusieurs déclinaisons. Cet article n’a pas pour vocation à comparer ces différentes chaussures et à illustrer les différences existantes (ou non) dans le cahier des charges. Nous effectuerons sans doute ce travail un jour, mais pour l’instant nous allons nous contenter de démonter le modèle disons “originel”. Comme toutes ces chaussures sortent de la même usine, et sont fabriquées sur le même montage, vous saurez déjà très largement à quoi vous en tenir.

Le modèle en question sur le site de la marque. (Source: Carlos Santos)
Le modèle en question sur le site de la marque. (Source: Carlos Santos)
Et ses déclinaisons chez les private labels. (Source: Monsieur chaussure, Malfroid, Loding)
Et ses déclinaisons chez les private labels. (Source: Monsieur chaussure, Malfroid, Loding)

Puisque nous parlons du montage il est toujours bon de rappeler la façon dont s’articule la gamme de chaussures produites par Zarco, la marque ayant à juste titre la réputation d’être illisible à ce sujet. L’usine produit 4 gammes de chaussures. La première est en Blake, la seconde en Goodyear rainette, la troisième en Goodyear sous gravure (Handgrade), et enfin la quatrième est en Goodyear avec une cambrure en Blake (Handcrafted). Le modèle que nous allons démonter ainsi que ses copies vendues sous d’autres marques proviennent donc de la seconde gamme offerte par Zarco, ce qui correspond à la ligne principale de la marque.

Pour la première fois dans notre série de démontages nous allons mettre en parallèle nos commentaires avec ceux de “reviews, tests, avis” publiés par d’autres blogs. Cela afin d’exposer la différence qu’il peut exister entre les “attentes” issus de ces “tests” et la réalité. Et puis c’est toujours drôle de voir le babillage débile des influenceurs. À croire qu’il existe un concours secret entre eux pour savoir qui sortira la plus grosse connerie.

Cet article est par définition technique et assume que le lecteur a au moins lu notre article “Qu’est-ce qu’un soulier de qualité”.

1

Avant de démonter la paire nous commençons par vérifier si le cuir comporte des défauts. Carlos Santos n’indique pas la provenance du cuir mais la marque se fournit essentiellement chez les tanneries du Puy et Annonay. Les photos donnent une fausse impression de l’état d’usure de la paire, cette dernière est vraiment presque neuve et tout ce qu’il lui faudrait c’est un bon entretien. Une fois que l’on fait abstraction des plis d’aisance, marques causées par l’usage et du manque hydratation de la peau il n’y a globalement pas de problèmes majeurs avec le cuir. Ce dernier frisote pas mal par endroits mais c’est attendu à ce prix, et bien que la paire n’ait pas été entretenue le cuir demeure assez souple.

Chez Comme un Camion ils ont essayé le modèle Melleray de Loding et ils sous entendent que Loding y serait pour quelque chose dans le design du modèle, ce qui n’est évidemment pas le cas. Crasse incompétence ou mauvaise foi, c’est à vous de juger. Les private labels aiment se voir attribuer des mérites qu’ils n’ont pas et payent en général assez bien pour cela. (Source: Comme un camion)
Chez Comme un Camion ils ont essayé le modèle Melleray de Loding et ils sous entendent que Loding y serait pour quelque chose dans le design du modèle, ce qui n’est évidemment pas le cas. Crasse incompétence ou mauvaise foi, c’est à vous de juger. Les private labels aiment se voir attribuer des mérites qu’ils n’ont pas et payent en général assez bien pour cela. (Source: Comme un camion)
4

Pour ce qui est du montage ce modèle étant issu de la gamme principale il est en cousu Goodyear sous rainette. À 339€ c’est un peu mesquin car beaucoup de marques dans cette gamme de prix proposent du Goodyear sous gravure. Chez Carlos Santos si vous voulez accéder au Goodyear sous gravure il faut vous diriger vers la gamme Handgrade qui commence à 419€.

Jesper de Shoegazing a réalisé une review sur un modèle différent de la main line et arrive à la même conclusion, en même temps c’est une simple question de bon sens. (Source: Shoegazing)
Jesper de Shoegazing a réalisé une review sur un modèle différent de la main line et arrive à la même conclusion, en même temps c’est une simple question de bon sens. (Source: Shoegazing)
Chez Jamais Vulgaire qui ont écrit un article sur le modèle Scapin de Malfroid visiblement on ne sait pas très bien à quoi ça sert un cousu sous gravure alors on bave un peu n’importe quoi. (Source: Jamais vulgaire)
Chez Jamais Vulgaire qui ont écrit un article sur le modèle Scapin de Malfroid visiblement on ne sait pas très bien à quoi ça sert un cousu sous gravure alors on bave un peu n’importe quoi. (Source: Jamais vulgaire)
3

En ce qui concerne la qualité de finition, le soin apporté à la paire est tout à fait correct, il n’y a rien de particulier à signaler. La roulette d’emboitage est, comme souvent dans ces prix, pas très belle et peu profonde mais il n’y a aucun défaut rédhibitoire. La jointure trépointe/couche point est bien effectuée contrairement à ce que l’on trouve chez Meermin par exemple. Le piquage de la tige avec 10 stitches per inch (SPI) est dans la moyenne de ce qui existe dans cette gamme de prix, il y a mieux ailleurs, mais il y a aussi pire. La couture petit point est régulière et ne comporte pas de défauts.

4B

Nous commençons par le démontage du bloc talon et déjà ça commence mal puisque non seulement ce dernier est en salpa, mais il est en plus très facile à faire sauter. Le bloc talon est maintenu en place par 5 clous vissés et de la néoprène. À titre d’exemple chez Bridlen et Meermin on avait 7 clous vissés (et de la néoprène), mais surtout le bloc talon était en cuir. Sans que ça soit la fin du monde, cela reste un point négatif.

Chez misiuacademy il existe une review du modèle Andrew de notre démontage, mais dans une couleur différente. Le contenu de la review est assez amusant puisqu’il parle d’une petite usine familiale, d’artisans experts qui n’utilisent presque pas de machines, bref au final une œuvre d’art…. Et vlan, derrière on se retrouve avec un bloc talon en salpa. La vilaine économie mesquine. Bon, il faut l’excuser, le type en question est depuis devenu un revendeur de la marque Carlos Santos alors forcément… (Source: misiuacademy/sartorialisme)
Chez misiuacademy il existe une review du modèle Andrew de notre démontage, mais dans une couleur différente. Le contenu de la review est assez amusant puisqu’il parle d’une petite usine familiale, d’artisans experts qui n’utilisent presque pas de machines, bref au final une œuvre d’art…. Et vlan, derrière on se retrouve avec un bloc talon en salpa. La vilaine économie mesquine. Bon, il faut l’excuser, le type en question est depuis devenu un revendeur de la marque Carlos Santos alors forcément… (Source: misiuacademy/sartorialisme)
5

Je ne vais pas m’amuser à retirer toutes les couches du bloc talon, j’ai juste enlevé un sous-bout supplémentaire. À titre de comparaison sur cette photo vous avez à gauche le bloc talon qui provient de Bridlen.

7
8

J’enlève ensuite la demi-première de propreté. En dessous de cette dernière se trouve un morceau de mousse caoutchouteuse de bonne densité. Rien de vraiment spécial dans ce domaine, la première de montage est en cuir et présente une épaisseur qui est très correcte.

9

Passons maintenant au montage, il y a beaucoup à dire. Commençons par le cambrion en bois. L’avantage du bois par rapport à l’acier est bien évidemment qu’il ne rouille pas. Alors, je sais bien que ça fait traditionnel d’utiliser un cambrion en bois, encore faut-il que cela soit fait proprement. Le cambrion est pratiquement tombé de lui-même au moment d’ouvrir la chaussure. Il est fort probable que le temps de séchage de la néoprène n’ait pas été respecté. Si vous avez déjà eu des chaussures qui grincent ou couinent le coupable est bien souvent le cambrion qui s’est décollé.
Le couche point est maintenu en place par des agrafes, ce qui est très commun pour les productions Européennes mais n’a pas ma préférence.

La review de Jamais Vulgaire fait mention d’un double cambrion en bois. On peut voir que sur notre modèle ce n’est pas le cas. N’ayant pas démonté le modèle Scapin de Malfroid, j’accorde le bénéfice du doute. Les marques en private label peuvent choisir des options spécifiques que l’usine peut décider de ne pas inclure sur leur ligne en nom propre. Nous aurons la réponse définitive à cette question lorsque nous démonterons une paire de Malfroid. (Source: Jamais vulgaire)
La review de Jamais Vulgaire fait mention d’un double cambrion en bois. On peut voir que sur notre modèle ce n’est pas le cas. N’ayant pas démonté le modèle Scapin de Malfroid, j’accorde le bénéfice du doute. Les marques en private label peuvent choisir des options spécifiques que l’usine peut décider de ne pas inclure sur leur ligne en nom propre. Nous aurons la réponse définitive à cette question lorsque nous démonterons une paire de Malfroid. (Source: Jamais vulgaire)
10

Une bonne nouvelle, le mur de montage est collé (sans surprise) mais également agrafé en place. Cela afin d’éviter que le mur de montage ne se mette à bouger si la colle se désagrège (ce qu’elle fera tôt ou tard) ou si vous mettez trop de pression sur le mur de montage en utilisant des embauchoirs inadaptés. Une solution qui gagnerait à être adoptée par toutes les marques qui utilisent des murs collés.

11

J’expose ensuite les renforts, Comme toujours le bout dur est en celastic. Ce dernier est d’une qualité assez correcte, supérieur à ce qui est utilisé par Meermin ou Bridlen par exemple.

12

À l’arrière le contrefort est en salpa, mais ce dernier est très souple, probablement pour favoriser un plus grand confort immédiat au détriment de la durabilité. C’est toujours mieux que du celastic. Il n’y a pas d’ailette de renforts. Dans cette gamme de prix ce n’est absolument pas surprenant et dans nos démontages seule la paire de Bridlen en avait.

Selon Jamais Vulgaire Malfroid utilise un cuir de 16 mm d’épaisseur. La valeur de 16 mm est donnée à au moins deux reprises dans l’article donc s’il s’agit d’une coquille cette dernière est persistante et très amusante car elle est d’une ineptie totale. Mais si jamais vous aviez des doutes sur la stupidité de la valeur qui est donnée, voilà pour référence l’épaisseur du cuir utilisé par Carlos Santos. (Souce: Jamais vulgaire)
Selon Jamais Vulgaire Malfroid utilise un cuir de 16 mm d’épaisseur. La valeur de 16 mm est donnée à au moins deux reprises dans l’article donc s’il s’agit d’une coquille cette dernière est persistante et très amusante car elle est d’une ineptie totale. Mais si jamais vous aviez des doutes sur la stupidité de la valeur qui est donnée, voilà pour référence l’épaisseur du cuir utilisé par Carlos Santos. (Souce: Jamais vulgaire)
13
14

Le cuir de tige fait environ 1.20 mm d’épaisseur. En réalité il est légèrement moins épais, mais obtenir une mesure précise tout en prenant une photo est délicat. Et je vois ceux qui vont me dire : « Mais peut être qu’ils parlaient de la première de montage ?…. ». Celle-ci mesure environ 3.46 mm d’épaisseur. Vous en tirez les conclusions que vous voulez quant aux experts en expertises et à leur (in)compétence.

Conclusion

Ce modèle est une bonne illustration du principe de segmentation au sein d’une même usine. Zarco sait faire des chaussures techniquement très avancées (avec la ligne Handcrafted par exemple) et ce savoir-faire est mis au service des lignes inférieures. Le choix d’agrafer le mur de montage collé en est une bonne illustration. La paire est également finie avec soin, et on est loin de trouver la même négligence qu’avec les productions Chinoises de Meermin par exemple. Pas de trépointes baladeuses, pas de déforme appliquée n’importe comment etc etc. Pour autant nous ne sommes pas non plus en présence d’un soulier qui soit techniquement radicalement différent de ce que Meermin propose. Pour le double du prix, vous avez un travail qui est bien effectué, mais qui n’est pas non plus sans reproches. Les productions de Carlos Santos en leur nom propre et dans leur gamme principale sont donc honnêtes et pêchent surtout par certains choix économiques qui peuvent trouver leur explication dans la concurrence. En effet, la ligne principale en Goodyear rainette est mise en vente à un prix assez proche de ce qui se fait chez les Espagnols d’Andrès Sendra alors que la ligne Handgrade et son cousu sous gravure semble plus lorgner du côté de Carmina.

Le guide de la seconde main partie 3 : les souliers

Avant-propos

Dernière partie de notre guide sur la seconde main, cet article est entièrement dédié au soulier.
Afin d'éviter les répétitions inutiles, nous n'allons pas évoquer ici des questions qui ont déjà été traitées dans les articles précédents de ce guide. Donc si vous voulez connaître les endroits où vous pouvez acheter des chaussures en cuir d'occasion, ou si vous voulez connaître les grands principes derrière le fonctionnement du marché de la seconde main, c'est dans cet article que ça se passe.

De la même façon, il est préférable d'avoir quelques bases avant d'envisager acheter des souliers d'occasion afin de savoir un minimum ce que vous faites. Pour cela nous vous recommandons de lire notre article “qu’est-ce qu’un soulier de qualité”. Car s’il est possible de faire de très bonnes affaires, il est également possible de faire de coûteuses erreurs.

Cet article comporte des liens affiliés vers Ebay. Nous touchons une petite commission si vous achetez via ces liens, cela sert à financer les démontages.

Quelques principes

Tout d'abord, commençons par évacuer une connerie colportée par les Nigolo et autres experts d’écoles de commerce qui veulent qu’une chaussure en cuir usagée va être formée selon le pied du précédent propriétaire, que cela va être la source de bien des problèmes et que par conséquent mieux vaut privilégier les paires peu portées voire carrément neuves. C’est en grande partie, comme bien souvent avec ces gens, de la foutaise. Leur intérêt est bien évidemment de vous faire acheter du neuf chez eux (ou chez leurs potes), plutôt que de l'ancien ailleurs. C'est tellement plus lucratif de faire monter la hype virtuelle pour la prochaine collab avec Max Suceur et ses pompes de merde alors que pour le même prix vous pouvez acheter du Green, Lobb ou du bespoke d’occasion.
Certes, acheter une chaussure d'occasion comporte quelques risques. Comme avec n’importe quel objet usagé, femmes comprises. Il est d'ailleurs beaucoup plus facile de rectifier le tir avec des chaussures qu’avec un costume qui a été charcuté par de multiples retouches approximatives. Tout dépend de votre niveau de connaissance, de la quantité d’efforts et donc de temps que vous êtes prêts à fournir. C’est à vous de déterminer quel type d’acheteur vous êtes et quels types de chaussures vous voulez. Toutes les parties de ce guide ne vous serons donc pas nécessairement utile. Si votre cible sont les paires de Meermin à peine portées qui pullulent sur eBay, faites-vous plaisir, c’est par ici que ça se passe.

Par ailleurs, évoquons rapidement les services de “restauration et revente” qui commencent à faire leur apparition un peu partout. L’occasion est un marché qui constitue un manque à gagner pour les marques qui ne vendent que des produits neufs. Certains fabricants comme Weston rachètent donc des paires usagées à leurs clients, pour les restaurer et les remettre en vente. L'initiative n'est pas mauvaise puisque chacun y trouve son compte cela fait plus de shekels pour les actionnaires et ça permet de faire un peu de greenwashing au passage, tandis que le client bénéficie d'une paire qui a été rénovée aux standards de la marque sans être aussi chère que du neuf. C'est donc un concept gagnant, mais qui n'est pas le moins cher. Vous imaginez bien que les paires ne sont pas rénovées à prix coûtant. De la même façon certaines personnes se spécialisent dans le chinage et dans la revente, ce sont des gens qui passent leur temps à dénicher les bonnes occasions, à les retaper et à les revendre. Parfois c'est très bien fait, parfois le travail est totalement bâclé, tout dépend du niveau de la personne qui s’en charge. Dans tous les cas, la bonne affaire ce sont eux qui la font et pas le client final. C'est un service qui est surtout bénéfique pour les gens qui n'ont ni l'envie ou le temps de se consacrer au marché de la seconde main, ce qui se comprend parfaitement tant c'est une activité chronophage.

souliers westons vintage
Le service “Weston vintage” l’intérêt est évident, mais l’on sort un peu du domaine de la seconde main à proprement parler. Vous avez en revanche l’assurance que les paires ont fait l’objet d’une restauration dans les règles de l’art. (Source : Weston)

Comment identifier le fabricant d'une chaussure ?

Vous le savez si vous avez l’habitude de nous lire - bien souvent en cachette - l’industrie du soulier, comme beaucoup d’autres, repose en partie sur le private labeling. Pour ceux qui ne comprennent pas, nous parlons de ce sujet dans notre article “les arnaques dans le monde de la chaussure” où nous fournissons une liste de quelques usines et de certains de leurs clients. Pour résumer rapidement, les grands groupes du luxe généraliste comme les petites marques 2.0 ne fabriquent pas leurs chaussures. La production est donc effectuée par une usine tierce indépendante, qui vend ses services à de nombreuses marques. Ce n'est donc pas de la sous-traitance à proprement parler, mais ça y ressemble énormément. Et bien évidemment au fil des années les marques utilisent plusieurs usines, les contrats changent, les objectifs aussi, tout cela parfois au sein d’une seul et même gamme.

JFtizpatrick shoes Andres Sendra
À gauche une paire de Jfitzpatrick, à droite une paire d’Andrès Sendra. Si vous trouvez une certaine ressemblance, c’est bien normal, puisqu’il s’agit virtuellement des mêmes chaussures. Sauf que celles de droites sont vendues par le fabricant (Sendra) et celles de gauches sont vendus par le private label porté sur la bouteil… pardon, je voulais dire : qui a de la bouteille, Fitzpatrick. (Source Sendra & Fitzpatrick)

Très concrètement, prenons l’exemple de la ligne Purple Label de Ralph Lauren, les chaussures sont parfois fabriquées chez Edward Green, Crockett & Jones, G&G, Silvano Sassetti... Encore mieux, prenons maintenant l’exemple de la ligne Polo Ralph Lauren, les chaussures proviennent cette fois d’Edward Green, Crockett & Jones, Alfred Sargent (qui n’existe plus aujourd’hui), Sesto Meucci ou encore Sutor Mantellassi… parmi d’autres. Ralph Lauren a beau avoir un cahier des charges précis pour chaque ligne, toutes les chaussures ne sont pas faites au même standard et ne sont donc pas de la même qualité, bien qu’elles appartiennent à la même gamme.
Une fois arrivés sur le marché de la seconde main, ces souliers Ralph Lauren vont être noyés parmi les autres lignes intermédiaires, les modèles fabriqués dans le tiers monde etc etc et c’est justement là qu’être capable d’identifier le fabricant va être très intéressant. Les chaussures en seconde main ont tendance à rapidement perdre en valeur, une fois qu’une paire a été portée, même une seule fois, le prix est bien souvent réduit de 50 %. Cela dépend bien évidemment des marques et du marché. Les souliers Edward Green ont une excellente réputation auprès des connaisseurs et n’attirent en général pas tellement les clients “lambdas”, leur prix sur le marché de l’occasion est donc plutôt constant. En revanche, Ralph Lauren étant une marque généraliste, beaucoup de clients ne savent pas qui est le fabricant de leurs chaussures et ignorent leur valeur à la revente. Il est de fait plus facile de trouver à vil prix une paire d’Edward Green sous le nom de Ralph Lauren qu’une paire d’Edward Green en nom propre. Bien évidemment cette petite astuce est maintenant connue des spécialistes, et cela s’est traduit par une inflation des prix des paires en question. Toutefois vous comprenez maintenant l’intérêt d'être capable d’identifier un fabricant.

Ralph Lauren Edward Green shoes
Les vendeurs de ces deux paires de Ralph Lauren Purple Label indiquent directement que le fabricant des chaussures est Edward Green. Mais tous les vendeurs ne connaissent pas nécessairement la provenance de leurs chaussures, il ne faut donc pas hésiter à chercher. Pour l'anecdote, la paire de gauche a été vendue pour 309$, une excellente affaire. (Source : Ebay)

Vous imaginez bien qu’il existe un certain nombre de marques qui sont aujourd’hui disparues, oubliées, peu populaires et qui ont parfois fait fabriquer chez des usines très réputées. Prenons un autre exemple, il est peu probable que vous ayez connaissance de la marque Tom James Company, une société qui est aujourd’hui à l’origine d’Individualized Apparel Group, une holding qui détient notamment Oxxford et Holland & Sherry, donc pas n’importe quoi. Tom James Company font essentiellement des costumes atroces en MTM pour courtiers d’assurances et autre sangsues du monde moderne mais la marque a vendu à une certaine époque des chaussures en leur nom fabriquées par Crockett & Jones (en handgrade qui plus est) et par Alfred Sargent. Bien que ces modèles se trouvent essentiellement aux États-Unis et plus rarement au Royaume-Unis, ils se vendent en général à des prix extrêmement bas car peu connus. Vous pouvez en avoir un aperçu ici.
On peut également parler de Mack James, qui est en réalité l’un des premiers noms utilisés par Carlos Santos (fabricant de Malfroid, Loding...) pour vendre leurs chaussures. La marque est maintenant pratiquement oubliée du monde entier et vous pouvez trouver des paires pour trois fois rien, comme cette paire de Derby à nez jointé pour 35€….

Du Carlos Santos qui ne dit pas son nom pour 10 fois moins cher. 
 <a href="https://ebay.us/4KRwMo "> Lien vers l'annonce Ebay</a>
(Source:Ebay)
Du Carlos Santos qui ne dit pas son nom pour 10 fois moins cher. Lien vers l'annonce Ebay (Source:Ebay)
Les paires de C&J ou Alfred Sargent vendues sous le nom de Tom James Company sont en général moins chères. 
 <a href="https://ebay.us/3vspZI"> Lien vers l'annonce Ebay</a> 
(Source : Ebay)
Les paires de C&J ou Alfred Sargent vendues sous le nom de Tom James Company sont en général moins chères. Lien vers l'annonce Ebay (Source : Ebay)
Les 3 modèles proviennent tous de Crockett & Jones
 <a href="https://ebay.us/8MG1cI"> Lien vers l'annonce Ebay</a> 
(Source: Ebay)
Les 3 modèles proviennent tous de Crockett & Jones Lien vers l'annonce Ebay (Source: Ebay)
Le dernier exemple. Comme vous pouvez le constater les modèles sont assez similaires en style et présentent donc un intérêt limité.
 <a href="https://ebay.us/tu3mht"> Lien vers l'annonce Ebay</a>  
(Source: Ebay)
Le dernier exemple. Comme vous pouvez le constater les modèles sont assez similaires en style et présentent donc un intérêt limité. Lien vers l'annonce Ebay (Source: Ebay)

Alors, comment s’y prendre pour identifier un fabricant ? Le mieux est de se baser sur un faisceau d’indices. Pour cela vous pouvez regarder les détails de fabrication et de patronage d’une chaussure. Si le cousu est sous gravure ou non etc etc... Mais il y a en réalité deux éléments majeurs. Le premier est le moins efficace, il s’agit du talon. Le bloc talon d’une chaussure est cloué et les clous forment un pattern. Ce pattern est souvent propre à chaque fabricant. Malheureusement il n’est pas fixé dans le temps, et si le précédent propriétaire a fait changer le bloc talon, vous perdez toute possibilité d’identification. Sans compter que certains fabricants utilisent des patterns qui sont parfois très similaires, voire même identiques. Le second élément est le plus efficace, il s’agit de regarder les numéros imprimés à l’intérieur de la chaussure. Ces numéros ne sont en soi pas très importants, souvent ils indiquent la taille, parfois le numéro de modèle, parfois il s’agit d’un code au sens sibyllin connu uniquement du fabricant. Donc décoder les chiffres ne sert pas à grand-chose. Ce qui est beaucoup plus important c’est la façon dont les chiffres sont frappés et la façon dont ils sont agencés. Sans aller jusqu’à dire que ces chiffres permettent d’identifier à coup sûr un fabricant, ils sont un élément très important et combinés à d’autres indices ils vont vous permettre d’obtenir une réponse assez précise. Bien évidemment, les codes usines changent au fur et à mesure que les années passent et il est donc important de se bâtir une archive complète avec différents “millésimes” si vous voulez avoir la moindre chance d’obtenir des résultats.

L’une des façons de confirmer la provenance des chaussures est de comparer les codes usines. Ici une paire de Crockett & Jones avec le modèle Pembroke. (Source : Ebay)
L’une des façons de confirmer la provenance des chaussures est de comparer les codes usines. Ici une paire de Crockett & Jones avec le modèle Pembroke. (Source : Ebay)
Trois différents types de codes. Pourtant toutes ces paires proviennent d'Alfred Sargent. Elles ne sont simplement pas de la même époque. (Source: Sartorialisme)
Trois différents types de codes. Pourtant toutes ces paires proviennent d'Alfred Sargent. Elles ne sont simplement pas de la même époque. (Source: Sartorialisme)
chaussures Carlos Santos Loding Malfroid
La frappe classique du code usine chez Carlos Santos. Dans l'ordre vous avez une paire de Malfroid, Loding et Marc Guyot. (Source: Vinted)
Deux types de patterns sur des paires de Crockett & Jones. L'un avec une rangée de pointes, l'autre avec deux. (Source: Sartorialisme)
Deux types de patterns sur des paires de Crockett & Jones. L'un avec une rangée de pointes, l'autre avec deux. (Source: Sartorialisme)

Les marques à acheter ?

Il n’y a pas de règle en la matière, chacun fait ce qu’il veut avec son argent. L'occasion est le seul moyen de se procurer des paires de Tuczek, Bunting, Petrozzi... mais l'on est cette fois plus dans la collection que dans la recherche aux bonnes affaires. Bien que l'un n'empêche pas l'autre. Comme nous l'avons indiqué dans les propos introductifs, tout va dépendre de ce que vous cherchez et de votre budget. Il faut toutefois savoir que la réputation actuelle des marques n’est pas nécessairement révélatrice de la qualité des chaussures vendues dans le passé. C’est surtout valable pour les marques qui existent depuis longtemps. En général, les chaussures fabriquées dans les années 1950 étaient meilleures que celles des années 1960. Et les chaussures fabriquées dans années 60 étaient meilleures que celles des années 70, ainsi de suite. Ce sont les bienfaits de la modernité qui veut que les produits deviennent de moins en moins durables et de plus en plus chers. Il est donc important de connaître un minimum votre histoire des marques et de la mode. Prenons l’exemple de Church’s qui était une marque parfaitement respectable et qui depuis le rachat par Prada en 99 s'est spécialisée dans les paires en cuirs bookbinder à la qualité de fabrication approximative. Tout cela bien évidemment en pratiquant des prix délirants pour la seule satisfaction des actionnaires. Les marques américaines sont également victimes de la même tendance. Beaucoup des marques comme Florsheim, FootJoy, Johnston & Murphy, Nettleton, Bostonian ont fait des chaussures d’une grande qualité jusque dans les années 70. Après cela ces marques ont commencé à faire de la merde. Il en va de même avec Alden et Allen Edmonds mais bien qu’elles ne soient que les pâles reflets de ce qu’elles ont été, elles n’ont pas encore totalement touché le fond de la fosse septique. Les exemples de marques dont le nom prestigieux a été vidé de toute substance ne manquent pas. Nous pourrions également parler de Berluti. Le prêt à porter actuel de la marque n’a absolument rien de commun avec les paires fabriquées par le bottier de la grande époque. Cela peut sembler évident, mais chez certaines personnes au cortex simien, il semble s’opérer un raccourci étrange qui veut que si Huguette de Paris en parle, c’est forcément bien. Bref, la réputation d’une marque à un instant T n’est pas nécessairement représentative de la qualité de ses produits à travers les années. Les marques ont une vie, elles sont vendues, rachetées, incorporées, démantelées.... Certains nécrophiles en mal d'héritage ont même le mauvais goût d'aller ressusciter des marques disparues depuis longtemps...
Gardez tout de même à l’esprit que comme nous parlons de chaussures d’occasion si cela vous amuse d’acheter des paires à la qualité de fabrication douteuse pour une bouchée de pain, grand bien vous fasse. Cela peut même être un exercice amusant puisqu’il va éventuellement vous permettre de faire la comparaison entre des chaussures bien faites et des chaussures dont la qualité est galvaudée par le marketing. À moins que vous ne soyez l'un de ces ploucs incapables de regarder en arrière et d'admettre qu'ils ont été pris pour des cons. Dans votre cas point de salut en dehors de la potence.

Une paire d’Henry Maxwell bespoke au prix d’une paire de Carmina… (Source : Ebay)
Une paire d’Henry Maxwell bespoke au prix d’une paire de Carmina… (Source : Ebay)
Une “spade sole” sur une paire de Bostonian avant que la marque ne sombre dans les méandres de la médiocrité. Le niveau de finition pour une chaussure de prêt-à-chausser est excellent et supérieur à bien des marques du haut de gamme actuel. La marque a été rachetée par Clark’s en 1979 et n’existe plus aujourd’hui que comme une coquille vide dont le nom est apposé sur des chaussures collées vendues via Amazon. (Source : Ebay)
Une “spade sole” sur une paire de Bostonian avant que la marque ne sombre dans les méandres de la médiocrité. Le niveau de finition pour une chaussure de prêt-à-chausser est excellent et supérieur à bien des marques du haut de gamme actuel. La marque a été rachetée par Clark’s en 1979 et n’existe plus aujourd’hui que comme une coquille vide dont le nom est apposé sur des chaussures collées vendues via Amazon. (Source : Ebay)
Church’s qui décide d’augmenter leurs prix d’environ 50 % du jour au lendemain. (Source : londonnewstime)
Church’s qui décide d’augmenter leurs prix d’environ 50 % du jour au lendemain. (Source : londonnewstime)
Alors que la gamme actuelle est composée massivement de chaussures en cuir bookbinder… pardon, à liant poli, pour utiliser l’expression maison. Faire toujours plus de Shekel semble être l’unique préoccupation de la marque. (Source : Church’s )
Alors que la gamme actuelle est composée massivement de chaussures en cuir bookbinder… pardon, à liant poli, pour utiliser l’expression maison. Faire toujours plus de Shekel semble être l’unique préoccupation de la marque. (Source : Church’s )

Quelques arnaques typiques à éviter

Il est assez courant dans le milieu de la chaussure d’occasion d’essayer de faire passer toutes les chaussures bordeaux pour du cordovan. D’ailleurs l’appellation cordovan est bien souvent utilisée pour désigner une couleur plutôt que le type de cuir. Le cordovan étant plus cher, la valeur de ces chaussures en seconde main est naturellement plus élevée. Refourguer du box calf pour du cordovan, c’est un jeu très rigolo qui permet de se payer la tête de l’idiot du village. C’est devenu presque une tradition, un rite initiatique. Comme les victimes sont majoritairement des acheteurs d’Alden, elles le méritent amplement ne vous inquiétez pas pour eux.

De la même façon certains tentent de faire passer du box calf imprimé d'un motif reptile pour du véritable crocodile ou de l’alligator. Faire la différence entre un cuir qui est passé sous presse pour prendre l'apparence d'un cuir exotique et un véritable cuir exotique est assez difficile, cela demande beaucoup d'expérience et c'est un sujet à lui seul, nous n'allons pas le traiter plus en détails ici.

Une autre arnaque assez courante consiste à faire passer une chaussure pour ce qu’elle n’est pas. Les marques à l’intérieur de la chaussure peuvent disparaître à cause de l’usure et s’il n’est pas fait mention de la marque ailleurs, il devient très facile de faire passer des savates pour de l’or. C’est une astuce qu’il est en général assez facile à démonter car ceux qui se vouent à ce petit jeu tentent de vous faire croire qu’une paire de Bata est en réalité une paire d’Edward Green, ou qu'une paire de Méphisto sont des Lobb. Il est donc extrêmement aisé de voir que les finitions de la chaussure ne correspondent pas du tout à ce qu’elle prétend être.

Une variante de l'arnaque précédente consiste à enlever la première de propreté d'une paire de qualité et de la mettre dans une contrefaçon ou dans une paire de qualité inférieure. La première de propreté, ou demi première de propreté étant simplement collée sur la première de montage il est en général très facile d'opérer la substitution. Cela peut rendre l'identification des contrefaçons difficiles, puisque la première provient bel et bien d'une paire authentique. Il faut bien vérifier la qualité des finitions, mais également comparer le niveau d'usure de la première de propreté avec le reste de la chaussure.

Une paire d’Alden modèle 984 présentée comme étant en cordovan marron. (Source : Ebay)
Une paire d’Alden modèle 984 présentée comme étant en cordovan marron. (Source : Ebay)
Alors que sur le site de la marque le modèle 984 est décrit comme étant en calfskin bordeaux. (Source: Alden)
Alors que sur le site de la marque le modèle 984 est décrit comme étant en calfskin bordeaux. (Source: Alden)
Une paire d’Alden modèle 561 présentée encore une fois comme étant en cordovan marron. (Source: Ebay)
Une paire d’Alden modèle 561 présentée encore une fois comme étant en cordovan marron. (Source: Ebay)
Sauf que cette fois le vendeur pousse le vice jusqu’à réitérer dans la description que le cuir est du cordovan. (Source: Ebay)
Sauf que cette fois le vendeur pousse le vice jusqu’à réitérer dans la description que le cuir est du cordovan. (Source: Ebay)
Sans surprise, sur le site d’Alden le modèle 561 est décrit comme étant en calfskin marron…. On applaudit bien fort les 7 couillons qui sont en train d’enchérir sur la paire. (Source: Alden)
Sans surprise, sur le site d’Alden le modèle 561 est décrit comme étant en calfskin marron…. On applaudit bien fort les 7 couillons qui sont en train d’enchérir sur la paire. (Source: Alden)
Il est possible d'acheter des premières de propreté pour les mettre dans des paires d'autres marques et ainsi faire artificiellement augmenter le prix des chaussures. Méfiance. (Source: Ebay)
Il est possible d'acheter des premières de propreté pour les mettre dans des paires d'autres marques et ainsi faire artificiellement augmenter le prix des chaussures. Méfiance. (Source: Ebay)
On monte d’un cran en enculade avec une paire de “Lobb” fabriquée dans le tiers monde avec de l’alligator imaginaire. (Source: Ebay)
On monte d’un cran en enculade avec une paire de “Lobb” fabriquée dans le tiers monde avec de l’alligator imaginaire. (Source: Ebay)
Le type n'a pas peur de montrer son outillage derrière, comme si chez Lobb on travaillait par terre... (Source: Ebay)
Le type n'a pas peur de montrer son outillage derrière, comme si chez Lobb on travaillait par terre... (Source: Ebay)

La question du chaussant.

Notre article “comment choisir un soulier, chaussant forme et taille” explique tout ce qu’il y a de plus important à savoir sur ce sujet. Néanmoins les chaussures d’occasions forment une catégorie un peu à part car à moins de n’avoir été que très peu portée, un précédent propriétaire a déjà “fait” la chaussure. Dans quelques cas assez rares, cela peut être la cause de désagréments, notamment sur les mocassins. Il arrive alors qu’une chaussure qui soit à votre taille et dans une forme qui normalement vous convient ne vous aille pas. On dit pour des mocassins neufs que ce n’est pas le porteur qui choisit le mocassin, mais le mocassin qui choisit le porteur. C’est un adage qui est toujours vrai sur le marché de l’occasion, le problème le plus courant étant le déchaussage au niveau du talon. Sur les chaussures au montage Goodyear (et assimilés) on peut lire parfois qu’il ne faut pas acheter de l’occasion car le rempli en pâte de liège aura pris la forme du précédent propriétaire. Cette affirmation est incomplète et mérite quelques précisions. Tout d’abord la fonction principale du rempli est, comme son nom l’indique, de remplir la cavité qui existe entre la première de montage et la semelle d’usure. Le rôle de confort n’est que secondaire et très limité. Le rempli n’est ensuite pas nécessairement en agglomérat de liège. Il peut être en cuir ou en feuille de liège sur les chaussures bottières, ou en salpa et autres matériaux synthétiques sur les chaussures industrielles. Lorsqu’une chaussure est bien faite, le rempli doit au mieux légèrement épouser la forme des têtes métatarsiennes mais sans plus. Est-il possible que le rempli s’affaisse et devienne inconfortable ? Oui, mais c’est un problème qui est lié à la qualité de la chaussure et non au fait qu’elle soit d’occasion ou non.
Vous pouvez aussi lire des réactions sur les forums du genre “acheter des souliers bespoke d'occasion, mer il et fou ?”. Certains ploucs dont la logique est défaillante arguent en effet qu'il est stupide d'acheter des chaussures bespoke occasions, car elles n'ont pas été faites pour leur pied mais pour celui d'un autre. Ils oublient que leurs pompes de prêt-à-chausser en private label n'ont également pas été faites pour eux. Le principe du prêt-à-chausser est d'être fait pour tout le monde, c'est à dire pour personne. Certaines chaussures bespoke vous iront comme un gant, d'autres ne vous iront pas. Il n'y là strictement aucune différence avec le PAP et c'est un débat qui ne devrait même pas exister si ce n'est pour les fonctions cognitives douteuses de certains.
Comme les chaussures de seconde main sont bien souvent beaucoup moins chère que les chaussures neuves, vous ne devriez pas avoir trop de scrupules à les “maltraiter” pour les adapter à vos pieds. Il existe un certain nombre de techniques qui vous permettent de corriger le chaussant. Vous pouvez bien évidement recourir aux traditionnelles semelles intercalaires, anti-glissoirs, formes à forcer et autre shoe-eze. Et puis il y a des méthodes beaucoup moins traditionnelles qui vous permettent d’altérer de façon significative le chaussant. Il est parfaitement possible de rétrécir des chaussures à l’aide d’un fer à repasser. C’est un processus qui est n’est pas sans risques et qui comporte certaines réserves, je ne recommande pas du tout de l’essayer sur des paires neuves sans expérience. Avant d’envisager une telle opération il faut s’entrainer longuement sur des cobayes d’occasions. Nous parlerons de cette technique plus en détail dans un article dédié.

Application d’une couche de pâte de liège pour combler le vide laissé par la hauteur du mur de montage. (Source : baxterandblack)
Application d’une couche de pâte de liège pour combler le vide laissé par la hauteur du mur de montage. (Source : baxterandblack)
Rétrécissement d’une paire de souliers à l’aide d’un fer à repasser. Âmes sensibles s’abstenir. (Source : leemorison)
Rétrécissement d’une paire de souliers à l’aide d’un fer à repasser. Âmes sensibles s’abstenir. (Source : leemorison)

Le niveau d'usure.

C'est indéniablement le premier critère sur lequel les gens se focalisent car dès le premier port le cuir d’un soulier va plisser. Et si le précédent propriétaire ne savait pas choisir des chaussures à sa taille, ça plisse possiblement très fort. Mais les gens ont tendance à être obnubilés par les plis, alors qu’en réalité ces derniers sont essentiellement cosmétiques et peuvent être très largement atténués avec un peu d’huile de coude, nous allons revenir là-dessus dans un instant. En ce qui concerne l’usure des chaussures, il y a quelques règles à suivre, mais étonnamment beaucoup moins que l’on pourrait penser. Tout d'abord il faut comprendre que plus une chaussure est de qualité, mieux elle va vieillir. À nombre de ports égaux une paire de Meermin sera beaucoup plus usée qu'une paire de Lobb. La qualité du cuir et la qualité de fabrication sont des éléments essentiels de ce point de vue. Il faut par ailleurs réaliser que l’aspect visuel d’une chaussure n’est pas nécessairement indicatif de sa santé. Les chaussures de seconde main ont très souvent l’air absolument immondes si elles n’ont pas fait l'objet d'un entretien rigoureux. Pour peu que le précédent propriétaire n’ait pas été un lecteur de Sartorialisme et n’ait pas acheté des chaussures avec un chaussant adapté, alors il est possible que le cuir gondole atrocement et fasse des plis extrêmement disgracieux. C'est également valable pour les paires qui n'ont jamais vu d'embauchoirs. Mais cela ne veut pas dire que la chaussure est bonne à jeter, loin de là. Il y a des sadiques qui se plaisent également à noyer le cuir sous des couches de cirage, bernés par la croyance populaire que le cirage est bon pour les chaussures. Le cirage assèche terriblement le cuir et bien évidemment puisque ces gens ne l'enlèvent jamais mais au contraire en ajoutent toujours plus à la louche, la tige finie par être terriblement encrassée.
Le plus important est de bien regarder si l’aspect structurel de la chaussure est encore bon. Pour simplifier les choses voici une liste des choses à surveiller quand vous achetez des chaussures en cuir usagées :

• Vérifiez que la semelle soit en (relatif) bon état et ne soit pas trouée. Certains petits malins s’amusent à cacher les trous en posant un patin genre topy ou vibram, soyez donc toujours sur vos gardes quand une paire a un patin. Faites très attention à l'avant de la semelle, certaines personnes attaquent fortement cette zone. Moins il reste de matière plus il est difficile de faire poser un fer.

• Vérifiez que le montage soit intact (intégrité des coutures, trépointe qui se décolle...) un ressemelage imprévu n’est pas le genre de surprise que vous voulez avoir sur une paire d’occasion. Essayez de voir si la paire a déjà été ressemelée. J’ai le plus grand respect pour nos artisans cordonniers, mais comme toutes les professions il est de plus en plus difficiles de trouver des gens compétents, surtout en province. Certains ressemelages peuvent être absolument catastrophiques et il est d’une façon générale préférable d’éviter les paires déjà ressemelées, surtout si le travail a l’air douteux ou que vous ne savez pas quel est le cordonnier derrière l’opération.

• Vérifiez que la tige ne soit pas craquée. Quand la tige craque, c’est la fin. On peut encore essayer de bricoler un peu, sur le box calf il existe des mastics qui peuvent colmater certaines brèches, sur les chaussures en crocodiles, il est assez commun par exemple que les écailles se séparent, et si vous êtes méticuleux on peut s’aventurer à une réparation. En revanche si les chaussures sont fabriquées en Cordovan, les déchirures de la tige ne sont pas réparables. Globalement les déchirures signifient très probablement que la chaussure n'a pas été entretenue correctement et c’est un signe qu'elles ont fait leur temps. Acheter une tige craquée c’est donc tout sauf une bonne idée, même pour un prix modique. En revanche une tige avec des fissures superficielles peut être traitée par un ponçage méticuleux mais cela demande un certain savoir-faire.

• Vérifier l’état de la doublure, surtout en ce qui concerne les mocassins qui sont souvent portés sans chaussettes. La sueur étant acide elle est nocive pour le cuir et une doublure brûlée par la sueur n’est pas du tout un bon signe. Dans les cas extrêmes la sueur s’attaque également aux parties métalliques à l’intérieur de la chaussure (cambrion, agrafes…) et les fait rouiller terriblement. La rouille et le cuir ne font pas bon ménage.

• Vérifiez l’emboitage, beaucoup de marques de prêt à porter utilisent maintenant des contreforts en celastic qui n’est autre que du thermoplastique. Si l’ancien propriétaire n’utilisait pas de chausse pied les contreforts peuvent être très usés avec les risques que cela comporte. Si un contrefort en celastic (ou en salpa) casse, il n’est pas réparable, contrairement au cuir. On peut éventuellement bricoler mais il ne s’agira jamais d’une réparation complète à moins que vous ne souhaitiez dépenser beaucoup d’argent. Il arrive aussi parfois que la tige remonte à cet endroit à cause de l'usure causée aux contreforts, c'est extrêmement laid et là aussi très cher à réparer.

Si vous n’avez pas la possibilité de voir les chaussures en personne, il faut faire attention à beaucoup de petits détails qui au final vont vous en dire beaucoup sur l’histoire de la paire sans que vous sachiez combien de fois elles ont été portées. De la même façon qu’il est possible d’en savoir beaucoup sur une voiture et l’entretien qu’elle reçoit par son propriétaire sans en connaître le kilométrage. Si la tige a l’air bien nourrie, parce qu’elle a fait l’objet d’un crémage régulier, qu’elle a un fer encastré (et non haricot), qu’elle a une première de propreté impeccable, alors il y a peu de chances pour que le vendeur essaye de cacher quelque chose. Si en revanche la paire est couverte de cirage, que la tige plisse de partout, que la doublure est sale, cela ne veut pas dire que la paire n’est pas structurellement saine, mais vous prenez un plus grand risque. C’est toute la difficulté de l’achat sur internet, les paires qui ont l’air négligées peuvent être également vos meilleures affaires. Alors que les paires bichonnées sont souvent vendues par des amateurs qui surestiment bien souvent grossièrement la valeur de ce qu’ils possèdent. Il s’agit donc de faire un rapide calcul risque/avantage pour voir si le jeu en vaut la chandelle.

Dès que la semelle d’usure est trouée sur un soulier, il faut faire un ressemelage. Il n’est pas la peine de perdre son temps à acheter ce genre de paires, à moins que vous ne soyez à la recherche d’un modèle extrêmement rare et qu’il est littéralement introuvable en meilleure condition. (Source : Reddit)
Dès que la semelle d’usure est trouée sur un soulier, il faut faire un ressemelage. Il n’est pas la peine de perdre son temps à acheter ce genre de paires, à moins que vous ne soyez à la recherche d’un modèle extrêmement rare et qu’il est littéralement introuvable en meilleure condition. (Source : Reddit)
Un exemple criant d’inadéquation entre la forme de la chaussure et le pied du porteur. Ces plis d’aisances extrêmement marqués peuvent être atténués. Le reste de la chaussure est presque neuf comme en témoigne la semelle de propreté (même si elle n’est pas présentée ici, la semelle d’usure est également pratiquement neuve). (Source : Ebay)
Un exemple criant d’inadéquation entre la forme de la chaussure et le pied du porteur. Ces plis d’aisances extrêmement marqués peuvent être atténués. Le reste de la chaussure est presque neuf comme en témoigne la semelle de propreté (même si elle n’est pas présentée ici, la semelle d’usure est également pratiquement neuve). (Source : Ebay)
Un exemple d’interventions uniquement cosmétiques (rien n’a été remplacé) et du résultat qu’il est possible d’obtenir avec un peu de savoir-faire et du temps libre. (Source : vintageshoesformen)
Un exemple d’interventions uniquement cosmétiques (rien n’a été remplacé) et du résultat qu’il est possible d’obtenir avec un peu de savoir-faire et du temps libre. (Source : vintageshoesformen)
Le résultat est assez impressionnant. (Source : vintageshoesformen)
Le résultat est assez impressionnant. (Source : vintageshoesformen)
Une paire d’Edward Green qui a fait l’objet d’un ressemelage complet, avec remplacement du bloc talon. Le travail a l’air d’avoir été très bien effectué, mais le prix demandé est délirant. Méfiez-vous toujours des paires déjà ressemelées. (Source : Ebay)
Une paire d’Edward Green qui a fait l’objet d’un ressemelage complet, avec remplacement du bloc talon. Le travail a l’air d’avoir été très bien effectué, mais le prix demandé est délirant. Méfiez-vous toujours des paires déjà ressemelées. (Source : Ebay)

L'hygiène, est-ce un problème ?

Oui et non. Vous prenez moins de risque à acheter des chaussures en cuir usagées qu'à chasser la gueuse sur Tinder. C'est même plutôt safe, si vous comparez ça au risque de choper une IST pendant une réunion du département marketing de l'une ou l'autre marque 2.0. Il est évident qu'il faut désinfecter les chaussures d’occasions, au même titre que vous devez laver n'importe quel autre vêtement de seconde main. Pour cela il existe des spray, gels et tout le toutim mais je n'ai pas besoin de vous faire un topo vu que ces derniers temps tous les crétins du monde sont devenus hypocondriaques ET épidémiologistes mongols. Je vous laisse donc consulter votre voisin sur la question, il aura très certainement un avis.

La question des embauchoirs.

Les chaussures d’occasions sont parfois vendues avec des embauchoirs, mais le plus souvent elles en sont dépourvues. Quand les embauchoirs sont inclus, veillez à ce qu’ils soient bien adaptés. Des embauchoirs trop grands peuvent décoller le mur de montage dans le cas des chaussures à mur collé (écrasante majorité des chaussures Goodyear vendues aujourd’hui en PAP). Des embauchoirs trop petits ne servent à rien.
Sachez qu’il n’existe que deux types d’embauchoirs, ceux qui sont “à la forme” et ceux qui sont “génériques”. Les embauchoirs à la forme se trouvent généralement chez les bottiers et les marques haut de gamme et sont comme leur nom l’indique basé sur la forme (le last en anglais) utilisée pour fabriquer la chaussure. Les embauchoirs génériques ne sont adaptés à aucune forme particulière. Beaucoup de marques de prêt-à-chausser vendent des embauchoirs génériques à leur noms et à prix d’or, parfois il s’agit des même que leurs concurrents, seul le logo change. Il est donc tout à fait possible de les remplacer par des embauchoirs génériques d’autre provenance. Ceux de Bexley par exemple sont très utilisés car peu chers surtout lors des soldes, mais il y a plein d’options à votre disposition. Ne soyez pas idiot et n’achetez pas une paire de Meermin 90€ en occasion pour ensuite aller sur leur site et dépenser 40€ sur des embauchoirs Meermin. Cela ne sert pas à grand-chose. Si vous avez des difficultés à trouver des embauchoirs adaptés, le groupe Avel (Saphir, la cordonnerie Anglaise…) en propose de plusieurs sortes.

La gamme des embauchoirs du groupe Avel. (Source : Avel)
La gamme des embauchoirs du groupe Avel. (Source : Avel)
Des embauchoirs génériques vendus par Carmina, ils s’adaptent à toutes les formes de la marque et ne sont faites pour aucune forme en particulier. Le prix est particulièrement élevé, une pratique courante chez les marques de l’entrée et du milieu de gamme. (Source : Carmina)
Des embauchoirs génériques vendus par Carmina, ils s’adaptent à toutes les formes de la marque et ne sont faites pour aucune forme en particulier. Le prix est particulièrement élevé, une pratique courante chez les marques de l’entrée et du milieu de gamme. (Source : Carmina)
Des embauchoirs Alfred Sargent spécifiquement fait pour la forme 87 de la marque. (Source : Pediwear)
Des embauchoirs Alfred Sargent spécifiquement fait pour la forme 87 de la marque. (Source : Pediwear)

Comment récupérer certains “problèmes”.

Entretenir la tige.

Lorsque vous achetez des souliers d’occasions il va bien souvent falloir faire un entretien complet de la paire. Même lorsque la paire n’a jamais été portée, il peut s’agir d’invendus (new old stock), de paires d’expositions, de paires qui proviennent d’une faillite. Ces chaussures ont en général le cuir très sec car leur cuir n’a pas été nourri depuis qu’elles ont quitté la ligne de montage de leur usine, ce qui dans certains cas remonte à plusieurs années.
Sur certaines paires il est possible que le cirage ait craquelé (surtout s’il y en a beaucoup) et donne l’impression que la tige est fendue. En réalité ce n’est pas le cas et il suffit d’enlever les couches de cirage pour voir que la tige est impeccable, en revanche en enlevant le cirage il est possible que la paire soit partiellement décapée, dans le pire des cas il suffira de reteindre partiellement la chaussure. Parfois le pommadier pigmenté saphir est suffisante, parfois il faut utiliser de la teinture, mais c’est plus rare. En ce qui concerne le veau velours il est possible d’appliquer de la teinture sur la paire assez facilement, le résultat est surtout valable sur les couleurs sombres.

Une paire de Carlos Santos avant rénovation de la tige. (Source : Insta @belgianshoeshine)
Une paire de Carlos Santos avant rénovation de la tige. (Source : Insta @belgianshoeshine)
La même paire après rénovation (Source : Insta @belgianshoeshine)
La même paire après rénovation (Source : Insta @belgianshoeshine)

Modifier le chaussant.

Nous l’avons déjà évoqué au début de l’article, il est possible de faire rétrécir une paire de façon significative mais c’est un processus assez complexe et chronophage que nous détaillerons dans un article dédié, pour l'instant sachez simplement que c'est possible.

Diminuer les plis.

Les plis d’aisance peuvent être assez disgracieux sur certaines paires, heureusement il est très facile de les atténuer. Il existe plusieurs méthodes pour cela, nous allons en présenter deux.

La première méthode est très simple à mettre en place. Vous n’avez besoin que d’eau, de papier essuie-tout et d’embauchoirs adaptés à la chaussure. Tout ce que vous avez à faire c’est d’humidifier complètement l’essuie-tout, de le mettre sur l’embauchoir et d’insérer le tout dans la chaussure. Laissez ensuite l’ensemble sécher à l’air libre pendant 2 jours. Ne placez pas les chaussures à côté d’une source de chaleur. Assurez-vous que l’air ambiant dans la pièce soit relativement sec, un environnement trop humide ne permettrait pas à la chaussure de bien sécher.

Après 2 jours vous pouvez enlever l’embauchoir, la claque de votre chaussure sera normalement beaucoup moins marquée par les plis d’aisances. Si vous avez peur de la moisissure, nettoyez rapidement l’intérieur de la chaussure avec un coton légèrement imbibé d’alcool isopropylique. N’oubliez pas de conditionner l’intérieur de vos chaussures au moins une à deux fois par an. L’intérieur d’une chaussure doit être entretenu au même titre que le reste.

La seconde méthode est plus radicale et n’est pas sans risque. Vous avez besoin d’une bassine de deux paires d’embauchoirs, d’une serviette et d’un sèche-cheveux (ou d’un décapeur thermique). Vous devez d’abord immerger les chaussures (sans embauchoirs) dans un bain d’eau froide. Avant de crier comme des babouins sachez que le cuir ne craint pas l’eau claire, si vous l’ignorez le tannage est un processus qui nécessite d’immerger le cuir dans des liquides pendant des périodes prolongées. Pensez à enlever les lacets et à bien brosser les chaussures avant de les immerger afin que la tige soit relativement propre. Laissez tremper pendant une heure environ. Une fois retirées les chaussures vont être pleine d’eau, utilisez une serviette pour enlever l’excès d’eau qui a été absorbé par le cuir. Faite attention à ne pas frotter trop fort avec la serviette. Insérez ensuite une première paire d’embauchoirs et laisser sécher à l'air libre pendant 4 heures. Après cela, remplacez les embauchoirs humides par des embauchoirs secs et bien adaptés à la chaussure. À partir de maintenant vous allez utiliser votre sèche-cheveux pour accélérer le processus de séchage et aider la tige à se retendre. C’est cette étape qui est plus dangereuse car vous ne voulez en aucun cas exposer le cuir à une chaleur trop intense. Maintenez donc le sèche-cheveux (ou le décapeur thermique) à bonne distance et ne l’utilisez pas pendant une période trop prolongée, quelques minutes suffisent. Insistez sur les zones où les plis sont marqués, vous pouvez également masser un peu le cuir. Répéter le processus plusieurs fois. Laissez ensuite les chaussures sécher complètement à l’air libre. Là encore, ne laissez pas les chaussures dans un environnement humide, et ne placez pas les chaussures à côté d’une source de chaleur. Après 2 ou 3 jours les chaussures seront complètement sèches et les plis seront considérablement moins marqués.

Illustration de la première technique présentée. La paire est particulièrement marquée et pourtant après traitement les plis sont très atténués. Notez qu’ils ne vont jamais disparaître, la paire sera marquée à jamais, mais elle redevient mettable. (Source : vintageshoesformen)
Illustration de la première technique présentée. La paire est particulièrement marquée et pourtant après traitement les plis sont très atténués. Notez qu’ils ne vont jamais disparaître, la paire sera marquée à jamais, mais elle redevient mettable. (Source : vintageshoesformen)
Même résultat, mais cette fois avec la méthode de l’immersion. (Source : vintageshoesformen)
Même résultat, mais cette fois avec la méthode de l’immersion. (Source : vintageshoesformen)

Sélection de paires sur Ebay

Et enfin pour close cet article nous allons présenter quelques paires qui selon nous peuvent êtes intéressantes ainsi que quelques pages à suivre sur Ebay.

Pages intéressantes:

Carmina a commencé à vendre sur Ebay plusieurs paires avec défauts. Il est possible de faire des offres et certaines paires ont des défaut vraiment mineurs.
Vous pouvez voir la sélection disponible en ce moment en suivant ce lien

Des paires historiques, rares ou bespoke se trouvent souvent ici. Le prix est en revanche très élevé.