Démontage d’une paire de Carlos Santos

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Avant-propos

La paire qui fait l’objet du démontage est le modèle Andrew 6942 de Carlos Santos vendu à 339€. Cette paire a été achetée usagée mais a été portée moins d’une dizaine de fois par le précédent propriétaire. Il s’agit d’une double boucle avec un montage Goodyear rainette qui est trouvable chez d’autres marques sous divers noms. En effet, Carlos Santos est surtout réputé pour fournir via son usine Zarco bon nombre de private labels disponible en France. Loding, Malfroid, JM Legazel, Monsieur Chaussure, Gustavia, Marc Guyot, Prince Jorge et j’en passe font fabriquer ou on fait fabriquer certains de leurs modèles par Carlos Santos. Parmi toutes ces marques certaines proposent une double boucle très similaire, pour ne pas dire identique au modèle Andrew 6942 que nous allons démonter. Loding appelle leur modèle Melleray 473, chez Malfroid c’est Scapin (un lien avec les fourberies ?), quant à Monsieur Chaussure le nom est moins évocateur : MC01. En dehors de la communication faite par ces marques respectives et de quelques détails (notamment les peausseries), il ne s’agit que d’un seul et même modèle qui fait l’objet de plusieurs déclinaisons. Cet article n’a pas pour vocation à comparer ces différentes chaussures et à illustrer les différences existantes (ou non) dans le cahier des charges. Nous effectuerons sans doute ce travail un jour, mais pour l’instant nous allons nous contenter de démonter le modèle disons “originel”. Comme toutes ces chaussures sortent de la même usine, et sont fabriquées sur le même montage, vous saurez déjà très largement à quoi vous en tenir.

Le modèle en question sur le site de la marque. (Source: Carlos Santos)
Le modèle en question sur le site de la marque. (Source: Carlos Santos)
Et ses déclinaisons chez les private labels. (Source: Monsieur chaussure, Malfroid, Loding)
Et ses déclinaisons chez les private labels. (Source: Monsieur chaussure, Malfroid, Loding)

Puisque nous parlons du montage il est toujours bon de rappeler la façon dont s’articule la gamme de chaussures produites par Zarco, la marque ayant à juste titre la réputation d’être illisible à ce sujet. L’usine produit 4 gammes de chaussures. La première est en Blake, la seconde en Goodyear rainette, la troisième en Goodyear sous gravure (Handgrade), et enfin la quatrième est en Goodyear avec une cambrure en Blake (Handcrafted). Le modèle que nous allons démonter ainsi que ses copies vendues sous d’autres marques proviennent donc de la seconde gamme offerte par Zarco, ce qui correspond à la ligne principale de la marque.

Pour la première fois dans notre série de démontages nous allons mettre en parallèle nos commentaires avec ceux de “reviews, tests, avis” publiés par d’autres blogs. Cela afin d’exposer la différence qu’il peut exister entre les “attentes” issus de ces “tests” et la réalité. Et puis c’est toujours drôle de voir le babillage débile des influenceurs. À croire qu’il existe un concours secret entre eux pour savoir qui sortira la plus grosse connerie.

Cet article est par définition technique et assume que le lecteur a au moins lu notre article “Qu’est-ce qu’un soulier de qualité”.

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Avant de démonter la paire nous commençons par vérifier si le cuir comporte des défauts. Carlos Santos n’indique pas la provenance du cuir mais la marque se fournit essentiellement chez les tanneries du Puy et Annonay. Les photos donnent une fausse impression de l’état d’usure de la paire, cette dernière est vraiment presque neuve et tout ce qu’il lui faudrait c’est un bon entretien. Une fois que l’on fait abstraction des plis d’aisance, marques causées par l’usage et du manque hydratation de la peau il n’y a globalement pas de problèmes majeurs avec le cuir. Ce dernier frisote pas mal par endroits mais c’est attendu à ce prix, et bien que la paire n’ait pas été entretenue le cuir demeure assez souple.

Chez Comme un Camion ils ont essayé le modèle Melleray de Loding et ils sous entendent que Loding y serait pour quelque chose dans le design du modèle, ce qui n’est évidemment pas le cas. Crasse incompétence ou mauvaise foi, c’est à vous de juger. Les private labels aiment se voir attribuer des mérites qu’ils n’ont pas et payent en général assez bien pour cela. (Source: Comme un camion)
Chez Comme un Camion ils ont essayé le modèle Melleray de Loding et ils sous entendent que Loding y serait pour quelque chose dans le design du modèle, ce qui n’est évidemment pas le cas. Crasse incompétence ou mauvaise foi, c’est à vous de juger. Les private labels aiment se voir attribuer des mérites qu’ils n’ont pas et payent en général assez bien pour cela. (Source: Comme un camion)
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Pour ce qui est du montage ce modèle étant issu de la gamme principale il est en cousu Goodyear sous rainette. À 339€ c’est un peu mesquin car beaucoup de marques dans cette gamme de prix proposent du Goodyear sous gravure. Chez Carlos Santos si vous voulez accéder au Goodyear sous gravure il faut vous diriger vers la gamme Handgrade qui commence à 419€.

Jesper de Shoegazing a réalisé une review sur un modèle différent de la main line et arrive à la même conclusion, en même temps c’est une simple question de bon sens. (Source: Shoegazing)
Jesper de Shoegazing a réalisé une review sur un modèle différent de la main line et arrive à la même conclusion, en même temps c’est une simple question de bon sens. (Source: Shoegazing)
Chez Jamais Vulgaire qui ont écrit un article sur le modèle Scapin de Malfroid visiblement on ne sait pas très bien à quoi ça sert un cousu sous gravure alors on bave un peu n’importe quoi. (Source: Jamais vulgaire)
Chez Jamais Vulgaire qui ont écrit un article sur le modèle Scapin de Malfroid visiblement on ne sait pas très bien à quoi ça sert un cousu sous gravure alors on bave un peu n’importe quoi. (Source: Jamais vulgaire)
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En ce qui concerne la qualité de finition, le soin apporté à la paire est tout à fait correct, il n’y a rien de particulier à signaler. La roulette d’emboitage est, comme souvent dans ces prix, pas très belle et peu profonde mais il n’y a aucun défaut rédhibitoire. La jointure trépointe/couche point est bien effectuée contrairement à ce que l’on trouve chez Meermin par exemple. Le piquage de la tige avec 10 stitches per inch (SPI) est dans la moyenne de ce qui existe dans cette gamme de prix, il y a mieux ailleurs, mais il y a aussi pire. La couture petit point est régulière et ne comporte pas de défauts.

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Nous commençons par le démontage du bloc talon et déjà ça commence mal puisque non seulement ce dernier est en salpa, mais il est en plus très facile à faire sauter. Le bloc talon est maintenu en place par 5 clous vissés et de la néoprène. À titre d’exemple chez Bridlen et Meermin on avait 7 clous vissés (et de la néoprène), mais surtout le bloc talon était en cuir. Sans que ça soit la fin du monde, cela reste un point négatif.

Chez misiuacademy il existe une review du modèle Andrew de notre démontage, mais dans une couleur différente. Le contenu de la review est assez amusant puisqu’il parle d’une petite usine familiale, d’artisans experts qui n’utilisent presque pas de machines, bref au final une œuvre d’art…. Et vlan, derrière on se retrouve avec un bloc talon en salpa. La vilaine économie mesquine. Bon, il faut l’excuser, le type en question est depuis devenu un revendeur de la marque Carlos Santos alors forcément… (Source: misiuacademy/sartorialisme)
Chez misiuacademy il existe une review du modèle Andrew de notre démontage, mais dans une couleur différente. Le contenu de la review est assez amusant puisqu’il parle d’une petite usine familiale, d’artisans experts qui n’utilisent presque pas de machines, bref au final une œuvre d’art…. Et vlan, derrière on se retrouve avec un bloc talon en salpa. La vilaine économie mesquine. Bon, il faut l’excuser, le type en question est depuis devenu un revendeur de la marque Carlos Santos alors forcément… (Source: misiuacademy/sartorialisme)
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Je ne vais pas m’amuser à retirer toutes les couches du bloc talon, j’ai juste enlevé un sous-bout supplémentaire. À titre de comparaison sur cette photo vous avez à gauche le bloc talon qui provient de Bridlen.

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J’enlève ensuite la demi-première de propreté. En dessous de cette dernière se trouve un morceau de mousse caoutchouteuse de bonne densité. Rien de vraiment spécial dans ce domaine, la première de montage est en cuir et présente une épaisseur qui est très correcte.

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Passons maintenant au montage, il y a beaucoup à dire. Commençons par le cambrion en bois. L’avantage du bois par rapport à l’acier est bien évidemment qu’il ne rouille pas. Alors, je sais bien que ça fait traditionnel d’utiliser un cambrion en bois, encore faut-il que cela soit fait proprement. Le cambrion est pratiquement tombé de lui-même au moment d’ouvrir la chaussure. Il est fort probable que le temps de séchage de la néoprène n’ait pas été respecté. Si vous avez déjà eu des chaussures qui grincent ou couinent le coupable est bien souvent le cambrion qui s’est décollé.
Le couche point est maintenu en place par des agrafes, ce qui est très commun pour les productions Européennes mais n’a pas ma préférence.

La review de Jamais Vulgaire fait mention d’un double cambrion en bois. On peut voir que sur notre modèle ce n’est pas le cas. N’ayant pas démonté le modèle Scapin de Malfroid, j’accorde le bénéfice du doute. Les marques en private label peuvent choisir des options spécifiques que l’usine peut décider de ne pas inclure sur leur ligne en nom propre. Nous aurons la réponse définitive à cette question lorsque nous démonterons une paire de Malfroid. (Source: Jamais vulgaire)
La review de Jamais Vulgaire fait mention d’un double cambrion en bois. On peut voir que sur notre modèle ce n’est pas le cas. N’ayant pas démonté le modèle Scapin de Malfroid, j’accorde le bénéfice du doute. Les marques en private label peuvent choisir des options spécifiques que l’usine peut décider de ne pas inclure sur leur ligne en nom propre. Nous aurons la réponse définitive à cette question lorsque nous démonterons une paire de Malfroid. (Source: Jamais vulgaire)
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Une bonne nouvelle, le mur de montage est collé (sans surprise) mais également agrafé en place. Cela afin d’éviter que le mur de montage ne se mette à bouger si la colle se désagrège (ce qu’elle fera tôt ou tard) ou si vous mettez trop de pression sur le mur de montage en utilisant des embauchoirs inadaptés. Une solution qui gagnerait à être adoptée par toutes les marques qui utilisent des murs collés.

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J’expose ensuite les renforts, Comme toujours le bout dur est en celastic. Ce dernier est d’une qualité assez correcte, supérieur à ce qui est utilisé par Meermin ou Bridlen par exemple.

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À l’arrière le contrefort est en salpa, mais ce dernier est très souple, probablement pour favoriser un plus grand confort immédiat au détriment de la durabilité. C’est toujours mieux que du celastic. Il n’y a pas d’ailette de renforts. Dans cette gamme de prix ce n’est absolument pas surprenant et dans nos démontages seule la paire de Bridlen en avait.

Selon Jamais Vulgaire Malfroid utilise un cuir de 16 mm d’épaisseur. La valeur de 16 mm est donnée à au moins deux reprises dans l’article donc s’il s’agit d’une coquille cette dernière est persistante et très amusante car elle est d’une ineptie totale. Mais si jamais vous aviez des doutes sur la stupidité de la valeur qui est donnée, voilà pour référence l’épaisseur du cuir utilisé par Carlos Santos. (Souce: Jamais vulgaire)
Selon Jamais Vulgaire Malfroid utilise un cuir de 16 mm d’épaisseur. La valeur de 16 mm est donnée à au moins deux reprises dans l’article donc s’il s’agit d’une coquille cette dernière est persistante et très amusante car elle est d’une ineptie totale. Mais si jamais vous aviez des doutes sur la stupidité de la valeur qui est donnée, voilà pour référence l’épaisseur du cuir utilisé par Carlos Santos. (Souce: Jamais vulgaire)
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Le cuir de tige fait environ 1.20 mm d’épaisseur. En réalité il est légèrement moins épais, mais obtenir une mesure précise tout en prenant une photo est délicat. Et je vois ceux qui vont me dire : « Mais peut être qu’ils parlaient de la première de montage ?…. ». Celle-ci mesure environ 3.46 mm d’épaisseur. Vous en tirez les conclusions que vous voulez quant aux experts en expertises et à leur (in)compétence.

Conclusion

Ce modèle est une bonne illustration du principe de segmentation au sein d’une même usine. Zarco sait faire des chaussures techniquement très avancées (avec la ligne Handcrafted par exemple) et ce savoir-faire est mis au service des lignes inférieures. Le choix d’agrafer le mur de montage collé en est une bonne illustration. La paire est également finie avec soin, et on est loin de trouver la même négligence qu’avec les productions Chinoises de Meermin par exemple. Pas de trépointes baladeuses, pas de déforme appliquée n’importe comment etc etc. Pour autant nous ne sommes pas non plus en présence d’un soulier qui soit techniquement radicalement différent de ce que Meermin propose. Pour le double du prix, vous avez un travail qui est bien effectué, mais qui n’est pas non plus sans reproches. Les productions de Carlos Santos en leur nom propre et dans leur gamme principale sont donc honnêtes et pêchent surtout par certains choix économiques qui peuvent trouver leur explication dans la concurrence. En effet, la ligne principale en Goodyear rainette est mise en vente à un prix assez proche de ce qui se fait chez les Espagnols d’Andrès Sendra alors que la ligne Handgrade et son cousu sous gravure semble plus lorgner du côté de Carmina.

Le guide de la seconde main partie 3 : les souliers

Avant-propos

Dernière partie de notre guide sur la seconde main, cet article est entièrement dédié au soulier.
Afin d'éviter les répétitions inutiles, nous n'allons pas évoquer ici des questions qui ont déjà été traitées dans les articles précédents de ce guide. Donc si vous voulez connaître les endroits où vous pouvez acheter des chaussures en cuir d'occasion, ou si vous voulez connaître les grands principes derrière le fonctionnement du marché de la seconde main, c'est dans cet article que ça se passe.

De la même façon, il est préférable d'avoir quelques bases avant d'envisager acheter des souliers d'occasion afin de savoir un minimum ce que vous faites. Pour cela nous vous recommandons de lire notre article “qu’est-ce qu’un soulier de qualité”. Car s’il est possible de faire de très bonnes affaires, il est également possible de faire de coûteuses erreurs.

Cet article comporte des liens affiliés vers Ebay. Nous touchons une petite commission si vous achetez via ces liens, cela sert à financer les démontages.

Quelques principes

Tout d'abord, commençons par évacuer une connerie colportée par les Nigolo et autres experts d’écoles de commerce qui veulent qu’une chaussure en cuir usagée va être formée selon le pied du précédent propriétaire, que cela va être la source de bien des problèmes et que par conséquent mieux vaut privilégier les paires peu portées voire carrément neuves. C’est en grande partie, comme bien souvent avec ces gens, de la foutaise. Leur intérêt est bien évidemment de vous faire acheter du neuf chez eux (ou chez leurs potes), plutôt que de l'ancien ailleurs. C'est tellement plus lucratif de faire monter la hype virtuelle pour la prochaine collab avec Max Suceur et ses pompes de merde alors que pour le même prix vous pouvez acheter du Green, Lobb ou du bespoke d’occasion.
Certes, acheter une chaussure d'occasion comporte quelques risques. Comme avec n’importe quel objet usagé, femmes comprises. Il est d'ailleurs beaucoup plus facile de rectifier le tir avec des chaussures qu’avec un costume qui a été charcuté par de multiples retouches approximatives. Tout dépend de votre niveau de connaissance, de la quantité d’efforts et donc de temps que vous êtes prêts à fournir. C’est à vous de déterminer quel type d’acheteur vous êtes et quels types de chaussures vous voulez. Toutes les parties de ce guide ne vous serons donc pas nécessairement utile. Si votre cible sont les paires de Meermin à peine portées qui pullulent sur eBay, faites-vous plaisir, c’est par ici que ça se passe.

Par ailleurs, évoquons rapidement les services de “restauration et revente” qui commencent à faire leur apparition un peu partout. L’occasion est un marché qui constitue un manque à gagner pour les marques qui ne vendent que des produits neufs. Certains fabricants comme Weston rachètent donc des paires usagées à leurs clients, pour les restaurer et les remettre en vente. L'initiative n'est pas mauvaise puisque chacun y trouve son compte cela fait plus de shekels pour les actionnaires et ça permet de faire un peu de greenwashing au passage, tandis que le client bénéficie d'une paire qui a été rénovée aux standards de la marque sans être aussi chère que du neuf. C'est donc un concept gagnant, mais qui n'est pas le moins cher. Vous imaginez bien que les paires ne sont pas rénovées à prix coûtant. De la même façon certaines personnes se spécialisent dans le chinage et dans la revente, ce sont des gens qui passent leur temps à dénicher les bonnes occasions, à les retaper et à les revendre. Parfois c'est très bien fait, parfois le travail est totalement bâclé, tout dépend du niveau de la personne qui s’en charge. Dans tous les cas, la bonne affaire ce sont eux qui la font et pas le client final. C'est un service qui est surtout bénéfique pour les gens qui n'ont ni l'envie ou le temps de se consacrer au marché de la seconde main, ce qui se comprend parfaitement tant c'est une activité chronophage.

souliers westons vintage
Le service “Weston vintage” l’intérêt est évident, mais l’on sort un peu du domaine de la seconde main à proprement parler. Vous avez en revanche l’assurance que les paires ont fait l’objet d’une restauration dans les règles de l’art. (Source : Weston)

Comment identifier le fabricant d'une chaussure ?

Vous le savez si vous avez l’habitude de nous lire - bien souvent en cachette - l’industrie du soulier, comme beaucoup d’autres, repose en partie sur le private labeling. Pour ceux qui ne comprennent pas, nous parlons de ce sujet dans notre article “les arnaques dans le monde de la chaussure” où nous fournissons une liste de quelques usines et de certains de leurs clients. Pour résumer rapidement, les grands groupes du luxe généraliste comme les petites marques 2.0 ne fabriquent pas leurs chaussures. La production est donc effectuée par une usine tierce indépendante, qui vend ses services à de nombreuses marques. Ce n'est donc pas de la sous-traitance à proprement parler, mais ça y ressemble énormément. Et bien évidemment au fil des années les marques utilisent plusieurs usines, les contrats changent, les objectifs aussi, tout cela parfois au sein d’une seul et même gamme.

JFtizpatrick shoes Andres Sendra
À gauche une paire de Jfitzpatrick, à droite une paire d’Andrès Sendra. Si vous trouvez une certaine ressemblance, c’est bien normal, puisqu’il s’agit virtuellement des mêmes chaussures. Sauf que celles de droites sont vendues par le fabricant (Sendra) et celles de gauches sont vendus par le private label porté sur la bouteil… pardon, je voulais dire : qui a de la bouteille, Fitzpatrick. (Source Sendra & Fitzpatrick)

Très concrètement, prenons l’exemple de la ligne Purple Label de Ralph Lauren, les chaussures sont parfois fabriquées chez Edward Green, Crockett & Jones, G&G, Silvano Sassetti... Encore mieux, prenons maintenant l’exemple de la ligne Polo Ralph Lauren, les chaussures proviennent cette fois d’Edward Green, Crockett & Jones, Alfred Sargent (qui n’existe plus aujourd’hui), Sesto Meucci ou encore Sutor Mantellassi… parmi d’autres. Ralph Lauren a beau avoir un cahier des charges précis pour chaque ligne, toutes les chaussures ne sont pas faites au même standard et ne sont donc pas de la même qualité, bien qu’elles appartiennent à la même gamme.
Une fois arrivés sur le marché de la seconde main, ces souliers Ralph Lauren vont être noyés parmi les autres lignes intermédiaires, les modèles fabriqués dans le tiers monde etc etc et c’est justement là qu’être capable d’identifier le fabricant va être très intéressant. Les chaussures en seconde main ont tendance à rapidement perdre en valeur, une fois qu’une paire a été portée, même une seule fois, le prix est bien souvent réduit de 50 %. Cela dépend bien évidemment des marques et du marché. Les souliers Edward Green ont une excellente réputation auprès des connaisseurs et n’attirent en général pas tellement les clients “lambdas”, leur prix sur le marché de l’occasion est donc plutôt constant. En revanche, Ralph Lauren étant une marque généraliste, beaucoup de clients ne savent pas qui est le fabricant de leurs chaussures et ignorent leur valeur à la revente. Il est de fait plus facile de trouver à vil prix une paire d’Edward Green sous le nom de Ralph Lauren qu’une paire d’Edward Green en nom propre. Bien évidemment cette petite astuce est maintenant connue des spécialistes, et cela s’est traduit par une inflation des prix des paires en question. Toutefois vous comprenez maintenant l’intérêt d'être capable d’identifier un fabricant.

Ralph Lauren Edward Green shoes
Les vendeurs de ces deux paires de Ralph Lauren Purple Label indiquent directement que le fabricant des chaussures est Edward Green. Mais tous les vendeurs ne connaissent pas nécessairement la provenance de leurs chaussures, il ne faut donc pas hésiter à chercher. Pour l'anecdote, la paire de gauche a été vendue pour 309$, une excellente affaire. (Source : Ebay)

Vous imaginez bien qu’il existe un certain nombre de marques qui sont aujourd’hui disparues, oubliées, peu populaires et qui ont parfois fait fabriquer chez des usines très réputées. Prenons un autre exemple, il est peu probable que vous ayez connaissance de la marque Tom James Company, une société qui est aujourd’hui à l’origine d’Individualized Apparel Group, une holding qui détient notamment Oxxford et Holland & Sherry, donc pas n’importe quoi. Tom James Company font essentiellement des costumes atroces en MTM pour courtiers d’assurances et autre sangsues du monde moderne mais la marque a vendu à une certaine époque des chaussures en leur nom fabriquées par Crockett & Jones (en handgrade qui plus est) et par Alfred Sargent. Bien que ces modèles se trouvent essentiellement aux États-Unis et plus rarement au Royaume-Unis, ils se vendent en général à des prix extrêmement bas car peu connus. Vous pouvez en avoir un aperçu ici.
On peut également parler de Mack James, qui est en réalité l’un des premiers noms utilisés par Carlos Santos (fabricant de Malfroid, Loding...) pour vendre leurs chaussures. La marque est maintenant pratiquement oubliée du monde entier et vous pouvez trouver des paires pour trois fois rien, comme cette paire de Derby à nez jointé pour 35€….

Du Carlos Santos qui ne dit pas son nom pour 10 fois moins cher. 
<a href="https://ebay.us/4KRwMo "> Lien vers l'annonce Ebay</a>
(Source:Ebay)
Du Carlos Santos qui ne dit pas son nom pour 10 fois moins cher. Lien vers l'annonce Ebay (Source:Ebay)
Les paires de C&J ou Alfred Sargent vendues sous le nom de Tom James Company sont en général moins chères. 
<a href="https://ebay.us/3vspZI"> Lien vers l'annonce Ebay</a> 
(Source : Ebay)
Les paires de C&J ou Alfred Sargent vendues sous le nom de Tom James Company sont en général moins chères. Lien vers l'annonce Ebay (Source : Ebay)
Les 3 modèles proviennent tous de Crockett & Jones
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(Source: Ebay)
Les 3 modèles proviennent tous de Crockett & Jones Lien vers l'annonce Ebay (Source: Ebay)
Le dernier exemple. Comme vous pouvez le constater les modèles sont assez similaires en style et présentent donc un intérêt limité.
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(Source: Ebay)
Le dernier exemple. Comme vous pouvez le constater les modèles sont assez similaires en style et présentent donc un intérêt limité. Lien vers l'annonce Ebay (Source: Ebay)

Alors, comment s’y prendre pour identifier un fabricant ? Le mieux est de se baser sur un faisceau d’indices. Pour cela vous pouvez regarder les détails de fabrication et de patronage d’une chaussure. Si le cousu est sous gravure ou non etc etc... Mais il y a en réalité deux éléments majeurs. Le premier est le moins efficace, il s’agit du talon. Le bloc talon d’une chaussure est cloué et les clous forment un pattern. Ce pattern est souvent propre à chaque fabricant. Malheureusement il n’est pas fixé dans le temps, et si le précédent propriétaire a fait changer le bloc talon, vous perdez toute possibilité d’identification. Sans compter que certains fabricants utilisent des patterns qui sont parfois très similaires, voire même identiques. Le second élément est le plus efficace, il s’agit de regarder les numéros imprimés à l’intérieur de la chaussure. Ces numéros ne sont en soi pas très importants, souvent ils indiquent la taille, parfois le numéro de modèle, parfois il s’agit d’un code au sens sibyllin connu uniquement du fabricant. Donc décoder les chiffres ne sert pas à grand-chose. Ce qui est beaucoup plus important c’est la façon dont les chiffres sont frappés et la façon dont ils sont agencés. Sans aller jusqu’à dire que ces chiffres permettent d’identifier à coup sûr un fabricant, ils sont un élément très important et combinés à d’autres indices ils vont vous permettre d’obtenir une réponse assez précise. Bien évidemment, les codes usines changent au fur et à mesure que les années passent et il est donc important de se bâtir une archive complète avec différents “millésimes” si vous voulez avoir la moindre chance d’obtenir des résultats.

L’une des façons de confirmer la provenance des chaussures est de comparer les codes usines. Ici une paire de Crockett & Jones avec le modèle Pembroke. (Source : Ebay)
L’une des façons de confirmer la provenance des chaussures est de comparer les codes usines. Ici une paire de Crockett & Jones avec le modèle Pembroke. (Source : Ebay)
Trois différents types de codes. Pourtant toutes ces paires proviennent d'Alfred Sargent. Elles ne sont simplement pas de la même époque. (Source: Sartorialisme)
Trois différents types de codes. Pourtant toutes ces paires proviennent d'Alfred Sargent. Elles ne sont simplement pas de la même époque. (Source: Sartorialisme)
chaussures Carlos Santos Loding Malfroid
La frappe classique du code usine chez Carlos Santos. Dans l'ordre vous avez une paire de Malfroid, Loding et Marc Guyot. (Source: Vinted)
Deux types de patterns sur des paires de Crockett & Jones. L'un avec une rangée de pointes, l'autre avec deux. (Source: Sartorialisme)
Deux types de patterns sur des paires de Crockett & Jones. L'un avec une rangée de pointes, l'autre avec deux. (Source: Sartorialisme)

Les marques à acheter ?

Il n’y a pas de règle en la matière, chacun fait ce qu’il veut avec son argent. L'occasion est le seul moyen de se procurer des paires de Tuczek, Bunting, Petrozzi... mais l'on est cette fois plus dans la collection que dans la recherche aux bonnes affaires. Bien que l'un n'empêche pas l'autre. Comme nous l'avons indiqué dans les propos introductifs, tout va dépendre de ce que vous cherchez et de votre budget. Il faut toutefois savoir que la réputation actuelle des marques n’est pas nécessairement révélatrice de la qualité des chaussures vendues dans le passé. C’est surtout valable pour les marques qui existent depuis longtemps. En général, les chaussures fabriquées dans les années 1950 étaient meilleures que celles des années 1960. Et les chaussures fabriquées dans années 60 étaient meilleures que celles des années 70, ainsi de suite. Ce sont les bienfaits de la modernité qui veut que les produits deviennent de moins en moins durables et de plus en plus chers. Il est donc important de connaître un minimum votre histoire des marques et de la mode. Prenons l’exemple de Church’s qui était une marque parfaitement respectable et qui depuis le rachat par Prada en 99 s'est spécialisée dans les paires en cuirs bookbinder à la qualité de fabrication approximative. Tout cela bien évidemment en pratiquant des prix délirants pour la seule satisfaction des actionnaires. Les marques américaines sont également victimes de la même tendance. Beaucoup des marques comme Florsheim, FootJoy, Johnston & Murphy, Nettleton, Bostonian ont fait des chaussures d’une grande qualité jusque dans les années 70. Après cela ces marques ont commencé à faire de la merde. Il en va de même avec Alden et Allen Edmonds mais bien qu’elles ne soient que les pâles reflets de ce qu’elles ont été, elles n’ont pas encore totalement touché le fond de la fosse septique. Les exemples de marques dont le nom prestigieux a été vidé de toute substance ne manquent pas. Nous pourrions également parler de Berluti. Le prêt à porter actuel de la marque n’a absolument rien de commun avec les paires fabriquées par le bottier de la grande époque. Cela peut sembler évident, mais chez certaines personnes au cortex simien, il semble s’opérer un raccourci étrange qui veut que si Huguette de Paris en parle, c’est forcément bien. Bref, la réputation d’une marque à un instant T n’est pas nécessairement représentative de la qualité de ses produits à travers les années. Les marques ont une vie, elles sont vendues, rachetées, incorporées, démantelées.... Certains nécrophiles en mal d'héritage ont même le mauvais goût d'aller ressusciter des marques disparues depuis longtemps...
Gardez tout de même à l’esprit que comme nous parlons de chaussures d’occasion si cela vous amuse d’acheter des paires à la qualité de fabrication douteuse pour une bouchée de pain, grand bien vous fasse. Cela peut même être un exercice amusant puisqu’il va éventuellement vous permettre de faire la comparaison entre des chaussures bien faites et des chaussures dont la qualité est galvaudée par le marketing. À moins que vous ne soyez l'un de ces ploucs incapables de regarder en arrière et d'admettre qu'ils ont été pris pour des cons. Dans votre cas point de salut en dehors de la potence.

Une paire d’Henry Maxwell bespoke au prix d’une paire de Carmina… (Source : Ebay)
Une paire d’Henry Maxwell bespoke au prix d’une paire de Carmina… (Source : Ebay)
Une “spade sole” sur une paire de Bostonian avant que la marque ne sombre dans les méandres de la médiocrité. Le niveau de finition pour une chaussure de prêt-à-chausser est excellent et supérieur à bien des marques du haut de gamme actuel. La marque a été rachetée par Clark’s en 1979 et n’existe plus aujourd’hui que comme une coquille vide dont le nom est apposé sur des chaussures collées vendues via Amazon. (Source : Ebay)
Une “spade sole” sur une paire de Bostonian avant que la marque ne sombre dans les méandres de la médiocrité. Le niveau de finition pour une chaussure de prêt-à-chausser est excellent et supérieur à bien des marques du haut de gamme actuel. La marque a été rachetée par Clark’s en 1979 et n’existe plus aujourd’hui que comme une coquille vide dont le nom est apposé sur des chaussures collées vendues via Amazon. (Source : Ebay)
Church’s qui décide d’augmenter leurs prix d’environ 50 % du jour au lendemain. (Source : londonnewstime)
Church’s qui décide d’augmenter leurs prix d’environ 50 % du jour au lendemain. (Source : londonnewstime)
Alors que la gamme actuelle est composée massivement de chaussures en cuir bookbinder… pardon, à liant poli, pour utiliser l’expression maison. Faire toujours plus de Shekel semble être l’unique préoccupation de la marque. (Source : Church’s )
Alors que la gamme actuelle est composée massivement de chaussures en cuir bookbinder… pardon, à liant poli, pour utiliser l’expression maison. Faire toujours plus de Shekel semble être l’unique préoccupation de la marque. (Source : Church’s )

Quelques arnaques typiques à éviter

Il est assez courant dans le milieu de la chaussure d’occasion d’essayer de faire passer toutes les chaussures bordeaux pour du cordovan. D’ailleurs l’appellation cordovan est bien souvent utilisée pour désigner une couleur plutôt que le type de cuir. Le cordovan étant plus cher, la valeur de ces chaussures en seconde main est naturellement plus élevée. Refourguer du box calf pour du cordovan, c’est un jeu très rigolo qui permet de se payer la tête de l’idiot du village. C’est devenu presque une tradition, un rite initiatique. Comme les victimes sont majoritairement des acheteurs d’Alden, elles le méritent amplement ne vous inquiétez pas pour eux.

De la même façon certains tentent de faire passer du box calf imprimé d'un motif reptile pour du véritable crocodile ou de l’alligator. Faire la différence entre un cuir qui est passé sous presse pour prendre l'apparence d'un cuir exotique et un véritable cuir exotique est assez difficile, cela demande beaucoup d'expérience et c'est un sujet à lui seul, nous n'allons pas le traiter plus en détails ici.

Une autre arnaque assez courante consiste à faire passer une chaussure pour ce qu’elle n’est pas. Les marques à l’intérieur de la chaussure peuvent disparaître à cause de l’usure et s’il n’est pas fait mention de la marque ailleurs, il devient très facile de faire passer des savates pour de l’or. C’est une astuce qu’il est en général assez facile à démonter car ceux qui se vouent à ce petit jeu tentent de vous faire croire qu’une paire de Bata est en réalité une paire d’Edward Green, ou qu'une paire de Méphisto sont des Lobb. Il est donc extrêmement aisé de voir que les finitions de la chaussure ne correspondent pas du tout à ce qu’elle prétend être.

Une variante de l'arnaque précédente consiste à enlever la première de propreté d'une paire de qualité et de la mettre dans une contrefaçon ou dans une paire de qualité inférieure. La première de propreté, ou demi première de propreté étant simplement collée sur la première de montage il est en général très facile d'opérer la substitution. Cela peut rendre l'identification des contrefaçons difficiles, puisque la première provient bel et bien d'une paire authentique. Il faut bien vérifier la qualité des finitions, mais également comparer le niveau d'usure de la première de propreté avec le reste de la chaussure.

Une paire d’Alden modèle 984 présentée comme étant en cordovan marron. (Source : Ebay)
Une paire d’Alden modèle 984 présentée comme étant en cordovan marron. (Source : Ebay)
Alors que sur le site de la marque le modèle 984 est décrit comme étant en calfskin bordeaux. (Source: Alden)
Alors que sur le site de la marque le modèle 984 est décrit comme étant en calfskin bordeaux. (Source: Alden)
Une paire d’Alden modèle 561 présentée encore une fois comme étant en cordovan marron. (Source: Ebay)
Une paire d’Alden modèle 561 présentée encore une fois comme étant en cordovan marron. (Source: Ebay)
Sauf que cette fois le vendeur pousse le vice jusqu’à réitérer dans la description que le cuir est du cordovan. (Source: Ebay)
Sauf que cette fois le vendeur pousse le vice jusqu’à réitérer dans la description que le cuir est du cordovan. (Source: Ebay)
Sans surprise, sur le site d’Alden le modèle 561 est décrit comme étant en calfskin marron…. On applaudit bien fort les 7 couillons qui sont en train d’enchérir sur la paire. (Source: Alden)
Sans surprise, sur le site d’Alden le modèle 561 est décrit comme étant en calfskin marron…. On applaudit bien fort les 7 couillons qui sont en train d’enchérir sur la paire. (Source: Alden)
Il est possible d'acheter des premières de propreté pour les mettre dans des paires d'autres marques et ainsi faire artificiellement augmenter le prix des chaussures. Méfiance. (Source: Ebay)
Il est possible d'acheter des premières de propreté pour les mettre dans des paires d'autres marques et ainsi faire artificiellement augmenter le prix des chaussures. Méfiance. (Source: Ebay)
On monte d’un cran en enculade avec une paire de “Lobb” fabriquée dans le tiers monde avec de l’alligator imaginaire. (Source: Ebay)
On monte d’un cran en enculade avec une paire de “Lobb” fabriquée dans le tiers monde avec de l’alligator imaginaire. (Source: Ebay)
Le type n'a pas peur de montrer son outillage derrière, comme si chez Lobb on travaillait par terre... (Source: Ebay)
Le type n'a pas peur de montrer son outillage derrière, comme si chez Lobb on travaillait par terre... (Source: Ebay)

La question du chaussant.

Notre article “comment choisir un soulier, chaussant forme et taille” explique tout ce qu’il y a de plus important à savoir sur ce sujet. Néanmoins les chaussures d’occasions forment une catégorie un peu à part car à moins de n’avoir été que très peu portée, un précédent propriétaire a déjà “fait” la chaussure. Dans quelques cas assez rares, cela peut être la cause de désagréments, notamment sur les mocassins. Il arrive alors qu’une chaussure qui soit à votre taille et dans une forme qui normalement vous convient ne vous aille pas. On dit pour des mocassins neufs que ce n’est pas le porteur qui choisit le mocassin, mais le mocassin qui choisit le porteur. C’est un adage qui est toujours vrai sur le marché de l’occasion, le problème le plus courant étant le déchaussage au niveau du talon. Sur les chaussures au montage Goodyear (et assimilés) on peut lire parfois qu’il ne faut pas acheter de l’occasion car le rempli en pâte de liège aura pris la forme du précédent propriétaire. Cette affirmation est incomplète et mérite quelques précisions. Tout d’abord la fonction principale du rempli est, comme son nom l’indique, de remplir la cavité qui existe entre la première de montage et la semelle d’usure. Le rôle de confort n’est que secondaire et très limité. Le rempli n’est ensuite pas nécessairement en agglomérat de liège. Il peut être en cuir ou en feuille de liège sur les chaussures bottières, ou en salpa et autres matériaux synthétiques sur les chaussures industrielles. Lorsqu’une chaussure est bien faite, le rempli doit au mieux légèrement épouser la forme des têtes métatarsiennes mais sans plus. Est-il possible que le rempli s’affaisse et devienne inconfortable ? Oui, mais c’est un problème qui est lié à la qualité de la chaussure et non au fait qu’elle soit d’occasion ou non.
Vous pouvez aussi lire des réactions sur les forums du genre “acheter des souliers bespoke d'occasion, mer il et fou ?”. Certains ploucs dont la logique est défaillante arguent en effet qu'il est stupide d'acheter des chaussures bespoke occasions, car elles n'ont pas été faites pour leur pied mais pour celui d'un autre. Ils oublient que leurs pompes de prêt-à-chausser en private label n'ont également pas été faites pour eux. Le principe du prêt-à-chausser est d'être fait pour tout le monde, c'est à dire pour personne. Certaines chaussures bespoke vous iront comme un gant, d'autres ne vous iront pas. Il n'y là strictement aucune différence avec le PAP et c'est un débat qui ne devrait même pas exister si ce n'est pour les fonctions cognitives douteuses de certains.
Comme les chaussures de seconde main sont bien souvent beaucoup moins chère que les chaussures neuves, vous ne devriez pas avoir trop de scrupules à les “maltraiter” pour les adapter à vos pieds. Il existe un certain nombre de techniques qui vous permettent de corriger le chaussant. Vous pouvez bien évidement recourir aux traditionnelles semelles intercalaires, anti-glissoirs, formes à forcer et autre shoe-eze. Et puis il y a des méthodes beaucoup moins traditionnelles qui vous permettent d’altérer de façon significative le chaussant. Il est parfaitement possible de rétrécir des chaussures à l’aide d’un fer à repasser. C’est un processus qui est n’est pas sans risques et qui comporte certaines réserves, je ne recommande pas du tout de l’essayer sur des paires neuves sans expérience. Avant d’envisager une telle opération il faut s’entrainer longuement sur des cobayes d’occasions. Nous parlerons de cette technique plus en détail dans un article dédié.

Application d’une couche de pâte de liège pour combler le vide laissé par la hauteur du mur de montage. (Source : baxterandblack)
Application d’une couche de pâte de liège pour combler le vide laissé par la hauteur du mur de montage. (Source : baxterandblack)
Rétrécissement d’une paire de souliers à l’aide d’un fer à repasser. Âmes sensibles s’abstenir. (Source : leemorison)
Rétrécissement d’une paire de souliers à l’aide d’un fer à repasser. Âmes sensibles s’abstenir. (Source : leemorison)

Le niveau d'usure.

C'est indéniablement le premier critère sur lequel les gens se focalisent car dès le premier port le cuir d’un soulier va plisser. Et si le précédent propriétaire ne savait pas choisir des chaussures à sa taille, ça plisse possiblement très fort. Mais les gens ont tendance à être obnubilés par les plis, alors qu’en réalité ces derniers sont essentiellement cosmétiques et peuvent être très largement atténués avec un peu d’huile de coude, nous allons revenir là-dessus dans un instant. En ce qui concerne l’usure des chaussures, il y a quelques règles à suivre, mais étonnamment beaucoup moins que l’on pourrait penser. Tout d'abord il faut comprendre que plus une chaussure est de qualité, mieux elle va vieillir. À nombre de ports égaux une paire de Meermin sera beaucoup plus usée qu'une paire de Lobb. La qualité du cuir et la qualité de fabrication sont des éléments essentiels de ce point de vue. Il faut par ailleurs réaliser que l’aspect visuel d’une chaussure n’est pas nécessairement indicatif de sa santé. Les chaussures de seconde main ont très souvent l’air absolument immondes si elles n’ont pas fait l'objet d'un entretien rigoureux. Pour peu que le précédent propriétaire n’ait pas été un lecteur de Sartorialisme et n’ait pas acheté des chaussures avec un chaussant adapté, alors il est possible que le cuir gondole atrocement et fasse des plis extrêmement disgracieux. C'est également valable pour les paires qui n'ont jamais vu d'embauchoirs. Mais cela ne veut pas dire que la chaussure est bonne à jeter, loin de là. Il y a des sadiques qui se plaisent également à noyer le cuir sous des couches de cirage, bernés par la croyance populaire que le cirage est bon pour les chaussures. Le cirage assèche terriblement le cuir et bien évidemment puisque ces gens ne l'enlèvent jamais mais au contraire en ajoutent toujours plus à la louche, la tige finie par être terriblement encrassée.
Le plus important est de bien regarder si l’aspect structurel de la chaussure est encore bon. Pour simplifier les choses voici une liste des choses à surveiller quand vous achetez des chaussures en cuir usagées :

• Vérifiez que la semelle soit en (relatif) bon état et ne soit pas trouée. Certains petits malins s’amusent à cacher les trous en posant un patin genre topy ou vibram, soyez donc toujours sur vos gardes quand une paire a un patin. Faites très attention à l'avant de la semelle, certaines personnes attaquent fortement cette zone. Moins il reste de matière plus il est difficile de faire poser un fer.

• Vérifiez que le montage soit intact (intégrité des coutures, trépointe qui se décolle...) un ressemelage imprévu n’est pas le genre de surprise que vous voulez avoir sur une paire d’occasion. Essayez de voir si la paire a déjà été ressemelée. J’ai le plus grand respect pour nos artisans cordonniers, mais comme toutes les professions il est de plus en plus difficiles de trouver des gens compétents, surtout en province. Certains ressemelages peuvent être absolument catastrophiques et il est d’une façon générale préférable d’éviter les paires déjà ressemelées, surtout si le travail a l’air douteux ou que vous ne savez pas quel est le cordonnier derrière l’opération.

• Vérifiez que la tige ne soit pas craquée. Quand la tige craque, c’est la fin. On peut encore essayer de bricoler un peu, sur le box calf il existe des mastics qui peuvent colmater certaines brèches, sur les chaussures en crocodiles, il est assez commun par exemple que les écailles se séparent, et si vous êtes méticuleux on peut s’aventurer à une réparation. En revanche si les chaussures sont fabriquées en Cordovan, les déchirures de la tige ne sont pas réparables. Globalement les déchirures signifient très probablement que la chaussure n'a pas été entretenue correctement et c’est un signe qu'elles ont fait leur temps. Acheter une tige craquée c’est donc tout sauf une bonne idée, même pour un prix modique. En revanche une tige avec des fissures superficielles peut être traitée par un ponçage méticuleux mais cela demande un certain savoir-faire.

• Vérifier l’état de la doublure, surtout en ce qui concerne les mocassins qui sont souvent portés sans chaussettes. La sueur étant acide elle est nocive pour le cuir et une doublure brûlée par la sueur n’est pas du tout un bon signe. Dans les cas extrêmes la sueur s’attaque également aux parties métalliques à l’intérieur de la chaussure (cambrion, agrafes…) et les fait rouiller terriblement. La rouille et le cuir ne font pas bon ménage.

• Vérifiez l’emboitage, beaucoup de marques de prêt à porter utilisent maintenant des contreforts en celastic qui n’est autre que du thermoplastique. Si l’ancien propriétaire n’utilisait pas de chausse pied les contreforts peuvent être très usés avec les risques que cela comporte. Si un contrefort en celastic (ou en salpa) casse, il n’est pas réparable, contrairement au cuir. On peut éventuellement bricoler mais il ne s’agira jamais d’une réparation complète à moins que vous ne souhaitiez dépenser beaucoup d’argent. Il arrive aussi parfois que la tige remonte à cet endroit à cause de l'usure causée aux contreforts, c'est extrêmement laid et là aussi très cher à réparer.

Si vous n’avez pas la possibilité de voir les chaussures en personne, il faut faire attention à beaucoup de petits détails qui au final vont vous en dire beaucoup sur l’histoire de la paire sans que vous sachiez combien de fois elles ont été portées. De la même façon qu’il est possible d’en savoir beaucoup sur une voiture et l’entretien qu’elle reçoit par son propriétaire sans en connaître le kilométrage. Si la tige a l’air bien nourrie, parce qu’elle a fait l’objet d’un crémage régulier, qu’elle a un fer encastré (et non haricot), qu’elle a une première de propreté impeccable, alors il y a peu de chances pour que le vendeur essaye de cacher quelque chose. Si en revanche la paire est couverte de cirage, que la tige plisse de partout, que la doublure est sale, cela ne veut pas dire que la paire n’est pas structurellement saine, mais vous prenez un plus grand risque. C’est toute la difficulté de l’achat sur internet, les paires qui ont l’air négligées peuvent être également vos meilleures affaires. Alors que les paires bichonnées sont souvent vendues par des amateurs qui surestiment bien souvent grossièrement la valeur de ce qu’ils possèdent. Il s’agit donc de faire un rapide calcul risque/avantage pour voir si le jeu en vaut la chandelle.

Dès que la semelle d’usure est trouée sur un soulier, il faut faire un ressemelage. Il n’est pas la peine de perdre son temps à acheter ce genre de paires, à moins que vous ne soyez à la recherche d’un modèle extrêmement rare et qu’il est littéralement introuvable en meilleure condition. (Source : Reddit)
Dès que la semelle d’usure est trouée sur un soulier, il faut faire un ressemelage. Il n’est pas la peine de perdre son temps à acheter ce genre de paires, à moins que vous ne soyez à la recherche d’un modèle extrêmement rare et qu’il est littéralement introuvable en meilleure condition. (Source : Reddit)
Un exemple criant d’inadéquation entre la forme de la chaussure et le pied du porteur. Ces plis d’aisances extrêmement marqués peuvent être atténués. Le reste de la chaussure est presque neuf comme en témoigne la semelle de propreté (même si elle n’est pas présentée ici, la semelle d’usure est également pratiquement neuve). (Source : Ebay)
Un exemple criant d’inadéquation entre la forme de la chaussure et le pied du porteur. Ces plis d’aisances extrêmement marqués peuvent être atténués. Le reste de la chaussure est presque neuf comme en témoigne la semelle de propreté (même si elle n’est pas présentée ici, la semelle d’usure est également pratiquement neuve). (Source : Ebay)
Un exemple d’interventions uniquement cosmétiques (rien n’a été remplacé) et du résultat qu’il est possible d’obtenir avec un peu de savoir-faire et du temps libre. (Source : vintageshoesformen)
Un exemple d’interventions uniquement cosmétiques (rien n’a été remplacé) et du résultat qu’il est possible d’obtenir avec un peu de savoir-faire et du temps libre. (Source : vintageshoesformen)
Le résultat est assez impressionnant. (Source : vintageshoesformen)
Le résultat est assez impressionnant. (Source : vintageshoesformen)
Une paire d’Edward Green qui a fait l’objet d’un ressemelage complet, avec remplacement du bloc talon. Le travail a l’air d’avoir été très bien effectué, mais le prix demandé est délirant. Méfiez-vous toujours des paires déjà ressemelées. (Source : Ebay)
Une paire d’Edward Green qui a fait l’objet d’un ressemelage complet, avec remplacement du bloc talon. Le travail a l’air d’avoir été très bien effectué, mais le prix demandé est délirant. Méfiez-vous toujours des paires déjà ressemelées. (Source : Ebay)

L'hygiène, est-ce un problème ?

Oui et non. Vous prenez moins de risque à acheter des chaussures en cuir usagées qu'à chasser la gueuse sur Tinder. C'est même plutôt safe, si vous comparez ça au risque de choper une IST pendant une réunion du département marketing de l'une ou l'autre marque 2.0. Il est évident qu'il faut désinfecter les chaussures d’occasions, au même titre que vous devez laver n'importe quel autre vêtement de seconde main. Pour cela il existe des spray, gels et tout le toutim mais je n'ai pas besoin de vous faire un topo vu que ces derniers temps tous les crétins du monde sont devenus hypocondriaques ET épidémiologistes mongols. Je vous laisse donc consulter votre voisin sur la question, il aura très certainement un avis.

La question des embauchoirs.

Les chaussures d’occasions sont parfois vendues avec des embauchoirs, mais le plus souvent elles en sont dépourvues. Quand les embauchoirs sont inclus, veillez à ce qu’ils soient bien adaptés. Des embauchoirs trop grands peuvent décoller le mur de montage dans le cas des chaussures à mur collé (écrasante majorité des chaussures Goodyear vendues aujourd’hui en PAP). Des embauchoirs trop petits ne servent à rien.
Sachez qu’il n’existe que deux types d’embauchoirs, ceux qui sont “à la forme” et ceux qui sont “génériques”. Les embauchoirs à la forme se trouvent généralement chez les bottiers et les marques haut de gamme et sont comme leur nom l’indique basé sur la forme (le last en anglais) utilisée pour fabriquer la chaussure. Les embauchoirs génériques ne sont adaptés à aucune forme particulière. Beaucoup de marques de prêt-à-chausser vendent des embauchoirs génériques à leur noms et à prix d’or, parfois il s’agit des même que leurs concurrents, seul le logo change. Il est donc tout à fait possible de les remplacer par des embauchoirs génériques d’autre provenance. Ceux de Bexley par exemple sont très utilisés car peu chers surtout lors des soldes, mais il y a plein d’options à votre disposition. Ne soyez pas idiot et n’achetez pas une paire de Meermin 90€ en occasion pour ensuite aller sur leur site et dépenser 40€ sur des embauchoirs Meermin. Cela ne sert pas à grand-chose. Si vous avez des difficultés à trouver des embauchoirs adaptés, le groupe Avel (Saphir, la cordonnerie Anglaise…) en propose de plusieurs sortes.

La gamme des embauchoirs du groupe Avel. (Source : Avel)
La gamme des embauchoirs du groupe Avel. (Source : Avel)
Des embauchoirs génériques vendus par Carmina, ils s’adaptent à toutes les formes de la marque et ne sont faites pour aucune forme en particulier. Le prix est particulièrement élevé, une pratique courante chez les marques de l’entrée et du milieu de gamme. (Source : Carmina)
Des embauchoirs génériques vendus par Carmina, ils s’adaptent à toutes les formes de la marque et ne sont faites pour aucune forme en particulier. Le prix est particulièrement élevé, une pratique courante chez les marques de l’entrée et du milieu de gamme. (Source : Carmina)
Des embauchoirs Alfred Sargent spécifiquement fait pour la forme 87 de la marque. (Source : Pediwear)
Des embauchoirs Alfred Sargent spécifiquement fait pour la forme 87 de la marque. (Source : Pediwear)

Comment récupérer certains “problèmes”.

Entretenir la tige.

Lorsque vous achetez des souliers d’occasions il va bien souvent falloir faire un entretien complet de la paire. Même lorsque la paire n’a jamais été portée, il peut s’agir d’invendus (new old stock), de paires d’expositions, de paires qui proviennent d’une faillite. Ces chaussures ont en général le cuir très sec car leur cuir n’a pas été nourri depuis qu’elles ont quitté la ligne de montage de leur usine, ce qui dans certains cas remonte à plusieurs années.
Sur certaines paires il est possible que le cirage ait craquelé (surtout s’il y en a beaucoup) et donne l’impression que la tige est fendue. En réalité ce n’est pas le cas et il suffit d’enlever les couches de cirage pour voir que la tige est impeccable, en revanche en enlevant le cirage il est possible que la paire soit partiellement décapée, dans le pire des cas il suffira de reteindre partiellement la chaussure. Parfois le pommadier pigmenté saphir est suffisante, parfois il faut utiliser de la teinture, mais c’est plus rare. En ce qui concerne le veau velours il est possible d’appliquer de la teinture sur la paire assez facilement, le résultat est surtout valable sur les couleurs sombres.

Une paire de Carlos Santos avant rénovation de la tige. (Source : Insta @belgianshoeshine)
Une paire de Carlos Santos avant rénovation de la tige. (Source : Insta @belgianshoeshine)
La même paire après rénovation (Source : Insta @belgianshoeshine)
La même paire après rénovation (Source : Insta @belgianshoeshine)

Modifier le chaussant.

Nous l’avons déjà évoqué au début de l’article, il est possible de faire rétrécir une paire de façon significative mais c’est un processus assez complexe et chronophage que nous détaillerons dans un article dédié, pour l'instant sachez simplement que c'est possible.

Diminuer les plis.

Les plis d’aisance peuvent être assez disgracieux sur certaines paires, heureusement il est très facile de les atténuer. Il existe plusieurs méthodes pour cela, nous allons en présenter deux.

La première méthode est très simple à mettre en place. Vous n’avez besoin que d’eau, de papier essuie-tout et d’embauchoirs adaptés à la chaussure. Tout ce que vous avez à faire c’est d’humidifier complètement l’essuie-tout, de le mettre sur l’embauchoir et d’insérer le tout dans la chaussure. Laissez ensuite l’ensemble sécher à l’air libre pendant 2 jours. Ne placez pas les chaussures à côté d’une source de chaleur. Assurez-vous que l’air ambiant dans la pièce soit relativement sec, un environnement trop humide ne permettrait pas à la chaussure de bien sécher.

Après 2 jours vous pouvez enlever l’embauchoir, la claque de votre chaussure sera normalement beaucoup moins marquée par les plis d’aisances. Si vous avez peur de la moisissure, nettoyez rapidement l’intérieur de la chaussure avec un coton légèrement imbibé d’alcool isopropylique. N’oubliez pas de conditionner l’intérieur de vos chaussures au moins une à deux fois par an. L’intérieur d’une chaussure doit être entretenu au même titre que le reste.

La seconde méthode est plus radicale et n’est pas sans risque. Vous avez besoin d’une bassine de deux paires d’embauchoirs, d’une serviette et d’un sèche-cheveux (ou d’un décapeur thermique). Vous devez d’abord immerger les chaussures (sans embauchoirs) dans un bain d’eau froide. Avant de crier comme des babouins sachez que le cuir ne craint pas l’eau claire, si vous l’ignorez le tannage est un processus qui nécessite d’immerger le cuir dans des liquides pendant des périodes prolongées. Pensez à enlever les lacets et à bien brosser les chaussures avant de les immerger afin que la tige soit relativement propre. Laissez tremper pendant une heure environ. Une fois retirées les chaussures vont être pleine d’eau, utilisez une serviette pour enlever l’excès d’eau qui a été absorbé par le cuir. Faite attention à ne pas frotter trop fort avec la serviette. Insérez ensuite une première paire d’embauchoirs et laisser sécher à l'air libre pendant 4 heures. Après cela, remplacez les embauchoirs humides par des embauchoirs secs et bien adaptés à la chaussure. À partir de maintenant vous allez utiliser votre sèche-cheveux pour accélérer le processus de séchage et aider la tige à se retendre. C’est cette étape qui est plus dangereuse car vous ne voulez en aucun cas exposer le cuir à une chaleur trop intense. Maintenez donc le sèche-cheveux (ou le décapeur thermique) à bonne distance et ne l’utilisez pas pendant une période trop prolongée, quelques minutes suffisent. Insistez sur les zones où les plis sont marqués, vous pouvez également masser un peu le cuir. Répéter le processus plusieurs fois. Laissez ensuite les chaussures sécher complètement à l’air libre. Là encore, ne laissez pas les chaussures dans un environnement humide, et ne placez pas les chaussures à côté d’une source de chaleur. Après 2 ou 3 jours les chaussures seront complètement sèches et les plis seront considérablement moins marqués.

Illustration de la première technique présentée. La paire est particulièrement marquée et pourtant après traitement les plis sont très atténués. Notez qu’ils ne vont jamais disparaître, la paire sera marquée à jamais, mais elle redevient mettable. (Source : vintageshoesformen)
Illustration de la première technique présentée. La paire est particulièrement marquée et pourtant après traitement les plis sont très atténués. Notez qu’ils ne vont jamais disparaître, la paire sera marquée à jamais, mais elle redevient mettable. (Source : vintageshoesformen)
Même résultat, mais cette fois avec la méthode de l’immersion. (Source : vintageshoesformen)
Même résultat, mais cette fois avec la méthode de l’immersion. (Source : vintageshoesformen)

Sélection de paires sur Ebay

Et enfin pour close cet article nous allons présenter quelques paires qui selon nous peuvent êtes intéressantes ainsi que quelques pages à suivre sur Ebay.

Pages intéressantes:

Carmina a commencé à vendre sur Ebay plusieurs paires avec défauts. Il est possible de faire des offres et certaines paires ont des défaut vraiment mineurs.
Vous pouvez voir la sélection disponible en ce moment en suivant ce lien

Des paires historiques, rares ou bespoke se trouvent souvent ici. Le prix est en revanche très élevé.

Démontage d’une paire de Bridlen

Avant-propos

Bridlen a fourni la paire destinée à ce démontage. Toutes les photos sont la propriété de Sartorialisme.com et ne peuvent être utilisées sans autorisation.

La paire qui fait l’objet du démontage a été très rapidement présentée dans notre article "test & avis souliers Birdlen" et est parfaitement neuve si l’on excepte quelques ports en intérieur, il s’agit d’un richelieu de type semi brogue avec un montage goodyear sous gravure et un cuir provenant de la tannerie d’Annonay. Il s’agit d’un modèle qui est proposé à 237€ et qui provient de la Main line de la marque.

A

Cet article est par définition technique et assume que le lecteur a au moins lu notre article “Qu’est-ce qu’un soulier de qualité”.

Avant de démonter la paire nous commençons par vérifier si le cuir comporte des défauts.

B

Dans cette gamme de prix le cuir d’Annonay est égal à lui-même, vous avez donc quelques éraflures et à certains endroits le cuir frisote. Mais il n'y a en revanche aucuns défauts rédhibitoires. Vous allez voir la même chose chez énormément de marques du milieu de gamme. Pour autant le travail de clicking est bien fait, le coupeur a essayé au maximum d’utiliser les parties les plus marquées à des endroits peu visibles ou qui vont être masqués par le pantalon du porteur.

C

Sur le soulier gauche le cuir frisote pas mal en cambrure, mais il n'est pas creux. Il y a quelques bavures de déforme au-dessus de la lisse mais rien de choquant. Le cuir prend bien la lumière et il reçoit une couche de crème en finition ce qui lui donne ces reflets foncés. Le cuir devrait bien se patiner avec le temps.

2

La “bosse” que vous voyez au milieu de la semelle d'usure est causée par le double cambrion. C'est un choix esthétique et non un défaut si jamais certains se posaient la question.

3

On commence par le démontage du bloc talon. Le bonbout est du type “cuir coin caoutchouc” et est maintenu par 10 pointes en laiton. Le bloc talon est soigné et fait l’objet de quelques attentions particulières tel que la peinture (une teinture est absorbée par les fibres, une peinture les recouvre) au niveau du bord ou le “gentleman’notch” qui est hérité de l’époque où les pantalons étaient portés plus larges et pouvaient accrocher le talon. Aujourd’hui il ne s’agit que d’un détail esthétique.

5

Le bonbout en caoutchouc est maintenant exposé, plutôt que de démonter le talon couche par couche je vais me contenter de retirer ce qu’il reste du bloc. La raison derrière cela est simple, le bloc talon est identifiable comme étant en cuir et il n’y a rien de plus à apprendre en retirant les couches individuellement.

6

Le bloc talon a été totalement enlevé et est maintenu en place par 7 clous vissés. Le travail est propre et les matériaux utilisés sont de bonne qualité. La première de montage a bien été cadrée pour permettre une bonne adhésion de la colle, le talon n’a pas été facile à enlever. Il n’y a pas de salpa ni de plastique à enrobage imitation cuir. Pour rappel, il n’y a pas de “logique” qui permette de savoir si un bloc talon est en cuir ou autre matériau. Weston déjà utilisé des blocs talon en salpa, Vass a remplacé ses blocs talons en cuir pour du salpa, Meermin utilise du cuir. Le prix n’est donc pas un indicateur fiable.

C1
C2

La roulette d'emboitage n'est pas symétrique. Elle va jusqu'à la cambrure d'un côté du soulier et se limite au talon de l'autre. Elle manque également de netteté. Ce défaut n’est pas présent sur ma paire provenant de la Founder’s line donc vous allez avoir des résultats différents en fonction de l’ouvrier qui s’est occupé de votre paire.

7

On retourne la chaussure et on enlève la demi première de propreté, j’ai toujours préféré avoir une première de propreté complète mais cela devient de plus en plus rare, même chez les marques haut de gamme. En dessous de la demi première de propreté se trouve un large morceau de mousse de bonne densité, similaire à ce que fait Loake par exemple, et collé avec soin.

9

La semelle d’usure a été difficile à enlever. Cette dernière est faite en cuir Italien à tannage extra lent. Une amélioration par rapport au cuir Argentin que la marque utilisait auparavant et qui ne se trouve maintenant plus que sur leur ligne d’entrée de gamme montée en Blake. J’ai exposé la couture petit-point volontairement, comme souvent la gravure aurait gagné à être plus profonde mais ce n’est que du chipotage, surtout si vous faites poser un fer et un patin.

8

La partie la plus intéressante du soulier, son montage. Plusieurs choses diffèrent par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir dans cette gamme de prix. Notamment la trépointe qui fait tout le tour du soulier à la façon d’une baraquette. Nous allons revenir là-dessus plus tard. Vous pouvez voir au milieu de la chaussure la partie en cuir du cambrion qui émerge de la pâte de liège.

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Le cambrion a été enlevé. Ce dernier est composé en deux parties, l’une en acier assez standard à ce que l’on trouve dans cette gamme de prix. L’autre est en cuir et non en salpa ou en carton comme ce que l’on peut voir chez Carmina par exemple.

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Une explication visuelle entre un montage dit à 360° et un montage dit à 270°.
En haut le modèle de Bridlen avec la trépointe qui fait tout le tour de la chaussure à la façon d’une baraquette. Le mur de montage (gravé) fait également tout le tour du soulier.
En bas vous avez une paire de Meermin dont le montage est fait à 270° La trépointe et le mur de montage (collé) ne font pas le tour du soulier mais s’arrêtent avant le talon, où vous trouvez alors le couche-point.
Ce type de montage à 360° n'est pas à proprement parlé un cousu baraquette puisque la couture petit-point s'arrête en cambrure et ne s'étend pas au talon. C'est un montage qui s'est déjà vu chez d'autres marques, en France Weston a fait quelques modèles de cette manière par exemple.

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Gros plan sur le mur de montage gravé machine. Les murs gravés machines sont devenus une exception dans l’industrie alors qu’ils étaient originellement une norme. Le montage Goodyear tel qu’il a été inventé à l’origine était toujours effectué avec un mur de montage gravé. Les murs collés ne sont apparus que plus tard dans un but de baisse des coûts après une période intermédiaire ou les murs étaient à la fois gravé et entoilé. La densité de la couture trépointe est de 3 à 4 spi, il y a plus fin mais le fil présente une bonne épaisseur et la couture est bien régulière.

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Nous nous attaquons maintenant à exposer les renforts. À l’arrière le contrefort est en salpa et présente une bonne rigidité. Le salpa est supérieur au celastic mais inférieur au cuir, qui a surtout l’avantage d’être réparable. Devant le contrefort se trouve une ailette en cuir qui court jusqu’à l’avant du soulier et qui va mourir au niveau des tête métatarsiennes du pied, soit juste au niveau du bout dur. Sur le principe, il est rare de voir des ailettes de renfort en cuir à ce niveau de prix. Certaines marques utilisent des contreforts dit longs, d’autres utilisent des ailettes en cuir ou en toile de coton mais cela se rencontre dans la très grande majorité des cas chez des marques plus haut de gamme. Pour autant ne vous y méprenez pas, il n’est pas question de faire un parallèle avec des ailettes de renfort comme vous pouvez en trouver chez Edward Green par exemple. La qualité n’est pas la même. En revanche, pour des chaussures à moins de 350€ cela témoigne d’un intérêt à bien faire les choses.

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Enfin le bout dur est en celastic. C’est la norme dans l’industrie, presque tout le monde fait la même chose puisque les bouts durs en cuir sont difficiles à industrialiser efficacement. Le celastic employé n’est pas de la meilleure qualité et mériterait d’être amélioré puisqu'en le torturant un peu il a commencé à marquer. Alors certes, dans des conditions normales d'utilisation vous n'aurez normalement pas de problème, mais un celastic de meilleure qualité résistera mieux aux affres du temps.
La pièce de cuir qui est sur le bout dur n’est là que pour servir de “fond” aux perforations du médaillon présent sur la tige.

Conclusion

Qu'il s'agisse de la Main line ou de la Founders lines il ne fait aucun doute que Bridlen est en mesure de proposer des souliers bien fabriqués à un prix compétitif. La marque suit un paradigme assez différent de beaucoup de marques Européennes qui misent énormément sur l'aspect cosmétique, et délaissent parfois le montage. À l'opposé la plus grande force de Bridlen réside dans la qualité de leur montage. L'utilisation d'un mur gravé est un choix parfaitement judicieux et bienvenu dans cette gamme de prix. Tout n'est certes pas parfait, il y a quelques détails qui peuvent être améliorés comme le celastic du bout dur ou certains détails cosmétiques liés aux finitions (déforme, roulette d'emboitage...) mais le rapport qualité/prix est très bon.