10 marques de souliers de 150€ à 600€

Avant-propos

Suite à nos articles sur les chaussures industrielles, beaucoup de nos lecteurs désiraient avoir une sélection de marques vers lesquelles ils peuvent se tourner sans trop se poser de questions.

Tout d’abord, j’ai toujours trouvé l’exercice du guide d’achat généraliste totalement stupide. Les marques changent de propriétaire, d’objectifs, de méthodes de fabrication, parfois même d’usine dans le cadre des private labels. Bref, un guide d’achat est voué à être obsolète.

Il faut aussi comprendre qu’un guide d’achat ne peut répondre à chaque demande individuelle. Vous n’allez pas avoir les mêmes besoins si vous êtes bankster, contremaître, loufiat, souteneur, chômeur en puissance ou tout autre assisté professionnel. De la même façon certaines personnes n’éprouvent pas de difficulté à “faire” une chaussure alors que pour d’autres, la période d’adaptation va être plus longue. Sans compter que toutes les marques ne conviennent pas à tout le monde. Lisez notre article sur les formes et chaussant afin de comprendre les principes de bases qui commandent l’achat d’un soulier.

Sachez également que contrairement à d’autres soupeurs dont c’est le gagne pain, je m’en tape royalement de ce que vous faites avec votre argent. Ce guide n’est pas une recommandation, il s’agit simplement de donner quelques commentaires rapides sur plusieurs marques afin d’aiguiller les plus novices, autrement dit, si vous ne savez pas par où commencer cet article est pour vous.

Pour cette raison ce guide va donc avant tout traiter des marques dont le prix de vente est inférieur à 600 euros. Somme qui peut paraître importante, mais il est bon de rappeler que les chaussures industrielles de marques prestigieuses comme Edward Green commencent à plus de 1000 euros et que la botterie commence à plus de 2000 euros. Une chaussure à 600 euros n’est donc pas totalement un produit de luxe, mais elle n’est pas non plus bon marché. Qu’elle soit trop chère pour vous est une question totalement différente.

Ce guide ne va pas traiter des centaines de marques qui existent en private label, au-delà de celles qui composent l’entrée de gamme et des cas particuliers. Pourquoi ? Les raisons sont multiples, tout d’abord cela rendrait le travail du guide moins efficace puisqu’il y aurait des dizaines de marques supplémentaires à ajouter. Par ailleurs la production pour toutes les marques en private label de Sendra ou de Carlos Santos par exemple n’est pas suffisamment différente pour justifier de les inclure dans le guide. La différence se joue surtout au niveau de la politique commerciale, des patronages, du chaussant voire des peausseries (et encore que…) plutôt que sur la qualité de fabrication en elle-même.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de bonnes marques parmi les private labels, ni qu’il n’est pas possible de faire de bonnes affaires, mais entre une paire de Malfroid cousu rainette (fabriquée par Carlos Santos) et la production en nom propre de Carlos Santos (sur leur ligne cousu rainette) c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Ce guide ne va pas non plus traiter des marques “niches” que ça soit les nouveaux entrants des pays du tiers-monde (Bridlen par exemple) qui peuvent être intéressants mais sur lesquels les retours sont encore trop rares comme les marques plus établies de calcéophiles tordus. Vous avez été prévenu, c’est concis.

En dessous de 200 euros, Maximator über alles.

Une gamme de prix dans laquelle il ne faut pas faire la fine bouche, un peu comme quand vous êtes le créancier d’une boite qui vient de faire faillite. Même si le liquidateur a bonne gueule, vous ne savez pas vraiment ce que vous allez récupérer. Comme on dit en anglais “you get what you pay for”. Cheers.

YPSON’S

DXdKntc

Prix aux alentours de 165€

Ypson’s existe depuis plusieurs années et dispose d’une boutique parisienne, mais la marque est plutôt discrète et est surtout connue pour sa copie de Coniston. Les chaussures sont faites au Portugal, chez Zarco (Carlos Santos) en Goodyear cousu rainette. Les cuirs ne sont pas terribles, mais dans cette gamme de prix ce n’est pas différent de la concurrence, et comme beaucoup de marques qui font fabriquer chez Zarco le chaussant est plutôt très généreux. Certains modèles sont d’un goût un peu douteux, on a l’impression de voir la collection Loding des débuts.

Points positifs

- Une boutique physique qui permet d’essayer les modèles

- Un service de cordonnerie sur place qui est correct et bien pratique pour faire poser patin et fer à l’achat

Points négatifs

- Beaucoup de modèles objectivement laids en dehors de quelques exceptions

- La qualité des cuirs, très variable et bien souvent basse (comme l’illustre la photo)

MEERMIN

B2rZNfU

Prix aux alentours de 170€

Meermin est un nom incontournable quand on parle de l’entrée de gamme, la marque a acquis sa réputation durant ses premières années d’existence quand le rapport qualité prix était très intéressant. En revanche, ces dernières années, la qualité de fabrication est en baisse constante, les défauts se multiplient, le service client est passé maître dans l’art de la mythomanie et de la mauvaise foi. La marque entretient également la confusion sur son lieu de production. Depuis quelques années maintenant la très grande majorité (si ce n’est la totalité) des modèles sont intégralement fabriqués en Chine. Que reste-t-il alors à la marque ? Plus grand-chose, mais il ne faut pas oublier qu’elle dispose d’un très grand parc de formes et de tailles, dont des tailles larges, et qu’elle a également une boutique physique à Paris permettant l’essai sur place. L’achat en ligne est très fortement déconseillé à moins de vouloir jouer à la roulette russe.

Points positifs

- Un très bon parc de formes

- Des modèles plutôt originaux dans cette gamme de prix

- La Linea Maestro (à partir de 260€) qui propose des montages intéressants (quand ils sont bien effectués...) à des prix défiants toute concurrence

Points négatifs

- La qualité du cuir qui est plus proche du pangolin que du veau

- Beaucoup de défauts, parfois esthétiques, parfois rédhibitoires

- Le service client proprement catastrophique

- Pas de soldes mais un outlet pour refourguer les paires avec défauts

LODING

4aY2SVk

Prix aux alentours de 180€

La marque est un peu l’ombre de ce qu’elle était il y a encore quelques années. La production est maintenant divisée entre le Portugal (chez Carlos Santos/Zarco) et en Inde, le réseau de boutiques a fondu au soleil, et comme chez beaucoup d’autres les prix sont à la hausse. Les modèles en Goodyear rainette qui sont fabriqués chez Carlos Santos ont une construction très honnête à ce prix. Les cuirs en revanche ne sont pas terribles. Il y a 10 ans c’était encore une affaire, aujourd’hui l’intérêt principal de la marque réside dans ses boutiques qui vont vous permettre d’essayer du Zarco, attention, ça chausse un peu plus large que la moyenne.

Points positifs

- Un réseau de franchisés en France qui bien que sur le déclin couvre encore du territoire

- Quelques modèles assez classiques qui passent partout

Points négatifs

- La qualité du service en boutique dépend du franchisé, et il y a plus de pignoufs que de gens compétents

- Les modèles indiens

- Baisse de qualité globale de la gamme et des cuirs

- Certains modèles sont (toujours) d’un goût douteux

VELASCA

8q0Y1Bc

Prix aux alentours de 200€

Velasca est une marque dans la plus pure tradition Italienne, beaucoup de baratin pour pas-grand-chose. À les écouter tout est fait à la main chez mama Rosa dans le plus pur respect des traditions. La réalité est tout autre, la marque est le produit d’un ancien bankster qui a fait ses armes en Asie et qui a monté de toute pièce cette communication mensongère. Pour autant, les modèles proposés par la marque sont intéressants, ils ne semblent pas souffrir du même taux de défaut que leur concurrent Chinois. La majorité des montages sont en Blake ou Blake rapid, ce qui n’est pas une surprise venant d’Italie. Mettez-y un patin et il n’y paraîtra plus. Les modèles les plus chers (aux alentours de 250€) sont à déconseiller hors période de solde, vous pouvez trouver mieux chez la concurrence.

Points positifs

- Une gamme très complète

- Un taux de défauts qui semble inférieur à Meermin

- Un service client assez réactif

Points négatifs

- Des cuirs pas terribles

- Des plus en plus de modèles en Blake avec fausse trépointe (même pas du Blake rapid)

- Se limiter aux modèles les moins chers

En dessous de 300 euros, on a pas de pétrole mais on a des idées.

C’est probablement l’une des gammes de prix les plus compétitives avec un nombre incroyable de marques d’où la nécessité de faire le tri. Il existe des dizaines de private labels qui font produire chez Sendra à ce tarif, n’espérez pas trouver le Graal mais en cherchant bien il y a plein de chaussures correctes.

YANKO

94eTgZm

Prix aux alentours de 280€

Un ancien géant de la chaussure majorquine qui s’est effondré et peine à se relever. La concurrence est rude dans cette gamme et Yanko est un ton en dessous de TLB et de Carmina mais fait jeu égal avec Sendra. La marque reste néanmoins intéressante, surtout en période de solde. Un détail important, la marque taille grand. La distribution en France est inexistante et il faudra passer par des revendeurs tiers, les prix peuvent donc varier fortement d’un revendeur à un autre. Le style est très majorquin, ça plaît à certains et pas à d’autres.

Points positifs

- Bon rapport qualité prix surtout en solde

- Des modèles intéressants et variés

Points négatifs

-Une distribution confidentielle

- Des cuirs pas toujours au niveau

- Un parc de formes assez limité

SENDRA

Gv68CQb

Prix aux alentours de 280€

La marque d’une usine qui fabrique pour énormément de clients en private label. Si vous avez du JFitzpatrick, Septième Largeur, Sons of Henrey, Morjas, Markowski, Cobbler Union et j’en passe vous avez du Sendra. La marque Sendra est intéressante car elle est relativement méconnue, probablement qu’ils évitent de faire trop de communication pour ne pas faire d’ombre à leurs clients en private label. Les modèles sont assez classiques, ils proposent un service de patine comme leur client 7L (quelle surprise). La distribution est assez confidentielle en France, il faut passer directement par leur site. À noter que leur production en nom propre ne montre pas l’étendue des capacités de l’usine, les modèles sont cousu rainette, avec contreforts en celastic alors que l’usine propose du cousu sous gravure et des contreforts en salpa à ses clients en private label. Probablement une histoire de positionnement tarifaire.

Points positifs

- Du Sendra directement sorti d’usine, sans avoir à payer pour la comm à la con

- Une section outlet sur le site et des soldes assez fréquentes

- Une section MTO/Custom pour ceux que ça intéresse

- Et pour ceux qui ne sont pas satisfaits, il reste leur vaste panel de marques en private label

Points négatifs

- Le cahier des charges moins qualitatif que pour certains de leur private label

- Le cuir est d’une qualité variable mais n’est jamais très bon

En dessous de 400 euros, pas encore du champagne mais certainement pas de la pisse.

Beaucoup de marques ibériques se battent dans ce créneau, avec un peu de chance vous pouvez faire de bonnes affaires. Profitez-en tant que ça dure, ce segment tarifaire a tendance à être assez cruel pour les entreprises qui se ratent.

CARLOS SANTOS

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Prix aux alentours de 350€

L’usine de Carlos Santos (Zarco) produit pour énormément de marques en private label mais elle produit également en nom propre. Que ce soit pour sa propre marque comme pour ses clients, Carlos Santos dispose d’au moins 4 lignes différentes, son cousu Blake, Goodyear rainette, Goodyear sous gravure (Handgrade) et la Handcrafted. La ligne Blake est à oublier. Celle en GW rainette est correcte mais globalement inférieure à Carmina ou TLB. Le véritable intérêt de la marque est avec les deux dernières lignes. La Handgrade se trouve aux alentours de 400€ et est similaire à ce que propose Carmina (même si un peu en dessous). La Handcrafted est aux alentours de 600€. Les modèles en Handcrafted sont difficiles à trouver mais sont d’une excellente qualité JM legazel en propose quelques-uns mais sous leur nom et non sous le nom Santos ce qui est dommage car les modèles de Santos sont en général plus sobres. Sans surprise la marque taille un peu plus grand que la moyenne.

Points positifs

- Beaucoup de lignes de formes et de modèles

- La ligne Handcrafted de très bonne qualité mais difficile à trouver

- Un vaste panel de marques en private label

Points négatifs

- La distribution des lignes les plus intéressantes (Handgrade et Handcrafted) est anecdotique et floue.

- Un réseau de revendeur assez vaste mais qui change assez souvent et une politique commerciale illisible.

- La ligne Blake est à oublier

TLB MALLORCA

2Jrt3mV

Prix aux alentours de 350€

TLB est une marque assez récente fondée par des anciens de Yanko (d’où la ressemblance sur les patronages). La marque fabrique pour quelques private labels mais elle offre en son nom propre deux lignes, l’une classique à 300€ et l’autre dite “Artista” à partir de 350€. C’est cette dernière qui est la plus intéressante. Son objectif était de repousser les limites du milieu de gamme en matière de qualité de fabrication et le pari est réussi. La construction est soignée, les contreforts sont en cuir (très rare dans cette gamme de prix), globalement il s’agit d’un très bon rapport qualité prix. Le chaussant est un peu plus large que la moyenne, et les modèles ne sont pas d’une grande originalité. La distribution est encore confidentielle, il faut passer par le site de la marque car elle ne dispose pas de boutique en nom propre.

Points positifs

- La gamme Artista et son attention aux détails sur la construction (contreforts cuir, anti-glissoires…)

- Un service client réactif et amical

- Un service MTO qui comprend la gamme Artista

Points négatifs

- Une politique tarifaire confuse. On ne sait pas bien si la ligne Artista sert de vitrine pour la ligne classique ou si cette dernière sert de produit d’appel pour l’Artista.

- Une distribution encore assez limitée et un parc de forme très réduit pour ne pas dire rachitique (2 formes, 4 largeurs...)

- Une sélection de cuirs limitée

CARMINA

SugAQ3r

Prix aux alentours de 400€

L’une des marques les plus populaires du milieu de gamme, et pour cause, les montages sont très corrects, les finitions sont bonnes, le parc des formes et modèles très développé. Certains murmurent que c’est trop beau pour être vrai et que les modèles ne sont peut-être pas fabriqués en Espagne mais en Chine, faute de preuve pour l’instant il ne s’agit que d’une rumeur. Carmina demeure une valeur sure, mais la marque a intérêt à ne pas se reposer sur ses lauriers, la concurrence a les dents longues et il y a quelques aspects ou elle n’est plus à la pointe. La marque dispose d’une boutique à Paris qui est bien tenue et qui propose un service de qualité. L’achat en ligne est en revanche déconseillé, les cuirs de la marque ne sont pas toujours au niveau et choisir en boutique est votre meilleure garantie d’avoir une paire qui soit satisfaisante.

Points positifs

- Gros parc de formes et de modèles

- Un service MTO très complet (attention cependant à la qualité des cuirs)

- Bonne qualité de fabrication…

Points négatifs

- … mais qui stagne

- Les cuirs un peu moyens, l’achat en boutique est à privilégier

- Le service client en ligne d’une qualité variable

En dessous de 600 euros, Georges Abitbol serait presque fier de vous.

On commence à arriver dans une gamme de prix où les chaussures sont beaucoup plus intéressantes. On s’éloigne un peu de la dimension purement utilitaire de la chaussure pour s’approcher un peu plus de l’objet plaisir sans qu’on soit encore dans le “luxe”.

CROCKETT & JONES

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Prix aux alentours de 500€

Il s’agit d’une marque dont la réputation dépasse un peu la qualité réelle des produits. Non que C&J fasse de mauvaises chaussures loin de là, mais le rapport qualité prix n’est pas le meilleur du segment. La marque dispose de deux gammes, la main line et la handgrade. La handgrade dépasse le cadre de ce guide en matière de budget et nous n’allons pas l’aborder. La main line est en dessous des concurrents directs de la marque en matière de construction. Au regard du prix payé les finitions sont grossières (couture petit point pas toujours soignée, cousu Goodyear sous rainette et non sous gravure, couche point non aligné) mais le cuir est d’une qualité très correcte. La distribution de la marque est aléatoire et la possibilité de commander sur le site par mail order est risible à notre époque. Il n’y a en revanche aucun reproche à faire à la collection, la marque dispose de beaucoup de modèles tailles et formes, dont probablement les meilleures boots d’inspiration rurale qui existent (Coniston, Aldershot Snowdon…).

Points positifs

- Les boots !

- Le cuir de meilleur qualité que les concurrents Majorquins

- Le large choix de formes, tailles et modèles

Points négatifs

- La qualité de fabrication (et de finition) pas au niveau

- Le cousu rainette à ce niveau de prix, sérieusement ?

ALFRED SARGENT

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Prix aux alentours de 540€

Alfred Sargent est une marque qui ne bénéficie pas de la même popularité d’une marque comme C&J par exemple, et c’est bien dommage. Il s’agit selon nous de l’une des meilleures marques anglaises dans cette gamme de prix, si ce n’est la meilleure marque. Pour l’anecdote, l’usine de Sargent était celle qui assurait la production des chaussures de Gaziano & Girling avant que la marque n’acquiert leur propre unité de fabrication. La gamme d’Alfed Sargent s’articule autour de 3 lignes, la main line, l’exclusive et la handgrade. Nous n’allons pas aborder la handgrade qui sort du budget de ce guide, mais elle offre un excellent rapport qualité/prix. La main line et l’exclusive sont également de très bonne facture, très largement au-dessus de la main line proposée par C&J en matière de montage et cela pour un prix similaire ou très légèrement supérieur. Le cuir est de qualité équivalent à C&J. Depuis le rachat par Bowen, la marque est plutôt bien représentée à Paris. En revanche, la politique de distribution via les revendeurs tiers est confuse et les prix disparates, il est possible comme chez C&J de commander directement sur le site via mail order.

Points positifs

- Très bonne qualité de fabrication

- La ligne exclusive

- Un excellent rapport qualité/prix pour une marque anglaise

Points négatifs

- Une distribution qui pourrait encore être améliorée

- Seulement 4 formes dont 3 pour l’exclusive

- Plus de modèles pour la gamme exclusive, please.

VASS

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Prix aux alentours de 560€

Vass a une excellente réputation dans le milieu du soulier, et sans aller dire qu’elle n’est pas justifiée elle est probablement un peu exagérée. La marque propose définitivement des souliers très intéressants, mais derrière les arguments marketing se cachent une réalité commerciale pas toujours au niveau. Certes, les montages sont effectués en partie à la main (trépointe cousue main, couture petit point faite machine) mais sont d’une qualité variable. La marque a eu une certaine difficulté à s’adapter à son gain exponentiel de popularité et cela se ressent au niveau de la politique commerciale. Le site internet est difficile à trouver et est le meilleur canal pour obtenir les prix les plus compétitifs. Il existe quelques revendeurs mais certains ont des prix délirants (Vass via Ascot shoes). En fonction du prix auquel vous trouvez votre paire, le cuir va de passable à très correct. Il ne fait aucun doute que la marque propose une offre qui est vraiment de très grande qualité, surtout en période de solde où le rapport qualité/prix peut être extrêmement avantageux.

Points positifs

- Un montage en partie fait main

- Semelles J. Rendenbach sur énormément de modèles

- Les embauchoirs sont inclus dans le prix

- Beaucoup de modèles et de formes

Points négatifs

- Les montages ne sont pas toujours bien soignées

- Une politique de distribution illisible. Pour la gamme classique les prix vont de 250€ (en solde) à plus de 900€ en fonction des revendeurs sans qu’il n’y ait d’explication valable en dehors de la marge.

- Un service client d’un autre temps, avec des délais parfois longs surtout pour la livraison des paires achetées directement sur leur site.

JACQUES ET DÉMÉTER

VLG7yEf

Prix aux alentours de 560€

Jacques et Déméter est une marque un peu à part sur le marché. D’un part, il s’agit d’un private label fabriqué par Malinge, une petite usine de l’Ouest de la France. D’autre part son placement tarifaire est au-dessus de ce que fait la majorité des private labels. Les chaussures de Jacques et Déméter se démarquent surtout par la qualité de leur montage, pour le prix proposé, les montages sont parmi les meilleurs. La marque propose notamment des murs de montage mixtes (à savoir gravurés et entoilés) d’une très belle facture. Beaucoup de marques dans le même segment de prix voire même au-dessus ne sont pas aussi qualitatives. Il est dommage que les finitions ne bénéficient pas du même traitement, ces dernières sont parfois un peu moyennes. En ce qui concerne les cuirs, ces derniers sont bons, mais le travail des tiges n’est pas irréprochable. La marque propose surtout des modèles d’inspiration workwear, idéal si c’est ce que vous cherchez, dommage si ce n’est pas à votre goût. Jacques et Déméter ne dispose pas d’une boutique, mais la marque possède un showroom, vous pouvez y accéder sur rendez-vous pour essayer les paires.

Points positifs

- L’excellence du montage

- Les cuirs sont bons

- Beaucoup de workwear

Points négatifs

- Trop de workwear

- Des finitions perfectibles

Les arnaques dans le milieu de la chaussure

Avant-propos

Chaque industrie a ses petits secrets, mensonges et autres combines. Parfois cela prend des proportions amusantes, souvenez-vous de Volkswagen il y a de cela quelques années et de leurs petits problèmes d’émissions…. Ou encore des lasagnes de bœuf Spanghero contenant en fait de la viande de cheval. Je doute que même en axant sa communication sur les amateurs de cordovan la marque eu trouvé beaucoup de sympathie. Voilà deux exemples d’entreprises qui je n’en doute pas devaient beaucoup communiquer sur l’environnement, le bien-être et je ne sais encore quel concept post-moderne pour idiots utiles.

Le marketing fait partie de notre vie quotidienne, il est partout et dans une certaine mesure nous sommes tous plus ou moins au courant de son influence sur nos décisions. Il a conquis toutes les classes de la population, toutes les ramifications du pouvoir, toutes les couches des médias, la communication c’est la vie. Il faut être lucide, si la publicité au sens large n’était pas efficace, cela fait bien longtemps qu’elle aurait cessé d’exister. Au contraire, au fil des années elle est devenue plus pernicieuse, plus influente, elle est plus omniprésente que jamais. Avec le développement de l’internet et des réseaux sociaux ses supports se sont multipliés, elle existe maintenant sous la forme de sponsorisation, de contenu ciblé basé sur vos habitudes de navigation…. L’information elle-même a changée, elle est petit à petit devenue une distraction, pour devenir ce nouveau Leviathan qu’est “l’infodivertissement” ou “big media”. Et tout cela marche, la preuve il y a des cons qui achètent bien des véhicules électriques de leur plein gré en s’imaginant qu’ils vont sauver le monde, les gosses qui bossent dans les mines de cobalt Congolaises leur en sont reconnaissants. D’autant que les batteries ça explose, Dirnelli en sait quelque chose.

Vous vous imaginez que nos problèmes de chiffons et autres savates est épargné par ces questions ? Parce que se donner une image de gentilhomme et parler “d’élégance” est peut-être un antidote contre la vie moderne ? Heureux les simples d’esprit. La pourriture est partout, même chez les sacs à foutre qui s’autoproclament “Lord”, “Gentleman”, “Snob” et autres titres plus cons les uns que les autres. Ils ont tous tellement vendu leur cul à droite et à gauche qu’ils sont des cuvettes de chiotte de gare, l’expression ne vient pas de moi, elle est d’un célèbre client d’Arnys dont la verve était inversement proportionnelle au goût vestimentaire. Pour vous piquer de la thune, tous les moyens sont bons, dans le monde actuel pour vendre de la merde il suffit de faire une chaine youtube, être bobo compatible, avoir le tutoiement facile et l’air un peu pé… inoffensif. Succès garantis. Pour asseoir votre légitimité vous pouvez dire ensuite que vous avez visité tous les magasins d’usine de Northampton et que vous avez été au championnat du monde de patine, ça épatera la galerie.

La communication visuelle en politique est un élément important. Par exemple le costume mal coupé de Macron avec ses revers étriqués et sa cravate slim ont pour objectif de lui donner un air jeune, contemporain, entreprenant. L’homme de la situation quoi. (source : l’express)
La communication visuelle en politique est un élément important. Par exemple le costume mal coupé de Macron avec ses revers étriqués et sa cravate slim ont pour objectif de lui donner un air jeune, contemporain, entreprenant. L’homme de la situation quoi. (source : l’express)
Vous doutez de la pertinence du propos ? Demandez-lui ce qu’il en pense. En politique bien s’habiller peut nuire à une carrière. (source : le parisien)
Vous doutez de la pertinence du propos ? Demandez-lui ce qu’il en pense. En politique bien s’habiller peut nuire à une carrière. (source : le parisien)

Il faut bien comprendre que le problème ne réside pas tant dans le besoin de faire de la communication pour vendre un produit ou une marque, tout le monde comprend l’importance du marketing dans le monde actuel. Non, le problème réside dans la nature même de la communication et bien souvent des différents messages qu’elle tente de faire passer, de suggérer et des pratiques commerciales qui en découlent.

Énormément de marques cherchent à se donner une image de proximité, de respectabilité, de luxe, ou encore de petit artisan. Elles emploient des expressions bien souvent galvaudées, dithyrambiques, parfois même totalement mensongères et frauduleuses qui visent à faire passer leurs produits pour ce qu’ils ne sont pas. Et cela dans l’impunité la plus totale. Car ceux qui savent acceptent sans broncher, et ceux qui ne savent pas se font berner. Les premiers peuvent passer leur chemin, je vois déjà venir les remarques, “sans communication rien ne se vend”, “ouais mais il n’y a que les idiots pour croire ce genre de trucs, la com ça ne marche pas avec moi”, ou “non mais tout ça on le sait déjà, il n’y a rien de neuf” venant des types qui achètent des t-shirts en poil de cul de Yak vendus grâce à la com 2.0 des soy boys à moustache ou de ceux qui ont fait prospérer pendant des années et continuent de le faire le blog du cher Hugo.

Ce “blog” est en réalité un outil marketing utilisé pour faire de la publicité déguisée, du native advertising (moi aussi je parle Anglais bro) à un certain nombre de marques bien connues. Il est amusant de voir cette même personne quémander de l’argent sur Patreon pour sa liberté d’expression alors que son média fait déjà vivre confortablement grâce à sa servilité commerciale une petite famille et cela depuis plusieurs années maintenant. Petite famille qui est en réalité bien utile pour signer les documents légaux puisque le personnage a été interdit de gestion suite à l’étrange faillite de sa précédente société. Il est également en faillite personnelle, et ce jusqu’en 2026. La faillite perso en costume Cifo, c’est aussi honnête qu’une vielle putain qui exige de se marier en blanc alors qu’elle a 30 ans de rue Saint Denis derrière elle.

Bref, on ne peut satisfaire tout le monde, en revanche on peut toujours casser des sales gueules, et en ce début d’année, c’est distributions de mandales gratuites. “Je ne te dis pas que c’est pas injuste, je te dis que ça soulage”. De plus un tour sur les sites généralistes ou une rapide discussion entre amis montrera qu’en réalité seule une petite minorité de gens connaissent les coulisses du milieu. La majorité ne sait pas faire la différence entre une crème et un cirage et est une proie facile pour les vendeurs de babouches et leurs rabatteurs de l’internet.

Le genre de discours ronflant qui coche à peu près toutes les cases et que l’on trouve sur tous les sites ou presque. On y parle de famille, de tradition, d’héritage de qualité etc etc. Pour des chaussures d’entrée de gamme fabriquées en Chine. (source : meermin)
Le genre de discours ronflant qui coche à peu près toutes les cases et que l’on trouve sur tous les sites ou presque. On y parle de famille, de tradition, d’héritage de qualité etc etc. Pour des chaussures d’entrée de gamme fabriquées en Chine. (source : meermin)
La même version chez les Italiens de Velasca. Là encore on coche les mêmes cases. Il est amusant de voir que moins les pompes sont chères plus le discours est pompeux. Ils doivent probablement essayer de compenser quelque chose qui leur fait défaut… (source : velasca)
La même version chez les Italiens de Velasca. Là encore on coche les mêmes cases. Il est amusant de voir que moins les pompes sont chères plus le discours est pompeux. Ils doivent probablement essayer de compenser quelque chose qui leur fait défaut… (source : velasca)

Comment se différencier quand toutes les marques copient les mêmes designs ?

Il existe un phénomène amusant dans le milieu de la chaussure industrielle, il ne semble pas y avoir le moindre respect pour l’originalité d’un design. Toutes les marques se copient entre elles. Tout a déjà été fait en matière de chaussure. TOUT. Pour la simple raison que les qualités esthétiques demeurent permanentes à travers les époques. Les styles peuvent changer, les détails peuvent aller et venir, mais la beauté est intemporelle. Tout ça ce n’est pas de moi, c’est du Roger Scruton.

Dès lors ce n’est pas pour rien que toute les marques font et refont les mêmes modèles année après année. Elles se copient toutes, parfois à l’absurde. Dès qu’un modèle rencontre une certaine popularité, vous pouvez être certain que toutes les autres marques vont rapidement en sortir leur version. Parfois certains se croient plus malins que les autres et sous prétexte d’originalité vont aller pomper les catalogues de mode des années 30/40 pour ressortir des styles qui prenaient un peu la poussière. D’autres sont plus honnêtes et revendiquent pleinement leur inspiration dans le passé. Mais le résultat est le même, la chaussure est un milieu terriblement cyclique.

Quant aux grands groupes cosmopolites du “luxe”, ils tentent de se réinventer pour séduire une nouvelle clientèle dont le manque de goût reflète très souvent un cortex préfrontal sous développé, pour ne pas dire simien. Ils tentent de se débarrasser de leur image historique, qui sent un peu trop le monde d’autrefois. Ce monde qui est aujourd’hui considéré comme nauséabond et est contreproductif sur le plan de l’image globale, ils engagent alors de jeunes designers très talentueux qui pensent pouvoir élever leurs étrons au rang d’œuvre d’art juste parce qu’ils collent un grand nom dessus et qu’ils conceptualisent le truc.

Un problème d’inspiration dans le monde de la chaussure ? La Galway est le modèle originel. (source: lof&tung, carlos santos, edward green).
Un problème d’inspiration dans le monde de la chaussure ? La Galway est le modèle originel. (source: lof&tung, carlos santos, edward green).
Vous ne me croyez pas? Vraiment? De gauche à droite et de haut en bas vous avez : Edward Green Galway, Lof & Tung Kingsley, Meermin 101518, Saint Crispin Mod 620, Enzo Bonafe Shell, Allen Edmond Sullivan St, Meccariello Evocatus, Vass Valway, Carlos Santos Field Boots. Les prix vont approximativement de 200 à 1500 euros. Mention spéciale au nom trouvé par Vass pour leur paire. Ils changent une lettre, à croire qu’ils aiment bien troller. (source: reddit)
Vous ne me croyez pas? Vraiment? De gauche à droite et de haut en bas vous avez : Edward Green Galway, Lof & Tung Kingsley, Meermin 101518, Saint Crispin Mod 620, Enzo Bonafe Shell, Allen Edmond Sullivan St, Meccariello Evocatus, Vass Valway, Carlos Santos Field Boots. Les prix vont approximativement de 200 à 1500 euros. Mention spéciale au nom trouvé par Vass pour leur paire. Ils changent une lettre, à croire qu’ils aiment bien troller. (source: reddit)
Weston qui rit. La marque s’imagine être maligne en enregistrant sa 180 comme dessin et modèle. (source : inpi)
Weston qui rit. La marque s’imagine être maligne en enregistrant sa 180 comme dessin et modèle. (source : inpi)
Weston qui pleure. Arrêt de rejet de la Cour de cassation qui fait suite à la procédure judiciaire intentée par Weston contre Paraboot pour avoir copié la 180. (source : légifrance)
Weston qui pleure. Arrêt de rejet de la Cour de cassation qui fait suite à la procédure judiciaire intentée par Weston contre Paraboot pour avoir copié la 180. (source : légifrance)
John Lobb qui recrute Paula Gerbaise pour repomper des modèles chez Herring. (source : john lobb)
John Lobb qui recrute Paula Gerbaise pour repomper des modèles chez Herring. (source : john lobb)
Le modèle qui sert d’inspiration. Je suis certains que les grand “designer” méritent leur salaire, c’est du boulot d’aller piquer les modèles des autres. (source : herring).
Le modèle qui sert d’inspiration. Je suis certains que les grand “designer” méritent leur salaire, c’est du boulot d’aller piquer les modèles des autres. (source : herring).
Si ça vous amuse vous pouvez jouer aux jeux des 7 erreurs. (source : reddit)
Si ça vous amuse vous pouvez jouer aux jeux des 7 erreurs. (source : reddit)

Non, vos chaussures ne sont pas faites à la main.

Révélation. Choc. Horreur. Riez tant que vous voulez, certaines personnes ne le savent pas. Il ne faut pas oublier qu’à une époque où l’écrasante majorité de la population s’habille comme des ados attardés le business des boutiques de costumes et de souliers est en très grande partie alimenté par les mariages. Des clients qui achètent plus pour l’évènement que par un intérêt réel sur le produit.

Cela fait de la peine de devoir le rappeler, mais malheureusement l'utilisation du terme "fait main" pour des chaussures industrielles vendues quelques centaines d’euros n’est pas rare, elle est même devenue très courante. Le phénomène n’est pas réservé à la chaussure, vous avez la même chose pour les costumes, chemises et autres pantalons. Cette tendance est intolérable car elle est un doigt d’honneur adressé aux artisans qui à force d’effort, d’ampoules et de sueur proposent des produits qui sont réellement réalisé à la main et dont l’expérience et le savoir-faire sont uniques. Ce n'est pas parce qu'un ouvrier (même très qualifié) est assis devant une machine, touche une chaussure avec ses mains et la guide dans une machine que la chaussure en question est faite main. Ce n’est pas exactement comme cela que la fabrication d’une chaussure à la main fonctionne.

Appréciez l’ironie entre le titre “italian handmade” avec une personne travaillant à la machine en dessous et le pire c’est que ça ne les dérange même pas. Velasca est l’une des marques d’entrée de gamme avec la communication la plus mensongère qui existe dans ce domaine. Chez les Italiens c’est presque un sport national. (source : velasca)
Appréciez l’ironie entre le titre “italian handmade” avec une personne travaillant à la machine en dessous et le pire c’est que ça ne les dérange même pas. Velasca est l’une des marques d’entrée de gamme avec la communication la plus mensongère qui existe dans ce domaine. Chez les Italiens c’est presque un sport national. (source : velasca)
Morjas, la marque d’entrée de gamme Suédoise qui fait fabriquer “à la main” chez Sendra. (source : morjas)
Morjas, la marque d’entrée de gamme Suédoise qui fait fabriquer “à la main” chez Sendra. (source : morjas)
Pour mémoire Sendra c’est ça. Une usine massive qui sert à la fois pour les chaussures et les bottes d’Andrès Sendra mais qui produit également pour au moins 18 marques différentes en private label et aucune des chaussures ne sont faites “à la main”. (source : sendra)
Pour mémoire Sendra c’est ça. Une usine massive qui sert à la fois pour les chaussures et les bottes d’Andrès Sendra mais qui produit également pour au moins 18 marques différentes en private label et aucune des chaussures ne sont faites “à la main”. (source : sendra)
Il n’est pas nécessaire d’aller chercher très loin pour trouver des marques qui nagent en plein délire. Dans l’hexagone on a aussi notre lot d’affabulateurs. (source : emling)
Il n’est pas nécessaire d’aller chercher très loin pour trouver des marques qui nagent en plein délire. Dans l’hexagone on a aussi notre lot d’affabulateurs. (source : emling)

Qu’est-ce qu’une chaussure faite main ? Vaste question à laquelle il n’existe pas véritablement de réponse. Si j’étais un gros apparatchik siégeant au parlement Européen, j’aurais énormément de temps libre pour composer une définition aussi alambiquée qu’inutile mais je n’ai malheureusement pas ce loisir et je vais donc aller droit au but. Au sens le plus strict une chaussure faite main doit être intégralement réalisée à la main. De la création de la forme aux finitions. C’est la définition la plus objective qui soit.

À mon sens, et c’est là une définition personnelle, il faut que les principales étapes de fabrication soient faites à la main. Le levage du cuir, la mise en forme, le montage… Mais cela n’est que ma définition et cette dernière est plus laxiste. Il semble en revanche qu’il soit plus facile de déterminer ce que n’est pas une chaussure faite à la main, c’est une chaussure où la majorité des étapes sont faites à la machine. Soyons clair, si vous avez acheté vos chaussures dans un grand magasin, elles ne sont pas faites à la main. Si elles coûtent moins de 1500€, elles ne sont pas faites à la main… Certaines étapes peuvent être faites à la main, mais dans la chaussure industrielle, pratiquement aucune marque ne peut prétendre à une réalisation à la main de façon bottière, à l’exception peut-être de certains modèles spécifiques tel que la Chasse de Weston par exemple.

Ce problème n’est pas limité aux nouvelles marques “sans intermédiaire” dont les chaussures sont fabriquées en Espagne ou au Portugal, non, certaines marques comme Crocket & Jones font la même chose. Tout en présentant sur leur site internet les différentes étapes de fabrication réalisées comme il se doit…à la machine. La dissonance cognitive ne semble pas les déranger, je suis certains qu’ils arriveraient à se trouver une excuse à la con pour tenter de se justifier. En même temps on parle d’une marque qui fait sa communication sur le fait d’être le fournisseur des pompes de James Bond, niveau plouquerie, on est pas loin de dépasser Alden.

Même les marques dites premium ne vendent pas des chaussures faites à la main. Certaines n’hésitent pas à le prétendre, surtout chez les Italiens mais chez eux tout est fait main. La Madonna que c’est vrai. Même la déclaration de revenus de Meccariello elle doit être fait main…. contrairement à ses chaussures PAP. Loin de moi l’idée de lui reprocher de tromper le fisc, mais tromper les clients c’est tout de suite moins noble. D’autres en revanche sont beaucoup plus transparentes avec leur clientèle, des grandes maisons comme Edward Green, John Lobb ou Corthay ne mentionnent pas dans leur communication que les chaussures sont faites à la main. Leur nom suffit à imposer le respect, elles n’ont pas besoin de compenser par quelques artifices. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de reproche à faire sur leur production en PAP, mais l’honnêteté sur le domaine de la fabrication est au moins très louable.

Il n’existe pas de solution à cette tendance de vouloir tout étiqueter “fait main”, la seule chose à faire est d’être au courant que ce n’est bien souvent que de la fumisterie. Un bottier met entre 40 et 60 heures pour fabriquer une chaussure, il faut être idiot pour s’imaginer que des usines qui sortent des dizaines de milliers de paires par an passent autant de temps sur leur fabrication. Documentez-vous, lisez notre article sur ce qu’est un soulier de qualité et la prochaine fois qu’un vendeur vous dit que les chaussures sont “fait main” faites-lui avaler ses mensonges à grand coup de chausse pied dans les genoux.

Un exemple intéressant, Central Shoes au Japon. Le montage est effectué partiellement à la machine (mur collé) et partiellement à la main. Est-ce que la chaussure est fait main ? Non mais l’usine ne le revendique pas. Elle fabrique essentiellement pour des clients en private label. (source : shoegazing)
Un exemple intéressant, Central Shoes au Japon. Le montage est effectué partiellement à la machine (mur collé) et partiellement à la main. Est-ce que la chaussure est fait main ? Non mais l’usine ne le revendique pas. Elle fabrique essentiellement pour des clients en private label. (source : shoegazing)
La même marque finit également les lisses à la main, ce qui n’est pas courant dans leur segment de prix. Ce n’est pas parce qu’une chaussure sort d’un atelier qu’elle est faite intégralement à la main. De la même façon, ce n’est pas parce qu’une chaussure est faite à la machine que certaines étapes ne peuvent pas être faites à la main. (source : shoegazing)
La même marque finit également les lisses à la main, ce qui n’est pas courant dans leur segment de prix. Ce n’est pas parce qu’une chaussure sort d’un atelier qu’elle est faite intégralement à la main. De la même façon, ce n’est pas parce qu’une chaussure est faite à la machine que certaines étapes ne peuvent pas être faites à la main. (source : shoegazing)

Les subs, fin de séries, dernières paires, soldes, rabais, outlet….

Il s’agit d’un sujet au final assez trivial mais qui est souvent la cause de problèmes, surtout avec la généralisation de la vente en ligne et des marques qui ne disposent pas de boutiques physiques. Il arrive assez souvent que les marques se débarrassent de leurs modèles avec des défauts durant ces occasions sans en informer le client. C’est un petit mensonge d’omission sans grande conséquence tant que les défauts ne sont que cosmétiques, mais la pratique s’est répandue et a atteint des proportions assez désagréables.

Vous imaginez bien qu’une usine qui produit plusieurs milliers, quand ce n’est pas centaine de milliers, de paires par an n’est pas en mesure de contrôler chaque paire individuellement. Il arrive donc que certaines paires avec des défauts soient livrées au client. Une fois que le client a réceptionné cette paire, s’il constate des défauts manifestes, il va tenter de la renvoyer ou de négocier une remise. À moins que vous n’ayez acheté une paire de Meermin, dans quel cas il vous faudra menacer le service client de mort par lingchi avant d’avoir la moindre chance d’espérer un geste commercial, normalement la majorité des marques sont assez réactives et raisonnables.

Mais qu’advient-il de la paire incriminée ? Elle est le plus souvent revendue, c’est aussi simple que ça. Soit lors d’une solde, d’un outlet… Les fins de séries permettent en général aux marques d’écouler leur stock de paires avec des défauts. Il faut simplement être au courant de ce fait, certaines marques identifient leur subs, soit par un “S” ou un “R” (pour reject) voire plus simplement par un point ou un autre signe distinctif. Toutes les marques et autres revendeurs ne refourguent pas des paires défectueuses pendant des soldes, mais il est bon de rester sur ses gardes.

Le business des privates labels, ces marchands du temple qui vous prennent souvent pour des cons.

Si vous avez lu notre article sur ce qu’est un soulier de qualité (encore lui), vous savez qu’il faut faire la différence entre une marque de chaussure et un fabricant de chaussure. Beaucoup de gens ignorent que nombre de marques de chaussures ne fabriquent pas leur produit. Ce qui n’est en soit pas un problème, la sous-traitance dans le monde des souliers n’est pas nouvelle et existe même en grande mesure. Mais alors, où est l’enculade vous allez me dire ? Car enculade il y a. Pour bien comprendre comment fonctionne l’industrie du soulier il faut connaître les différents modèles économiques qui existent pour faire des shekels.

Il y a tout d’abord les fabricants (ceux qui possèdent une usine donc) et revendent via un réseau de distribution. Ce réseau peut être externe, via des distributeurs, c’est le modèle classique. C’est le cas par exemple d’Edward Green, Corthay, Crockett & Jones... dont vous pouvez trouver les pompes un peu partout. Mais il peut aussi être interne comme c’est le cas avec Meermin dont les produits ne se trouvent que dans le réseau de la marque.

Certains fabricants vendent également en interne et en externe, mais ils se confrontent à un problème, la marge de leur distributeur. Les distributeurs externes revendent en faisant une marge, ce qui implique donc que leur prix soit plus cher qu’en réseau interne. C’est pour cette raison par exemple que Crockett & Jones n’a pas une site de vente en ligne digne de ce nom et n’offre que la possibilité de passer une commande par mail order. C’est totalement désuet, c’est très British et par conséquent c’est donc très con. Mais ils font cela pour préserver leurs distributeurs, ce qui explique aussi en partie pourquoi Crockett & Jones, c’est cher pour ce que c’est. Cela ne veut d’ailleurs pas nécessairement dire qu’un réseau de distributeur interne soit meilleur pour vous en tant que client, puisque cela permet à la marque de mieux contrôler sa marge et donc ses profits, la balance peut pencher en votre faveur comme en celle de la marque puisqu’elle a plus de liberté.

De l’autre côté de la barrière, il existe maintenant les marques en private label, celles sans usines donc, qui elles aussi ont des modèles de distribution en interne ou en externe. Par exemple Loding est une marque qui fait fabriquer ses chaussures en Inde et au Portugal, et qui ne revend qu’à travers son réseau de franchisés alors que Ralph Lauren fait fabriquer… un peu partout (Edward Green, C&J...) et revend de la même façon un peu partout. Jusque-là, tout va bien. Au début des années 2000 l’offre en private label a commencé à se démocratiser avec de plus en plus de marques qui se lançaient et le mouvement a rapidement prit de l’ampleur. À tel point que maintenant si à votre sortie d’école de commerce vous n’avez toujours pas votre marque de chaussure, vous êtes un trou du cul. D’aucuns dira que vous l’êtes peu importe que vous ayez une marque de chaussure ou pas, mais c’est un autre débat.

L’exemple typique des conneries que peuvent sortir les marques en private label. Le propriétaire (Justin Fitzpatrick dans notre cas) raconte contrôler et surveiller toutes les étapes de la fabrication et s’assurer que tout est parfait. Alors qu’il habite à NYC et que ses chaussures sont fabriquées par Sendra en Espagne. Il est à plus de 6000 km d’une usine dont il ne contrôle ni les machines, ni les employés mais à l’entendre il est au milieu des ouvriers du matin au soir et rien ne lui échappe. (source : jfitzpatrick)
L’exemple typique des conneries que peuvent sortir les marques en private label. Le propriétaire (Justin Fitzpatrick dans notre cas) raconte contrôler et surveiller toutes les étapes de la fabrication et s’assurer que tout est parfait. Alors qu’il habite à NYC et que ses chaussures sont fabriquées par Sendra en Espagne. Il est à plus de 6000 km d’une usine dont il ne contrôle ni les machines, ni les employés mais à l’entendre il est au milieu des ouvriers du matin au soir et rien ne lui échappe. (source : jfitzpatrick)

La croissance exponentielle de ces marques en private label s’est accompagnée d’un problème de différenciation. Ils font tous produire dans les mêmes usines, plus ou moins selon le même cahier des charges et plus ou moins avec les mêmes cuirs et formes… le produit final sans être identique est très similaire pour tout le monde.

Dès lors, comment convaincre les gens d’acheter vos pompes si tout le monde fait la même chose ? Fabriquer des modèles originaux ? Nous l’avons déjà dit, c’est mal connaître le monde de la chaussure, tous se copient, s’observent et se pillent. La solution ça a été de se différencier sur la communication, c’est la façon la plus facile de “marketer” un produit dont les qualités sont majoritairement invisibles aux yeux des clients.

Le racolage façon Velasca. Le type est un ancien banquier, le tapinage ça le connaît. La communication c’est le nerf de la guerre. (source : styleforum)
Le racolage façon Velasca. Le type est un ancien banquier, le tapinage ça le connaît. La communication c’est le nerf de la guerre. (source : styleforum)

Qu’est-ce qu’un private label et comment ça marche ?

Il existe moins de fabricants que de marques, car cela demande un investissement lourd en machine, personnel… Pour donner un exemple Meermin, Carlos Santos, TLB Mallorca, Andres Sendra, Barker, Edward Green, Crockett & Jones, Allen Edmonds, Alden, JM Weston, Carmina, Gaziano & Girling, Santoni, Corthay, Alfred Sargent, Churh’s, John Lobb Paris, Vass possèdent tous leur propre usine quand ils n’en possèdent pas plusieurs, parfois dans des pays du tiers monde. Et il existe beaucoup d’autres fabricants. Le fait de posséder sa propre usine n’indique pas nécessairement que les produits sont de qualités, certaines des marques citées sont d’ailleurs médiocres, néanmoins cela indique que ces marques ont un contrôle total de leur outil de production, elles sont responsables de tous les aspects qui entrent dans la conception d’une chaussure.

Pour des raisons stratégiques et commerciales il arrive que ces usines décident d’assurer la production de chaussures pour d’autres marques que les leurs. Qui produit pour qui c’est un secret de polichinelle dans le milieu. Très peu de marques révèlent qui est leur fabricant, parce que bien souvent ça détruirait leur communication à base d’image d’Epinal. Combien de fois ais-je lu “on fait fabriquer ça par un petit atelier familial de la péninsule Ibérique” quand en fait il faut lire “c’est fabriqué en masse par Sendra”. Heureusement les privates labels c’est comme Philippe qui est devenu Emma, malgré tous les artifices mis en place il y a des éléments qui ne trompent pas sur la provenance. Voici donc une liste des principaux fournisseurs d’un certain nombre de marques.

L’usine de Carlos Santos (Zarco) au Portugal. Souvent décrite par les marques qui y font fabriquer comme “un petit atelier”, une “maison familiale” ou je ne sais encore quelle autre ineptie. C’est une usine comme il en existe des millions et c’est tout. (source : google)
L’usine de Carlos Santos (Zarco) au Portugal. Souvent décrite par les marques qui y font fabriquer comme “un petit atelier”, une “maison familiale” ou je ne sais encore quelle autre ineptie. C’est une usine comme il en existe des millions et c’est tout. (source : google)
L’histoire de Cosette Santos et de son “atelier” selon la légende officielle. (source : comme un camion)
L’histoire de Cosette Santos et de son “atelier” selon la légende officielle. (source : comme un camion)
Rien n’explique mieux le business des privates labels que cette image. L’Aston Martin se la joue tradition bottière, alors que la Toyota mise sur l’entrée de gamme. Les deux voitures sont identiques, à l’exception de quelques détails de personnalisation, la différence réside avant tout dans la marque et l’image donnée. (source : autocar)
Rien n’explique mieux le business des privates labels que cette image. L’Aston Martin se la joue tradition bottière, alors que la Toyota mise sur l’entrée de gamme. Les deux voitures sont identiques, à l’exception de quelques détails de personnalisation, la différence réside avant tout dans la marque et l’image donnée. (source : autocar)

Avant toute chose, il est important de préciser quelques points. Cette liste n’est pas exhaustive et n’est donnée qu’à titre indicatif. Certaines marques font fabriquer dans plusieurs usines, par exemple Herring fait fabriquer chez Barker, Cheaney, Loake… d’autres marques font produire en partie en Europe et dans le tiers monde, c’est le cas de Loding par exemple qui fait produire en Inde mais également chez Carlos Santos.

Cette liste se concentre sur les marques majoritairement du milieu de gamme pour deux raisons. C’est là que se trouve la majorité des marques en private label et leur prix est plus à même d’attirer les débutants, jeunes mariés et autres ploucs. Il a été décidé de se concentrer sur les marques de la péninsule ibérique en raison de leur popularité en France. Comprenez donc que beaucoup de fabricants et de marques sont absentes, par soucis de synthèse. Par exemple Edward Green a été un temps le fabricant des chaussures Ralph Lauren purple label. Mais cette ligne a également été fabriquée par Crockett & Jones et d’autres fabricants. Imaginez maintenant qu’il faut multiplier cette pratique par le nombre de marques généralistes et par leur nombre de lignes… Et enfin il est possible que certaines marques ne fabriquent plus dans les usines mentionnées, je ne démonte pas des paires tous les 4 matins pour vérifier la provenance de telle ou telle chaussure.

Carlos Santos (Portugal) : Loding, Malfroid, JM Legazel, Gustavia, Marc Guyot, Monsieur Chaussure, Emling, Stanislas “bottier”, Prince Jorge (ancienne ligne), George&Georges...

Andrés Sendra (Espagne) : JFitzpatrick, Septième Largeur, Sons of Henrey, Orban’s, Ramon Cuberta, Morjas, Markowski, Cobbler Union….

Malinge (France) : Point de Paris, Mauban, Jacques et Déméter, Corthay (dans les années 2000), Caulaincourt...

Cordwainer (Espagne) : John Foster, Shoepassion, Pertini, Finsbury...

Barker (Royaume Unis) : Charles Tyrwhitt, Caulaincourt, Bonne Gueule, Harry Rosen, Edward & James...

TLB Mallorca (Espagne) : Skolyx, Prince Jorge (ligne actuelle), Patine...

Xibao (Chine) : Yeossal, Oct. Tenth x Sons of Henrey…

Une chaussure en private label reste une chaussure industrielle comme une autre, à savoir qu’elle suit le même cycle de production, il n’y a rien de différent de ce point de vue. Les usines proposent plusieurs solutions à leurs clients, qui vont de la prise en charge complète de la production, à des cahiers des charges spécifiques qui sont en partie adaptable au besoin de chaque marque. Et c’est là que se trouve l’un des principaux griefs qu’il est possible de faire aux marques en private label. Le flou artistique qui est souvent entretenu sur la sous-traitance et la fabrication des chaussures. Cela permet à quelques malins de se donner une image premium, quand d’autres se prennent carrément pour des bottiers. Heureusement toutes les marques en private label ne sont pas des saucières à merde et certaines sont ouvertes et communiquent amplement sur leur façon de procéder.

Le délire à l’état pur, un cas pour la répression des fraudes. Être bottier ne veut pas dire “créer ses chaussures chez Zarco”. C’est pourtant ce qui est décrit ici, cette marque fait du prêt à porter en private label et non de la botterie. (source : georges&georges)
Le délire à l’état pur, un cas pour la répression des fraudes. Être bottier ne veut pas dire “créer ses chaussures chez Zarco”. C’est pourtant ce qui est décrit ici, cette marque fait du prêt à porter en private label et non de la botterie. (source : georges&georges)
Emling qui revendique la “grande tradition des maitres bottiers”. Rien que ça. Alors que c’est bien évidement une marque industrielle en private label comme beaucoup d’autres, il n’y a rien de bottier ni de traditionnel là-dedans. (source : emling).
Emling qui revendique la “grande tradition des maitres bottiers”. Rien que ça. Alors que c’est bien évidement une marque industrielle en private label comme beaucoup d’autres, il n’y a rien de bottier ni de traditionnel là-dedans. (source : emling).
Tout est fait pour évoquer au client une sorte d’imaginaire, de fantasme du “haut de gamme”. (source : malfroid)
Tout est fait pour évoquer au client une sorte d’imaginaire, de fantasme du “haut de gamme”. (source : malfroid)
Alors que la réalité c’est ça, Zarco 60 000 paires par ans pour Carlos Santos et leurs clients en private label dont Malfroid. J’entends d’ici le doux chant des machines, on peut presque sentir l’odeur de la colle. Le raffinement authentique, très certainement. (source : cmjornal)
Alors que la réalité c’est ça, Zarco 60 000 paires par ans pour Carlos Santos et leurs clients en private label dont Malfroid. J’entends d’ici le doux chant des machines, on peut presque sentir l’odeur de la colle. Le raffinement authentique, très certainement. (source : cmjornal)
Confrontation entre une paire de Malfroid (à gauche) et une paire bottière (à droite). L’intention y est mais les finitions laissent à désirer. (source : twitter)
Confrontation entre une paire de Malfroid (à gauche) et une paire bottière (à droite). L’intention y est mais les finitions laissent à désirer. (source : twitter)

Comment est fabriquée une chaussure en private label ?

Comme une chaussure industrielle classique. La seule différence réside dans le fait qu’un commanditaire (la marque) donne des instructions à un exécuteur (l’usine) sur ce qu’il désire obtenir. Il est donc possible pour le commanditaire d’influencer certains facteurs, par exemple le dessin, la forme, la sélection du cuir, voire même dans certains cas le choix des contreforts, cambrions… comme il est possible qu’il ne s’occupe pratiquement de rien, certaines usines vendant des solutions “clefs en main”.

Il n’est donc pas nécessaire d’avoir la moindre connaissance technique… ce qui explique pourquoi certaines marques font des erreurs grossières lorsqu’elles communiquent sur leurs produits, à moins qu’ils ne s’agissent de mensonges éhontés.

Il est impossible d’expliquer en détail comment chaque marque en private label est fabriquée, car il est impossible de décortiquer chaque offre proposée par chaque usine, chaque solution choisie par les différentes marques… il est en revanche possible d’expliquer avec plus de détail ce qui est modifiable par une marque en private label et ce qui ne l’est pas.

Le genre de petit détail grossier assez amusant. Les garants ont un problème d’alignement. C’est un défaut de fabrication esthétique assez commun et sans conséquence sur la longévité de la chaussure mais utiliser la paire pour une vidéo de lancement tout en tenant des propos dithyrambiques démontre bien le niveau d’incompétence complet de la marque. (source : asphalte/youtube)
Le genre de petit détail grossier assez amusant. Les garants ont un problème d’alignement. C’est un défaut de fabrication esthétique assez commun et sans conséquence sur la longévité de la chaussure mais utiliser la paire pour une vidéo de lancement tout en tenant des propos dithyrambiques démontre bien le niveau d’incompétence complet de la marque. (source : asphalte/youtube)
Un petit détail amusant, Morjas ne possède pas d’usine. Ils font fabriquer chez Sendra. Mais pour la séance photo ils ont été jusqu’à fabriquer une blouse à leur nom pour la faire endosser par l’ouvrier. Les mises en scène de ce genre sont très courantes. Une autre très populaire, le coupeur qui pour la photo fait semblant de lever un cuir au tranchet alors que l’usine utilise une découpe automatisée. (source: morjas)
Un petit détail amusant, Morjas ne possède pas d’usine. Ils font fabriquer chez Sendra. Mais pour la séance photo ils ont été jusqu’à fabriquer une blouse à leur nom pour la faire endosser par l’ouvrier. Les mises en scène de ce genre sont très courantes. Une autre très populaire, le coupeur qui pour la photo fait semblant de lever un cuir au tranchet alors que l’usine utilise une découpe automatisée. (source: morjas)
Comme c’est le cas ici avec Velasca. Ça fait très bien pour la photo, mais ça n’est pas la réalité. (source : velasca)
Comme c’est le cas ici avec Velasca. Ça fait très bien pour la photo, mais ça n’est pas la réalité. (source : velasca)

Les dessins et le fameux “travail de forme"

Tout commence par un dessin. Il suffit d’un papier et d’un crayon et en quelques minutes vous pouvez faire une esquisse qui sert à conceptualiser ce à quoi votre chaussure va ressembler une fois terminée. Si vous êtes un bon gribouilleur vous pouvez faire une ligne complète en quelques heures. Ces dessins sont suffisants pour ensuite contacter une usine qui va voir comment il est possible de transformer ces esquisses en chaussures. Techniquement c’est la seule chose dont vous avez besoin pour faire fabriquer des chaussures en private label, du moment que vous avez les capitaux qui vont avec. Et encore, je ne serai pas étonné qu’aujourd’hui certaines usines vendent même des designs déjà prêts à être employés ou modifiés.

Un croquis qui sert à déterminer l’aspect général de la chaussure. (source : shoesnob)
Un croquis qui sert à déterminer l’aspect général de la chaussure. (source : shoesnob)
Le modèle en question à l’état de prototype. (source : shoesnob)
Le modèle en question à l’état de prototype. (source : shoesnob)

Une fois le dessin établi une forme est réalisée par un formier, ce dernier va prendre en compte le dessin de la chaussure mais aussi les considérations orthopédiques d’usage. Il est possible de réaliser plusieurs prototypes pour voir comment le formier et le patronnier gradeur vont “adapter” le dessin à la chaussure. Une fois la forme définitive adoptée elle va être dupliquée. Les formes à monter sont couteuses à réaliser. Il faut faire une forme pour chaque taille et demi-taille ce qui implique un investissement conséquent. Parfois certaines marques en private label préfèrent se passer de demi-taille pour limiter leurs coûts.

Il faut aussi comprendre une chose qui n’est jamais vraiment expliquée car ces marques aiment pratiquer l’onanisme en cercle sur leur “travail de forme”. Une usine travaille avec un parc de machine déterminé. Ces machines sont réglées d’une certaine façon et il est possible que selon les réglages elles ne s’adaptent pas à certaines formes moins standards que les autres. Ce qui peut se traduire par des marques d’outillage sur le cuir par exemple, cela arrive d’ailleurs assez régulièrement et même sur des machines bien réglées. De fait beaucoup d’usines proposent à leur client en private label d’utiliser leur parc de formes plutôt que d’avoir à en développer de nouvelles. Cela permet à l’usine de ne pas altérer sa ligne de production et cela économise également de l’argent au client qui n’a pas à se prendre la tête à faire développer des formes propres.

C’est pour cette raison que beaucoup de marques en private label ont un chaussant similaire. Prenons un exemple simple, Carlos Santos a la réputation de tailler légèrement plus grand que la moyenne. Loding taille également légèrement plus grand que la moyenne, comme c’est le cas avec l’ancienne ligne de Prince Jorge, car il s’agit de marques fabriquées dans l’usine de Carlos Santos. Cela ne veut pas dire que les formes sont nécessairement les mêmes, ni que le chaussant va être identique (d’autres éléments que la forme ont une influence sur le chaussant) mais globalement il va être similaire.

Toutes les formes industrielles sont l’œuvre d’un compromis, c’est la raison pour laquelle beaucoup de chaussures en PAP se ressemblent ou chaussent de la même façon. Le but est de rendre la chaussure confortable à une majorité de gens, les industriels ne sont pas les détenteurs d’un secret jalousement gardé issu d’un culte millénaire qui rend magiquement les chaussures à la fois racées et confortables pour tous. Certaines formes conviennent à certains pieds et pas à d’autres. La demi-mesure, ou la mesure sont les seules façons d’avoir un chaussant et une forme qui vous soit unique et qui soit (normalement) idéale.

Si une marque en private label vous baratine sur son travail de forme, c’est bien souvent juste ça, du baratin. Cela ne veut pas dire qu’il est impossible pour une marque en private label de développer des formes spécifiques à leurs désirs, loin de là. Il faut juste être au courant que parmi toutes les marques qui existent beaucoup se contentent d’utiliser les formes proposées par l’usine et vont ensuite se vanter d’avoir inventé la roue, c’est juste de la com, de l’esbroufe. Le plus important pour vous c’est de trouver un chaussant adapté, le reste, babillage.

La mise en production “dans un petit atelier de la péninsule Ibérique”

Une fois cette étape réalisée le patronnier gradeur entre en scène et va adapter le dessin du styliste à la forme qui a été créée. Il va travailler sur une coquille, une réplique de la forme originelle, ou sur cette dernière directement. Une fois que le résultat d’adaptation est fait, le patronnier va réaliser le patron de la chaussure. Le patron représente les différentes pièces qui vont constituer la tige de la chaussure.

Plusieurs prototypes peuvent être réalisés afin d’avoir la paire désirée et une fois le modèle terminé il part en production. Ce qui est amusant c’est qu’énormément de privates labels ont cette obsession de faire produire “dans un petit atelier” ou encore “dans une usine familiale” pour suggérer plein d’idées fausses dans l’esprit de leur client alors qu’en fait ça sort d’usines qui font en général de gros volumes. Peut-être ont-ils honte de leur lieu de production ? Mentionner un “atelier” c’est probablement plus sexy que parler d’une usine, c’est de la sémantique, comme les caissières qui deviennent des “hôtesses de caisse”.

Une fois la chaussure sur la ligne de montage, elle va subir le même traitement que toutes les autres chaussures avec le même cahier des charges. Certaines marques se pignolent sur la tradition bottière sur les finitions exceptionnelles ou je ne sais quoi alors qu’en fait ce que vous allez avoir c’est un Goodyear rainette Zarco, comme toutes les autres marques qui demandent la même construction à l’usine. Même si vous avez des exigences très précises Barker fait du Barker, Zarco du Zarco, Sendra du Sendra. Toutes ces usines ont des compétences et capacités différentes qui leur sont spécifiques mais les marques en private label ne contrôlent ni la main d’œuvre ni les machines, elles sont totalement dépendantes de ce que fait l’usine sur ce point, c’est la norme.

Il existe des exceptions, mais qui sont surtout présentes dans les marques qui visent un segment supérieur. Très concrètement Point de Paris qui fait fabriquer chez Malinge a eu accès à une machine spécialement réglée pour leur production, mais l’on parle ici de chaussures à plus de 800€. La grosse majorité de la production en private label se situe entre 200€ et 500€ et est loin d’avoir les mêmes exigences.

Je ne vais pas revenir sur les questions de montage, tout le monde sait bien que les marques en private label sont des croyantes dans le Goodyear master race. À les écouter il n’existe que le Goodyear et rien d’autre, cela semble la solution à tous les maux du monde. Pour éradiquer les famines, les guerres, les injustices, le Goodyear, il n’y a que ça de vrai. Je rappellerai à toute fin utile que Goodyear n’est qu’un nom, une technique et que cette technique connaît différente réalité selon son exécution. Un Goodyear mal monté est toujours moins bon qu’un Blake bien exécuté.

“Le montage Goodyear reconnu comme étant le plus résistant pour une chaussure habillée”. Les bottiers en sueur, ils viennent d’apprendre de la bouche de Marcos que leur cousu trépointe c’est de la merde. (soure: septièmelargeur)
“Le montage Goodyear reconnu comme étant le plus résistant pour une chaussure habillée”. Les bottiers en sueur, ils viennent d’apprendre de la bouche de Marcos que leur cousu trépointe c’est de la merde. (soure: septièmelargeur)
Quand je disais que le Goodyear était devenu un montage sacré, je ne déconnais pas. À en croire Asphalte le reich du Goodyear durera mille ans. Ce mythe de la chaussure d’entrée de gamme qu’on peut ressemeler à vie est amusant puisqu’il n’est vrai qu’à une condition. Que votre vie soit très courte. (source : asphalte)
Quand je disais que le Goodyear était devenu un montage sacré, je ne déconnais pas. À en croire Asphalte le reich du Goodyear durera mille ans. Ce mythe de la chaussure d’entrée de gamme qu’on peut ressemeler à vie est amusant puisqu’il n’est vrai qu’à une condition. Que votre vie soit très courte. (source : asphalte)
Les finitions bottières, le montage Goodyear, tout y est. Petit détail supplémentaire, le fil soi-disant poissé à la main. Une opération qui n’est pas pratiquée dans les grosses usines puisque cela encrasse et endommage la machine Goodyear. Mais c’est bien essayé, comme dit le proverbe “beaucoup de vaseline, encore plus de patience éléphant encugule fourmi”. (source : malfroid)
Les finitions bottières, le montage Goodyear, tout y est. Petit détail supplémentaire, le fil soi-disant poissé à la main. Une opération qui n’est pas pratiquée dans les grosses usines puisque cela encrasse et endommage la machine Goodyear. Mais c’est bien essayé, comme dit le proverbe “beaucoup de vaseline, encore plus de patience éléphant encugule fourmi”. (source : malfroid)

Une fois la chaussure sortie de la ligne de production, arrive sa mise en circulation. C’est là que vous allez très souvent rencontrer le célèbre “no middleman involved” autrement dit, la vente sans intermédiaire. Lors de l’explosion du nombre de private label sur le marché cette pratique s’est répandue comme la lèpre. À croire que tous les crétins d’HEC avaient suivi les mêmes cours. Le discours est toujours le même, imaginons une marque créée par un groupe de jeunes dynamiques tolérants et inclusifs avec des moustaches et des roux. Nos petits génies ont constaté que le cycle de distribution classique avait des marges élevées dues à de nombreux intermédiaires, alors ils ont décidé de vendre directement au consommateur, ils présentent ça comme quelque chose "d'unique" et ils sont fous parce qu’ils "perturbent l'industrie".

Si vous avez de la chance ils vont même aller jusqu’à foutre des graphiques montrant les coûts des "marques de luxe traditionnelles" par rapport aux leurs et comme par magie les coûts de production sont les mêmes, mais les coûts “d'exploitation” de “marketing” ou de “distribution” sont deux fois moins élevés que les soi-disant “marques traditionnelles”. Seulement voilà, c’est un fait bien connu que dans le monde des souliers il y a des distributeurs partout. Chaque grande ville de France a des magasins dont les rayons débordent de paires de Green, de Carlos Santos, de Vass, de Carmina ou je ne sais quelle autre marque. Les intermédiaires, les boutiques, les panneaux publicitaires, ils sont partout.

Vous l’avez compris il s’agit en réalité de l’un des nombreux artifices marketing totalement bidon qui sert à vous expliquer pourquoi le prix de votre chaussure est si bas et pourquoi c’est l’affaire du siècle. C’est un attrape couillon, car dans le cas des privates labels, la marque qui vous vend la chaussure est en réalité l’intermédiaire. D’ailleurs je m’amuse toujours à voir comment de nombreuses marques en private label disent ne pas avoir un gros budget marketing alors qu’en parallèle c’est probablement le plus gros département de la boite.

Certaines poussent le vice encore plus loin et se payent des doubles pages dans chaque itération de Pointure ou de Monsieur et trouvent encore le moyen d’arroser les blogs et autres sites “partenaires”. À noter que ce modèle laisse petit à petit la place à un nouveau système. La start-up “on est tous potes”, probablement qu’à force de tous faire la même chose il a fallu se démarquer. Par contre il faudra dire à toutes ces marques, surtout celles basées en France qu’au bout d’un moment il serait bon de songer à arrêter d’utiliser encore et toujours le même mannequin, ça va finir par se voir sinon…

Myrqvist, une des nombreuses marques d’entrée de gamme en private label qui vend “directement au consommateur” diagrammes simplistes pour ploucs à l’appui. (source : myrqvist)
Myrqvist, une des nombreuses marques d’entrée de gamme en private label qui vend “directement au consommateur” diagrammes simplistes pour ploucs à l’appui. (source : myrqvist)

Des cuirs exceptionnels à prix modique…

Nous avons déjà traité la question du cuir et de sa qualité dans notre précédent article, mais il s’agit d’un sujet tellement vaste qu’il est toujours possible d’aller plus en détails. Le cuir est probablement l’un des domaines sur lequel la communication est la plus mensongère, puisqu’il s’agit également d’un des domaines les moins évidents à maitriser.

De plus le cuir est une matière noble qui a un fort pouvoir évocateur et est synonyme de qualité dans le temps, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient. L’avantage est évident, quant à l’inconvénient, il est l’est aussi, confusion, tromperie et abus de langage sont légions, dans le but d’amener le client à croire certaines choses par rapport au produit qu’il achète.

Énormément de marques que ça soit en private label comme des fabricants utilisent des cuirs sans mentionner autre chose que la tannerie d’origine comme si cela était un indicateur de qualité quelconque. Cela permet à Meermin par exemple de prétendre que leur cuir venant d’Annonay est exceptionnel, alors qu’il est d’une qualité tellement basse qu’il ressemble plus à du ventre de pangolin qu’à du veau. Et cela est parfaitement légal, car en droit Européen (et donc en droit Français) les textes de loi liés au milieu de la chaussure sont tout simplement risibles. Cela permet entre autre aux marques de ne pas aborder certaines questions gênantes sur la façon dont beaucoup de cuirs sont traités en finitions afin d’en modifier l’esthétique sans pour autant en améliorer la qualité.

7L vont chez les meilleures tanneries, toujours, c’est bien connu. Aucune marque ne va dire le contraire. (Source: septième largeur)
7L vont chez les meilleures tanneries, toujours, c’est bien connu. Aucune marque ne va dire le contraire. (Source: septième largeur)
Je ne lis pas dans les plis du cuir, ni dans le marc de café, toutes les chaussures plissent, c’est un fait. Si vous ne voulez pas de plis de marche, achetez des sabots. Les plis sont le résultat de beaucoup de facteurs, notamment la façon dont le pied remplit la chaussure et à quel point la forme lui convient. Néanmoins cela ne veut pas dire que le cuir n’a aucune responsabilité dans le problème. Sur cette sélection de paires 7L, toutes ont moins de 2 ans, beaucoup d’entre elles marquent très fortement et ont le fameux “bourlet 7L” qui fait souvent craquer la tige comme dans la dernière photo. Est-ce que les vendeurs de la marque ne savent pas conseiller les clients ? Est-ce que les clients ne savent pas choisir une forme adaptée ? Ou est-ce que le cuir utilisé est  mauvais ? (source : reddit, styleforum, depiedencap, engrandepompe)
Je ne lis pas dans les plis du cuir, ni dans le marc de café, toutes les chaussures plissent, c’est un fait. Si vous ne voulez pas de plis de marche, achetez des sabots. Les plis sont le résultat de beaucoup de facteurs, notamment la façon dont le pied remplit la chaussure et à quel point la forme lui convient. Néanmoins cela ne veut pas dire que le cuir n’a aucune responsabilité dans le problème. Sur cette sélection de paires 7L, toutes ont moins de 2 ans, beaucoup d’entre elles marquent très fortement et ont le fameux “bourlet 7L” qui fait souvent craquer la tige comme dans la dernière photo. Est-ce que les vendeurs de la marque ne savent pas conseiller les clients ? Est-ce que les clients ne savent pas choisir une forme adaptée ? Ou est-ce que le cuir utilisé est mauvais ? (source : reddit, styleforum, depiedencap, engrandepompe)
Meermin qui ne sait plus trop si leur cuir vient de du Puy ou d’Annonay. Pour le client final cela ne fait pas beaucoup de différence, dans les deux cas vous aurez du cuir déclassé payé au poids alors la provenance hein… (source: meermin)
Meermin qui ne sait plus trop si leur cuir vient de du Puy ou d’Annonay. Pour le client final cela ne fait pas beaucoup de différence, dans les deux cas vous aurez du cuir déclassé payé au poids alors la provenance hein… (source: meermin)

Tout d’abord pour ceux qui lisent cet article sans aucunes connaissances préalables il faut d’abord comprendre que la qualité d’une peau est affectée soit par des défauts ante-mortem (égratignures, marques de frottement, varon...) soit par des défauts post-mortem (entailles d'écharnage, fêlure du grain, etc...). Si les défauts post-mortem sont contrôlables dans une certaine mesure, les défauts ante-mortem posent de sérieux problèmes au tanneur.

Afin de tenter de réduire l’impact visuel de ces défauts les tanneries utilisent plusieurs produits après tannage (des finitions) qui visent à les atténuer mais qui peuvent aussi modifier l’aspect du cuir et ses caractéristiques. Il faut savoir que les étapes de finition ne sont pas une nouveauté dans les tanneries loin de là, par exemple le foulonnage à sec est une opération de finition qui permet de faire remonter le grain naturel et d’accentuer la souplesse du cuir. Le lissage est également une opération mécanique de finition facultative qui ferme la fleur et lui donne un aspect brillant.

Selon le type de finition qui est appliquée le cuir est désigné d’une façon différente. On parle par exemple de cuir aniline, semi-aniline, de cuir plongé, ou encore de cuir pigmenté. Le cuir grainé est également une finition (souvenez-vous, c’est quand le cuir est passé sous presse pour lui imprimer un motif). Et il n’y a aucun problème à cela. Que les cuirs subissent des étapes de finitions différentes en fonction de ce que la tannerie veut en faire, c’est parfait. Encore faut-il qu’ensuite le consommateur ait la moindre idée de ce qu’il achète. Ce qui n’est souvent pas le cas.

Un cuir pigmenté avant et après foulonnage à sec. Notez la différence dans le grain et la façon dont les défauts sont “masqués” (source : leather-dictionary)
Un cuir pigmenté avant et après foulonnage à sec. Notez la différence dans le grain et la façon dont les défauts sont “masqués” (source : leather-dictionary)

En effet, légalement les mentions qui doivent figurer sur vos chaussures se limitent à peu de choses. Je vais vous passer les détails du langage hermétique qu’est le droit. Moi y’en a connaître, toi pas t’en faire, moi y’en a expliquer à toi. C’est la directive 94/11/CE du parlement européen et du conseil en date du 23 mars 1994 qui fixe les éléments règlementaires relatifs à l’étiquetage des matériaux utilisés dans les principaux éléments des chaussures proposées à la vente. Cette directive a été transposée en droit Français par le décret n°96-477 du 30 mai 1996. Allez voir si cela vous amuse, mais globalement tout ce que les marques doivent indiquer se limite plus ou moins à ce que vous allez trouver sur le pictogramme ci-dessous.

Il existe encore UN domaine en France qui n’est pas touché par l’hyperinflation législative, les pompes. (source : DGCCRF).
Il existe encore UN domaine en France qui n’est pas touché par l’hyperinflation législative, les pompes. (source : DGCCRF).

Maintenant si vous voulez des définitions légales des finitions en droit Bruxello-Français, il en existe mais elles excluent les articles chaussants, mot de technocrate qui veut dire pompes. Si vous lisez l’arrêté du 8 février 2010 relatif à l'application du décret n° 2010-29 du 8 janvier 2010 portant application du code de la consommation en ce qui concerne certains produits en cuir et similaires du cuir vous allez trouver les définitions suivantes.

Le cuir sans finition ou “plongé” est un cuir ayant conservé sa fleur d'origine dont la coloration est obtenue par une teinture en plein bain et non recouvert par une autre couche de finition.

Un cuir aniline est un cuir dont la coloration n'est obtenue que par la stricte utilisation de colorant à l'exclusion de tout pigment et précise que cette finition est transparente.

Un cuir pigmenté est un cuir (ou une croute de cuir) dont la finition colorée est obtenue par l'utilisation de pigments.

Enfin un cuir semi-aniline (expression s'appliquant à des cuirs pigmentés) est un cuir ou une peau tannée teinte avec des colorants appropriés qui présente en outre une finition colorée semi-transparente à base de pigment sur toute la surface permettant néanmoins l'identification de la structure naturelle des follicules pileux.

Sont également définis les colorant, à savoir la substance colorée fixée par réaction chimique, par absorption ou par dispersion, sur le cuir soit pour le teindre, soit pour réaliser certains types de finitions. Ainsi que les pigments, qui est présenté comme le produit organique ou minéral, finement divisé, insoluble dans l'eau et utilisé dans les types de finitions définis par le présent arrêté pour lui donner une couleur. Oui mais voilà… ces définitions délicieusement technocratiques s’appliquent aux canapés et autres objets en cuir. Pas aux chaussures.

Pour simplifier, si demain je voulais lancer ma marque de pompes, rien ne m’empêche de sourcer un cuir pigmenté quelconque, d’en faire une chaussure chez Zarco et de la revendre en vous disant que c’est un super cuir aniline ultra luxe trop bien. Je pourrais même me payer des articles chez JV/BG/PG/VGL et toutes les autres catins qu’ils n’y verraient que du feu et répéterait bêtement mon petit mensonge comme si c’était la bonne parole du Christ sauveur. Les apôtres de la médiocrité. Des suçons colporteurs d’approximations. Alors certes, ce n’est pas très bien, et la répression des fraudes ne serait pas très contente. Mais qui va aller me balancer à la DGCCRF ? Qui ? Michel qui vient acheter une paire pour son mariage et ne connaît même pas la signification du mot aniline ? Le vieux Marcos qui arrose 99 % des blogs et autres médias dans le milieu ? Les types qui utilisent des doublures en cuir Indien, Brésilien ou je ne sais quoi en douce ?

Un cuir aniline, les pores de la peau sont parfaitement visibles. (source colourlock)
Un cuir aniline, les pores de la peau sont parfaitement visibles. (source colourlock)
Un cuir semi aniline, la peau a été teinté avec des pigments, mais les pores sont encore visibles.  (source colourlock)
Un cuir semi aniline, la peau a été teinté avec des pigments, mais les pores sont encore visibles. (source colourlock)
Un cuir pigmenté, les pores sont invisibles. (source colourlock)
Un cuir pigmenté, les pores sont invisibles. (source colourlock)
Un cuir qui est entre deux catégories, la couche de pigment est supérieure à certains cuirs semi-anilines mais inférieure à certains cuirs pigmentés. Certains pores sont encore visibles, la classification est difficile. (source colourlock)
Un cuir qui est entre deux catégories, la couche de pigment est supérieure à certains cuirs semi-anilines mais inférieure à certains cuirs pigmentés. Certains pores sont encore visibles, la classification est difficile. (source colourlock)

De plus il existe certaines contradictions dans les définitions de ces finitions et cela au sein même de l’industrie du cuir, car bien qu’il existe une certaine uniformisation au niveau du CEN (Comité européen de normalisation) il est impossible de s’assurer que toutes les tanneries du monde appliquent les mêmes standards (l’Inde, ou la Chine sont de plus gros producteurs de cuir que l’UE, je le rappelle juste en passant.).

Même dans la littérature spécialisée Européenne ou chez certains revendeurs il existe de nombreuses approximations. Par exemple il n’est pas rare que les cuirs plongés sans finitions soient parfois décrits comme des cuirs anilines (qui possèdent eux une finition transparente) et vice versa. Il arrive encore plus souvent que les cuirs semi-aniline ne soient pas présentés correctement, leur nom est trompeur, il s’agit de cuirs teintés dans la masse qui sont ensuite pigmentés puis qui reçoivent ensuite une finition transparente. La législation Européenne parle plus exactement de “finition colorée semi-transparente”.

L’élite des chercheurs, les champions du rapport qualité/prix, l’oracle bref ceux qui savent… ne savent pas si bien que ça en fait. Un cuir plongé n’est pas la même chose qu’un cuir aniline. Les deux sont bels et bien teintés dans la masse (comme le cuir semi-aniline) mais le plongé est sans finition, l’aniline reçoit une finition non pigmentée. (source: bonnegueule)
L’élite des chercheurs, les champions du rapport qualité/prix, l’oracle bref ceux qui savent… ne savent pas si bien que ça en fait. Un cuir plongé n’est pas la même chose qu’un cuir aniline. Les deux sont bels et bien teintés dans la masse (comme le cuir semi-aniline) mais le plongé est sans finition, l’aniline reçoit une finition non pigmentée. (source: bonnegueule)
Une société Américaine quelconque, ce qui importe ici c’est la différence dans les définitions. Certains pays hors UE sont partenaires du CEN, mais ce n’est pas le cas des États-Unis. De fait les définitions et techniques ne sont pas nécessairement les mêmes. (source: elite leather company)
Une société Américaine quelconque, ce qui importe ici c’est la différence dans les définitions. Certains pays hors UE sont partenaires du CEN, mais ce n’est pas le cas des États-Unis. De fait les définitions et techniques ne sont pas nécessairement les mêmes. (source: elite leather company)

Par ailleurs il ne faut pas non plus oublier de mentionner les progrès de la chimie, qui rend le travail du tanneur plus facile. Les cuirs pigmentés par exemple ont fait d’énorme progrès dans leur capacité de recouvrement des défauts, tout en essayant de préserver autant que possible le caractère naturel de la peau. Des nombreux additifs à mélanger aux pigments sont développés afin d’utiliser des peaux d’une qualité toujours plus basse et d’en masquer autant que possible les défauts. On parle dans l’industrie “d’upgradation”.

Sans entrer dans des détails trop techniques certaines tanneries utilisent par exemple du chitosane comme additif aux pigments pour améliorer la profondeur des nuances du cuir, ce qui sert également à faciliter le recouvrement des défauts tout en essayant d’assurer une conservation du caractère “naturel” du cuir. En ce qui concerne les cuirs anilines les couches de finitions sont elles aussi de plus en plus efficaces, certes ces finitions ne contiennent pas de pigments mais elles participent à l’amélioration générale de l’aspect du cuir.

Il n’est pas rare de voir des cuirs pourtant réputés être pratiquement impossible à glacer si vous ne prenez pas la peine de les passer au Renomat lors de leur réception par exemple. Il est amusant de constater que beaucoup de marques insistent souvent sur le fait qu’un cuir aniline n’a qu’une très “fine” couche de finition alors que dans la législation aucune mention n’est faite quant à l’épaisseur de la finition. L’impératif est de ne pas contenir de pigments, du moment que la finition permet d’observer les pores de la peau son épaisseur importe peu.

Enfin il faut bien comprendre une chose, je ne suis pas en train de dire que les finitions sont de la merde. Qu’elles n’ont qu’un seul et unique but, celui de camoufler les défauts. C’est en partie vrai, mais en partie seulement. Certaines finitions servent à protéger le cuir contre les agressions du quotidien. De plus transformer un cuir en veau velours est considéré comme une finition, au même titre que le grainage comme cela a déjà été mentionné précédemment. Les finitions servent à donner un caractère au cuir. Elles peuvent insister sur la brillance comme elles peuvent renforcer un aspect mat, elles en changent le toucher…. Le problème tient au fait que les marques de chaussures peuvent dire pratiquement n’importe quoi sur le sujet sans que cela ait la moindre conséquence.

Le vocalou noir de chez Annonay, un cuir semi-aniline. (source : annonay)
Le vocalou noir de chez Annonay, un cuir semi-aniline. (source : annonay)
Le même cuir en vente aux USA, sa dénomination est passée en aniline illustrant les problèmes d’uniformisation des définitions. (source : orion calf)
Le même cuir en vente aux USA, sa dénomination est passée en aniline illustrant les problèmes d’uniformisation des définitions. (source : orion calf)

Qu’est-ce qu’un soulier de qualité ?

Avant-propos

Cet article va traiter principalement de l'industrie du soulier et non de l'artisanat bottier qui est un sujet complètement différent. Il va également s'attacher prioritairement à la question de la qualité, l'égout et les couleurs ne sont pas le sujet et donc les questions de style ne seront abordées que de façons anecdotiques, les questions de confort ne seront pas du tout abordées. Pour cela voyez notre article sur comment choisir un soulier : chaussant, forme et taille.

De la même façon, il ne s'agit pas d'un article sur les questions de satisfaction que peut vous donnez telle ou telle paire de pompes. Il y a partout des ploucs qui s'extasient béatement sur leur dernier achat, peu importe sa nature, en pensant avoir fait l'affaire du siècle et vont le défendre bec et ongles car ils sont dans l'impossibilité de dépasser le cadre de leur propre médiocrité. L'article est long et dense, lisez le en prenant des notes et faites plusieurs lectures.

Vous le savez si vous fréquentez un peu le milieu du soulier, “qu’est ce que vous me conseillez comme chaussure de qualité à moins de 200 euros” est une question qui revient sur internet avec la même régularité que Sisyphe et son rocher. Non que Sisyphe vienne beaucoup poster sur les forums, mais ça c'est un autre sujet. Cette question, souvent posée par le même profil, à savoir des jeunes qui n'ont jamais eu de véritables pompes, est intéressante car elle dénote d'une méconnaissance totale du produit qu'ils sont bien souvent sur le point d'acheter. Contrairement à beaucoup d'autres objets de consommation moderne, ils n'ont aucun repère, aucune expérience et se basent sur la seule chose qu'ils connaissent, leur budget. Malheureusement ils ne sont pas les seuls et l'ignorance dans le monde des calcéophiles n'est pas rare. Car la chaussure est un objet d'usage courant fait de façon extraordinaire.

Fabriquer un soulier de façon traditionnelle est un art qui requiert plusieurs années d'expérience, et il est difficile de comprendre ce qui fait la qualité d'une chaussure sans connaître les techniques qui régissent sa fabrication. C'est là que commencent les problèmes, dès que l'on parle de qualité on entend souvent les réflexions suivantes “Alden c'est trop bien parce qu’ils ont leur style” ou encore “mes Velasca elles sont tops car elles sont confortables”. Il est indéniable que ces considérations sont parfaitement valables lorsque vous voulez acheter une paire de chaussures mais elles ne vous apprennent rien sur la manière dont vos chaussures sont fabriquées et donc sur ce qui est bon ou mauvais.

Toutes les chaussures ne sont pas ce qu'elles prétendent être : vous pensiez acheter du Goodyear, vous vous retrouvez avec des chaussures en mousse. L'objectif étant bien évidemment de réaliser de très grosses économies au détriment de la qualité. (Source : @ateliermaubeuge)
Toutes les chaussures ne sont pas ce qu'elles prétendent être : vous pensiez acheter du Goodyear, vous vous retrouvez avec des chaussures en mousse. L'objectif étant bien évidemment de réaliser de très grosses économies au détriment de la qualité. (Source : @ateliermaubeuge)

Qu’est ce que la qualité?

Certains blogs qui feraient mieux de fermer leur gueule, qu’elle soit bonne ou mauvaise, ont pris le parti de dire qu’une chaussure de qualité est une chaussure durable… certes. J’ai eu des Converse à un point dans ma vie, je les aie portées pratiquement tous les jours pendant 5 ans de mon adolescence. Elles ont connues la pluie, la neige, le sable, le sang la chique et les glaviots. Elles n’ont jamais eu le moindre entretien, le moindre repos, elles étaient traitées comme la pire des gagneuses et pourtant elles étaient encore parfaitement fonctionnelles 5 ans après. Achetées 50 euros, portées 1825 jours, elles m'ont coûté 0,02 euros par jour soit un rapport qualité prix vraiment incroyable pour paraphraser certains mongoles qui (contrairement à moi) ne seront jamais vulgaires. Pourtant, je suis le premier à dire que c’était des pompes de merde, probablement faites par des mômes quelque part dans un coin paumé du tiers monde.

Est-ce que c’est ça la qualité? Est-ce que l’on peut réduire la notion de qualité à celle de durabilité? Certainement pas, la durabilité n'est qu'un critère, tout relatif qu'il est, parmi d'autres. La notion de qualité est complexe, polysémique même, et si l’on en croit le dictionnaire elle est “ce qui rend quelque chose supérieur à la moyenne”. La qualité est donc fasciste, la vilaine, puisqu’elle pratique la hiérarchisation, mot qui a été absolument annihilé du vocabulaire politiquement correct actuel pour être remplacé par un autre, le relatif.

Et pourtant il existe des critères objectifs et techniques qui permettent d’évaluer les différents souliers du marché, il y a tout d'abord la qualité du cuir, qui est évidement déterminante dans la mesure où l'on parle de l'élément majeur qui va venir composer votre chaussure. Et puis il y a la qualité de la construction, comment votre soulier est assemblé, comment ses différents éléments ont été sélectionnés, comment sont faites les finitions...s’il y en a. N’en déplaise à Emling et leur avocat il existe donc des pompes de merde, des pompes lambda et des pompes “de qualité”. Et pourtant cet état de fait n’est pas aussi évident qu’il n’y paraît puisqu’à lire les différents médias du milieu tous les souliers se valent, ils sont tous différent dans leur diversité colorée et ils sont tous merveilleux, fabriqués, bien souvent en private label, avec amour, par des jeunes entrepreneurs dynamiques en quête d’authenticité. À croire qu’ils vous prennent pour des gros ploucs…

Au passage, et avant de s’attaquer au gros du sujet, contrairement à ce que la tendance actuelle tente de vous faire croire, l’esthétique d’un soulier n’est en rien un aspect subjectif et sans qu’il soit en rapport direct avec la qualité, il demeure un critère essentiel pour séparer les ploucs des autres. Quel est l'intérêt d'avoir le soulier le mieux construit du monde si celui-ci est laid ? Le soulier en plus d'avoir une fonction utilitaire permet d'élever son porteur, de l'embellir, une belle pompe peut rattraper une mise moyenne, alors que la meilleure des mises n'arrivera jamais à faire oublier des souliers moches. Le vocabulaire dispose de ces merveilleux mots que sont le beau et le laid et qui dans une certaine mesure sont objectifs.

Certes on peu discuter des nuances, on peu aimer un bout fleuri plutôt qu’un bout droit, il y a évidemment des préférences pour tel motif, tel cuir, tel ligne.... mais le bon goût demeure seul juge devant l’éternel. Pourquoi est-ce que les modèles excentriques des années 30/40 ne sont pas parvenus jusqu’à nous, ou alors que de façon extrêmement limitée ? Parce qu’ils étaient moches. Pourquoi le serre d'aigle de Tuczek est toujours une référence ? Parce qu'il contribuait à la beauté du soulier. Si vous avez des goûts de merde ayez au moins l’honnêteté de le reconnaître et arrêter de vouloir élever votre médiocrité à un rang d’universalité qu’elle ne mérite pas.

Le monde serait il appauvri de quelque beauté essentielle si ces choses venaient à disparaître ? Certainement pas. Ces sacs à glaviots n’existent que parce que des gens ignorent tout de la grâce. (Source : depiedencap)
Le monde serait il appauvri de quelque beauté essentielle si ces choses venaient à disparaître ? Certainement pas. Ces sacs à glaviots n’existent que parce que des gens ignorent tout de la grâce. (Source : depiedencap)

Quelles sont vos attentes ? Sont elles réalistes ? Comment fonctionne l’industrie du soulier ?

Il faut bien comprendre que les souliers industriels n’ont pas grand-chose en commun avec des souliers mesure. Le prêt à chausser est fabriqué dans des usines, ou dans de grands ateliers, la mécanisation y est intensive, les cadences rapides et il est irréaliste d’imaginer pouvoir avoir la même qualité de produit qu’en mesure.

Cela ne veut pas dire que toutes les chaussures artisanales sont parfaites, il existe de mauvais bottiers. Cela ne veut pas non plus dire que les souliers industriels sont tous mauvais, mais ils ne relèvent simplement pas de la même catégorie. Une catégorie qui est difficile à appréhender car méconnue, beaucoup de ploucs ignorent totalement ce que vaut une bonne chaussure, comme ils ignorent aussi ce qui fait la valeur d'une bonne veste ou d'une bonne montre et leurs attentes sont aux fraises.

Un atelier. En l’occurrence celui de grande mesure d’Aubercy où travaille Yasuhiro Shiota. (Source : Aubercy)
Un atelier. En l’occurrence celui de grande mesure d’Aubercy où travaille Yasuhiro Shiota. (Source : Aubercy)
Une usine. En l’occurence celle de Santoni. Sans surprise, l’environnement n’est pas le même. (Source :corriere)
Une usine. En l’occurence celle de Santoni. Sans surprise, l’environnement n’est pas le même. (Source :corriere)
Une paire réalisée par un bottier cordonnier, les défauts sont criants. C’est comme avec les chasseurs, il y a les bons artisans et les mauvais artisans. (Source : Cordonnerie Pictave)
Une paire réalisée par un bottier cordonnier, les défauts sont criants. C’est comme avec les chasseurs, il y a les bons artisans et les mauvais artisans. (Source : Cordonnerie Pictave)

Il faut tout d’abord savoir que dans l’industrie du soulier il existe d’une part les fabricants et d’autre part les private labels. Les fabricants sont minoritaires, ils possèdent leur usine et vendent leur services à des clients, les private labels, qui viennent leur commander des godasses.

Le principe des private labels illustré en une image. Pour ceux qui l’ignorent ces 3 voitures ne sont en réalité qu’un seul et même modèle déguisé sous différents badges. (Source : Motor1)
Le principe des private labels illustré en une image. Pour ceux qui l’ignorent ces 3 voitures ne sont en réalité qu’un seul et même modèle déguisé sous différents badges. (Source : Motor1)

Toutes les marques ne produisent donc pas leurs souliers et toutes ne contrôlent donc pas totalement leur cahier des charges. Prenons l’exemple de Zarco, l’usine de Carlos Santos située au Portugal. Zarco produit entre 60 000 et 70 000 paires de souliers par an, dont plus de la moitié sont destinées aux private label. Si vous voulez connaître les noms des marques qui produisent chez Zarco ne manquez notre prochain article sur les mensonges dans l’industrie du soulier.

Prenons maintenant l’exemple de Crockett & Jones, ces derniers produisent dans leur usine aux alentours de 120 000 paires par an. Les volumes chez Weston sont comparables avec plus de 100 000 paires par an. Alors que par exemple dans le haut de gamme, John Lobb Paris produit environ 30 000 paires, Edward Green environ 20 000 paires et Corthay environ 5000 paires. Il n’est pas question ici de faire un parallèle qui n’a pas lieu d’exister entre qualité et quantité car il est parfaitement possible sous un même toit de segmenter la production et de fabriquer de l'entrée de gamme en volumes importants et une ligne exclusive au débit plus réduit. Mais beaucoup de ploucs n’ont pas la moindre idée des volumes de production qui existent, en partie à cause de la communication ultra mensongère faite par certaines marques, et ils pensent acheter un produit “exclusif”, pour peu que cela veuille dire quelque chose pour du prêt à porter. Cela produit en eux des attentes démesurées par rapport au produit qu'ils vont réellement recevoir.

Vous imaginez bien qu’il est difficile à une usine de contrôler les milliers de paires qui sortent de ses chaînes de montage. Les défauts existent chez toutes les marques, ce qui importe c’est la fréquence des ces derniers et comment ils sont traités par le service client. Vous imaginez bien aussi que pour sortir autant de paires les usines cherchent à optimiser leur production, expression corporate qui veut dire économiser de la thune. Il existe en plus de cela un plafond de compétence à chaque usine, en fonction des machines qu’elle utilise, des employés qu’elle possède, le savoir faire n’est pas partout le même. Il faut donc tempérer ses ardeurs, les ploucs qui exigent que leurs pompes d'entrée de gamme soient immaculées sont à la ramasse, comme s’ils cherchaient à payer de l'or au prix de l'acier, le sourire en prime.

Le premier atelier de Salvatore Ferragamo à son retour en Italie en 1927, une mécanisation réduite au minimum et des ouvriers dont l’élégance rhabille tout le Pitti. (Source: l’Art de la chaussure)
Le premier atelier de Salvatore Ferragamo à son retour en Italie en 1927, une mécanisation réduite au minimum et des ouvriers dont l’élégance rhabille tout le Pitti. (Source: l’Art de la chaussure)
L’atelier Ferragamo à Florence en 1935, au premier plan les coupeurs qui lèvent (coupent) les différentes parties du cuir nécessaires à la fabrication de la chaussure. Au second plan les piqueuses qui  se chargent de coudre les différents morceaux de cuir. Sur le mur de droite vous pouvez voir certains des éléments en cuir qui composent une chaussure. (Source: l’Art de la chaussure)
L’atelier Ferragamo à Florence en 1935, au premier plan les coupeurs qui lèvent (coupent) les différentes parties du cuir nécessaires à la fabrication de la chaussure. Au second plan les piqueuses qui se chargent de coudre les différents morceaux de cuir. Sur le mur de droite vous pouvez voir certains des éléments en cuir qui composent une chaussure. (Source: l’Art de la chaussure)
Les piqueuses dans l’usine de Carmina. C’est tout de suite moins sexy. (Source: Carmina)
Les piqueuses dans l’usine de Carmina. C’est tout de suite moins sexy. (Source: Carmina)

Il faut dire que les marques, qui sont souvent les premières à se plaindre des exigences irréalistes de certains clients, ont leur part de responsabilité. Elles exploitent volontiers la connerie de leurs clients dans le but évident de leur faire les poches, pardon, de déclencher l'envie d'achat. Il n’est pas rare que la communication d’une marque soit inversement proportionnelle à sa qualité.

Et les influenceuses, ces catins du web, ne sont pas en reste. Combien de fois ai-je lu que si vous achetez des souliers “de qualité” vous faites un investissement (s'te blague) que vous pourrez même transmettre à vos enfants… Ne vous faites pas de films, après votre mort vos pompes seront jetées à la poubelles, ou vendues sur Ebay par votre famille qui n'en aura rien à branler de vos grolles. Il s’agit d’un argument marketing utilisé par beaucoup pour vous convaincre de rationaliser votre dépense.

Délire marketing, Meermin prétend faire des chaussures bien faites, selon des techniques traditionnelles et seulement avec les matériaux les plus raffinés. Et le pire c’est qu’il y a des ploucs pour les croire.  (Source : Meermin).
Délire marketing, Meermin prétend faire des chaussures bien faites, selon des techniques traditionnelles et seulement avec les matériaux les plus raffinés. Et le pire c’est qu’il y a des ploucs pour les croire. (Source : Meermin).

De la même façon il est toujours désolant de voir des gens se plaindre d'avoir détruit la semelle de leur C&J en moins de 3 mois alors que “mais je comprends pas, c'est des pompes chères”. Il n'y a, encore une fois, pas de corrélation pure entre prix de vente et durabilité. Certes certains souliers sont mieux fabriqués que d'autres, il n'y a pas de doutes là dessus.

Certains souliers vont aussi mieux vieillir que d'autres, il existe bien une hiérarchie des marques et des matières premières. Mais il ne faut jamais oublier l'influence directe qu'à le propriétaire. Vous êtes responsable en grande partie de l’utilisation et de l'usure de vos souliers, pas le fabriquant. Lui sera responsable pour toute usure prématurée qui n’aurait pas dû se produire dans des conditions normales d’utilisation. N'importe quel soulier, peut avoir une bonne longévité s’il est entretenu scrupuleusement. L'inverse est aussi vrai. Vous pouvez détruire une paire rapidement parce que vous êtes un gros plouc négligeant. Nous traiterons des questions de l'entretien dans un article à venir, utilisez le à bon escient.

Le genre d’image que les marques aiment mettre sur le site pour se la jouer tradition et artisanat. (Source : Tassels)
Le genre d’image que les marques aiment mettre sur le site pour se la jouer tradition et artisanat. (Source : Tassels)
Alors que la réalité… c’est ça. (Source : Crockett & Jones)
Alors que la réalité… c’est ça. (Source : Crockett & Jones)

Le prix, indicateur de qualité ?

Beaucoup d'éléments entrent en jeu dans la fixation des prix, la main d'œuvre, la matière première, la notoriété, la concurrence, le marketing, les taxes, les marges... et il est impossible pour un client de connaître tous ces éléments, mais ce n'est pas parce qu'une équation a des inconnues qu'elle est insolvable.

N’en déplaise à ceux qui souffrent de cette terrible maladie mentale qu'est le gauchisme, l’objectif de toute entreprise commerciale est de faire de la thune afin que son activité soit pérenne et prospère, vouloir changer ce fait relève de la psychiatrie. Il n'est donc pas choquant que les marques fassent de la marge, elles ne sont pas une œuvre de charité, ce n’est pas autant une raison pour tout accepter.

Il est bon de le rappeler, de le marteler et de le répéter il n'y a pas nécessairement de corrélation directe entre qualité et prix. Quelque chose de cher à l’achat peut avoir été produit pour trois fois rien, comme il peut être le résultat de matières premières rares et d’une attention aux moindres détails.

Dès lors, la question est la suivante, est-ce que la direction (et les actionnaires) veulent juste beaucoup de thune, ou est-ce qu'ils veulent tous les shekels du monde ? S’ils veulent tous les shekels du monde, ils vont vous vendre un produit beaucoup plus cher que sa valeur intrinsèque, comme il est très souvent le cas dans le monde des marques “de luxe”. Les grands groupes apatrides qui officient dans le “luxe” pratiquent des marges brutes très violentes, car leurs marques ont souvent des boutiques dans les quartiers chics, de gros budgets marketing, des réseaux de distribution, une histoire (parfois en partie inventée de toute pièce d'ailleurs, coucou Olga) et une popularité qui leur permet de pratiquer des prix qui peuvent être délirants par rapport à la qualité du produit final.

Si les ambitions sont plus mesurées ou simplement plus honnêtes, alors vous aurez des chances de payer un prix plus en accord avec la valeur réelle de votre objet. Il ne faut pas pour autant tomber dans le travers inverse des marques 2.0 “sans intermédiaire” fondées par des ploucs d'école de commerce qui ne font que de la communication et de la sous-traitance ce qui explique en partie leurs prix bas.

Ce qui est cher n’est pas forcément bien… surtout quand c’est aussi laid, vulgaire et que la marge est aussi grasse (Source : le Printemps)
Ce qui est cher n’est pas forcément bien… surtout quand c’est aussi laid, vulgaire et que la marge est aussi grasse (Source : le Printemps)

Le problème majeur en ce qui concerne les pompes et leur prix tient dans le fait que leur qualité est difficilement visible voire inaccessible sans un démontage. Il n'y a pas véritablement de caractéristique technique à avancer, évaluer un cuir demande beaucoup d'expérience, les chaussures n'ont pas grand chose à montrer si ce n'est leur design.

Pour contrer cela le marketing a créé de façon totalement artificielle des mots clés, des sortes de cases à cocher destinés à convaincre le client que leur produit c'est pas de la merde. C'est ainsi qu'est née la religion du Goodyear, l'habitude de faire du name dropping dès qu'il s'agit de la provenance des cuirs et des tanneries, ou encore les mensonges sur le confort et le travail de forme qui est fait. Pour reconnaître ces catégories bidons c'est facile, toutes les marques 2.0 (encore elles) les utilisent à n'en plus savoir quoi foutre, tutoiement à l'appui, car n'oubliez pas, ils sont vos potes et ils sont cool.

Il existe indéniablement un seuil prix en dessous duquel il est impossible de faire un soulier qualitatif. Imaginez bien que vos souliers d'entrée de gamme Sino Majorquin coûtent aussi peu chers car la production est assurée majoritairement en Chine. La marque a les capacités pour manufacturer certains modèles à 100% sur le territoire Chinois, et c'est d'ailleurs déjà le cas. Leurs chaussures ne doivent pas coûter plus de quelques dizaines d'euros à produire et je doute qu'il soit concevable de descendre beaucoup plus bas sans que le produit ne devienne foncièrement mauvais.

Le processus industriel aime la standardisation, la rapidité, la simplicité car cela permet de maintenir des volumes élevés, d'avoir une main d'œuvre pas chère et une marge juteuse. La qualité suppose en partie l'inverse des principes énoncés ou du moins certains compromis et de fait coûte de l'argent. Pour diverses raisons de servilité commerciale nombre de blogs et sites vous vantent les mérites des souliers d'entrée de gamme, le soit disant “luxe abordable”. Selon eux un soulier de qualité commence entre 150 et 180 euros. Certes acheter du Rudys c'est mieux que d'avoir une paire de Mephisto, comme il est techniquement mieux d'avoir de l'herpès plutôt que le sida, mais est-ce là vraiment un motif de satisfaction ? Dans cette gamme de prix l'objectif est surtout de donner aux étudiants et autres ploucs l'impression d'avoir accès à du “luxe”, vous êtes vendus sur l'idée, pas tant sur le produit.

La question du rapport qualité-prix dans l'entrée de gamme est vraiment délicate, je ne crache pas dessus par plaisir mais ces marques sont réputées justement pour marger très généreusement, proportionnellement parlant vous payez probablement plus de marge chez Meermin que chez Edward Green... et je vous laisse imaginer ce que Zara doit empocher. Trouver un soulier qui soit bien et peu cher est maintenant devenu une gageure ce qui ne veut absolument pas dire qu'un soulier pas cher ne puisse pas vous donner satisfaction, mais techniquement, c'est quand même un peu de la merde.

Il y a encore dix ans on trouvait quelques marques qui faisaient le pari d'avoir des chaussures pas chères et qui tenaient bien la route, mais le marché du cuir a changé ainsi que d'autres facteurs en parallèle et la situation n'est plus la même. Il est parfaitement possible que dans 20 ans les choses changent encore. En revanche l'entrée de gamme est toujours un bon barème pour marquer la distinction entre un soulier et “le reste”.

En dessous de 150 euros, ce que vous achetez en neuf est systématiquement dégueulasse. Puisque nous en sommes à évoquer les catégories de prix, il peut être bon de donner un découpage rapide de ces dernières. De 150 à 250 euros se trouve les marques qui vont commencer à proposer majoritairement des chaussures qui sont cousues et non collées ce qui fait une différence radicale dans la qualité de fabrication mais ça reste quand même pas terrible. De 250 à 350 euros se trouve le bas milieu de gamme, c'est notamment le terrain de chasse favori des private label. Je trouve qu'il s'agit un peu d'une gamme intermédiaire, il y a du choix mais tout n'est pas bon à prendre. De 350 à 500 euros se trouve le milieu de gamme, si vous choisissez bien certaines marques commencent à être au dessus du lot, il y a des produits qui sont assez bien assemblés et des cuirs très corrects. De 500 à 800 euros se trouve le haut milieu de gamme et le bas haut de gamme. Il y a des chaussures qui sont vraiment bien faites, des montages qualitatifs, il y a encore quelques éléments qui en général laissent un peu à désirer, un bémol à droite ou à gauche mais globalement il y a de très bon produits, les cuirs peuvent être encore un peu inégaux. Au delà de 800 euros les cuirs sont souvent très bon voire même excellents, dans cette gamme de prix vous trouvez chez certaines marques des éléments qui n'existent pas dans les gammes inférieures (ailettes de renfort en cuir par exemple). C'est aussi paradoxalement la gamme où il faut le plus se méfier, car c'est là que les grands noms du luxe officient, avec leur lot de mesquineries, mais même dans ce cas les cuirs restent bons, à moins que ça soit du Venezia…. Au delà de 2000 euros, mais qu’est-ce que vous faites là ? Achetez de la mesure bande de fous.

Ailettes de renfort en cuir sur une paire d’Edward Green. Il s’agit de l’une des rares marques à en utiliser. (Source : Lordpoint)
Ailettes de renfort en cuir sur une paire d’Edward Green. Il s’agit de l’une des rares marques à en utiliser. (Source : Lordpoint)

La provenance, un indicateur tout aussi relatif que le prix.

Certains pays possèdent un plus grand savoir-faire dans la confection de souliers que d’autres, c’est un fait. Les Anglais ont beaucoup d’expérience sur les modèles d’inspiration rurale, leur climat de merde et les tourbières à perte de vue y sont probablement pour quelque chose. L’Italie est un pays extrêmement riche en histoire pour tout ce qui touche au domaine de la mode et des vêtements comme l’est la France. Alors que l’Espagne et le Portugal sont devenus des pays incontournables ces 20 dernières années avec leur propre production et leurs clients en private label.

Cela n’est pas sans conséquence, on trouve de fait plus de main d’œuvre qualifiée en Italie qu’au Togo, il en va de même avec les machines, les tanneries etc. Pour autant cela n’est pas une garantie de qualité en soit. Il suffit de voir ce qui est arrivé aux États-Unis, pays à l’origine des machines Goodyear, Blake, leader incontesté en volume de l’industrie de la chaussure de luxe du début du XXème siècle avec plus de 200 fabricants rien que sur les territoires du Nord-Est et du Midwest. En 1968 avant que les barrières douanières sur les chaussures ne soient réduites par l’administration Johnson le pays produisait 642 millions de paires de chaussures sur son territoire contre 60 millions au début des années 2000. 98.5 % des chaussures vendues aux États-Unis viennent de l’étranger. Ce n’est que depuis l’instauration de nouvelles barrières douanières que l’industrie de la chaussure commence à revenir petit à petit aux États-Unis. Qui se souvient de Bostonian, Cole-Haan, Cordwainer-Wright, Johnston & Murphy, Florsheim… ? Autant de marques détruites, disparues ou moribondes. Aujourd’hui il ne reste plus qu’Alden, Allen Edmonds et quelques autres marques minuscules qui produisent mal des chaussures beaucoup trop chères. Il faut se débarrasser des clichés qui veulent que la mention “fabriquée en” ait la moindre valeur intrinsèque.

Une semelle intercalaire en salpa sur une paire d’Alden. Mais c’est pas grave parce qu’ils font les même chaussures qu’Indiana Jones, alors c’est forcément bien. (Souce : Bedo’s leatherwork)
Une semelle intercalaire en salpa sur une paire d’Alden. Mais c’est pas grave parce qu’ils font les même chaussures qu’Indiana Jones, alors c’est forcément bien. (Souce : Bedo’s leatherwork)
Rider Boot Co, une autre marque Américaine qui produit mal des chaussures chères. Ne vous laissez pas avoir par la storm wetl, elle est fausse. Il s’agit d’un montage Blake. (Source : Rider Boot Co)
Rider Boot Co, une autre marque Américaine qui produit mal des chaussures chères. Ne vous laissez pas avoir par la storm wetl, elle est fausse. Il s’agit d’un montage Blake. (Source : Rider Boot Co)

Avec le temps de plus en plus de gens acceptent que la mondialisation a brouillé les cartes, qu’il est de plus en plus difficile de juger d’où vient exactement tel ou tel produit et ils n’y prêtent plus autant d’attention qu’avant. D’autant plus qu’il est très facile de tricher sur ce point. C’est vrai pour n’importe quel domaine industriel et c’est exactement la même chose dans le monde des chaussures. Allen Edmonds vend son image Américaine quand en réalité la grande majorité de leur production se passe au Mexique ou en République Dominicaine. Même la ligne “made in USA” n’en est pas vraiment une, seul l’assemblage est réalisé dans la dernière usine Américaine de la marque, toutes les autres étapes sont effectuées à l’étranger, mais cela est suffisant pour avoir la précieuse provenance “made in USA”. Il en va de même chez Meermin qui ne se cache pas de faire produire en Chine, néanmoins si vous ne lisez pas très attentivement le site, ou ne connaissez pas le milieu de la chaussure, il y a de fortes chances pour que vous pensiez que la marque soit Espagnole. Il faut donc se garder de juger une pompe sur sa provenance, il existe d'excellentes chaussures fabriquées au Royaume-Uni comme de très mauvaises, l’étiquette n’y changera rien.

Cela ne veut pas pour autant dire que c’est une information qui ne vous apprend rien, la provenance est intéressante si vous lisez entre les lignes, elle indique des choses sur vos chaussures. Les taxes, le coût de la main d'œuvre, son niveau de compétence... tous ces éléments ont une influence sur le produit que vous allez acheter et tous sont différents selon les pays. Alors certes, il est peut-être impossible de connaître le niveau de compétence de tel ou tel pays en revanche il est parfaitement possible de connaître le coût de la main d'œuvre. Il existe un nombre fantastique d'études et de comparaisons qui permettent d'avoir une idée très nette de la situation.

Vous ne serez pas surpris de savoir que la France possède la main d'œuvre la plus chère de l'Union Européenne derrière le Danemark, le Luxembourg, et la Belgique... tout en possédant également le plus haut taux de spoliation fiscale, 47% du PIB est capté par les taxes. Plus clairement 47% de toute la richesse produite en France est volée par l’État. Cela se répercute évidement sur l'industrie qui doit absorber ces coût et donc par effet domino sur le produit que vous achetez. Vous comprenez donc que le prix de vos Weston est aussi élevé en partie à cause du coût du travail. Pourquoi autant de marques fabriquent dans la péninsule ibérique ? Car les salaires y sont bas, ce qui permet d’être plus compétitif. Si Vass est capable de faire des chaussures avec une trépointe cousue main, un mur gravé et un cuir très correct à un prix particulièrement placé comme dirait l’autre en interdiction de gestion, c'est en partie en raison du très faible coût de la main d'œuvre en Hongrie, il n’y a pas de mystère là dedans. Si la même chaussure était produire en France son prix de vente serait beaucoup plus proche des 800/1000 euros. Imaginez maintenant les économies qui sont réalisées en produisant dans des pays comme le Mexique, l'Inde, la Chine...

Cela ne veut pas dire que ces chaussures sont nécessairement meilleures ou moins bien, la main d’œuvre et son coût n’expliquent pas tout. Une mauvaise main d’œuvre avec de bons matériaux ne produira pas une meilleure chaussure qu’une bonne main d’œuvre avec des matières premières médiocres. L’idéal est bien évidemment de réunir le meilleur des deux mondes, ce qui va forcément coûter plus cher. Le prêt à porter impose de faire des compromis, que ça soit au niveau du consommateur comme au niveau du producteur.

Voilà en partie pourquoi Weston est objectivement trop cher. (Source : Eurostat)
Voilà en partie pourquoi Weston est objectivement trop cher. (Source : Eurostat)

Le cuir, la matière première de vos chaussures, du moins à l’extérieur…

Après le style, la tige est le premier élément qui est visible pour le consommateur et de fait c'est le premier élément qui va être jugé sur le plan qualitatif. Cela nous amène donc sur la question du cuir. Le marché du cuir a considérablement changé d’aspect, en partie à cause de l’émergence d’une classe aisée dans certains pays du tiers monde, notamment la Chine. Pour comprendre pourquoi vos souliers ont vraisemblablement un cuir de merde il est absolument indispensable d’avoir une vision d’ensemble de l’industrie du luxe.

En 2014, le marché mondial des accessoires de luxe en cuir a augmenté considérablement pour représenter près de 30 % du marché global des produits de luxe, contre 18 % en 2003. Pour parler thune, le marché mondial des accessoires de luxe en cuir était estimé à 46 milliards de dollars en 2015, 48 en 2018 et devrait atteindre 66.6 milliards en 2025 (prévisions pré-virus Chinois).

L’explosion du marché de la maroquinerie a attiré bon nombres de marques du luxe, car dans la maroquinerie les marges sont particulièrement élevées pour ne pas dire absurdes et permettent de générer beaucoup de profits. En raison de la concurrence croissante de ces dernières années, LVMH, Kering, Richemont.... se sont disputés le contrôle de leurs approvisionnements en cuir de luxe. Car si la demande en cuir de luxe augmente de façon impressionnante, la production de cuir de qualité peine à suivre. Le fait est que les seules tanneries capables de produire des cuirs de grande qualité sont situées en Europe avec quelques exceptions pour le cordovan ou les cuirs exotiques, et se comptent au mieux par dizaines. Ainsi en 2009, LVMH a conclu un partenariat avec la Tannerie Masure, une tannerie belge très réputée. En 2011 et 2012, LVMH a pris le contrôle de Heng Long (cuirs exotiques) et des Tanneries Roux. Toujours en 2012, Hermès a acquis les Tanneries d'Annonay, une tannerie qui produit plus de 2,5 millions de mètre carré de cuir de veau chaque année. En 2013, Chanel a acquis Bodin Joyeux, une tannerie de cuir d'agneau fondée en 1870, qui traite environ 400 000 peaux par an. Les conséquences ne se sont pas faites attendre, en 2014, le prix de toutes les peaux brutes, peu importe leur origine et leur qualité, a augmenté de 18 %. En 2015, une nouvelle augmentation de 9 % a été enregistrée, avant que le marché s'effondre - à l'exception des peaux de luxe dont le prix ne cesse d’augmenter. C’est également en 2015 qu’Hermès rachète les tanneries du Puy à Weston.

Ce qu’on appelle couramment un cuir de merde, chez une marque coutumière du fait. (Source : depiedencap)
Ce qu’on appelle couramment un cuir de merde, chez une marque coutumière du fait. (Source : depiedencap)

Azy tu nous emmerdes avec tes chiffres à la con là, ça veut dire quoi tout ça ? Tout ça, ça veut dire que les grands groupes du luxe contrôlent en grande partie le marché du cuir et qu’ils s’accaparent les meilleurs peaux et revendent le reste. Beaucoup de cuirs immaculées finissent en sac à main d'escortes de luxe et autres produits de maroquineries. La qualité globale des cuirs est en baisse alors que le prix lui augmente.

Prenons comme exemple le modèle Chasse de Weston, il vous fallait débourser environ 2000 francs (434 euros actuels, valeur ajustée avec l'inflation) dans les années 90 pour en acheter une paire. Il faut aujourd'hui pratiquement 2000 euros. Cela s'explique évidemment par l'inflation, le coût du travail et les taxes marxistes imposées en France mais aussi par le coût du cuir. Si vous aimez les chaussures un peu anciennes, vous avez largement plus de chance de trouver un cuir qui soit immaculé qu'aujourd'hui. La baisse de qualité des tiges s'explique aussi en partie par les différentes normes environnementales mises en place par le fascisme vert qui fait rage dans le monde occidental.

Ouvrons une petite parenthèse ubuesque. Le tannage au chrome est celui qui est le plus utilisé du fait de sa rapidité. Ce processus utilise du chrome 3 qui peut éventuellement s'oxyder en chrome 6 à cause des procédés utilisés par les tanneries. Seulement le chrome 6 est un allergène potentiel pour un infime minorité de la population, il est estimé que 0,2% de la population Européenne serait possiblement allergique au chrome 6, notez le conditionnel. Vous imaginez déjà les titres sur les sites de santé/bien être/environnement, “Allergie au chrome: vos chaussures sont-elles dangereuses”. Panique dans les chaumières, la France a peur, tous les ploucs du Piti en mocassin sans chaussettes tremblent, sont-ils en danger d'extinction à cause du chrome 6 ? Devant ce dramatique risque pour la santé publique et l’environnement il a été décidé le 25 mars 2014, par la Commission européenne, de réduire drastiquement la présence de chrome 6 dans les cuirs. Depuis les normes sur le chrome 6 les articles contenant des parties en cuir susceptibles d'entrer en contact avec la peau et contenant du chrome 6 dans des concentrations supérieures ou égales à 3 mg/kg (0,0003 % en poids) ne peuvent plus être mis sur le marché Européen. Cela force les tanneries à s'assurer que le chrome 3 ne s'oxyde en chrome 6, ce qui a conduit a des changements dans les processus de fabrication. Ne me demandez pas lesquels, les tanneries ne communiquent pas volontiers sur leurs recettes, néanmoins d’après certains fabricants et bottiers cela a eu pour résultat une légère baisse de qualité des cuirs.

Fin de la parenthèse ubuesque, vous comprenez bien avec cet exemple que les tanneries Européennes évoluent dans un cadre qui n'est pas le même que la concurrence mondiale. Car il faut bien réaliser que l'Europe, n'est en volume, pas un leader mondial sur le marché du cuir. La Chine, le Brésil, l'Inde, la Russie, devancent tous l'Italie qui est d'ailleurs le seul pays Européen parmi les 10 plus gros producteurs de cuir dans le monde. La France et l'Allemagne sont encore plus loin derrière, devancées par le Pakistan, l'Iran ou encore le Mexique. Tous ces pays sont évidemment soumis à des contraintes écologiques, économiques et fiscales moindres, ce qui leur permet d'avoir des prix très attractifs. C'est pour cette raison qu'un certain nombre de marques de chaussures vont chercher le cuir de leur doublure en Chine, ou en Inde tout en s'abstenant bien évidemment de le mentionner, se bornant au mieux à communiquer sur le cuir de tige.

Prenons un exemple très concret, le cuir de chèvre peut être une excellente alternative au veau pour la réalisation des doublures, un cuir de chèvre provenant d'une mégisserie réputée comme Alran coûtera entre 40 et 60 euros pour un demi-mètre carré en fonction du cuir utilisé et de sa qualité (devis réalisé auprès d'un bottier cordonnier). Un cuir de chèvre acheté en Inde, Chine ou tout autre pays du tiers monde coûtera environ 6 euros pour un demi-mètre carré.

Sélection et utilisation des cuirs.

Les tanneries proposent toujours plusieurs qualités d'un même cuir. Il n'existe pas d'accord mondial sur la classification des cuirs, internationalement elles utilisent chacune la codification en vigueur dans leur pays, certaines utilisent des numéros (grade 1, 2, 3 pour les anglophones ou catégorie 1, 2, 3 pour les francophones) avec ensuite une subdivisions en fonction du nombre de défauts sur une peau (cuir de qualité A, B, C). Il existe également des systèmes uniquement composés de lettres (cuir de qualité AAA, AA, A, BBB, BB, B et ainsi de suite). Petit exemple pratique, une peau de catégorie 1 C est théoriquement supérieure à une peau de qualité 2 A. Lors de l'achat d'une chaussure dans une boutique vous n'aurez pas accès à ces informations. Dans la majorité des cas le vendeur n'en sait rien lui même.

Sachez ensuite que le cuir est vendu soit au mètre carré, soit au poids. Le cuir vendu au poids correspond soit à du cuir déclassé (un cuir qui est de trop mauvaise qualité et est hors classement) soit à des chutes de cuir (le cuir laissé pour compte lors de la découpe (clicking)). Sans entrer dans les détails sachez tout d'abord que chaque client est traité différemment par les tanneries. Suite à leur acquisition par Hermès Du Puy et Annonay ne fournissent en cuir de tout premier choix que les marques appartenant au groupe (John Lobb Paris par exemple). Weston est une exception, en tant qu’ancien propriétaire des tanneries du Puy la marque a négocié un accord avec Hermès lui permettant de continuer à bénéficier des cuirs de premier choix provenant de leur ancienne tannerie. Toutes les autres marques de prêt à porter doivent se contenter de lots de second choix. Pour les marques qui désirent du véritable premier choix, il est donc plus judicieux de se tourner vers des tanneries indépendantes comme le fait Edward Green avec Weinheimer Leder par exemple.

Vous comprenez donc que les tanneries sont dans une position de force par rapport aux fabricants de chaussures, elles possèdent la matière première, travaillent avec certains cheptels d'animaux et leur savoir faire est très difficile à acquérir. Il est pour ainsi dire impossible de délocaliser une tannerie, ce n'est pas pour rien que les grands groupes décident d'acheter des tanneries déjà existantes et établies plutôt que d'essayer de construire les leurs ex nihilo. Cela donne donc beaucoup de poids aux tanneurs lors de la négociation. Il est impossible de savoir quels sont les volumes achetés par les marques, quel prix elles payent vraiment et quelle ristourne elles peuvent avoir mais certaines tanneries refusent plus ou moins de négocier et peuvent même imposer des volumes à la commande.

Un tableau expliquant le classement des peaux selon différents facteurs. Ce tableau est l’œuvre de  l’UNIDO et est destiné à l’Afrique afin de l’aider à améliorer sa production de cuir. Il se base néanmoins sur les standards Européens. (Source : UNIDO).
Un tableau expliquant le classement des peaux selon différents facteurs. Ce tableau est l’œuvre de l’UNIDO et est destiné à l’Afrique afin de l’aider à améliorer sa production de cuir. Il se base néanmoins sur les standards Européens. (Source : UNIDO).
Le même standard mais de façon visuelle avec une peau de premier choix. (Source : UNIDO).
Le même standard mais de façon visuelle avec une peau de premier choix. (Source : UNIDO).
La même chose, cette fois avec une peau de quatrième choix, autrement dit, une peau de merde. (Source : UNIDO)
La même chose, cette fois avec une peau de quatrième choix, autrement dit, une peau de merde. (Source : UNIDO)
Meermin et leur légendaire “cuir de premier choix”. La marque utilise tout sauf des cuirs de catégorie 1. (Source : Reddit)
Meermin et leur légendaire “cuir de premier choix”. La marque utilise tout sauf des cuirs de catégorie 1. (Source : Reddit)
Un autre exemple encore plus risible, cette fois chez Septième Largeur. (Source : depiedencap)
Un autre exemple encore plus risible, cette fois chez Septième Largeur. (Source : depiedencap)

Toutes les marques ne contrôlent pas nécessairement leur approvisionnement en cuir. Il n'est pas rare pour les private label de ne pas sourcer eux-mêmes leur cuir mais d'utiliser le stock à disposition de l'usine qui fait leur sous-traitance. Solution en générale privilégiées par les ploucs d'école de commerce qui ignorent tout du cuir, en dehors des aspects financiers. Ils se retrouvent bien souvent à devoir travailler avec un assortiment de différente qualité, cela peut-être un mélange de catégorie 1,2 et 3 ou pire....

D'autres private label préfèrent sourcer eux-mêmes leur cuir mais ils ne contrôlent pas comment ces cuirs sont utilisés par l'usine. Car sachez qu'en plus de la différence dans la sélection des cuirs, les marques ne procèdent pas toutes de la même façon dans leur utilisation dudit cuir. Certaines parties d'un soulier sont plus visibles et donc considérées comme plus importantes que d'autres. Par exemple, le bout d'une chaussure ou sa claque sont les parties que tout le monde remarque et elles doivent donc être de la plus haute qualité. Or toutes les parties de la peau ne se valent pas, les bords ont général beaucoup de prêtant et ne sont pas adaptés pour le bout du soulier, ce dernier a tendance à provenir de la partie la plus serrée de la peau, à savoir la zone centrale. Plus vous vous éloignez du centre d'une peau moins le cuir devient uniforme, les flancs et le ventre ayant plus de souplesse et plus de défauts.

Supposons maintenant qu'une usine décide d’utiliser ses peaux (de catégorie 1) au maximum et produise avec chaque peau entre 9 et 10 paires de souliers en utilisant vraiment toute la peau avec un minimum de chutes. Prenons maintenant une seconde usine qui décide de faire une paire de souliers par peau (de catégorie 1), toutes les différentes parties du souliers vont prévenir des meilleurs parties de la peausserie. Dans les deux cas vous avez un soulier entièrement fait avec du cuir de catégorie 1 mais le second va coûter au moins le triple du premier et sera également de bien meilleure qualité. Prenons maintenant l'exemple d'une marque en private label, le propriétaire de la marque peut laisser des instructions à l'usine, et par exemple demander à ce que la claque de ses pompes proviennent du stock de peau en catégorie 1, les garants du stock de peau de catégories 2, les quartiers en peau de catégories 3 et la languette en déclassé et ainsi de suite. Rien ne garantis que cela sera suivi d'effet. Toutes les usines ne laissent d'ailleurs pas le choix quant à l'utilisation qui est faite des cuirs.

Par exemple il n'est pas rare d'entendre les private label qui font fabriquer chez Sendra de devoir renvoyer parfois plus de 50% des souliers qui leur sont livrés car ils sont inutilisables. Mais cela dépend cette fois du propriétaire et de ses exigences en matière de qualité, il peut très bien décider de garder ces paires pour vous les refiler. Et pour l'anecdote, beaucoup d'usines pour les lignes d'entrée et de milieu de gammes ne fabriquent pas des paires de souliers, mais elles fabriquent des pieds droits et des pieds gauches, qui sont ensuite assemblés en paire. Vous saisissez la nuance ? C'est pour cela qu'il arrive parfois qu'il y ait des différences de couleur/teinte entre un pied droit et un pied gauche, les deux chaussures n'ayant pas été faites dans la même peau. Ce qui veut dire qu’elles ne vont pas vieillir et marquer de la même façon.

Ce n’est pas le cas dans le haut de gamme ou quelques marques du haut milieu de gamme. Vous voyez maintenant les possibilités qui s’offrent aux marques en matière de fabrication et à quel point la qualité du cuir d'une chaussure est un concept délicat à appréhender car il y a énormément de paramètres qui entrent en compte. Vous voyez également comment il est très facile pour une marque d’utiliser le marketing à son avantage en prétendant utiliser des cuirs “renommés” pour en réalité vous refilez du catégorie 3 de chez Annonay dont la moindre chute veineuse va être utilisée.

La chaussure de droite est faite d’un cuir de catégorie 2 ou 3 alors que la chaussure de gauche est faire d’un cuir de basse catégorie 1 voire catégorie 2. Il s’agit d’une paire en private label qui sort de l’usine d’Andrès Sendra faite pour Jfitzpatrick. (Souce : Shoesnobblog)
La chaussure de droite est faite d’un cuir de catégorie 2 ou 3 alors que la chaussure de gauche est faire d’un cuir de basse catégorie 1 voire catégorie 2. Il s’agit d’une paire en private label qui sort de l’usine d’Andrès Sendra faite pour Jfitzpatrick. (Souce : Shoesnobblog)
Cette illustration montre d’où viennent les différentes parties de plusieurs chaussures. Le prêtant est pris en compte pour éviter que le cuir ne se s’étire de trop à l’usage. (Source: CTC)
Cette illustration montre d’où viennent les différentes parties de plusieurs chaussures. Le prêtant est pris en compte pour éviter que le cuir ne se s’étire de trop à l’usage. (Source: CTC)
La même chose, mais version moderne. Il s’agit du logiciel utilisé par Allen Edmonds pour effectuer les coupes. De nombreuses marques procèdent de cette façon afin d’éviter au maximum les chutes et donc maximiser leur profit. La découpe assistée par ordinateur est faite de différente façon, chez Allen Edmonds la découpe est faite à l’aide d’une presse et d’emporte-pièces, chez d’autres elle est faite au laser. (Source : Allen Edmonds)
La même chose, mais version moderne. Il s’agit du logiciel utilisé par Allen Edmonds pour effectuer les coupes. De nombreuses marques procèdent de cette façon afin d’éviter au maximum les chutes et donc maximiser leur profit. La découpe assistée par ordinateur est faite de différente façon, chez Allen Edmonds la découpe est faite à l’aide d’une presse et d’emporte-pièces, chez d’autres elle est faite au laser. (Source : Allen Edmonds)
Découpe entièrement automatisée chez Santoni. (Source : anothermanmag)
Découpe entièrement automatisée chez Santoni. (Source : anothermanmag)
Différentes caractéristiques de la peau d’un bovin. (Source : CTC)
Différentes caractéristiques de la peau d’un bovin. (Source : CTC)

Mais au fait, c'est quoi un cuir de qualité ?

Tout dépend de l'utilisation qui en est faite. On ne va pas chercher à avoir les mêmes qualités pour faire une trépointe, une semelle, un contrefort ou une tige. Dans le cadre de la tige il s'agit d'un cuir pleine fleur, les cuirs rectifiés, la croûte de cuir ne sont pas qualitatifs pour cet usage et sont à éviter à tout prix. Du cuir c'est de la peau qui a été rendue imputrescible par le tannage. Cette peau est celle d'un animal vivant et elle est donc sujette à toutes les agressions que l'on peut imaginer, c'est là que la qualité d'un cuir va se déterminer. Est-ce que l'animal est bien nourri, a de l'espace pour vivre mais il y a aussi des éléments difficilement contrôlables, par exemple le varron. Il s'agit d'une mouche dont la larve parasite plusieurs mammifères dont les vaches, chèvres, cerfs.... Sans entrer dans les détails vétérinaires les varrons vivent sous la peau de l'animal et une fois arrivés à maturité vont la percer pour en sortir, ces trous sont appelés varrons comme le parasite. Les varrons mal guéris diminuent la résistance du cuir et le rendent perméable à l'eau. À contrario, les varrons bien cicatrisés ne diminuent pas sensiblement la qualité du cuir, à moins qu’ils ne se trouvent en trop grand nombre.

Vous l'avez compris, il y a des centaines de facteurs qui vont avoir une influence sur la qualité d'un cuir, de l'élevage, en passant par le tannage et en allant jusqu'au stockage. Il est virtuellement impossible d'expliquer tous les tenants et aboutissants de ce qu'un bon cuir se doit d'être et encore moins d'expliquer la qualité d'un cuir en photo. La façon la plus simple pour comprendre ce qui se fait en matière de cuir est d'aller dans une boutique de chaussure d'entrée de gamme (moins de 200 euros) et d'aller ensuite chez LVMH ou chez Hermès, regardez les produits en cuir qui dépassent le millier d'euros. Comparez le toucher et l'aspect des cuirs, si vous ne voyez pas de différence, vous pouvez passer le reste de votre vie dans des pompes Atemi de merde, c'est tout ce que vous méritez.

Observez également bien la teinte du cuir, cette dernière doit être profonde, elle doit offrir de beaux reflets. Le plus important pour vous est d'avoir un cuir qui soit en adéquation avec le prix payé et qui ne compromette pas l'intégrité de la chaussure dans le temps. Apprenez à reconnaître les défauts qui sont rédhibitoires des défauts qui sont mineurs ou uniquement cosmétiques. Il s'agit d'un savoir qui s'acquiert avec le temps et il est difficile de le faire en ligne, les photos étant insuffisante, néanmoins vous pouvez trouver quelques exemples très intéressants ici : https://imgur.com/gallery/IADQu/new

Si vous avez des doutes demandez à voir d'autres paires, il est possible dans une boutique d'entrée de gamme de trouver quelques chaussures qui vont avoir un cuir meilleur que d'autres, c'est plus l'exception que la norme, mais c'est toujours possible. Le cas échéant, tentez de négocier une petite réduction si vous voyez un défaut cosmétique criant sans influence sur la longévité du cuir. Soyez également intelligents et réalistes, aujourd'hui certaines maisons vendent des cuirs de catégorie 1 qui il y a 30 ans passaient tout juste pour du catégorie 3. Il ne s'agit pas de les excuser, mais simplement de constater que la qualité globale du cuir est en baisse et qu'il faut s'adapter en conséquence, espérer avoir un cuir immaculé sur une paire de pompes à 200 euros est aussi improbable que voir Crompton payer un costume avec son argent.

Une paire de Gaziano & Girling avec un cuir légèrement veiné au niveau du contrefort, un endroit peu visible mais qui démontre bien, s’il en était besoin, que même sur des pompes à plus de 600 euros le cuir n’est pas toujours parfait. (Source : Reddit)
Une paire de Gaziano & Girling avec un cuir légèrement veiné au niveau du contrefort, un endroit peu visible mais qui démontre bien, s’il en était besoin, que même sur des pompes à plus de 600 euros le cuir n’est pas toujours parfait. (Source : Reddit)
À titre de comparaison une paire de Meermin avec des défauts beaucoup plus prononcés. (Source : Reddit)
À titre de comparaison une paire de Meermin avec des défauts beaucoup plus prononcés. (Source : Reddit)

Les types de cuirs et leurs avantages/inconvénients.

Cet aperçu est surtout destiné à présenter de façon rapide les cuirs existants sur le marché et à donner quelques explications basiques quant à leur nature. Il ne s'agit en aucun cas d'une guide complet, le but est de vous donner des clefs de lecture et de vous permettre de faire certains choix en connaissance de cause.

Tout d'abord il existe principalement deux types de tannages, le tannage au chrome et le tannage végétal. Mais il existe également d'autres processus comme le tannage mixte par exemple, qui mélange les deux techniques.

Un cuir tanné au chrome reconnaissable par sa couleur bleu avant teinture. Il est ici au stade dit “wet blue”. (Source : Unionpelli)
Un cuir tanné au chrome reconnaissable par sa couleur bleu avant teinture. Il est ici au stade dit “wet blue”. (Source : Unionpelli)

Le tannage est une étape extrêmement importante dans la transformation d'une peau en cuir, c'est aussi un processus complexe qui pourrait faire l'objet de plusieurs articles à lui seul. Il existe des tanneries surfaites, des tanneries sous-estimées, de bonne tanneries comme de mauvaises tanneries, bref c'est un milieu très vaste et complexe.

En ce qui concerne le tannage en lui même sachez simplement que le tannage au chrome est beaucoup plus rapide à faire (d'un à plusieurs jours), qu'il produit un cuir plus résistant à l'eau mais également plus rigide et que les possibilités de teinte sont vastes. Le tannage végétal est quant à lui plus long (de quelques jours à quelques mois), il produit un cuir plus souple, moins résistant à l'eau, qui se patine naturellement dans le temps mais avec des teintes de base plus limitées. Il est virtuellement impossible de faire la différence entre les deux techniques lorsque vous êtes en boutique.

Au premier plan vous pouvez voir des cuves destinées au tannage végétal. (Source : wickettcraig)
Au premier plan vous pouvez voir des cuves destinées au tannage végétal. (Source : wickettcraig)

Nous n'allons mentionner que les plus communs, sachez qu’il en existe beaucoup d’autres comme le cuir de chèvre, porc, voire encore les cuirs dit exotiques (galuchat, lézard, crocodile, baleine…) mais leur utilisation étant assez spécifique cela ne présente que peu d'intérêt ici. Le calf skin correspond à un cuir de veau, c’est le principal type de cuir utilisé dans l’industrie du soulier et il existe dans différentes formes. Box, crust…

Un cuir de veau, observez la finesse du grain. (Source: Sartorialisme)
Un cuir de veau, observez la finesse du grain. (Source: Sartorialisme)
À titre de comparaison voici un cuir de vache, le grain est beaucoup plus marqué. (Source : Sartorialisme)
À titre de comparaison voici un cuir de vache, le grain est beaucoup plus marqué. (Source : Sartorialisme)

Le box calf est un cuir de veau tanné au chrome, c’est le cuir “standard”. Historiquement le box calf est teinté en noir et le willow calf est teinté en marron, cette distinction est aujourd'hui perdue et box calf désigne simplement un cuir de veau teinté dans la masse. Il est lisse et assez rigide. Il est également considéré plus résistant et durable que son homologue le crust calf. Le crust calf est un cuir de veau non teinté dans la masse. Il est laissé intentionnellement de couleur naturelle afin de permettre un processus de coloration après coup (patine). Du fait de l’absence de teinture il est plus difficile de masquer les petites imperfections de la peau. C’est un cuir qui est donc moins cher à produire et que l’on retrouve chez beaucoup de marques qui veulent augmenter leur marge en loucedé. “C’est trop cool le crust, tu peux patiner ta paire toi même, ou mieux on la donne à un barbouilleur et tu as l’air d’un clown”. Certaines marques (coucou 7L) poussent le vice encore plus loin et vendent au même prix les paires déjà patinées et les paires laissées brutes pour que le client puisse les patiner lui même. Si vous voulez faire de la patine achetez des pompes en marron clair, ça se décape bien et ça coupe l’herbe sous le pieds aux profiteurs.

Le tannage minéral s’effectue par trempage des peaux dans des foulons, ce sont ces derniers qui sont illustrés ici. Très rapide (de quelques heures à quelques jours), il produit des cuirs plus ou moins souples selon les conditions opératoires, présentant une grande résistance à la traction et aux déchirures et supportant des températures élevées. (Source : JSC)
Le tannage minéral s’effectue par trempage des peaux dans des foulons, ce sont ces derniers qui sont illustrés ici. Très rapide (de quelques heures à quelques jours), il produit des cuirs plus ou moins souples selon les conditions opératoires, présentant une grande résistance à la traction et aux déchirures et supportant des températures élevées. (Source : JSC)
Des paires à patiner de chez Paul Parkman en crust calf. Nul doute que la patine sera de très bon goût…. (Source : Mensluxuryfootwear)
Des paires à patiner de chez Paul Parkman en crust calf. Nul doute que la patine sera de très bon goût…. (Source : Mensluxuryfootwear)

Cuir suede, daim, veau velours, nubuck... Ces termes sont utilisés de façon interchangeables par les ploucs alors qu'il est question de deux choses différentes. Le cuir de daim n'existe plus, quand on parle d'un cuir suede c'est en fait un anglicisme. En anglais on distingue entre full grain suede et split grain suede. En Français on parle alors de nubuck et de velours. Le cuir nubuck est un cuir de grande qualité dont le coté fleur a été légèrement poncé en surface, le cuir velours est un cuir qui a trop de défauts pour être utilisé du coté fleur et il est donc utilisé coté chair.

Il est le plus souvent poncé, voir même parfois refendu (splitting en Anglais, d'où l'appellation split grain). Les ploucs ont tendance à croire que velours ou le nubuck sont des cuirs fragiles, alors que c'est tout le contraire. Il s'agit de cuirs résistants qu'il est incroyablement facile à entretenir. L'utilisation du nubuck est assez rare, il s'agit d'un cuir qui est en général beaucoup plus cher que le velours.

Une paire d’Edward Green en nubuck, notez qu’il est possible de teinter le nubuck comme le veau velours… dans des couleurs parfois très douteuses. (Source : Edward Green)
Une paire d’Edward Green en nubuck, notez qu’il est possible de teinter le nubuck comme le veau velours… dans des couleurs parfois très douteuses. (Source : Edward Green)
Une paire en veau velours (et pas de la plus belle qualité)  observez la différence de grain avec la paire précédente. (Source : Grailed)
Une paire en veau velours (et pas de la plus belle qualité) observez la différence de grain avec la paire précédente. (Source : Grailed)

Le cuir grainé, il s'agit d'un cuir à mon sens un peu surestimé, ce n'est ni plus ni moins que du box calf passé sous presse afin de lui imprimer un motif. Le grainage permet de masquer les potentiels défauts de la peausserie et il s'agit donc assez souvent de cuirs de qualité inférieure. Ce n'est pas pour rien que beaucoup de modèles d'entrée de gamme sont d'inspiration “rustique” et utilisent du grainé pour faire baisser les coûts.

Un cuir grainé sur une paire d’entrée de gamme. (Source : Finsbury)
Un cuir grainé sur une paire d’entrée de gamme. (Source : Finsbury)

Le cordovan, c’est du cuir de cul de cheval. Il s'agit d'un cuir gras très résistant et facile d’entretien qui a tendance à se lustrer facilement et qui produit des vaguelettes. Son prix élevé s'explique en raison du peu de tanneries qui en produisent, afin de permettre au cordovan d'être accessible au plus grand nombre, sauvons les boucheries chevalines.

Une paire en cordovan immédiatement reconnaissable par sa couleur et ses vagues caractéristiques. Le cordovan brille facilement s’il est proprement lustré avec un os de cerf. (Source : Shoegazing)
Une paire en cordovan immédiatement reconnaissable par sa couleur et ses vagues caractéristiques. Le cordovan brille facilement s’il est proprement lustré avec un os de cerf. (Source : Shoegazing)
Le cordovan est surtout connu pour sa couleur bordeaux mais il existe en réalité dans une multitude de teintes. (Source : Carmina)
Le cordovan est surtout connu pour sa couleur bordeaux mais il existe en réalité dans une multitude de teintes. (Source : Carmina)

Le cuir rectifié (également trouvable sous les appellations vernis, patent, bookbinder calf, polido) est un cuir de merde. Il s'agit tellement d'un cuir de merde qu'il a été souvent été poncé et ensuite recouvert d'une couche de plastique ou autre matière synthétique afin d'en masquer tous les défauts et de le rendre brillant. En réalité il s’agit même parfois d’une croûte de cuir retravaillée, c’est autant du carton que la boite qui accompagne les chaussures.

Cet ersatz de cuir est par définition totalement imperméable (c'est pratique les jours de pluie cela dit) et il n'absorbe donc pas les produits d'entretien. Il est très sensible aux rayures et finira invariablement par craquer sur la claque, la durée de vie est donc...limitée. À ne pas acheter à moins que vous soyez une femme, une célébrité noire ou Hercule Poirot.

Un cuir rectifié sur une paire de Morjas. Le cuir rectifié existe avec divers niveau de brillance, d’où la difficulté pour l’identifier. (Source : depiedencap)
Un cuir rectifié sur une paire de Morjas. Le cuir rectifié existe avec divers niveau de brillance, d’où la difficulté pour l’identifier. (Source : depiedencap)
Voilà à quoi ressemble une paire en cuir bookbinder après quelques années… (Source : Reddit)
Voilà à quoi ressemble une paire en cuir bookbinder après quelques années… (Source : Reddit)
Au regard de la brillance et de la couleur bordeau on pourrait presque penser à une paire en cordovan mais il s’agit bien d’un cuir bookbinder. (Source : Church's)
Au regard de la brillance et de la couleur bordeau on pourrait presque penser à une paire en cordovan mais il s’agit bien d’un cuir bookbinder. (Source : Church's)

La construction, la transformation d’une peau en chaussure.

Il existe plusieurs types de constructions, toutes regroupées sous des noms différents, à savoir Goodyear, Blake, Norvégien. Avant d’élaborer plus en détail sur ces montages il est impératif d’expliquer que ces noms ne décrivent qu’une technique, par exemple tous les montages Goodyear sont fabriqués selon plus ou moins la même technique, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont fabriqué avec le même niveau d’exigence.

C’est exactement comme se faire sucer, techniquement c’est toujours la même chose, mais le niveau d’exécution fait toute la différence, c’est pourtant pas difficile à comprendre mais visiblement ça ne veut pas rentrer. Généralement dès que l’on commence à mentionner les questions de densité ou régularité de couture, type de fil (lin, chanvre, nylon, polyester, kevlar, poissé ou non…), tension de fil les gens décrochent car c’est “trop technique” alors que ce sont ces détails qui vont en partie dicter la qualité de votre montage.

De plus les singes savants de l’internet ont tendance à faire leur raisonnement sur les différents montages de façon abstraite, alors qu’au contraire il s’agit d’une question très concrète. Débattre en dehors de tout contexte de la supériorité d’un montage par rapport à un autre est purement et simplement débile. “Gnégnégné le Goodyear c’est mieux parce que c’est structurellement plus résistant...” est assez souvent le genre de réflexion que l’on entend. Un bon Goodyear sur une tige de merde, ça va toujours faire une chaussure de merde. Je ne vois pas l’intérêt de pouvoir faire ressemeler une chaussure 5 fois, si la tige est cuite au bout de quelques années. Et à l’heure actuelle autant vous dire qu’il y a beaucoup de tiges de merde sur le marché…. De plus qui fait réellement ressemeler un soulier plus de 3 ou 4 fois ? Qui ? Une minorité infime de personnes. En réalité, je doute que beaucoup de gens fassent ressemeler leurs souliers plus d’une à deux fois….

Et encore. Il y a une imposture marketing incroyable autours de la construction des souliers… Certes certaines techniques sont supérieures à d’autres, mais comme il est souvent dit, mieux vaut un bon Blake qu’un mauvais Goodyear. De la même façon je préfère un excellent montage Goodyear à un montage trépointe bâclé. Le plus important est d’avoir une construction qui soit bien faite et qui corresponde à votre utilisation, les appellations ne sont que secondaires.

Un peu de vocabulaire avant de commencer. (Source : Jacques & Déméter)
Un peu de vocabulaire avant de commencer. (Source : Jacques & Déméter)

Il existe plusieurs types de montages mais non n’allons aborder que les plus connus.

Le cousu trépointe

(Source : depiedencap)
(Source : depiedencap)

Le cousu trépointe est réalisé surtout en botterie et est normalement fait à la main avec un fil de lin ou de chanvre poissé, bien que cet article ne traite pas de l’artisanat bottier il est important de comprendre ce qu’est le cousu trépointe pour comprendre comment fonctionne son alternative industrielle, le cousu Goodyear, qui est réalisé par la machine qui porte le même nom. La majorité des observations faites pour le cousu trépointe vont donc être valables pour le cousu Goodyear.

Un cousu trépointe effectué par Meermin sur leur ligne Maestro. Cette photo est à prendre avec des pincettes puisqu’elle est utilisée par la marque à des fins marketing. Notez l’appellation “Handmade Goodyear shoes” qui est particulièrement savoureuse puisque le Goodyear est toujours fait machine. Les Chinois seraient-ils menteurs ? (Source : Meermin)
Un cousu trépointe effectué par Meermin sur leur ligne Maestro. Cette photo est à prendre avec des pincettes puisqu’elle est utilisée par la marque à des fins marketing. Notez l’appellation “Handmade Goodyear shoes” qui est particulièrement savoureuse puisque le Goodyear est toujours fait machine. Les Chinois seraient-ils menteurs ? (Source : Meermin)

Le cousu trépointe tient son nom de la trépointe, il s’agit d’un morceau de cuir qui sert à relier la tige à la première de montage (partie intérieure du soulier) et à la semelle d’usure (partie extérieure du soulier). Le montage est réalisé en deux étapes, tout d’abord la trépointe est cousue à la tige et la première (cette couture sera invisible aux yeux du client). La trépointe et la semelle sont ensuite cousues ensemble, grâce à la couture dite “petits points” en ayant au préalable prit soin d’avoir effectué d’autres étapes (pose du cambrion, du rempli…).

Un beau cousu trépointe sur une paire de Vass. Notez le cambrion en acier. (Source : Bedo’s leatherwork)
Un beau cousu trépointe sur une paire de Vass. Notez le cambrion en acier. (Source : Bedo’s leatherwork)
Une couture trépointe Vass particulièrement ratée. La couture de la trépointe doit être invisible, c’est un défaut majeur dans la construction de la chaussure. Une couture trépointe trop lâche fragilise la chaussure et la seule solution est un ressemelage. Il semble que la marque ait poussé le vice à essayer de cacher la trépointe en appliquant un coup de déforme (une mixture de teinture et de cire pour la lisse). (Source : Reddit)
Une couture trépointe Vass particulièrement ratée. La couture de la trépointe doit être invisible, c’est un défaut majeur dans la construction de la chaussure. Une couture trépointe trop lâche fragilise la chaussure et la seule solution est un ressemelage. Il semble que la marque ait poussé le vice à essayer de cacher la trépointe en appliquant un coup de déforme (une mixture de teinture et de cire pour la lisse). (Source : Reddit)

Il existe deux variantes du cousu trépointe, d’une part le cousu dit en naturel où les points de piqûre de la semelle sont laissés à découvert et d’autre part le cousu en lisse collante où la trépointe est cousue de façon à pouvoir dissimuler les points de piqûre de la semelle. Ces deux variantes peuvent être présentes sur un même soulier avec notamment un cousu en naturel pour le devant et un cousu en lisse collante en cambrure, ce qui est une finition particulièrement apprécié des amateurs car normalement réservée à la fabrication main.

Un cousu trépointe avec une superbe lisse ronde (ou lisse collante), remarquez la cambrure qui est extrêmement fine, il s’agit bien évidemment d’une paire mesure. (Source : Victorhabebis)
Un cousu trépointe avec une superbe lisse ronde (ou lisse collante), remarquez la cambrure qui est extrêmement fine, il s’agit bien évidemment d’une paire mesure. (Source : Victorhabebis)

Le cousu trépointe est réputé solide et permet d’envisager plusieurs ressemelage sans problème. Il est bon de noter que certaines marques, notamment chez les Italiens et leur fameux “tutto fatto a mano” (à prononcer avec un trémolo dans la voix et des gestes des mains) mais c’est aussi valable pour une marque Hongroise très connue, prétendent réaliser un cousu trépointe alors que seule la couture de la trépointe est, mal, réalisée à la main. Cette dernière étant invisible il est dès lors très facile d’expédier cette couture en moins de 20 minutes par soulier alors qu’il en faut le double à un bottier consciencieux. La couture petits points étant beaucoup plus longue à réaliser (plusieurs heures à la main pour un bottier) et étant visible elle est très souvent réalisée par ces marques à la machine par gain de temps. Mais ils se gardent évidemment de vous le dire, l’attrait du “fait main” du point de vue marketing étant évident.

Ma che cazzo ? Une fois encore le cousu Goodyear est toujours fait à la machine, le cousu trépointe est toujours fait à la main. Le cousu Goodyear fait à la main n’existe que chez les ritals avec leur célèbre tutto fatto a mano. C’est un peu un sport national de mentir sur les appellations chez eux donc on ne va pas leur en vouloir, on va dire que c’est fait main à la machine Goodyear, comme ça tout le monde est content. (Source : Uppershoes)
Ma che cazzo ? Une fois encore le cousu Goodyear est toujours fait à la machine, le cousu trépointe est toujours fait à la main. Le cousu Goodyear fait à la main n’existe que chez les ritals avec leur célèbre tutto fatto a mano. C’est un peu un sport national de mentir sur les appellations chez eux donc on ne va pas leur en vouloir, on va dire que c’est fait main à la machine Goodyear, comme ça tout le monde est content. (Source : Uppershoes)

Le cousu Goodyear (abrégé GW)

C’est le même dessin que le cousu trépointe, mais je le remets juste au cas où... (Source : depiedencap)
C’est le même dessin que le cousu trépointe, mais je le remets juste au cas où... (Source : depiedencap)

Il s'agit simplement de la réalisation industrielle du montage cousu trépointe évoqué précédemment. La machine GW inventée par James Hanan a permis d’augmenter la cadence de production des souliers, le brevet a ensuite été racheté par Charles Goodyear, qui en a également financé l’amélioration, on connaît la suite. Comme il a été expliqué plus haut il ne s’agit que d’une technique, la réalité de sa réalisation est très variable. Certaines marques font d’excellents Goodyear (Edward Green, Jacques et Déméter via Malinge alors que d’autres font des Goodyear minables (Meermin, Alden...). Mais cela peut varier au sein même d’une marque tout dépend de la compétence de l’ouvrier et des réglages de la machine GW. Une belle couture doit être régulière et bien au milieu de la trépointe. S’agissant d’une technique industrielle, son principal intérêt est le gain de temps. Pour augmenter encore ce dernier le cousu Goodyear est souvent couplé à un mur de montage qui est le plus souvent collé, on parle alors de mur rapporté mais nous allons y revenir plus tard.

Cousu Goodyear de la mainline chez Meermin. Le mur de montage est collé, il est amusant de noter que la marque n’a pas souhaité montrer le cambrion. (Source : Meermin)
Cousu Goodyear de la mainline chez Meermin. Le mur de montage est collé, il est amusant de noter que la marque n’a pas souhaité montrer le cambrion. (Source : Meermin)

Contrairement au cousu trépointe le cousu Goodyear ne permet pas l’utilisation de fil poissé. Techniquement il est possible pour la machine GW d’utiliser un fil poissé mais la pois encrasse la machine et l’endommage. Il est donc nécessaire de nettoyer la machine quotidiennement et à ma connaissance les usines préfèrent simplement éviter d’utiliser du fil poissé. Le montage trépointe/Goodyear a tendance à être assez rigide et demande donc un temps d’adaptation au porteur, là où le cousu Blake va être plus souple. Il peut également être réalisé en rainette ou sous gravure. Dans le premier cas une rainette est creusée dans le semelle d’usure et la couture va rester visible et va donc être exposée aux éléments, le GW rainette se voit surtout chez les marques d’entrée de gamme, mais il se trouve aussi chez C&J ce qui est inacceptable dans leur gamme de prix. Le cousu sous gravure est une variante où la couture est protégée, cachée par la semelle d’usure. Il arrive que la gravure ne soit pas assez profonde (Meermin, TLB…) et dans ce cas il faut faire poser un patin rapidement.

Une couture petit point en train d’être effectuée sous gravure. (Source : Reddit)
Une couture petit point en train d’être effectuée sous gravure. (Source : Reddit)
Cousu Goodyear rainette chez Crockett & Jones. La couture est visible tout autours de la semelle et est donc exposée aux éléments. Compte tenu du prix, le choix de ne pas faire un montage sous gravure est une pure mesquinerie. D’ailleurs la concurrence directe (TLB mainline, Carmina…) font mieux. (Source : Crockett & Jones)
Cousu Goodyear rainette chez Crockett & Jones. La couture est visible tout autours de la semelle et est donc exposée aux éléments. Compte tenu du prix, le choix de ne pas faire un montage sous gravure est une pure mesquinerie. D’ailleurs la concurrence directe (TLB mainline, Carmina…) font mieux. (Source : Crockett & Jones)
Une semelle d’usure sur une paire de TLB mainline, le travail est beaucoup plus soigné que sur la paire de C&J. La couture est sous gravure, petit détail inutile mais toujours plaisant le bloc de talon possède ce qu’on appel un “'Gentleman's notch” (l’effet biseauté à gauche pour les ploucs qui ne savent pas de que je parle). Il est également aussi possible de deviner le cambrion à cause du léger effet de dôme qu’il crée. (Source : Reddit)
Une semelle d’usure sur une paire de TLB mainline, le travail est beaucoup plus soigné que sur la paire de C&J. La couture est sous gravure, petit détail inutile mais toujours plaisant le bloc de talon possède ce qu’on appel un “'Gentleman's notch” (l’effet biseauté à gauche pour les ploucs qui ne savent pas de que je parle). Il est également aussi possible de deviner le cambrion à cause du léger effet de dôme qu’il crée. (Source : Reddit)

Le cousu Goodyear storm welt

(Source : depiedencap)
(Source : depiedencap)

Il s’agit d’une variante du cousu Goodyear destinée à être plus étanche. Dans cette variante la trépointe est fendue pour lui donner une section en “Y”. Imaginez ce Y couché sur le coté comme ceci : —< La partie basse de la trépointe va avoir la même utilisation que sur un cousu Goodyear normal, à savoir la réalisation de la couture latérale interne. La partie haute de la trépointe va venir se plaquer à l'extérieur, contre la tige et apporter un surcroît d'étanchéité. Ce montage est facilement reconnaissable au “bourrelet” qu’il forme. Certaines marques utilisent parfois une trépointe dentelée pour des raisons esthétiques ou pour essayer de faire croire à un cousu Norvégien, quand d’autres mettent une fausse storm welt sur un montage collé ou un Blake.

Le Cousu baraquette

Cousu baraquette sur une paire d’Allen Edmonds, la couture fait le tour du talon. (Source : Reddit)
Cousu baraquette sur une paire d’Allen Edmonds, la couture fait le tour du talon. (Source : Reddit)

Il s’agit d’une variante sur base Goodyear ou Norvégien, normalement la trépointe s’arrête au talon mais il arrive que la trépointe fasse le tour du talon, on parle alors de montage baraquette ou de talon baraquette. C’est un montage qui a tendance à rendre la ligne un peu plus lourde et qui était très populaire, il est devenu assez rare et se croise surtout en mesure bien que certaines marques de prêt à porter l’utilisent encore.

Le cousu Blake

(Source : depiedencap)
(Source : depiedencap)

Il s’agit de l’appellation industrielle du cousu de dehors en dedans qu’on retrouve en botterie. La couture Blake tient son nom de la machine inventée par Lyman Reed Blake, ce qui est une information qui ne vous sert strictement à rien, si ce n’est à briller dans les dîners mondain. On le trouve de façon occasionnelle désigné sous le nom de cousu “McKay”, du nom de l'industriel qui avait racheté le brevet de Blake pour fabriquer et vendre sa machine à coudre mais cela est rare. Dans ce montage, la tige, la première et la semelle d'usure sont reliées par une seule couture, ce qui en fait un montage très simple à réaliser. Le montage Blake a la réputation d’être moins résistant et moins étanche que le GW, ce qui est correct mais comme cela a déjà été expliqué, il ne s’agit que d’une technique avec différentes qualités de réalisation. Il existe d’excellents montages Blake (Aubercy, Jacques et Déméter via Malinge, Santoni...) et d’autres qui sont littéralement immondes (beaucoup trop de marques pour les nommer...).

Un bon montage Blake doit être réalisé avec deux fils en point de navette sous gravure afin de protéger au mieux la seule couture qui assure l’intégrité de votre soulier. Pour plus de rigidité et de longévité il est idéal de faire placer un patin, même si le cousu a été fait sous gravure, de cette façon vous augmentez considérablement la durée de vie de votre soulier en évitant les ressemelages.

Le plus grand avantage du cousu Blake réside dans sa capacité à produire des souliers fins ou effilés ainsi que dans sa souplesse. L’inconvénient majeur du cousu Blake réside dans sa moins grande tolérance au ressemelage, d’où l’intérêt du patin. Avec la machine Blake, le cordonnier pique en aveugle, la rainette ou la gravure étant seulement visible, il est donc impossible de savoir s’il repasse dans les même trous, ce qui fragilise la tige. Au fil des ans les ressemelages successifs peuvent littéralement couper la tige, toutefois il est parfaitement possible de réparer cette dernière et encore une fois, mettez un patin bordel. Au passage, cet inconvénient existe aussi sur le montage Goodyear, rares sont les cordonniers qui prennent la peine de repasser dans les mêmes trous…

Le Blake rapid

(Source : depiedencap)
(Source : depiedencap)

Il s’agit d’une variante du cousu Blake. Extérieurement ce montage peut ressembler à un cousu trépointe/Goodyear en raison de la présence d’une couture petit point. Par rapport au Blake on ajoute une semelle intermédiaire qui se situe entre la première de propreté et la semelle d’usure. La couture principale va venir lier ensemble la tige, la première de propreté et cette semelle intermédiaire alors que la couture petits points sert à lier la semelle d’usure et l’intermédiaire. Certains disent que le but est de faire passer un Blake pour un Goodyear… et ils n’ont pas tort.

Le cousu Norvégien (et ses nombreux dérivés)

Présenté ici dans sa version avec trépointe. (Source : depiedencap)
Présenté ici dans sa version avec trépointe. (Source : depiedencap)

Le cousu Norvégien est réputé pour sa bonne étanchéité, c’est un montage technique à réaliser qui est donc assez coûteux. Il est généralement présent sur des chaussures qui se destinent à une utilisation rurale bien que certaines paires l’adoptent pour des raisons purement esthétiques. Il s’agit comme du cousu Goodyear d’un montage à deux coutures, mais à l’inverse du GW les deux coutures sont visibles. Il existe un grand nombre de variantes du cousu Norvégien (avec trépointe, sans trépointe, tressé…).

Un cousu Norvégien tressé mal réalisé par Meermin. Il faut 4 heures à un bottier expérimenté pour faire un cousu tressé, du temps que très visiblement Meermin n’a pas. (Source : depiedencap)
Un cousu Norvégien tressé mal réalisé par Meermin. Il faut 4 heures à un bottier expérimenté pour faire un cousu tressé, du temps que très visiblement Meermin n’a pas. (Source : depiedencap)
Un cousu Norvégien avec trépointe sur une paire de Santoni. (Source:cornerluxe)
Un cousu Norvégien avec trépointe sur une paire de Santoni. (Source:cornerluxe)

Le cousu sandalette

(Source : depiedencap)
(Source : depiedencap)

C’est un montage qui est extrêmement simple à réaliser et donc également très peu coûteux. La tige est simplement rabattue vers l’extérieur sur la première. L’ ensemble tige/première/semelle d’usure est ensuite lié par une couture en point de chaînette. C’est un montage qui est structurellement assez peu résistant mais qui est parfois rencontré sur de mauvaises chaussures habillées d’entrée de gamme.

Les montages collés, injectés, vulcanisés…

(Source : Sartorialisme)
(Source : Sartorialisme)

Beaucoup de marques généralistes utilisent ces montages, la tige et la semelle ne sont pas cousues, mais collés. Ce procédé a l'avantage d'être rapide et peu coûteux, mais ne laisse aucune possibilité de réparation pour prolonger la durée de vie de la chaussure. Il y a différentes façons de faire un montage collé, mais sincèrement cela n’a pas grande importance puisque c’est de la merde.

Les montages de bâtard

(Source : Sartorialisme)
(Source : Sartorialisme)

Constitue un montage de bâtard tout montage qui tente de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, bien souvent il s’agit de faire passer un Blake ou un montage soudé pour du Goodyear mais il y aussi les fausses storm welt, les faux cousus Norvégien… Cette catégorie éclectique est en train d’être examinée par l’académie royale de botterie du Sartorialand afin que son appellation devienne officielle et puisse enfin être utilisée telle quelle par toutes les marques qui le désirent. Un championnat du monde des “meilleurs montages de bâtard” sera organisé en 2022 avec à sa tête un beau jury de bâtards, à savoir Kiri fondateur du Projet du Cintre, Simon Crouton, Justine du Snob de la Pompe, et enfin, last but not least monsieur H, le Gentilhomme de Paname. Cheers les cons.

Ne vous fiez pas aux apparences, cette paire n’est pas un cousu Goodyear avec storm welt….(Source : Reddit)
Ne vous fiez pas aux apparences, cette paire n’est pas un cousu Goodyear avec storm welt….(Source : Reddit)
...il s’agit en fait d’un cousu Blake. Vous pouvez voir la couture intérieure qui était cachée par la semelle de propreté. (Source : Reddit)
...il s’agit en fait d’un cousu Blake. Vous pouvez voir la couture intérieure qui était cachée par la semelle de propreté. (Source : Reddit)
Cousu Goodyear ? Blake Rapid ? Il n’en est rien, le montage est entièrement collé la trépointe n’est là que pour tromper le client. La marque ayant pour nom “République Bananière” nous ne sommes pas trop surpris par le montage de bâtard. (Source : Lordpoint)
Cousu Goodyear ? Blake Rapid ? Il n’en est rien, le montage est entièrement collé la trépointe n’est là que pour tromper le client. La marque ayant pour nom “République Bananière” nous ne sommes pas trop surpris par le montage de bâtard. (Source : Lordpoint)
Cette paire de Brooks Brothers est montée en Blake et a une fausse trépointe. La tentative d’arnaque est ici très évidente, la couture petit point ne présente pas la même densité au dessus qu’en dessous. Celle du dessus est à 5 spi (stitches per inch, soit point de couture par pouce) alors que celle du dessous est à 2 spi ce qui est impossible sur un cousu Goodyear. La trépointe est donc fausse. (Source : Reddit)
Cette paire de Brooks Brothers est montée en Blake et a une fausse trépointe. La tentative d’arnaque est ici très évidente, la couture petit point ne présente pas la même densité au dessus qu’en dessous. Celle du dessus est à 5 spi (stitches per inch, soit point de couture par pouce) alors que celle du dessous est à 2 spi ce qui est impossible sur un cousu Goodyear. La trépointe est donc fausse. (Source : Reddit)
Des trépointes décoratives en cuir et en salpa, certaines disposent déjà d’une fausse couture. Le but est bien évidemment d’imiter un montage Goodyear. (Source : Barbourwelting)
Des trépointes décoratives en cuir et en salpa, certaines disposent déjà d’une fausse couture. Le but est bien évidemment d’imiter un montage Goodyear. (Source : Barbourwelting)
Un superbe montage de bâtard. La chaussure est collée mais prend la peine d’imiter toutes les finitions d’un soulier beaucoup plus cher… sauf qu’un soulier beaucoup plus cher aurait eu un montage sous gravure et non en rainette. L’intérêt pour la marque est de faire croire à un cousu GW, donc la fausse couture est laissée apparente ce qui est totalement incongru. (Source : depiedencap)
Un superbe montage de bâtard. La chaussure est collée mais prend la peine d’imiter toutes les finitions d’un soulier beaucoup plus cher… sauf qu’un soulier beaucoup plus cher aurait eu un montage sous gravure et non en rainette. L’intérêt pour la marque est de faire croire à un cousu GW, donc la fausse couture est laissée apparente ce qui est totalement incongru. (Source : depiedencap)
À titre de comparaison, ici une semelle sur une paire de G&G, tout est vrai, tout est beau et bien évidemment la couture est sous gravure. (Source : Reddit)
À titre de comparaison, ici une semelle sur une paire de G&G, tout est vrai, tout est beau et bien évidemment la couture est sous gravure. (Source : Reddit)

Build the wall ! La polémique autours des murs... de montage.

Évoquons maintenant la question des murs de montage sur le cousu Goodyear (le principe est le même en cousu trépointe/Norvégien). La première de montage sert littéralement de fondation à votre chaussure, c’est une pièce déterminante en matière de qualité et durabilité. Les différentes parties du soulier viennent y être assemblées par différents procédés. Il est donc important que la première de montage soit en cuir (certaines marques sans scrupules utilisent du salpa) et qu’elle soit bien épaisse afin d’être résistante tout en ayant une certaine souplesse afin de ne pas trop rigidifier le montage. Sa tenue est faite par la couture Goodyear d'un côté sur la trépointe, de l'autre côté, dans le mur de la première de montage.

Ce mur est construit de plusieurs façons. En mesure il est fabriqué par une incision faite au tranchet dans la première de montage, cette incision est ensuite repliée de façon à former un mur. On parle alors d’un mur gravé. Il s’agit d’une opération délicate qui demande beaucoup de temps et qui suppose d’avoir une première de montage suffisamment épaisse, et donc plus coûteuse. Historiquement il s’agissait du seul processus utilisé dans l’industrie (le tranchet était remplacé par une machine) jusque dans les années 1900. Les industriels de l’époque avaient tendance à couper un mur de montage trop fin, puisque cela permet d’utiliser une première plus fine et donc d’économiser de l’argent, l’angle de la coupure et l’orientation des fibres du cuir repoussées avaient tendance à créer des problèmes. Le mur de montage s’en trouvait fragilisé et il n’était pas rare que ce dernier casse.

La solution a été d’ajouter un morceau de tissu dont le bord était relevé, qui était collé sur la première de montage et qui venait soutenir le mur gravé. On parle du processus de gemming en Anglais, qui se traduit par entoilage. Ce processus a connu plusieurs versions, il a fallu travailler sur les types de colles, de tissu…. Il existe une multitude de brevets sur la question, dont plusieurs déposés par un certain Elmer A Ellis dans les années 30/40, il est également l’inventeur d’une machine à entoiler (US1941934A, US2193584A, US2101987A si cela vous intéresse). Depuis les brevets continuent de se succéder (US5195255A en 1990 par exemple) mais le processus a beaucoup évolué et recouvre maintenant une très grande variété de techniques qui sont plus ou moins qualitatives, nous allons y venir dans un instant.

Illustration de l’un des brevets portant sur la pratique du gemming. La première image présente le mur gravé, la seconde le morceau de tissu qui va servir à l’entoilage, la troisième présente la superposition des deux et enfin la dernière présente le résultat une fois l’excès de tissu enlevé. (Source : googlepatent)
Illustration de l’un des brevets portant sur la pratique du gemming. La première image présente le mur gravé, la seconde le morceau de tissu qui va servir à l’entoilage, la troisième présente la superposition des deux et enfin la dernière présente le résultat une fois l’excès de tissu enlevé. (Source : googlepatent)

Actuellement dans l’industrie il existe plusieurs types de murs, il est possible de les regrouper en 3 grandes catégories. Les murs collés (aussi appelés rapportés), les murs gravés et enfin les murs mixtes.

Voici un schéma simplifié qui illustre les différences de principe entre un mur gravé machine, un mur collé et un mur gravé main. La première de montage est ici présentée à l'envers, le mur est normalement dirigé vers le bas. La tige n'est pas représentée. Notez la différence d'épaisseur de la première de montage. Dans le cas d'un mur mixte, il s'agit de renforcer le mur gravé machine par une pièce de toile synthétique comme celle utilisée par le montage collé. (Source: Sartorialisme)
Voici un schéma simplifié qui illustre les différences de principe entre un mur gravé machine, un mur collé et un mur gravé main. La première de montage est ici présentée à l'envers, le mur est normalement dirigé vers le bas. La tige n'est pas représentée. Notez la différence d'épaisseur de la première de montage. Dans le cas d'un mur mixte, il s'agit de renforcer le mur gravé machine par une pièce de toile synthétique comme celle utilisée par le montage collé. (Source: Sartorialisme)
Une partie des murs de montages utilisés par Weston, il manque un mur collé, mais les murs gravés et mixtes sont présents, avec différents niveaux d’entoilage pour ces derniers. La photo est ancienne et il est possible que les techniques utilisées par la marque soient différentes aujourd’hui. (Source: Journaldunet)
Une partie des murs de montages utilisés par Weston, il manque un mur collé, mais les murs gravés et mixtes sont présents, avec différents niveaux d’entoilage pour ces derniers. La photo est ancienne et il est possible que les techniques utilisées par la marque soient différentes aujourd’hui. (Source: Journaldunet)
Un mur de montage en situation. Le pâte de liège sert à combler le vide formé par la hauteur du mur. (Source : Shoegazing)
Un mur de montage en situation. Le pâte de liège sert à combler le vide formé par la hauteur du mur. (Source : Shoegazing)

Les murs collés sont les plus utilisés et trouvent leur origine dans la technique du gemming évoquée plus haut. Il n’a pas fallu longtemps pour que des petits malins avides de profits réalisent qu’en renforçant le tissu avec une matière thermoplastique pour la fabrication du mur il était possible de se débarrasser totalement du mur gravé en cuir. Le renfort en tissu qui était destiné à supporter le mur en cuir est devenu le mur principal. C’est ça qu’on appelle un mur collé, une pièce de tissu qui est collée sur la première de montage et qui possède un renfort en thermoplastique pour le mur, il n’y a pas de cuir. Il existe plusieurs façons de réaliser un mur collé, la pièce de tissu peut être plus ou moins large, et le mur peut être plus ou moins haut et épais. Il est évident que plus la pièce de tissu est substantielle plus le montage est “solide”. Il existe ensuite le montage dit cousu collé, il s’agit d’une variante dans laquelle la pièce de tissu en plus d’être collée à la première est également cousue pour plus de solidité. Cette solution est proposée par Malinge à ses clients en private label par exemple

Premières de montage avec un mur collé chez John Lobb Paris. (Source : Shoegazing)
Premières de montage avec un mur collé chez John Lobb Paris. (Source : Shoegazing)
Le même mur de montage mais en situation cette fois. Notez la pointe qui sert à fixer la tige avant le montage. Certaines marques cachent le trou laissé par cette pointe, d’autres non. (Source : Claymoor’s List)
Le même mur de montage mais en situation cette fois. Notez la pointe qui sert à fixer la tige avant le montage. Certaines marques cachent le trou laissé par cette pointe, d’autres non. (Source : Claymoor’s List)

Vous savez déjà ce qu’est un mur gravé, opération qui est réalisée à la machine pour toutes les marques de prêt à porter, avec l’exception peut être du modèle Chasse chez Weston.

Montage d’une paire de Chasse effectué à la main chez Weston. (Source : Redingote)
Montage d’une paire de Chasse effectué à la main chez Weston. (Source : Redingote)
Création d’un mur gravé machine chez Viberg. (Source : Viberg)
Création d’un mur gravé machine chez Viberg. (Source : Viberg)
Mur gravé machine, au centre vous pouvez voir deux premières de montage avant que le cuir ne soit relevé pour former le mur. (Source : Viberg)
Mur gravé machine, au centre vous pouvez voir deux premières de montage avant que le cuir ne soit relevé pour former le mur. (Source : Viberg)

Les murs mixtes sont comme leur nom l’indique composés d’un mur gravé en cuir et d’un mur collé en tissu. Le mur collé en tissu servant de support et de renfort. Certains fabricants (Malinge par exemple) ont la possibilité de faire un double mur gravé, avec un entoilage en supplément. Il arrive que certaines marques proposent plusieurs types de murs en fonction de leur cahier des charges, le plus grand écart étant réalisé par Weston qui produit à la fois des murs collés bien fins et fragiles comme des murs mixtes et enfin le très bon mur gravé de la Chasse.

Un mur de montage mixte chez Weston. La lèvre en cuir est supportée par un tissu synthétique. (Source : Styleforum)
Un mur de montage mixte chez Weston. La lèvre en cuir est supportée par un tissu synthétique. (Source : Styleforum)
Un mur de montage mixte provenant de Malinge. L’entoilage est intégral contrairement à la paire de Weston au dessus, cela confère une plus grande résistance à l’ensemble. (Source : Jacques & Déméter)
Un mur de montage mixte provenant de Malinge. L’entoilage est intégral contrairement à la paire de Weston au dessus, cela confère une plus grande résistance à l’ensemble. (Source : Jacques & Déméter)

La question des murs de montage fait l’objet d’un débat depuis plusieurs années. Étrangement les marques qui proposent des murs collés (l’écrasante majorité) s’obstinent à dire que cela ne fait pas de différence. Alors que les marques qui proposent des murs gravés ou mixtes expliquent le contraire, au point pour certaines (Viberg, Bridlen) d’en faire un argument marketing majeur. La vérité est entre les deux, mais autant le dire tout de suite, les murs qui ne sont que collés sont de la merde.

Les marques n’ont qu’une connaissance très parcellaire de la façon dont leurs chaussures vieillissent, il faut l’savoir. Seules les marques de luxe à la Lobb, Weston... offrent un service de suivi et d’atelier de réparation, encore que très souvent cela soit sous-traité à des cordonniers indépendants. Les autres fabricants eux se contentent de faire des économies et s’en foutent bien de savoir ce qui arrive après qu’ils aient vendu la paire. Quand ils disent qu'il n'y a pas de problème intrinsèque avec les murs collés, c'est bien évidemment faux. Les murs collés posent des problèmes avec les embauchoirs trop grands par exemple. S’ils ne sont pas adaptés les embauchoir génériques à ressort poussent parfois trop sur les côtés, l’excès de tension va déformer le soulier et surtout risque de décoller le mur de montage, entraînant une remontée de la trépointe contre les flancs. C’est possiblement réparable mais le coût va être prohibitif… En admettant que vous utilisiez des embauchoirs adaptés, vous n’êtes pas pour autant à l’abri des problèmes. Avec l’usage et l’humidité les murs rapportés risquent de se déchirer, de se décoller, de bouger… Ce qui est d’autant plus vrai une fois que le rempli en pâte de liège va commencer à vieillir. Je ne vais même pas élaborer sur la question de la pâte de liège, traditionnellement les fabricants utilisaient de la feuille de liège, mais même ça c’est devenu “trop cher”.

Il est donc préférable de pratiquer une bonne rotation des paires avec un mur collé. Dans certains cas il est possible de réparer, c’est alors une opération qui coûte cher, mais dans les pires situations il est nécessaire de remettre le soulier sur forme… c’est aussi probable que de trouver des neurones chez un gauchiste.

Les murs collés et cousus sont beaucoup moins susceptibles de défaillances prématurées, mais dans la durée restent inférieurs aux murs gravés et mixtes car la colle ou le tissu finiront bien par se désagréger, vous avez quand même le temps de voir venir. Les murs gravés et mixtes sont définitivement supérieurs, à condition d’avoir été bien fait, mais ils ont l’inconvénient d’être plus chers à réaliser, et ils ne justifient pas à eux seuls les prix délirants pratiqués par Viberg par exemple. Pour résumer, un bon mur gravé ne transforme pas le plomb en or, mais un mur collé transforme certainement la merde en or, du moins dans le bilan du fabricant.

La machine qui sert à appliquer les murs collés dans l’usine de  Gaziano & Girling. Comme vous pouvez le constater cela demande du temps, de la précision, un grand niveau de maîtrise et de sang froid. Non je déconne, c’est con comme la lune à faire et ça prend 10 secondes. (Source : Shoegazing)
La machine qui sert à appliquer les murs collés dans l’usine de Gaziano & Girling. Comme vous pouvez le constater cela demande du temps, de la précision, un grand niveau de maîtrise et de sang froid. Non je déconne, c’est con comme la lune à faire et ça prend 10 secondes. (Source : Shoegazing)
Sur cette paire d'Allen Edmonds la colle qui servait à souder le mur rapporté à la première de montage s'est totalement désagrégée. La colle va bien souvent être la première chose à pourrir, désolidarisant le mur de sa fondation, ce qui va faire que la première de montage n'est plus liée à la trépointe. (Source: Styleforum)
Sur cette paire d'Allen Edmonds la colle qui servait à souder le mur rapporté à la première de montage s'est totalement désagrégée. La colle va bien souvent être la première chose à pourrir, désolidarisant le mur de sa fondation, ce qui va faire que la première de montage n'est plus liée à la trépointe. (Source: Styleforum)
Un autre exemple mais sur une paire de Church's, la colle assurant l'intégrité du montage s'est décomposée, le cordonnier recolle donc le mur rapporté à la première de montage. (Source: Reddit)
Un autre exemple mais sur une paire de Church's, la colle assurant l'intégrité du montage s'est décomposée, le cordonnier recolle donc le mur rapporté à la première de montage. (Source: Reddit)
Une paire d'Edward Green après 5 ans d'usage et dont c'est le premier ressemelage. Le mur collé s'est déjà en partie dissocié de la première de montage et le tissu est également en partie dégradé. (Source: Permanent Style)
Une paire d'Edward Green après 5 ans d'usage et dont c'est le premier ressemelage. Le mur collé s'est déjà en partie dissocié de la première de montage et le tissu est également en partie dégradé. (Source: Permanent Style)

Le cambrion, bout dur, contrefort…. Vous n’en avez rien à foutre et c’est pour ça qu’existent autant de pompes de merde.

Comme il a été mentionné en introduction, la majorité des gens s’arrêtent bien souvent à l’esthétique d’une chaussure et à sa tige. Très rarement vont-ils chercher à savoir ce qu’il y a à l’intérieur de leur soulier. Je doute d’ailleurs que beaucoup sachent qu’il y a quelque chose à l’intérieur des souliers, et non, je ne parle pas de vos pieds bande de ploucs. Les chaussures ont besoin d’un squelette, d’une structure, c’est ce qui leur donne leur forme et qui leur permet de maintenir cette dernière dans le temps. Imaginez cela comme un mille feuille.

Cette ignorance de la part du consommateur est du pain béni pour les fabricants qui en profitent pour vous vendre des milles feuilles à la merde. La très grande majorité des souliers sont composés de plastique, à tel point que l’expression soulier en cuir semble galvaudée. Un peu comme les voitures volées qui traînent tard le soir dans le bois de Boulogne, il y a tellement de maquillage qu’il est impossible de déterminer l’âge ni même le genre.

Le marketing ne mentionne pratiquement jamais les cambrions, le bout dur, les contreforts, car les fabricants ne veulent pas que vous sachiez que ce sont des éléments sur lesquels ils peuvent faire de grosses économies. Ces éléments sont invisibles à l’œil nu, au mieux il est possible de sentir la différence au toucher, mais cela demande une certaine expertise. La seule façon de savoir avec certitude la composition de ces éléments et la manière dont ils sont assemblés est de démonter la chaussure. Les marques qui ont des choses à se reprocher, n’aiment pas beaucoup les démontages, ça les rend folles quand un démontage produit les “mauvaises conclusions”, elles bavent et deviennent mauvaises comme des clébards enragés. Pensez vous quand une marque qui fait un chiffre d’affaire de 4 ou 5 millions d’euros en vient à menacer un pauvre site de ploucs de se prendre un procès à cause d’un démontage qu’elle n’a pas aimé, vous avez une bonne idée du niveau de fils de puterie.

Notez que les informations relatives aux techniques de fabrication propres à chaque marque qui vont suivre sont données uniquement à titre indicatif. Les techniques de production changent avec le temps, les fabricants ont plusieurs gammes et plusieurs cahiers des charges, enfin une marque peut être produite par différents fabricants. Pour faire simple, une marque X peut très bien utiliser des cambrions en acier pour un modèle et en fibre de verre pour un autre.

Démontage d’une paire de Corthay, le cambrion est en bois, le rempli en pâte de liège et le mur collé. (Source : depiedencap)
Démontage d’une paire de Corthay, le cambrion est en bois, le rempli en pâte de liège et le mur collé. (Source : depiedencap)

Le cambrion assure la rigidité du soulier, supporte la voûte plantaire et est là pour empêcher que la cambrure ne s’affaisse. Il s’agit d’une pièce d'une dizaine de centimètres de longueur positionnée du milieu du talon, jusqu'en queue de semelle et qui est réalisée en de nombreux matériaux. En mesure il est très souvent fabriqué en cuir, les bottiers utilisent du croupon déclassé à tannage lent afin d’avoir la plus grande résistance possible tout en maintenant une relative souplesse.

Certains bottiers et certaines marques PAP de haut de gamme utilisent même ce qu’on appelle un double cambrion, deux cambrions montés ensembles (acier et bois ou cuir et acier par exemple). Dans l’industrie les cambrions sont le plus souvent en bois (C&J, Jacques & Déméter, Lobb, Green, Weston...), en acier (Loake, Carmina, Jfitzpatrick, Alden, Red Wing, Church's, Carlos Santos...), en plastique thermoformé/nylon/fibre de verre (Santoni, Allen Edmonds, Red Wing, Wolverine, Florsheim Imperial, Johnston & Murphy...). Les cambrions en cuir sont très rares dans les souliers industriels mais existent sur certaines lignes premium (Carlos Santos Handcrafted par exemple). Les cambrions en plastiques, nylon, fibre de verre sont de la grosse merde, un point c’est tout. Les cambrions en acier sont très résistants ne s’affaissent pas mais ils sont sensibles à l’humidité/sueur, il arrive alors qu’ils rouillent (le cuir déteste la rouille) et cassent. Les cambrions en bois ne craignent pas la rouille mais ils peuvent se fendiller, s’affaisser ou se casser. Il semble que l’industrie est petit à petit en train d’adopter les cambrions en carbone, ces derniers possèdent une belle résistance et sont insensibles à l’humidité, Carmina semble par exemple avoir opéré le changement complet de sa gamme de cambrions en acier vers des cambrions en carbone.

Le cambrion est maintenu sur la première de montage par diverses techniques, il peut être cloué, agrafé, collé… il arrive très souvent qu’il soit placé dans un support en carton, ou en carton et en salpa (un agglomérat de chute de cuir, de colle et de Dieu sait quoi). Beaucoup de marques ne prennent pas le temps de bien fixer le cambrion, elles ne respectent pas les temps de séchage de la colle néoprène ni ne prennent le temps de cadrer la première pour que la colle adhère bien, cela conduit souvent à ce que le cambrion bouge ce qui va provoquer des couinements désagréables à la marche. Il arrive aussi que certaines marques ne mettent pas du tout de cambrion sur certains de leurs modèles (Allen Edmonds, Clarks...) ce qui en dit long sur leur niveau de bâtardise.

Un cambrion en bois sur une paire de C&J. (Source: Theworldofshoes)
Un cambrion en bois sur une paire de C&J. (Source: Theworldofshoes)
Une paire d’Allen Edmonds démontée, notez l’absence du cambrion. Selon eux leur couture spéciale machin chose leur permet de s’en passer. Foutaise. (Source : Reddit)
Une paire d’Allen Edmonds démontée, notez l’absence du cambrion. Selon eux leur couture spéciale machin chose leur permet de s’en passer. Foutaise. (Source : Reddit)
Un cambrion en acier chez Alden. Oui il repose simplement sur le rempli en pâte de liège, non, ce n’est pas uniquement car c’est un modèle de présentation. Compte tenu du prix c’est du maquereautage mais les fan boys de la marque tapinent de leur plein gré, pas de quoi déranger la mondaine.  (Source : Alden of San Diego)
Un cambrion en acier chez Alden. Oui il repose simplement sur le rempli en pâte de liège, non, ce n’est pas uniquement car c’est un modèle de présentation. Compte tenu du prix c’est du maquereautage mais les fan boys de la marque tapinent de leur plein gré, pas de quoi déranger la mondaine. (Source : Alden of San Diego)
Un cambrion acier sur une paire de Carmina, le cambrion est ici invisible, pris en sandwich entre une pièce de carton et de cuir (salpa?) afin de le protéger.
Un cambrion acier sur une paire de Carmina, le cambrion est ici invisible, pris en sandwich entre une pièce de carton et de cuir (salpa?) afin de le protéger.

Le bout dur est le renfort qui se trouve, comme son nom l’indique, au bout de votre chaussure. En mesure il est pratiquement exclusivement en cuir. Dans l’industrie du prêt à porter les choses sont un peu différentes. Les bouts durs sont très majoritairement en thermocollé, le plus souvent il s’agit de celastic, une matière thermoplastique qui est molle lorsqu’elle est chauffée et qui en refroidissant, redevient dure. Cela facilite la mise en forme du bout dur, est peu cher à réaliser mais à l’inconvénient de ne pas être réparable.

Il existe évidement différents types de celastic, certaines marques utilisent des bouts durs qui sont plus épais et donc plus résistants que d’autre, mais d’Edward Green, à la ligne PAP de Fukuda, en passant par Meermin tous ou presque utilisent des bouts durs thermocollés. La raison derrière cela ? Le coût bien évidemment. Travailler et mettre en forme un bout dur en cuir demande énormément de temps et n’est pas une étape qu’il est possible de mécaniser alors qu’un bout dur en thermocollé demande quelques secondes d’attentions.

Un bout dur en cuir fabriqué de façon artisanale. (Source : Shoegazing)
Un bout dur en cuir fabriqué de façon artisanale. (Source : Shoegazing)
Un bout dur thermocollé (la partie blanche), qui a été chauffé puis moulé sur le soulier. (Source :aqatelier)
Un bout dur thermocollé (la partie blanche), qui a été chauffé puis moulé sur le soulier. (Source :aqatelier)
Un superbe bout dur en forme de fesses. C’est le problème des bouts dur en celastic, une fois déformés vous avez l’air d’un trou du cul. Comme il s’agit d’une paire de Red Wing c’est peut être un hommage volontaire au “plumber's crack”. (Source : Reddit)
Un superbe bout dur en forme de fesses. C’est le problème des bouts dur en celastic, une fois déformés vous avez l’air d’un trou du cul. Comme il s’agit d’une paire de Red Wing c’est peut être un hommage volontaire au “plumber's crack”. (Source : Reddit)
Un bout dur en cuir sur une paire de Paolo Scafora (Source : Shoegazing)
Un bout dur en cuir sur une paire de Paolo Scafora (Source : Shoegazing)

Finissons enfin par évoquer les contreforts. Les contreforts sont une pièce très importante du soulier car ils participent au bon maintien du talon, en anglais ils portent le nom de « heel stiffener», ce qui veut littéralement dire renfort de talon. Les contreforts sont une pièce de tension, ils sont sollicités lors de la marche par les frottements mais le moment où ils doivent subir le plus de tension est quand vous allez mettre et enlever votre soulier, surtout si vous êtes un plouc et que vous n’utilisez pas de chausse pied. Il est donc important que les contreforts soient résistants pour qu’ils puissent durer dans le temps.

Il existe trois matériaux principaux pour les contreforts, le cuir, le salpa et une fois encore le celastic. Les bottiers utilisent des contreforts en cuir, ces derniers sont d’ailleurs très longs et vont du talon jusqu’aux têtes métatarsiennes. En prêt à porter les marques haut/milieu de gamme utilisent des contreforts en cuirs (Green, Lobb, G&G, TLB Artista, Vass, Bonafé…), et certaines possèdent également des contreforts longs, la principale différence réside dans le fait que les marques de PAP vont utiliser des contreforts cuir “industriels” qui sont déjà préparés, parés et formés. Le reste de l’industrie du prêt à porter se divise entre salpa (Carmina, Jfitzpatrick, TLB mainline, C&J) et le celastic (Meermin, Loake, Barker, 7L, Orban’s…).

Des contreforts et bouts dur en celastic avant montage. (Source : aqatelier)
Des contreforts et bouts dur en celastic avant montage. (Source : aqatelier)
Un contrefort thermocollé sur une paire de Loake. (Source : Shoegazing)
Un contrefort thermocollé sur une paire de Loake. (Source : Shoegazing)

Les contreforts en cuirs sont très largement supérieurs aux autres, le cuir étant plus résistant à la tension et pouvant également être assouplit et retravaillé pour modifier la forme de l’emboitage. Toutes les marques qui utilisent du celastic vont vous dire qu’il n’y a aucune différence. Ce qu’ils omettent volontairement de vous dire c’est que le celastic casse, contrairement au cuir, et qu’il est totalement irréparable. Le jour où votre contrefort en celastic casse, il faut le remplacer, ce qui impose alors un démontage et remontage sur forme à monter de l'empeigne, une opération coûtant au moins aussi cher que les souliers voire plus. Dommage pour un élément qui “ne fait aucune différence”.

Il ne serait pas difficile pour toutes les marques d'utiliser des contreforts en cuir, plusieurs fournisseurs existent notamment Rendenbach, il est possible de les acheter déjà parés, déjà formés limitant ainsi le travail qu'il est nécessaire de faire par l'usine pour un coût absolument exorbitant de... 5 euros la paire. Et encore, il s'agit du prix cordonnier il est évident que le prix serait plus bas dans le cas de commandes industrielles. Oui mais voilà, un contrefort synthétique coûte moins d'un euro l'unité, et comme il “ne fait aucune différence” pourquoi se priver. La seule et unique raison pour laquelle un nombre incalculable de marques utilisent des contreforts synthétiques est dans le but de réaliser des économies de bouts de chandelle, car il s'agit d'un élément invisible pour le client.

Un contrefort en salpa sur une paire de Carmina. (Source : Shoegazing)
Un contrefort en salpa sur une paire de Carmina. (Source : Shoegazing)
Un contrefort thermocollé cassé (la partie blanche). Ce contrefort est tellement endommagé et moisi qu'il ne présente plus aucun support. La solution qui a été choisie par le cordonnier dans cette situation a été de mettre un renfort thermocollé par dessus. (Source: Styleforum)
Un contrefort thermocollé cassé (la partie blanche). Ce contrefort est tellement endommagé et moisi qu'il ne présente plus aucun support. La solution qui a été choisie par le cordonnier dans cette situation a été de mettre un renfort thermocollé par dessus. (Source: Styleforum)
Des contreforts en cuir Rendenbach, disponibles en plusieurs épaisseurs mais également déjà parés et formés. Comme quoi… c’est pas si difficile. (Source : Rendenbach)
Des contreforts en cuir Rendenbach, disponibles en plusieurs épaisseurs mais également déjà parés et formés. Comme quoi… c’est pas si difficile. (Source : Rendenbach)

Source photo en miniature : @ateliermaubeuge