Le guide de la seconde main partie 3 : les souliers

Avant-propos

Dernière partie de notre guide sur la seconde main, cet article est entièrement dédié au soulier.
Afin d'éviter les répétitions inutiles, nous n'allons pas évoquer ici des questions qui ont déjà été traitées dans les articles précédents de ce guide. Donc si vous voulez connaître les endroits où vous pouvez acheter des chaussures en cuir d'occasion, ou si vous voulez connaître les grands principes derrière le fonctionnement du marché de la seconde main, c'est dans cet article que ça se passe.

De la même façon, il est préférable d'avoir quelques bases avant d'envisager acheter des souliers d'occasion afin de savoir un minimum ce que vous faites. Pour cela nous vous recommandons de lire notre article “qu’est-ce qu’un soulier de qualité”. Car s’il est possible de faire de très bonnes affaires, il est également possible de faire de coûteuses erreurs.

Cet article comporte des liens affiliés vers Ebay. Nous touchons une petite commission si vous achetez via ces liens, cela sert à financer les démontages.

Quelques principes

Tout d'abord, commençons par évacuer une connerie colportée par les Nigolo et autres experts d’écoles de commerce qui veulent qu’une chaussure en cuir usagée va être formée selon le pied du précédent propriétaire, que cela va être la source de bien des problèmes et que par conséquent mieux vaut privilégier les paires peu portées voire carrément neuves. C’est en grande partie, comme bien souvent avec ces gens, de la foutaise. Leur intérêt est bien évidemment de vous faire acheter du neuf chez eux (ou chez leurs potes), plutôt que de l'ancien ailleurs. C'est tellement plus lucratif de faire monter la hype virtuelle pour la prochaine collab avec Max Suceur et ses pompes de merde alors que pour le même prix vous pouvez acheter du Green, Lobb ou du bespoke d’occasion.
Certes, acheter une chaussure d'occasion comporte quelques risques. Comme avec n’importe quel objet usagé, femmes comprises. Il est d'ailleurs beaucoup plus facile de rectifier le tir avec des chaussures qu’avec un costume qui a été charcuté par de multiples retouches approximatives. Tout dépend de votre niveau de connaissance, de la quantité d’efforts et donc de temps que vous êtes prêts à fournir. C’est à vous de déterminer quel type d’acheteur vous êtes et quels types de chaussures vous voulez. Toutes les parties de ce guide ne vous serons donc pas nécessairement utile. Si votre cible sont les paires de Meermin à peine portées qui pullulent sur eBay, faites-vous plaisir, c’est par ici que ça se passe.

Par ailleurs, évoquons rapidement les services de “restauration et revente” qui commencent à faire leur apparition un peu partout. L’occasion est un marché qui constitue un manque à gagner pour les marques qui ne vendent que des produits neufs. Certains fabricants comme Weston rachètent donc des paires usagées à leurs clients, pour les restaurer et les remettre en vente. L'initiative n'est pas mauvaise puisque chacun y trouve son compte cela fait plus de shekels pour les actionnaires et ça permet de faire un peu de greenwashing au passage, tandis que le client bénéficie d'une paire qui a été rénovée aux standards de la marque sans être aussi chère que du neuf. C'est donc un concept gagnant, mais qui n'est pas le moins cher. Vous imaginez bien que les paires ne sont pas rénovées à prix coûtant. De la même façon certaines personnes se spécialisent dans le chinage et dans la revente, ce sont des gens qui passent leur temps à dénicher les bonnes occasions, à les retaper et à les revendre. Parfois c'est très bien fait, parfois le travail est totalement bâclé, tout dépend du niveau de la personne qui s’en charge. Dans tous les cas, la bonne affaire ce sont eux qui la font et pas le client final. C'est un service qui est surtout bénéfique pour les gens qui n'ont ni l'envie ou le temps de se consacrer au marché de la seconde main, ce qui se comprend parfaitement tant c'est une activité chronophage.

souliers westons vintage
Le service “Weston vintage” l’intérêt est évident, mais l’on sort un peu du domaine de la seconde main à proprement parler. Vous avez en revanche l’assurance que les paires ont fait l’objet d’une restauration dans les règles de l’art. (Source : Weston)

Comment identifier le fabricant d'une chaussure ?

Vous le savez si vous avez l’habitude de nous lire - bien souvent en cachette - l’industrie du soulier, comme beaucoup d’autres, repose en partie sur le private labeling. Pour ceux qui ne comprennent pas, nous parlons de ce sujet dans notre article “les arnaques dans le monde de la chaussure” où nous fournissons une liste de quelques usines et de certains de leurs clients. Pour résumer rapidement, les grands groupes du luxe généraliste comme les petites marques 2.0 ne fabriquent pas leurs chaussures. La production est donc effectuée par une usine tierce indépendante, qui vend ses services à de nombreuses marques. Ce n'est donc pas de la sous-traitance à proprement parler, mais ça y ressemble énormément. Et bien évidemment au fil des années les marques utilisent plusieurs usines, les contrats changent, les objectifs aussi, tout cela parfois au sein d’une seul et même gamme.

JFtizpatrick shoes Andres Sendra
À gauche une paire de Jfitzpatrick, à droite une paire d’Andrès Sendra. Si vous trouvez une certaine ressemblance, c’est bien normal, puisqu’il s’agit virtuellement des mêmes chaussures. Sauf que celles de droites sont vendues par le fabricant (Sendra) et celles de gauches sont vendus par le private label porté sur la bouteil… pardon, je voulais dire : qui a de la bouteille, Fitzpatrick. (Source Sendra & Fitzpatrick)

Très concrètement, prenons l’exemple de la ligne Purple Label de Ralph Lauren, les chaussures sont parfois fabriquées chez Edward Green, Crockett & Jones, G&G, Silvano Sassetti... Encore mieux, prenons maintenant l’exemple de la ligne Polo Ralph Lauren, les chaussures proviennent cette fois d’Edward Green, Crockett & Jones, Alfred Sargent (qui n’existe plus aujourd’hui), Sesto Meucci ou encore Sutor Mantellassi… parmi d’autres. Ralph Lauren a beau avoir un cahier des charges précis pour chaque ligne, toutes les chaussures ne sont pas faites au même standard et ne sont donc pas de la même qualité, bien qu’elles appartiennent à la même gamme.
Une fois arrivés sur le marché de la seconde main, ces souliers Ralph Lauren vont être noyés parmi les autres lignes intermédiaires, les modèles fabriqués dans le tiers monde etc etc et c’est justement là qu’être capable d’identifier le fabricant va être très intéressant. Les chaussures en seconde main ont tendance à rapidement perdre en valeur, une fois qu’une paire a été portée, même une seule fois, le prix est bien souvent réduit de 50 %. Cela dépend bien évidemment des marques et du marché. Les souliers Edward Green ont une excellente réputation auprès des connaisseurs et n’attirent en général pas tellement les clients “lambdas”, leur prix sur le marché de l’occasion est donc plutôt constant. En revanche, Ralph Lauren étant une marque généraliste, beaucoup de clients ne savent pas qui est le fabricant de leurs chaussures et ignorent leur valeur à la revente. Il est de fait plus facile de trouver à vil prix une paire d’Edward Green sous le nom de Ralph Lauren qu’une paire d’Edward Green en nom propre. Bien évidemment cette petite astuce est maintenant connue des spécialistes, et cela s’est traduit par une inflation des prix des paires en question. Toutefois vous comprenez maintenant l’intérêt d'être capable d’identifier un fabricant.

Ralph Lauren Edward Green shoes
Les vendeurs de ces deux paires de Ralph Lauren Purple Label indiquent directement que le fabricant des chaussures est Edward Green. Mais tous les vendeurs ne connaissent pas nécessairement la provenance de leurs chaussures, il ne faut donc pas hésiter à chercher. Pour l'anecdote, la paire de gauche a été vendue pour 309$, une excellente affaire. (Source : Ebay)

Vous imaginez bien qu’il existe un certain nombre de marques qui sont aujourd’hui disparues, oubliées, peu populaires et qui ont parfois fait fabriquer chez des usines très réputées. Prenons un autre exemple, il est peu probable que vous ayez connaissance de la marque Tom James Company, une société qui est aujourd’hui à l’origine d’Individualized Apparel Group, une holding qui détient notamment Oxxford et Holland & Sherry, donc pas n’importe quoi. Tom James Company font essentiellement des costumes atroces en MTM pour courtiers d’assurances et autre sangsues du monde moderne mais la marque a vendu à une certaine époque des chaussures en leur nom fabriquées par Crockett & Jones (en handgrade qui plus est) et par Alfred Sargent. Bien que ces modèles se trouvent essentiellement aux États-Unis et plus rarement au Royaume-Unis, ils se vendent en général à des prix extrêmement bas car peu connus. Vous pouvez en avoir un aperçu ici.
On peut également parler de Mack James, qui est en réalité l’un des premiers noms utilisés par Carlos Santos (fabricant de Malfroid, Loding...) pour vendre leurs chaussures. La marque est maintenant pratiquement oubliée du monde entier et vous pouvez trouver des paires pour trois fois rien, comme cette paire de Derby à nez jointé pour 35€….

Du Carlos Santos qui ne dit pas son nom pour 10 fois moins cher. 
<a href="https://ebay.us/4KRwMo "> Lien vers l'annonce Ebay</a>
(Source:Ebay)
Du Carlos Santos qui ne dit pas son nom pour 10 fois moins cher. Lien vers l'annonce Ebay (Source:Ebay)
Les paires de C&J ou Alfred Sargent vendues sous le nom de Tom James Company sont en général moins chères. 
<a href="https://ebay.us/3vspZI"> Lien vers l'annonce Ebay</a> 
(Source : Ebay)
Les paires de C&J ou Alfred Sargent vendues sous le nom de Tom James Company sont en général moins chères. Lien vers l'annonce Ebay (Source : Ebay)
Les 3 modèles proviennent tous de Crockett & Jones
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(Source: Ebay)
Les 3 modèles proviennent tous de Crockett & Jones Lien vers l'annonce Ebay (Source: Ebay)
Le dernier exemple. Comme vous pouvez le constater les modèles sont assez similaires en style et présentent donc un intérêt limité.
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(Source: Ebay)
Le dernier exemple. Comme vous pouvez le constater les modèles sont assez similaires en style et présentent donc un intérêt limité. Lien vers l'annonce Ebay (Source: Ebay)

Alors, comment s’y prendre pour identifier un fabricant ? Le mieux est de se baser sur un faisceau d’indices. Pour cela vous pouvez regarder les détails de fabrication et de patronage d’une chaussure. Si le cousu est sous gravure ou non etc etc... Mais il y a en réalité deux éléments majeurs. Le premier est le moins efficace, il s’agit du talon. Le bloc talon d’une chaussure est cloué et les clous forment un pattern. Ce pattern est souvent propre à chaque fabricant. Malheureusement il n’est pas fixé dans le temps, et si le précédent propriétaire a fait changer le bloc talon, vous perdez toute possibilité d’identification. Sans compter que certains fabricants utilisent des patterns qui sont parfois très similaires, voire même identiques. Le second élément est le plus efficace, il s’agit de regarder les numéros imprimés à l’intérieur de la chaussure. Ces numéros ne sont en soi pas très importants, souvent ils indiquent la taille, parfois le numéro de modèle, parfois il s’agit d’un code au sens sibyllin connu uniquement du fabricant. Donc décoder les chiffres ne sert pas à grand-chose. Ce qui est beaucoup plus important c’est la façon dont les chiffres sont frappés et la façon dont ils sont agencés. Sans aller jusqu’à dire que ces chiffres permettent d’identifier à coup sûr un fabricant, ils sont un élément très important et combinés à d’autres indices ils vont vous permettre d’obtenir une réponse assez précise. Bien évidemment, les codes usines changent au fur et à mesure que les années passent et il est donc important de se bâtir une archive complète avec différents “millésimes” si vous voulez avoir la moindre chance d’obtenir des résultats.

L’une des façons de confirmer la provenance des chaussures est de comparer les codes usines. Ici une paire de Crockett & Jones avec le modèle Pembroke. (Source : Ebay)
L’une des façons de confirmer la provenance des chaussures est de comparer les codes usines. Ici une paire de Crockett & Jones avec le modèle Pembroke. (Source : Ebay)
Trois différents types de codes. Pourtant toutes ces paires proviennent d'Alfred Sargent. Elles ne sont simplement pas de la même époque. (Source: Sartorialisme)
Trois différents types de codes. Pourtant toutes ces paires proviennent d'Alfred Sargent. Elles ne sont simplement pas de la même époque. (Source: Sartorialisme)
chaussures Carlos Santos Loding Malfroid
La frappe classique du code usine chez Carlos Santos. Dans l'ordre vous avez une paire de Malfroid, Loding et Marc Guyot. (Source: Vinted)
Deux types de patterns sur des paires de Crockett & Jones. L'un avec une rangée de pointes, l'autre avec deux. (Source: Sartorialisme)
Deux types de patterns sur des paires de Crockett & Jones. L'un avec une rangée de pointes, l'autre avec deux. (Source: Sartorialisme)

Les marques à acheter ?

Il n’y a pas de règle en la matière, chacun fait ce qu’il veut avec son argent. L'occasion est le seul moyen de se procurer des paires de Tuczek, Bunting, Petrozzi... mais l'on est cette fois plus dans la collection que dans la recherche aux bonnes affaires. Bien que l'un n'empêche pas l'autre. Comme nous l'avons indiqué dans les propos introductifs, tout va dépendre de ce que vous cherchez et de votre budget. Il faut toutefois savoir que la réputation actuelle des marques n’est pas nécessairement révélatrice de la qualité des chaussures vendues dans le passé. C’est surtout valable pour les marques qui existent depuis longtemps. En général, les chaussures fabriquées dans les années 1950 étaient meilleures que celles des années 1960. Et les chaussures fabriquées dans années 60 étaient meilleures que celles des années 70, ainsi de suite. Ce sont les bienfaits de la modernité qui veut que les produits deviennent de moins en moins durables et de plus en plus chers. Il est donc important de connaître un minimum votre histoire des marques et de la mode. Prenons l’exemple de Church’s qui était une marque parfaitement respectable et qui depuis le rachat par Prada en 99 s'est spécialisée dans les paires en cuirs bookbinder à la qualité de fabrication approximative. Tout cela bien évidemment en pratiquant des prix délirants pour la seule satisfaction des actionnaires. Les marques américaines sont également victimes de la même tendance. Beaucoup des marques comme Florsheim, FootJoy, Johnston & Murphy, Nettleton, Bostonian ont fait des chaussures d’une grande qualité jusque dans les années 70. Après cela ces marques ont commencé à faire de la merde. Il en va de même avec Alden et Allen Edmonds mais bien qu’elles ne soient que les pâles reflets de ce qu’elles ont été, elles n’ont pas encore totalement touché le fond de la fosse septique. Les exemples de marques dont le nom prestigieux a été vidé de toute substance ne manquent pas. Nous pourrions également parler de Berluti. Le prêt à porter actuel de la marque n’a absolument rien de commun avec les paires fabriquées par le bottier de la grande époque. Cela peut sembler évident, mais chez certaines personnes au cortex simien, il semble s’opérer un raccourci étrange qui veut que si Huguette de Paris en parle, c’est forcément bien. Bref, la réputation d’une marque à un instant T n’est pas nécessairement représentative de la qualité de ses produits à travers les années. Les marques ont une vie, elles sont vendues, rachetées, incorporées, démantelées.... Certains nécrophiles en mal d'héritage ont même le mauvais goût d'aller ressusciter des marques disparues depuis longtemps...
Gardez tout de même à l’esprit que comme nous parlons de chaussures d’occasion si cela vous amuse d’acheter des paires à la qualité de fabrication douteuse pour une bouchée de pain, grand bien vous fasse. Cela peut même être un exercice amusant puisqu’il va éventuellement vous permettre de faire la comparaison entre des chaussures bien faites et des chaussures dont la qualité est galvaudée par le marketing. À moins que vous ne soyez l'un de ces ploucs incapables de regarder en arrière et d'admettre qu'ils ont été pris pour des cons. Dans votre cas point de salut en dehors de la potence.

Une paire d’Henry Maxwell bespoke au prix d’une paire de Carmina… (Source : Ebay)
Une paire d’Henry Maxwell bespoke au prix d’une paire de Carmina… (Source : Ebay)
Une “spade sole” sur une paire de Bostonian avant que la marque ne sombre dans les méandres de la médiocrité. Le niveau de finition pour une chaussure de prêt-à-chausser est excellent et supérieur à bien des marques du haut de gamme actuel. La marque a été rachetée par Clark’s en 1979 et n’existe plus aujourd’hui que comme une coquille vide dont le nom est apposé sur des chaussures collées vendues via Amazon. (Source : Ebay)
Une “spade sole” sur une paire de Bostonian avant que la marque ne sombre dans les méandres de la médiocrité. Le niveau de finition pour une chaussure de prêt-à-chausser est excellent et supérieur à bien des marques du haut de gamme actuel. La marque a été rachetée par Clark’s en 1979 et n’existe plus aujourd’hui que comme une coquille vide dont le nom est apposé sur des chaussures collées vendues via Amazon. (Source : Ebay)
Church’s qui décide d’augmenter leurs prix d’environ 50 % du jour au lendemain. (Source : londonnewstime)
Church’s qui décide d’augmenter leurs prix d’environ 50 % du jour au lendemain. (Source : londonnewstime)
Alors que la gamme actuelle est composée massivement de chaussures en cuir bookbinder… pardon, à liant poli, pour utiliser l’expression maison. Faire toujours plus de Shekel semble être l’unique préoccupation de la marque. (Source : Church’s )
Alors que la gamme actuelle est composée massivement de chaussures en cuir bookbinder… pardon, à liant poli, pour utiliser l’expression maison. Faire toujours plus de Shekel semble être l’unique préoccupation de la marque. (Source : Church’s )

Quelques arnaques typiques à éviter

Il est assez courant dans le milieu de la chaussure d’occasion d’essayer de faire passer toutes les chaussures bordeaux pour du cordovan. D’ailleurs l’appellation cordovan est bien souvent utilisée pour désigner une couleur plutôt que le type de cuir. Le cordovan étant plus cher, la valeur de ces chaussures en seconde main est naturellement plus élevée. Refourguer du box calf pour du cordovan, c’est un jeu très rigolo qui permet de se payer la tête de l’idiot du village. C’est devenu presque une tradition, un rite initiatique. Comme les victimes sont majoritairement des acheteurs d’Alden, elles le méritent amplement ne vous inquiétez pas pour eux.

De la même façon certains tentent de faire passer du box calf imprimé d'un motif reptile pour du véritable crocodile ou de l’alligator. Faire la différence entre un cuir qui est passé sous presse pour prendre l'apparence d'un cuir exotique et un véritable cuir exotique est assez difficile, cela demande beaucoup d'expérience et c'est un sujet à lui seul, nous n'allons pas le traiter plus en détails ici.

Une autre arnaque assez courante consiste à faire passer une chaussure pour ce qu’elle n’est pas. Les marques à l’intérieur de la chaussure peuvent disparaître à cause de l’usure et s’il n’est pas fait mention de la marque ailleurs, il devient très facile de faire passer des savates pour de l’or. C’est une astuce qu’il est en général assez facile à démonter car ceux qui se vouent à ce petit jeu tentent de vous faire croire qu’une paire de Bata est en réalité une paire d’Edward Green, ou qu'une paire de Méphisto sont des Lobb. Il est donc extrêmement aisé de voir que les finitions de la chaussure ne correspondent pas du tout à ce qu’elle prétend être.

Une variante de l'arnaque précédente consiste à enlever la première de propreté d'une paire de qualité et de la mettre dans une contrefaçon ou dans une paire de qualité inférieure. La première de propreté, ou demi première de propreté étant simplement collée sur la première de montage il est en général très facile d'opérer la substitution. Cela peut rendre l'identification des contrefaçons difficiles, puisque la première provient bel et bien d'une paire authentique. Il faut bien vérifier la qualité des finitions, mais également comparer le niveau d'usure de la première de propreté avec le reste de la chaussure.

Une paire d’Alden modèle 984 présentée comme étant en cordovan marron. (Source : Ebay)
Une paire d’Alden modèle 984 présentée comme étant en cordovan marron. (Source : Ebay)
Alors que sur le site de la marque le modèle 984 est décrit comme étant en calfskin bordeaux. (Source: Alden)
Alors que sur le site de la marque le modèle 984 est décrit comme étant en calfskin bordeaux. (Source: Alden)
Une paire d’Alden modèle 561 présentée encore une fois comme étant en cordovan marron. (Source: Ebay)
Une paire d’Alden modèle 561 présentée encore une fois comme étant en cordovan marron. (Source: Ebay)
Sauf que cette fois le vendeur pousse le vice jusqu’à réitérer dans la description que le cuir est du cordovan. (Source: Ebay)
Sauf que cette fois le vendeur pousse le vice jusqu’à réitérer dans la description que le cuir est du cordovan. (Source: Ebay)
Sans surprise, sur le site d’Alden le modèle 561 est décrit comme étant en calfskin marron…. On applaudit bien fort les 7 couillons qui sont en train d’enchérir sur la paire. (Source: Alden)
Sans surprise, sur le site d’Alden le modèle 561 est décrit comme étant en calfskin marron…. On applaudit bien fort les 7 couillons qui sont en train d’enchérir sur la paire. (Source: Alden)
Il est possible d'acheter des premières de propreté pour les mettre dans des paires d'autres marques et ainsi faire artificiellement augmenter le prix des chaussures. Méfiance. (Source: Ebay)
Il est possible d'acheter des premières de propreté pour les mettre dans des paires d'autres marques et ainsi faire artificiellement augmenter le prix des chaussures. Méfiance. (Source: Ebay)
On monte d’un cran en enculade avec une paire de “Lobb” fabriquée dans le tiers monde avec de l’alligator imaginaire. (Source: Ebay)
On monte d’un cran en enculade avec une paire de “Lobb” fabriquée dans le tiers monde avec de l’alligator imaginaire. (Source: Ebay)
Le type n'a pas peur de montrer son outillage derrière, comme si chez Lobb on travaillait par terre... (Source: Ebay)
Le type n'a pas peur de montrer son outillage derrière, comme si chez Lobb on travaillait par terre... (Source: Ebay)

La question du chaussant.

Notre article “comment choisir un soulier, chaussant forme et taille” explique tout ce qu’il y a de plus important à savoir sur ce sujet. Néanmoins les chaussures d’occasions forment une catégorie un peu à part car à moins de n’avoir été que très peu portée, un précédent propriétaire a déjà “fait” la chaussure. Dans quelques cas assez rares, cela peut être la cause de désagréments, notamment sur les mocassins. Il arrive alors qu’une chaussure qui soit à votre taille et dans une forme qui normalement vous convient ne vous aille pas. On dit pour des mocassins neufs que ce n’est pas le porteur qui choisit le mocassin, mais le mocassin qui choisit le porteur. C’est un adage qui est toujours vrai sur le marché de l’occasion, le problème le plus courant étant le déchaussage au niveau du talon. Sur les chaussures au montage Goodyear (et assimilés) on peut lire parfois qu’il ne faut pas acheter de l’occasion car le rempli en pâte de liège aura pris la forme du précédent propriétaire. Cette affirmation est incomplète et mérite quelques précisions. Tout d’abord la fonction principale du rempli est, comme son nom l’indique, de remplir la cavité qui existe entre la première de montage et la semelle d’usure. Le rôle de confort n’est que secondaire et très limité. Le rempli n’est ensuite pas nécessairement en agglomérat de liège. Il peut être en cuir ou en feuille de liège sur les chaussures bottières, ou en salpa et autres matériaux synthétiques sur les chaussures industrielles. Lorsqu’une chaussure est bien faite, le rempli doit au mieux légèrement épouser la forme des têtes métatarsiennes mais sans plus. Est-il possible que le rempli s’affaisse et devienne inconfortable ? Oui, mais c’est un problème qui est lié à la qualité de la chaussure et non au fait qu’elle soit d’occasion ou non.
Vous pouvez aussi lire des réactions sur les forums du genre “acheter des souliers bespoke d'occasion, mer il et fou ?”. Certains ploucs dont la logique est défaillante arguent en effet qu'il est stupide d'acheter des chaussures bespoke occasions, car elles n'ont pas été faites pour leur pied mais pour celui d'un autre. Ils oublient que leurs pompes de prêt-à-chausser en private label n'ont également pas été faites pour eux. Le principe du prêt-à-chausser est d'être fait pour tout le monde, c'est à dire pour personne. Certaines chaussures bespoke vous iront comme un gant, d'autres ne vous iront pas. Il n'y là strictement aucune différence avec le PAP et c'est un débat qui ne devrait même pas exister si ce n'est pour les fonctions cognitives douteuses de certains.
Comme les chaussures de seconde main sont bien souvent beaucoup moins chère que les chaussures neuves, vous ne devriez pas avoir trop de scrupules à les “maltraiter” pour les adapter à vos pieds. Il existe un certain nombre de techniques qui vous permettent de corriger le chaussant. Vous pouvez bien évidement recourir aux traditionnelles semelles intercalaires, anti-glissoirs, formes à forcer et autre shoe-eze. Et puis il y a des méthodes beaucoup moins traditionnelles qui vous permettent d’altérer de façon significative le chaussant. Il est parfaitement possible de rétrécir des chaussures à l’aide d’un fer à repasser. C’est un processus qui est n’est pas sans risques et qui comporte certaines réserves, je ne recommande pas du tout de l’essayer sur des paires neuves sans expérience. Avant d’envisager une telle opération il faut s’entrainer longuement sur des cobayes d’occasions. Nous parlerons de cette technique plus en détail dans un article dédié.

Application d’une couche de pâte de liège pour combler le vide laissé par la hauteur du mur de montage. (Source : baxterandblack)
Application d’une couche de pâte de liège pour combler le vide laissé par la hauteur du mur de montage. (Source : baxterandblack)
Rétrécissement d’une paire de souliers à l’aide d’un fer à repasser. Âmes sensibles s’abstenir. (Source : leemorison)
Rétrécissement d’une paire de souliers à l’aide d’un fer à repasser. Âmes sensibles s’abstenir. (Source : leemorison)

Le niveau d'usure.

C'est indéniablement le premier critère sur lequel les gens se focalisent car dès le premier port le cuir d’un soulier va plisser. Et si le précédent propriétaire ne savait pas choisir des chaussures à sa taille, ça plisse possiblement très fort. Mais les gens ont tendance à être obnubilés par les plis, alors qu’en réalité ces derniers sont essentiellement cosmétiques et peuvent être très largement atténués avec un peu d’huile de coude, nous allons revenir là-dessus dans un instant. En ce qui concerne l’usure des chaussures, il y a quelques règles à suivre, mais étonnamment beaucoup moins que l’on pourrait penser. Tout d'abord il faut comprendre que plus une chaussure est de qualité, mieux elle va vieillir. À nombre de ports égaux une paire de Meermin sera beaucoup plus usée qu'une paire de Lobb. La qualité du cuir et la qualité de fabrication sont des éléments essentiels de ce point de vue. Il faut par ailleurs réaliser que l’aspect visuel d’une chaussure n’est pas nécessairement indicatif de sa santé. Les chaussures de seconde main ont très souvent l’air absolument immondes si elles n’ont pas fait l'objet d'un entretien rigoureux. Pour peu que le précédent propriétaire n’ait pas été un lecteur de Sartorialisme et n’ait pas acheté des chaussures avec un chaussant adapté, alors il est possible que le cuir gondole atrocement et fasse des plis extrêmement disgracieux. C'est également valable pour les paires qui n'ont jamais vu d'embauchoirs. Mais cela ne veut pas dire que la chaussure est bonne à jeter, loin de là. Il y a des sadiques qui se plaisent également à noyer le cuir sous des couches de cirage, bernés par la croyance populaire que le cirage est bon pour les chaussures. Le cirage assèche terriblement le cuir et bien évidemment puisque ces gens ne l'enlèvent jamais mais au contraire en ajoutent toujours plus à la louche, la tige finie par être terriblement encrassée.
Le plus important est de bien regarder si l’aspect structurel de la chaussure est encore bon. Pour simplifier les choses voici une liste des choses à surveiller quand vous achetez des chaussures en cuir usagées :

• Vérifiez que la semelle soit en (relatif) bon état et ne soit pas trouée. Certains petits malins s’amusent à cacher les trous en posant un patin genre topy ou vibram, soyez donc toujours sur vos gardes quand une paire a un patin. Faites très attention à l'avant de la semelle, certaines personnes attaquent fortement cette zone. Moins il reste de matière plus il est difficile de faire poser un fer.

• Vérifiez que le montage soit intact (intégrité des coutures, trépointe qui se décolle...) un ressemelage imprévu n’est pas le genre de surprise que vous voulez avoir sur une paire d’occasion. Essayez de voir si la paire a déjà été ressemelée. J’ai le plus grand respect pour nos artisans cordonniers, mais comme toutes les professions il est de plus en plus difficiles de trouver des gens compétents, surtout en province. Certains ressemelages peuvent être absolument catastrophiques et il est d’une façon générale préférable d’éviter les paires déjà ressemelées, surtout si le travail a l’air douteux ou que vous ne savez pas quel est le cordonnier derrière l’opération.

• Vérifiez que la tige ne soit pas craquée. Quand la tige craque, c’est la fin. On peut encore essayer de bricoler un peu, sur le box calf il existe des mastics qui peuvent colmater certaines brèches, sur les chaussures en crocodiles, il est assez commun par exemple que les écailles se séparent, et si vous êtes méticuleux on peut s’aventurer à une réparation. En revanche si les chaussures sont fabriquées en Cordovan, les déchirures de la tige ne sont pas réparables. Globalement les déchirures signifient très probablement que la chaussure n'a pas été entretenue correctement et c’est un signe qu'elles ont fait leur temps. Acheter une tige craquée c’est donc tout sauf une bonne idée, même pour un prix modique. En revanche une tige avec des fissures superficielles peut être traitée par un ponçage méticuleux mais cela demande un certain savoir-faire.

• Vérifier l’état de la doublure, surtout en ce qui concerne les mocassins qui sont souvent portés sans chaussettes. La sueur étant acide elle est nocive pour le cuir et une doublure brûlée par la sueur n’est pas du tout un bon signe. Dans les cas extrêmes la sueur s’attaque également aux parties métalliques à l’intérieur de la chaussure (cambrion, agrafes…) et les fait rouiller terriblement. La rouille et le cuir ne font pas bon ménage.

• Vérifiez l’emboitage, beaucoup de marques de prêt à porter utilisent maintenant des contreforts en celastic qui n’est autre que du thermoplastique. Si l’ancien propriétaire n’utilisait pas de chausse pied les contreforts peuvent être très usés avec les risques que cela comporte. Si un contrefort en celastic (ou en salpa) casse, il n’est pas réparable, contrairement au cuir. On peut éventuellement bricoler mais il ne s’agira jamais d’une réparation complète à moins que vous ne souhaitiez dépenser beaucoup d’argent. Il arrive aussi parfois que la tige remonte à cet endroit à cause de l'usure causée aux contreforts, c'est extrêmement laid et là aussi très cher à réparer.

Si vous n’avez pas la possibilité de voir les chaussures en personne, il faut faire attention à beaucoup de petits détails qui au final vont vous en dire beaucoup sur l’histoire de la paire sans que vous sachiez combien de fois elles ont été portées. De la même façon qu’il est possible d’en savoir beaucoup sur une voiture et l’entretien qu’elle reçoit par son propriétaire sans en connaître le kilométrage. Si la tige a l’air bien nourrie, parce qu’elle a fait l’objet d’un crémage régulier, qu’elle a un fer encastré (et non haricot), qu’elle a une première de propreté impeccable, alors il y a peu de chances pour que le vendeur essaye de cacher quelque chose. Si en revanche la paire est couverte de cirage, que la tige plisse de partout, que la doublure est sale, cela ne veut pas dire que la paire n’est pas structurellement saine, mais vous prenez un plus grand risque. C’est toute la difficulté de l’achat sur internet, les paires qui ont l’air négligées peuvent être également vos meilleures affaires. Alors que les paires bichonnées sont souvent vendues par des amateurs qui surestiment bien souvent grossièrement la valeur de ce qu’ils possèdent. Il s’agit donc de faire un rapide calcul risque/avantage pour voir si le jeu en vaut la chandelle.

Dès que la semelle d’usure est trouée sur un soulier, il faut faire un ressemelage. Il n’est pas la peine de perdre son temps à acheter ce genre de paires, à moins que vous ne soyez à la recherche d’un modèle extrêmement rare et qu’il est littéralement introuvable en meilleure condition. (Source : Reddit)
Dès que la semelle d’usure est trouée sur un soulier, il faut faire un ressemelage. Il n’est pas la peine de perdre son temps à acheter ce genre de paires, à moins que vous ne soyez à la recherche d’un modèle extrêmement rare et qu’il est littéralement introuvable en meilleure condition. (Source : Reddit)
Un exemple criant d’inadéquation entre la forme de la chaussure et le pied du porteur. Ces plis d’aisances extrêmement marqués peuvent être atténués. Le reste de la chaussure est presque neuf comme en témoigne la semelle de propreté (même si elle n’est pas présentée ici, la semelle d’usure est également pratiquement neuve). (Source : Ebay)
Un exemple criant d’inadéquation entre la forme de la chaussure et le pied du porteur. Ces plis d’aisances extrêmement marqués peuvent être atténués. Le reste de la chaussure est presque neuf comme en témoigne la semelle de propreté (même si elle n’est pas présentée ici, la semelle d’usure est également pratiquement neuve). (Source : Ebay)
Un exemple d’interventions uniquement cosmétiques (rien n’a été remplacé) et du résultat qu’il est possible d’obtenir avec un peu de savoir-faire et du temps libre. (Source : vintageshoesformen)
Un exemple d’interventions uniquement cosmétiques (rien n’a été remplacé) et du résultat qu’il est possible d’obtenir avec un peu de savoir-faire et du temps libre. (Source : vintageshoesformen)
Le résultat est assez impressionnant. (Source : vintageshoesformen)
Le résultat est assez impressionnant. (Source : vintageshoesformen)
Une paire d’Edward Green qui a fait l’objet d’un ressemelage complet, avec remplacement du bloc talon. Le travail a l’air d’avoir été très bien effectué, mais le prix demandé est délirant. Méfiez-vous toujours des paires déjà ressemelées. (Source : Ebay)
Une paire d’Edward Green qui a fait l’objet d’un ressemelage complet, avec remplacement du bloc talon. Le travail a l’air d’avoir été très bien effectué, mais le prix demandé est délirant. Méfiez-vous toujours des paires déjà ressemelées. (Source : Ebay)

L'hygiène, est-ce un problème ?

Oui et non. Vous prenez moins de risque à acheter des chaussures en cuir usagées qu'à chasser la gueuse sur Tinder. C'est même plutôt safe, si vous comparez ça au risque de choper une IST pendant une réunion du département marketing de l'une ou l'autre marque 2.0. Il est évident qu'il faut désinfecter les chaussures d’occasions, au même titre que vous devez laver n'importe quel autre vêtement de seconde main. Pour cela il existe des spray, gels et tout le toutim mais je n'ai pas besoin de vous faire un topo vu que ces derniers temps tous les crétins du monde sont devenus hypocondriaques ET épidémiologistes mongols. Je vous laisse donc consulter votre voisin sur la question, il aura très certainement un avis.

La question des embauchoirs.

Les chaussures d’occasions sont parfois vendues avec des embauchoirs, mais le plus souvent elles en sont dépourvues. Quand les embauchoirs sont inclus, veillez à ce qu’ils soient bien adaptés. Des embauchoirs trop grands peuvent décoller le mur de montage dans le cas des chaussures à mur collé (écrasante majorité des chaussures Goodyear vendues aujourd’hui en PAP). Des embauchoirs trop petits ne servent à rien.
Sachez qu’il n’existe que deux types d’embauchoirs, ceux qui sont “à la forme” et ceux qui sont “génériques”. Les embauchoirs à la forme se trouvent généralement chez les bottiers et les marques haut de gamme et sont comme leur nom l’indique basé sur la forme (le last en anglais) utilisée pour fabriquer la chaussure. Les embauchoirs génériques ne sont adaptés à aucune forme particulière. Beaucoup de marques de prêt-à-chausser vendent des embauchoirs génériques à leur noms et à prix d’or, parfois il s’agit des même que leurs concurrents, seul le logo change. Il est donc tout à fait possible de les remplacer par des embauchoirs génériques d’autre provenance. Ceux de Bexley par exemple sont très utilisés car peu chers surtout lors des soldes, mais il y a plein d’options à votre disposition. Ne soyez pas idiot et n’achetez pas une paire de Meermin 90€ en occasion pour ensuite aller sur leur site et dépenser 40€ sur des embauchoirs Meermin. Cela ne sert pas à grand-chose. Si vous avez des difficultés à trouver des embauchoirs adaptés, le groupe Avel (Saphir, la cordonnerie Anglaise…) en propose de plusieurs sortes.

La gamme des embauchoirs du groupe Avel. (Source : Avel)
La gamme des embauchoirs du groupe Avel. (Source : Avel)
Des embauchoirs génériques vendus par Carmina, ils s’adaptent à toutes les formes de la marque et ne sont faites pour aucune forme en particulier. Le prix est particulièrement élevé, une pratique courante chez les marques de l’entrée et du milieu de gamme. (Source : Carmina)
Des embauchoirs génériques vendus par Carmina, ils s’adaptent à toutes les formes de la marque et ne sont faites pour aucune forme en particulier. Le prix est particulièrement élevé, une pratique courante chez les marques de l’entrée et du milieu de gamme. (Source : Carmina)
Des embauchoirs Alfred Sargent spécifiquement fait pour la forme 87 de la marque. (Source : Pediwear)
Des embauchoirs Alfred Sargent spécifiquement fait pour la forme 87 de la marque. (Source : Pediwear)

Comment récupérer certains “problèmes”.

Entretenir la tige.

Lorsque vous achetez des souliers d’occasions il va bien souvent falloir faire un entretien complet de la paire. Même lorsque la paire n’a jamais été portée, il peut s’agir d’invendus (new old stock), de paires d’expositions, de paires qui proviennent d’une faillite. Ces chaussures ont en général le cuir très sec car leur cuir n’a pas été nourri depuis qu’elles ont quitté la ligne de montage de leur usine, ce qui dans certains cas remonte à plusieurs années.
Sur certaines paires il est possible que le cirage ait craquelé (surtout s’il y en a beaucoup) et donne l’impression que la tige est fendue. En réalité ce n’est pas le cas et il suffit d’enlever les couches de cirage pour voir que la tige est impeccable, en revanche en enlevant le cirage il est possible que la paire soit partiellement décapée, dans le pire des cas il suffira de reteindre partiellement la chaussure. Parfois le pommadier pigmenté saphir est suffisante, parfois il faut utiliser de la teinture, mais c’est plus rare. En ce qui concerne le veau velours il est possible d’appliquer de la teinture sur la paire assez facilement, le résultat est surtout valable sur les couleurs sombres.

Une paire de Carlos Santos avant rénovation de la tige. (Source : Insta @belgianshoeshine)
Une paire de Carlos Santos avant rénovation de la tige. (Source : Insta @belgianshoeshine)
La même paire après rénovation (Source : Insta @belgianshoeshine)
La même paire après rénovation (Source : Insta @belgianshoeshine)

Modifier le chaussant.

Nous l’avons déjà évoqué au début de l’article, il est possible de faire rétrécir une paire de façon significative mais c’est un processus assez complexe et chronophage que nous détaillerons dans un article dédié, pour l'instant sachez simplement que c'est possible.

Diminuer les plis.

Les plis d’aisance peuvent être assez disgracieux sur certaines paires, heureusement il est très facile de les atténuer. Il existe plusieurs méthodes pour cela, nous allons en présenter deux.

La première méthode est très simple à mettre en place. Vous n’avez besoin que d’eau, de papier essuie-tout et d’embauchoirs adaptés à la chaussure. Tout ce que vous avez à faire c’est d’humidifier complètement l’essuie-tout, de le mettre sur l’embauchoir et d’insérer le tout dans la chaussure. Laissez ensuite l’ensemble sécher à l’air libre pendant 2 jours. Ne placez pas les chaussures à côté d’une source de chaleur. Assurez-vous que l’air ambiant dans la pièce soit relativement sec, un environnement trop humide ne permettrait pas à la chaussure de bien sécher.

Après 2 jours vous pouvez enlever l’embauchoir, la claque de votre chaussure sera normalement beaucoup moins marquée par les plis d’aisances. Si vous avez peur de la moisissure, nettoyez rapidement l’intérieur de la chaussure avec un coton légèrement imbibé d’alcool isopropylique. N’oubliez pas de conditionner l’intérieur de vos chaussures au moins une à deux fois par an. L’intérieur d’une chaussure doit être entretenu au même titre que le reste.

La seconde méthode est plus radicale et n’est pas sans risque. Vous avez besoin d’une bassine de deux paires d’embauchoirs, d’une serviette et d’un sèche-cheveux (ou d’un décapeur thermique). Vous devez d’abord immerger les chaussures (sans embauchoirs) dans un bain d’eau froide. Avant de crier comme des babouins sachez que le cuir ne craint pas l’eau claire, si vous l’ignorez le tannage est un processus qui nécessite d’immerger le cuir dans des liquides pendant des périodes prolongées. Pensez à enlever les lacets et à bien brosser les chaussures avant de les immerger afin que la tige soit relativement propre. Laissez tremper pendant une heure environ. Une fois retirées les chaussures vont être pleine d’eau, utilisez une serviette pour enlever l’excès d’eau qui a été absorbé par le cuir. Faite attention à ne pas frotter trop fort avec la serviette. Insérez ensuite une première paire d’embauchoirs et laisser sécher à l'air libre pendant 4 heures. Après cela, remplacez les embauchoirs humides par des embauchoirs secs et bien adaptés à la chaussure. À partir de maintenant vous allez utiliser votre sèche-cheveux pour accélérer le processus de séchage et aider la tige à se retendre. C’est cette étape qui est plus dangereuse car vous ne voulez en aucun cas exposer le cuir à une chaleur trop intense. Maintenez donc le sèche-cheveux (ou le décapeur thermique) à bonne distance et ne l’utilisez pas pendant une période trop prolongée, quelques minutes suffisent. Insistez sur les zones où les plis sont marqués, vous pouvez également masser un peu le cuir. Répéter le processus plusieurs fois. Laissez ensuite les chaussures sécher complètement à l’air libre. Là encore, ne laissez pas les chaussures dans un environnement humide, et ne placez pas les chaussures à côté d’une source de chaleur. Après 2 ou 3 jours les chaussures seront complètement sèches et les plis seront considérablement moins marqués.

Illustration de la première technique présentée. La paire est particulièrement marquée et pourtant après traitement les plis sont très atténués. Notez qu’ils ne vont jamais disparaître, la paire sera marquée à jamais, mais elle redevient mettable. (Source : vintageshoesformen)
Illustration de la première technique présentée. La paire est particulièrement marquée et pourtant après traitement les plis sont très atténués. Notez qu’ils ne vont jamais disparaître, la paire sera marquée à jamais, mais elle redevient mettable. (Source : vintageshoesformen)
Même résultat, mais cette fois avec la méthode de l’immersion. (Source : vintageshoesformen)
Même résultat, mais cette fois avec la méthode de l’immersion. (Source : vintageshoesformen)

Sélection de paires sur Ebay

Et enfin pour close cet article nous allons présenter quelques paires qui selon nous peuvent êtes intéressantes ainsi que quelques pages à suivre sur Ebay.

Pages intéressantes:

Carmina a commencé à vendre sur Ebay plusieurs paires avec défauts. Il est possible de faire des offres et certaines paires ont des défaut vraiment mineurs.
Vous pouvez voir la sélection disponible en ce moment en suivant ce lien

Des paires historiques, rares ou bespoke se trouvent souvent ici. Le prix est en revanche très élevé.

Inspirations sartoriales sur Instagram : Side Adjuster.

Avant-propos

Second article dans notre série "inspirations sartoriales sur Instagram". Si vous ne connaissez pas le principe, vous pouvez lire le premier article ici

Inspiration: Side Adjuster

Instagram: Sideadjuster (compte privé, photos postées avec l'accord de Sideadjuster)

Comme toujours avec ces articles, pas d'introduction nécessaire, on passe directement aux photos.

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Ce genre de short avec une ceinture travaillée peut être difficile à porter (il peut rapidement amener un côté vêtement pour handicapé ou vieillard incontinent) mais en été cela reste une fantaisie acceptable. J’ai un peu de mal avec le fait de rentrer la chemise dans un short car cela ruine l’effort de décontraction affichée. Sur les bons points : les manches et le short sont roulottées de façon lâche. Le rendu est assez symétrique et bien proportionné. La couleur du short est complémentaire de celle de la chemise. La tenue pourrait fonctionner avec une paire de sneakers minimaliste, des espadrilles ou des mocs marrons. Les mocs noirs vont néanmoins tout aussi bien et sont assez utilses pour provoquer l’ire des sarto-zinzins devant leur écran. La pièce glissée dans le penny peut sans doute servir à entamer la conversation lors de la file d’attente à la boulangerie, mais sans plus d’intérêt

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Variante qui a ma préférence, l’allure est plus nonchalante et l’attention se porte moins sur la ceinture du short.

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Alors c’est là où le type régale car il propose une association inattendue mais très efficace entre une jungle jacket et une barbour. J’aurais très certainement préféré un col roulé ou une chemise en denim mais l’association est bien trouvée. Pour que ça fonctionne, la barbour doit être d’une longueur au moins équivalente à la jungle jacket ou idéalement un peu plus longue. Laissez la barbour ouverte et ne boutonnez qu’un seul ou deux boutons de la jungle jacket. Les deux pièces s’associent bien ensemble car les couleurs sont proches (camaïeu de vert) et surtout car elles sont dans le même esprit (militaire et chasse).

Variante possible avec une saharienne (sans ceinture), une autre veste militaire (sobre) ou une veste en denim.

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Si vous évoluez dans un environnement trop plouc pour porter une veste, investissez dans un manteau raglan assez léger dans un tissu rustique (comme le chevron marron ici). Le port d’un manteau étant utilitaire, il sera bien plus accepté qu’une veste qui sera immédiatement vue comme une provocation (certaines personnes se sentent menacées par vos vestes thermocollées en Roumanie). Lorsque le temps est clément, votre manteau pourra être porté directement par-dessus une chemise décontractée ou un col roulé. Si le temps est plus froid, vous pouvez y ajouter une veste en jean, un blouson A1 en daim ou une veste militaire vintage si le manteau est suffisamment ample (profitez des manches raglans pour vous initier à l’ampleur). Le jean fonctionne très bien avec le manteau car ce dernier est assez décontracté (raglan et chevrons). Vous pouvez ajouter une ceinture bijoux comme ici, de fort bon aloi. Des sneakers minimalistes peuvent finir ou des souliers décontractés type penny loafer ou demi chasse.

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Tenue intéressante car elle permet de porter un loden sans être déguisé en bourgeois de Passy. Naturellement, le beige/marron et le vert se marient assez bien. Si vous avez peur des pantalons amples, vous pouvez vous y initier avec un manteau long et ample comme ici. On remarque la chemise/surchemise rentrée dans le pantalon et portée par-dessus un col roulé sombre.

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Si vous souhaitez porter un col roulé sous une chemise, vous devez inverser l’ordre naturel des couleurs (traditionnellement les couches près du corps sont plus claires que celles qui sont éloignées). Privilégiez aussi les chemises épaisses. La tenue s’organise autour d’un camaïeu jaune / beige qui sera sans doute trop osé dans la vie quotidienne. Le pantalon étant ample, vous devez porter une veste ou un manteau qui l’est tout autant sous peine de mettre en avant les cuisses par rapport au torse. Vous œuvrerez naturellement à marquer la taille comme ici.

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Tenue assez facile à reproduire et qui passe très bien. Vous ne ferez pas sur-habillé avec une barbour, une veste rustique et un col roulé. La tenue permet également d’apprendre comment porter une veste avec des motifs assez accusés. Si les costumes à motifs (carreaux fenêtres, prince de galles etc) sont pour les ploucs, vous pouvez oser la veste à motifs assez facilement si le pantalon est uni. La tenue est ici divisée en deux blocs : le pantalon clair d’un côté, la veste et le pull foncés de l’autre. A notre sens, c’est une clé pour réussir à intégrer facilement une veste avec des motifs osés : la porter par-dessus un col roulé dans les mêmes tons afin d’entretenir une confusion visuelle qui calme la veste, et la faire trancher avec le pantalon.

costume gris

Le costume est de très belle confection et bien équilibré. Le boutonnage actif arrive sur la ligne de taille tout comme la ceinture du pantalon. Les pinces françaises donnent un bassin équilibré avec les épaules. Les poches présentent des rabats volumineux et sont légèrement décalées par rapport aux boutons.

Concernant les couleurs, la flanelle grise est souvent boudée pour les costumes de nos jours mais présente une grande polyvalence. Le gris supporte une très grande palette de couleurs et la flanelle permet de porter de la maille assez facilement ainsi que des cravates de soie bariolée en jouant sur l’opposition entre mat et brillant. Une laine lisse aurait très certainement été trop brillante et aurait donné un résultat trop clinquant. Le vert de la cravate se marrie très bien avec le gris du costume et le bleu de la chemise. Une chemise blanche aurait sans doute moins bien fonctionné, le bleu permettant de créer un camaïeu avec le vert et de faciliter l’insertion de cette couleur peu banale (beaucoup de gens ont horreur du vert).

Les lunettes remplacent utilement une pochette afin d’éviter l’aspect sur-habillé ou puceau déguisé en dandy. Je suis d’ailleurs surpris qu’aucun influenceur n’ait lancé une gamme de casquettes et pochettes avec des motifs peaky blinders, il y a pourtant très certainement beaucoup d’argent à se faire vu le nombre de tocards cosplayeurs dans la sartorialophère.

Le guide de la seconde main partie 2 : identifier un vêtement et le faire retoucher

Avant-propos

Après avoir vu dans notre précédent article les principes de base qu’il faut connaître avant d’acheter des vêtements sur le marché de la seconde main, nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet en vous expliquant comment éviter certains écueils, et surtout comment faire la distinction entre le bon grain et l’ivraie. Cet article ne va pas traiter des chaussures, ces dernières vont faire l’objet d’un article dédié.

Mainline, outlet, ligne de diffusion, licence…. L’art de naviguer en eau trouble

Les marques sont un élément déterminant dans le commerce, cela fait bien longtemps que les multinationales qui les exploitent le savent. Elles se servent même de leur poids médiatique pour détrui…. influencer les sociétés, toujours bien évidement dans le sens du vent, afin de maximiser leur capital sympathie et leurs profits. C'est la même raison qui pousse les marques de tocards bouffeur de quinoa importé d'Amérique du Sud à se faire passer pour “l'ami” du client. L'objectif étant d'instiller dans la tête du pigeon/client/plouc (la ligne est mince) une relation de confiance “parce qu'on est pote quoi”. Malheureusement dans le monde du luxe, il est parfois difficile d'être inclusif. À vendre ses créations trop chères, on fait les poches du bourgeois concon (un pléonasme ça) mais on délaisse le plouc moyen en dehors de l'équation, alors que lui aussi, il aimerait bien exprimer son individualité à travers des marques et connaître le frisson du luxe, sans pour autant casser son PEL.

C'est ainsi que sont nées les lignes de diffusion et autres licences. Pour l'anecdote l'un des premiers à avoir cette idée dans le monde du vêtement “de luxe” est Pierre Cardin, vous allez très souvent croiser des merdes avec son nom dessus, il adorait les shekels et n'était pas regardant sur la qualité. Et bien évidement, il n’a pas fallu longtemps pour que tout le monde fasse la même chose. Le principe est simple, les marques ont une ligne “principale” appelée mainline en Anglais, qui correspond à la qualité “standard” de la marque et qui est revendue au prix fort dans les magasins “principaux” de la marque, que l’on appelle également les flagship stores. Elles ont ensuite des lignes secondaires, qui sont parfois sous-traitées, parfois fabriquées en interne, nous allons y revenir plus tard, mais d’une qualité inférieure. Il peut s’agir d’une ligne outlet, normalement revendue dans des magasins spécifiques, mais qui parfois trouvent leur place dans les magasins principaux, cela dépend de la politique de distribution et du pays dans lequel vous vous trouvez. Comme il peut s’agir de licences, une marque exploitée par un industriel qui reverse une commission sur les ventes à l’entreprise propriétaire de la marque, la qualité est extrêmement variable. Tout le monde y passe, y compris des grands noms du bespoke.

Gardez toujours en tête que dans la majorité des cas les lignes secondaires sont d’une qualité plus que médiocre. Leur but est d’exploiter le nom d’une marque connue pour en extraire le maximum de shekels. On est dans cette gamme floue du “luxe abordable” où le véritable luxe est celui de se faire repasser de plusieurs centaines d’euros en échange d’une étiquette qui porte le nom d’une marque connue, le tout sans vaseline. Cela est valable pour tous les types de vêtements et d’accessoires. En seconde main, le risque est moindre puisque vous achetez quelque chose d’usagé et donc théoriquement de moins cher. Mais il n’est pas absent pour autant. Vous pensiez acheter un costume bespoke Gieves and Hawkes et il doit bien valoir les 500€ qu’en demande le vendeur, mais faute d’un manque de connaissance vous vous retrouvez avec la ligne made-to-measure (MTM). L’entrée de gamme, celle fabriquée en république de Maurice. Votre seule consolation est de savoir qu’un crétin a payé plus de 2000€ neuf pour quelque chose dont la valeur intrinsèque ne doit pas dépasser les 300, et encore je suis généreux. Mais le fait est que vous vous êtes fait avoir.

Et c’est là problème majeur de la seconde main, vous achetez des vêtements souvent sans contexte, sans histoire apparente et dont l’origine est le plus souvent floue, quand elle n’est pas franchement douteuse. Tout est mélangé, le récent côtoie les antiquités et la distinction ligne principale/lignes secondaires devient difficile si vous n’avez aucune expérience en la matière. Pour un néophyte, la première façon de reconnaître un vêtement passe par le nom de la marque. Ce n’est pas toujours vrai, mais dans la vaste majorité des cas les lignes inférieures sont repérables à leur nom qui est bien souvent construit sur une variation du nom original de la marque. Un exemple simple, en prêt-à-porter (PAP) la ligne principale de Smalto s’appelle…. Smalto. La ligne pestiférée s’appelle Smaltoby. Ce n’est pas une astuce qui est toujours valable, par exemple dans le cas de Ermenegildo Zegna, la ligne principale s’appelle de la même façon, alors qu’une ligne supérieure porte le nom de Zegna couture et la ligne du purgatoire s’appelle Z Zegna. En cas de doute, le pays de provenance du vêtement va vous aider à faire la différence. Thieves and Hawkes, encore eux, ont fait fabriquer en Turquie, à Hong Kong et un peu partout dans le tiers monde. Si vous ne savez pas reconnaître les finitions sartoriales propres au bespoke, il est facile de déterminer que si le vêtement vient de Turquie, il ne s’agit pas du Bespoke. Mais là encore ce n’est qu’une indication dont la valeur est très aléatoire. La ligne Smaltoby dont je parlais plus haut était fabriquée en Italie, ça ne l’empêchait pas d’être médiocre. Le nom de la marque, et la provenance ne sont que des indications. Vous pouvez ajouter à ce faisceau d’indice la composition du tissu. Enfin pour ce que ça vaut… Arnys adorait foutre du polyester partout ça n’empêche pas les fanboys de se pignoler sur la marque au-delà de toute logique. Comme quoi avec les shmattes de “luxe” tout est possible. Nous allons revenir sur la question de la composition un peu plus loin.

Savoir différencier les labels, identifier les fabricants

Une autre possibilité pour estimer la valeur d’un vêtement, c’est d’en trouver le fabriquant
Comme pour les montres, les chaussures et bien d’autres secteurs, les vêtements sont très souvent fabriqués en private label. En général les grands groupes généralistes ne fabriquent pas leurs vêtements de PAP, il en va de même pour les petites boutiques indépendantes ou les tailleurs. La production est donc effectuée par une usine tierce, qui vend ses services à de nombreuses marques. Caruso est l’une des usines les plus connues, mais il en existe bien d’autres. Ermenegildo Zegna, St. Andrews, Cantarelli, Attolini, D'Avenza, Sartoria Partenopea, Isaia disposent tous de leurs propres usines par exemple. En France, Formens, l’usine Roumaine, est également très populaire et fabrique pour beaucoup de marques qui font du made to measure (MTM). Bien évidemment, au fur et à mesure des années et des collections les marques qui font fabriquer en private label changent de fournisseurs. Pour donner un exemple les vêtements de la ligne Brooks Brothers Golden Fleece ont été fabriqués par Martin Greenfield, Isaia, Caruso…. Identifier le fabricant particulièrement utile quand vous vous trouvez face à une marque inconnue, ou une marque qui a disparue. Mais attention, il faut garder en mémoire que comme pour les chaussures les usines de vêtements utilisent différents cahiers des charges. Elles proposent plusieurs niveaux de finitions à leurs clients, pour faire simple le prêt-à-porter de Cifonelli fabriqué chez Caruso n’utilisait pas le même cahier des charges que le prêt-à-porter de Brooks Brothers venant de la même usine, c'est de la segmentation.

Afin de vous aider à identifier certaines marques, voici une archive des étiquettes vous permettant d’identifier les fabricants les plus répandus.
Quelques remarques sur cette archive: vous pouvez agrandir les photos, le nom indiqué est le nom du fabricant et non le nom de la marque, quand l'information était donnée le fabricant et le nom de la marque sont indiqués, les images présentent certaines étiquettes à différentes époques.

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Aller au delà des marques, tissu, entoilage...

Le tissu

Savoir reconnaître qui est le fabriquant d’un vêtement en utilisant son étiquette, c’est bien mais c’est loin d’être suffisant. On l’a déjà dit, les usines utilisent la segmentation et surtout, il faut éviter d’être obnubilé par l’idée de “marque” car ce qui compte avant tout, c'est la qualité des matériaux employés. On n’a jamais vu un costume bien tomber à cause d’une étiquette avec tel ou tel grand nom dessus, comme on n’a jamais vu un homme devenir une femme parce qu’il porte une perruque, penser de cette façon c’est confondre corrélation et causalité. Ce qui joue c’est avant tout la qualité des matériaux et du travail effectué. En fonction de certains détails de confection il va être possible de savoir si vous vous trouvez en présence d'un vêtement de prêt-à-porter, ou non et d'un vêtement de qualité ou non. Encore faut-il être capable de reconnaître les détails en question. Cela demande un certain temps et rien ne remplace l’expérience mais il faut bien commencer quelque part. Voici donc quelques éléments de construction qu’il est bon de connaître. Attention cependant, il faut garder à l’esprit que ces éléments ne sont pas à eux seuls déterminant pour la qualité. Il faut regarder un vêtement dans son ensemble pour juger de sa qualité et ne pas se fixer sur un détail spécifique. Gardez également à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un article sur l’anatomie des vêtements et que par conséquent beaucoup d’éléments ne sont pas traités ici.

Commençons tout d'abord par le plus évident, à savoir la qualité du tissu. C’est un sujet qui mériterait une série d’articles à lui seul et que nous n’allons traiter que de façon anecdotique ici. Si le nom du fabricant est indiqué à l’intérieur du vêtement, c’est bon signe. Mais les industriels du textile sont comme les tanneries, bien que ça soit leur rêve, le nom ne fait pas tout. Annonay font parmi les meilleurs cuirs du monde, ils font également des cuirs médiocres. La règle est la même chez les drapiers et ce n'est pas parce que vous avez un tissu qui provient de chez VBC, Thomas Mason, Loro Piana, Dormeuil et ainsi de suite qu'il est exceptionnel. Le nom du fabricant n’est qu’un indice parmi d’autres. Un autre indice tient évidemment à la composition du tissu, mais là encore les marques savent jouer sur l'aspect psychologique de l'étiquette. Avec le développement du “luxe accessible”, qui n'est en réalité qu'une invention postmoderne de plus pour faire les poches du prolo, il s'est répandu sur le marché quantité de tissus qui ne comprennent qu'une infime quantité de “matière noble”. Je ne parle pas ici des mélanges destinés à rendre certains tissus fragiles plus durables, mais plutôt des liasses du genre Cape Horn de chez Holland & Sherry qui comportent 1% de cachemire. Un pourcentage tellement bas et dérisoire qu'il n'a aucune influence sur le tissu et dont l'objectif est de faire tourner des têtes un peu vides avec la simple mention du mot “cachemire” sur l'étiquette. La seconde main est justement l'occasion idéale pour envoyer balader ces tissus bâtards dont la seule raison d'exister est un marketing débile et arriviste. Je ne suis pas en train de dire que ces tissus sont mauvais, ou qu'il faut les brûler sur la place publique, mais le marché de l'occasion regorge de pièces aux tissus anciens, rares et chers et c'est l'occasion idéale pour tout acheteur aux moyens limités de s'offrir des vêtements dont le prix du neuf est parfois stratosphérique. Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège inverse et d'acheter des pièces dont la provenance est douteuse parce que l'étiquette mentionne une composition 100% cachemire ou autre. C'est une pratique courante chez les tailleurs asiatiques, surtout Chinois.

Le genre de composition fantaisiste dont il faut se méfier comme la peste, c'est comme une veste en tignasse de Jacom*t, ça envoi du rêve mais au final c'est beaucoup de bruit pour rien. (source: styleforum)
Le genre de composition fantaisiste dont il faut se méfier comme la peste, c'est comme une veste en tignasse de Jacom*t, ça envoi du rêve mais au final c'est beaucoup de bruit pour rien. (source: styleforum)
Surtout quand l'étiquette du "tailleur" ressemble à ça... (source: styleforum)
Surtout quand l'étiquette du "tailleur" ressemble à ça... (source: styleforum)

L'entoilage

Passons maintenant à une question sur laquelle on lit de tout et n'importe quoi, l'entoilage. Commençons par évacuer un mythe sur ce sujet. Toutes les sommités autoproclamées de “l’élégance”, toutes les marques 2.0 et autres “tailleurs” formation Formens, disent que pour reconnaître une veste entoilée il faut faire rouler entre vos doigts l’un de ses pans, de préférence au niveau des boutons ou des revers, pour sentir s’il y a une couche intermédiaire entre le tissu extérieur et la doublure. Foutaise. Vous pouvez être en présence d’un costume thermocollé avec plastron flottant. Ce n'est donc pas parce que vous sentez une “couche intermédiaire” que la veste sort forcément de l’atelier millénaire de pépé Giuseppe, c'est possible mais ce n'est pas garanti. Les vendeurs de costumes entretiennent une confusion entre le plastron et la toile tailleur: sauf exception (par exemple une slack jacket), les vestes ont un plastron au niveau du revers. La présence de ce plastron ne garantie aucunement que la veste est entoilée, c'est-à-dire qu'une "toile" est utilisée dans la confection de la veste plutôt que de la thermocolle.

Lorsqu'on vous présente du semi-entoilé, vous imaginez que la poitrine est entoilée (donc dispose d'une toile en crin de cheval) et que le bas de la veste est thermocollée. Malheureusement, c'est bien souvent toute la veste qui est thermocollée, sauf qu'un plastron est rajouté au niveau du revers. Pour qu'il puisse être senti quand on pince le revers et qu'on le fait rouler sous les doigts, le plastron sera cousu de façon flottante.
En revanche, si c'est de l'entoilé, la toile tailleur (normalement en crin de cheval et en laine, avec différentes épaisseurs possibles) remplace la thermocolle sur toute la veste. On ajoute ensuite le plastron au niveau des revers et de la poitrine.

Vous comprenez donc que pincer le revers n'aide pas à savoir si la veste est entoilée, mais simplement à déterminer si un plastron est employé. En même temps, quand on vous dit que l’entoilage est cher et long à faire et que les Chinois de SuitSupply ou Spier & Mackay peuvent produire des chiées de vestes “entoilées” à la demande, à moins que comme vos contemporains vous ne viviez dans un état permanent de dissonance cognitive, c’est le genre de contradiction qui devrait vous interpeller.

Il reste que l'entoilage étant devenu un argument commercial, bien des marques font effectivement de l'entoilage et non pas simplement du thermocollé avec plastron. Mais en réalité il existe différentes méthodes d'entoilage, propres à chaque atelier/usine. La toile utilisée, normalement en crin de cheval, pourra être remplacée par d'autres matières (lin, coton, laine, synthétique). Le nombre de couches pourra également être différentes, ainsi que tout le travail de couture et au fer. On peut se retrouver avec un entoilage assez lourd, tout comme avec un entoilage digne d'un papier à cigarette. Entoiler pour entoiler n'a pas vraiment d'intérêt, le but d'un entoilage est de garantir le bon tombé de la veste. Ne croyez pas aux histoires de "durabilité" d'une veste de pap milieu de gamme ou de demi-mesure entoilée, les tissus employés pour ces costumes ont souvent une durée de vie inférieure à la thermocolle et la qualité d'un entoilage complet industriel apporte rarement au tombé de la veste.

La qualité du plastron n'est pas non plus en reste. Le plastron est lui aussi composé soit d'une ou plusieurs toiles qui peuvent être de matières différentes (laine, lin, crin, coton, synthétique...) et en nombre de couches différentes, ce qui donne un plastron plus ou moins souple ou rigide. La nervosité du plastron et la qualité de sa confection dépendent également de la façon dont il est cousu et repassé. Plus le plastron est rigide, et plus il sera nécessaire de le doubler de ouate pour ne pas être gêné par sa rigidité et pour protéger la doublure (le crin de cheval, hypothèse de référence, ayant un effet abrasif).

Le choix des matières, leur épaisseur etc sera dicté par le tissu choisi (nature et poids) pour la confection du costume, les habitudes de l'atelier et par le positionnement tarifaire.

Entoilage main sur un bespoke Parisien, reconnaissable par les points piqués laissés par le tailleur au niveau des revers. 
(Notez le fil supplémentaire en bas de la boutonnière, ce dernier est là pour accommoder la tige d’une fleur, vestige du temps où les hommes portaient encore ce genre d’ornement). (source : sartorialisme)
Entoilage main sur un bespoke Parisien, reconnaissable par les points piqués laissés par le tailleur au niveau des revers. (Notez le fil supplémentaire en bas de la boutonnière, ce dernier est là pour accommoder la tige d’une fleur, vestige du temps où les hommes portaient encore ce genre d’ornement). (source : sartorialisme)
Même commentaire, mais sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Même commentaire, mais sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Idem, mais sur un bespoke Napolitain (source : sartorialisme)
Idem, mais sur un bespoke Napolitain (source : sartorialisme)
Entoilage machine sur un MTO Espagnol, les points sont plus discrets (au point d’être en partie invisibles sur cette photo) et sont laissés par la Strobel, une machine à coudre souvent utilisée pour les entoilages industriels. (source : sartorialisme)
Entoilage machine sur un MTO Espagnol, les points sont plus discrets (au point d’être en partie invisibles sur cette photo) et sont laissés par la Strobel, une machine à coudre souvent utilisée pour les entoilages industriels. (source : sartorialisme)
Voici un entoilage de qualité, composé de plusieurs couches de crin. Ici la veste est coupée, mais sur certaines vestes non doublées il est parfois possible de voir une partie de la toile d’entoilage en fouillant un peu. (source : j.diduch)
Voici un entoilage de qualité, composé de plusieurs couches de crin. Ici la veste est coupée, mais sur certaines vestes non doublées il est parfois possible de voir une partie de la toile d’entoilage en fouillant un peu. (source : j.diduch)
Le genre d’entoilage industriel en matière synthétique que l’on peut voir chez énormément de “tailleurs” Formens et autres marques de MTO/MTM qui existent de nos jours. Comme le montage Goodyear, l’entoilage n’est rien d’autre qu’une technique dont la qualité varie énormément selon les fabricants/tailleurs. (source : sartorialisme)
Le genre d’entoilage industriel en matière synthétique que l’on peut voir chez énormément de “tailleurs” Formens et autres marques de MTO/MTM qui existent de nos jours. Comme le montage Goodyear, l’entoilage n’est rien d’autre qu’une technique dont la qualité varie énormément selon les fabricants/tailleurs. (source : sartorialisme)

Les détails “sartoriaux” à reconnaître

Un autre des critères de distinction entre un vêtement moyen et un vêtement de qualité supérieure réside dans la façon, vous serez étonné de voir la quantité d'information que l'on peut apprendre en regardant simplement qualité des coutures, n'hésitez pas à écarter les lignes de coutures avec vos doigts pour vérifier la qualité des coutures, si c'est irrégulier c'est sans doute fait à la main, si vous voyez que c'est très régulier ou que vous ne voyez rien c'est à la machine. Et bien évidemment viennent ensuite les finitions et la quantité de travail effectué à la main. Au risque d'en surprendre plus d'un, toutes les finitions à la main ne se valent pas, certains font exprès de faire du travail bâclé pour vanter la beauté de l'irrégularité du travail à la main... Si, si.
L’attention portée à chaque détail est un critère bien souvent révélateur, et les fabricants l’ont compris. Ces dernières années il s’est développé la tendance des finitions attire plouc (surpiqures AMF le long des revers, boutonnières fonctionnelles, milanaise en fil de couleur contrastante…) le but étant d’augmenter la valeur perçue d’un vêtement à moindre frais, ne vous laissez pas berner. Sachez aussi que certains amateurs, petits pervers, font également ajouter des milanaises ou des points baguette par des retoucheurs spécialisés.

Surpiqûre AMF, boutonnière fonctionnelle machine en fil contrasté, finitions que l’on trouve souvent sur du mauvais merde-to-measure, Chinois ou Roumain. Le seul message que vous envoyez à porter ce genre de vêtement est le suivant : “Je suis d’extraction moyenne et je gagne péniblement un Smic”. Ne vous étonnez pas si vous vous faites cracher dessus dans la rue, vous le méritez.
Surpiqûre AMF, boutonnière fonctionnelle machine en fil contrasté, finitions que l’on trouve souvent sur du mauvais merde-to-measure, Chinois ou Roumain. Le seul message que vous envoyez à porter ce genre de vêtement est le suivant : “Je suis d’extraction moyenne et je gagne péniblement un Smic”. Ne vous étonnez pas si vous vous faites cracher dessus dans la rue, vous le méritez.

Surpiqûre

Commençons par la surpiqûre, il s'agit d'une légère couture que l’on trouve à divers endroits, mais le plus souvent le long des revers. C’est une finition qui est technique, historiquement réalisée à la main, et qui permet de renforcer la toile intérieure dans le cas de costumes entièrement entoilés. Les surpiqûres permettent à la veste entoilée de conserver des bords très “nets” en maintenant le tissu en place. La surpiqûre n’a de raison d’être que si le costume en entièrement entoilé, sur les costumes thermocollés, semi-entoilés ou certains “entoilés” industriels la colle “remplace” la surpiqûre, cette dernière devient alors totalement superflue. Cela n’empêche pas les fabricants d’en foutre partout, chez beaucoup on est passé d’une finition technique à une finition esthétique.
Le problème c’est qu’il n’est pas évident de faire une belle surpiqûre et puis surtout cela demande du temps. Et comme vous le savez, dans tous les processus industriels, le temps c’est de l’argent. C’est ainsi qu’a été développé il y a fort longtemps la machine AMF. Il s’agit d’une machine qui a pour but d’imiter une surpiqûre fait main. Il peut être difficile de repérer une surpiqûre AMF, surtout si la machine est très bien réglée et l’ouvrier très qualifié mais avec de l’expérience il est assez facile de repérer une surpiqûre machine à cause de sa régularité. Gardez à l’esprit qu’il n’existe pas que la machine AMF, il existe également la machine Complett, la Columbia ou encore la Juki. Dans le cas de ces deux dernières, elles laissent une couture en point de chaînette sur l’envers. Par simplicité, nous regroupons tout cela sous le nom de couture AMF.

Surpiqûre main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Surpiqûre main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Surpiqûre main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Surpiqûre main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume en prêt-à-porter entoilé machine (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume en prêt-à-porter entoilé machine (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume MTO espagnol entoilé machine (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume MTO espagnol entoilé machine (source : sartorialisme)
Petit bonus, la surpiqure AMF comme outil de marketing puisqu’elle évoque l’idée du travail tailleur et donc la qualité. Il n’y a pas besoin de dire d’où vient l’image, vous avez compris qu’il y a des moustaches, du tutoiement et des sales gueules.
Petit bonus, la surpiqure AMF comme outil de marketing puisqu’elle évoque l’idée du travail tailleur et donc la qualité. Il n’y a pas besoin de dire d’où vient l’image, vous avez compris qu’il y a des moustaches, du tutoiement et des sales gueules.

Boutonnières

Nous allons maintenant aborder la question des boutonnières. La boutonnière est un autre élément qui peut permettre de déterminer assez facilement la provenance d’une veste. Une boutonnière faite main étant en général le signe d’une attention aux détails assez poussée.
Vous avez en général trois types de boutonnières, celles qui sont faites à la machine, celles qui sont faite machine et “retouchée main” et enfin celles qui sont faites intégralement à la main. Notez que sur une même veste il est possible de trouver plusieurs types de boutonnières. Une boutonnière machine va être très régulière sur son envers, alors qu’une boutonnière main va avoir tendance à être plus irrégulière. Et bien évidemment, une boutonnière fonctionnelle sur les manches n’est pas nécessairement signe d’un bespoke…

Boutonnière main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Parisien mais au niveau du revers. (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Parisien mais au niveau du revers. (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Romain mais au niveau du revers (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Romain mais au niveau du revers (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Napolitain. Vous pouvez également apercevoir la (très discrète) surpiqûre main sur le revers (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Napolitain. Vous pouvez également apercevoir la (très discrète) surpiqûre main sur le revers (source : sartorialisme)
Boutonnière machine retouchée à la main sur un costume de prêt-à-porter (source : sartorialisme)
Boutonnière machine retouchée à la main sur un costume de prêt-à-porter (source : sartorialisme)
Envers d'une boutonnière machine sur un costume MTO espagnol (source : sartorialisme)
Envers d'une boutonnière machine sur un costume MTO espagnol (source : sartorialisme)
Boutonnières main sur un costume 2 boutons Smalto, avec une particularité, cf la photo suivante.  (source : j.diduch)
Boutonnières main sur un costume 2 boutons Smalto, avec une particularité, cf la photo suivante. (source : j.diduch)
Plutôt que d’avoir la traditionnelle forme en trou de serrure la boutonnière du bas est droite, un détail qui sert à rappeler que le bouton du bas doit toujours être laissé ouvert. (source : j.diduch)
Plutôt que d’avoir la traditionnelle forme en trou de serrure la boutonnière du bas est droite, un détail qui sert à rappeler que le bouton du bas doit toujours être laissé ouvert. (source : j.diduch)
Sur cette veste 2 boutons de prêt-à-porter haut de gamme la boutonnière du haut à été faite à la main sur l’endroit et sur l’envers.  (source : j.diduch)
Sur cette veste 2 boutons de prêt-à-porter haut de gamme la boutonnière du haut à été faite à la main sur l’endroit et sur l’envers. (source : j.diduch)
Alors que la boutonnière du bas n’a été faite à la main que sur l’endroit, car elle n’est jamais censée servir. (source : j.diduch)
Alors que la boutonnière du bas n’a été faite à la main que sur l’endroit, car elle n’est jamais censée servir. (source : j.diduch)
Boutonnières main sur un bespoke Anglais. Les boutonnières sont difficiles à aligner, c’est un détail à observer avec attention. Autre détail qui n’apparait dans la photo, ces boutonnières avaient été scellées avec une sorte de substance “grasse”. Sur les vêtement de grande qualité il est courant de sceller les boutonnières avec de la cire d'abeille après la coupe et avant de les travailler, ce qui permet d'éviter l'effilochage et d'obtenir un bord plus solide. Parfois d’autres matières sont utilisées à la place de la cire, mais le résultat au toucher est similaire. (source : j.diduch)
Boutonnières main sur un bespoke Anglais. Les boutonnières sont difficiles à aligner, c’est un détail à observer avec attention. Autre détail qui n’apparait dans la photo, ces boutonnières avaient été scellées avec une sorte de substance “grasse”. Sur les vêtement de grande qualité il est courant de sceller les boutonnières avec de la cire d'abeille après la coupe et avant de les travailler, ce qui permet d'éviter l'effilochage et d'obtenir un bord plus solide. Parfois d’autres matières sont utilisées à la place de la cire, mais le résultat au toucher est similaire. (source : j.diduch)

Les boutons

En plus des boutonnières, n’hésitez pas également à regarder la qualité du bouton et la qualité de son cousu. Le fil doit à la fois être épais et avoir un aspect légèrement ciré ou “gras” plutôt que d'être fin et sec comme en prêt-à-porter. Le cousu le plus souvent utilisé en bespoke n'est pas un cousu en croix ou un cousu farfelu type pied de coq (sauf pour les chemises) mais un simple cousu parallèle. La tige sera souvent un peu épaisse afin que le bouton se tienne bien droit et ne tombe pas mollement. Pour ce qui est de la qualité du bouton, évitez le plastique ou tout autre imitation. Sauf exception (cuir, bois...), les boutons de qualité sont en corne ou en métal, parfois précieux. Il existe différentes qualités de corne, et certains boutons en corne peuvent coûter très cher.

Un bouton cousu à la main sur une veste, le bouton est bien droit et est solidement cousu. (source : j.diduch)
Un bouton cousu à la main sur une veste, le bouton est bien droit et est solidement cousu. (source : j.diduch)
Même chose mais au niveau des manches. (source : j.diduch)
Même chose mais au niveau des manches. (source : j.diduch)

La doublure

Pensez à regarder les doublures ainsi que leur cousu. Lorsque la doublure a été cousue à la main c'est soit du bespoke soit du prêt-à-porter haut de gamme. La marque de la doublure est parfois indiquée dans le bon prêt-à-porter (fodera bemberg revient fréquemment par exemple). La doublure des manches est également un indicateur utile bien que certains tailleurs utilisent des doublures de PAP. Dans certains cas vous pouvez également trouver des systèmes de doubles doublures. Au niveau des manches et de la ceinture scapulaire vous avez alors une doublure en cupro et en bas du vêtement une doublure en laine ou en coton. Il existe également des doublures capitonnées, ça c'est vraiment extra mais c’est rare.

Différence de traitement sur deux vestes de prêt-à-porter haut de gamme. À gauche une surpiqure réalisée à la main vient fermer la doublure alors qu’à droite la doublure a simplement été fermée à la machine. (source : j.diduch)
Différence de traitement sur deux vestes de prêt-à-porter haut de gamme. À gauche une surpiqure réalisée à la main vient fermer la doublure alors qu’à droite la doublure a simplement été fermée à la machine. (source : j.diduch)
Une doublure bespoke assemblée entièrement à la main et présentant une surpiqure décorative. (source : j.diduch)
Une doublure bespoke assemblée entièrement à la main et présentant une surpiqure décorative. (source : j.diduch)

La question des proportions d'un vêtement et des retouches

Le patronage

Le travail de patronage tend à être souvent considéré par les ploucs qui trainent trop sur les forums comme quelque chose de subjectif, alors qu'il est au contraire totalement objectif. Dans le monde de la seconde main, vous allez croiser de tout. Des patronages ratés, des vêtements charcutés par des retoucheurs, des pièces qui datent des heures sombres de notre histoire (du vestiaire masculin j'entends) comme des vêtements bien proportionnés. Et c'est ceux là qu'il faut bien évidemment privilégier Alors certes, certaines considérations morphologiques sont à prendre en compte, mais d'une façon général, un bon travail de patronage se traduit souvent par un vêtement qui tombe bien. Nous n'allons pas trop nous attarder sur ce sujet, vous avez déjà plusieurs articles sur le site qui traitent de cette question. Toutefois, à moins de souffrir de nanisme, évitez les vestes trop courtes ou en tout cas disproportionnées. Evitez aussi le boutonnage actif très haut proposé par toutes les mauvaises enseignes sauf si vous voulez avoir une allure simiesque. Autre travers souvent observé: le dernier bouton trop décalé par rapport à la ligne de la poche (soit trop haut, assez rare, soit trop bas, très fréquent).

Le bon boutonnage trois boutons. (source : ethan wong)
Le bon boutonnage trois boutons. (source : ethan wong)
Le bon boutonnage deux boutons. (source : alittlebitofrest)
Le bon boutonnage deux boutons. (source : alittlebitofrest)
A fuir, le bouton du bas est trop bas par rapport aux poches. (source : alittlebitofrest)
A fuir, le bouton du bas est trop bas par rapport aux poches. (source : alittlebitofrest)
Idem à fuir. (source : alittlebitofrest)
Idem à fuir. (source : alittlebitofrest)
Même si le boutonnage actif est placé très bas, le reste de la veste doit être coupé de façon harmonieuse de façon à ce que le bouton du bas reste au niveau des poches. (source : alittlebitofrest)
Même si le boutonnage actif est placé très bas, le reste de la veste doit être coupé de façon harmonieuse de façon à ce que le bouton du bas reste au niveau des poches. (source : alittlebitofrest)
L'écart entre les boutons commence à être dangereusement excessif.(source : alittlebitofrest)
L'écart entre les boutons commence à être dangereusement excessif.(source : alittlebitofrest)

Après un rapide tour sur insta, on comprend rapidement que la majorité des sartorialistes semblent méconnaitre cette règle... qu'importe, l'important est de nous bassiner avec leurs histoires de chemises à grands cols et leurs vestes à larges revers.

L'art des proportions selon le sartorialiste Instagram. (source : gentleman chemistry)
L'art des proportions selon le sartorialiste Instagram. (source : gentleman chemistry)

Les retouches

À moins que vous ayez une chance incroyable, la vaste majorité de ce que vous allez trouver en seconde main va nécessiter des retouches. C’est un passage pratiquement obligatoire et en fonction de votre budget il peut être important de prendre en compte les retouches lors de l’achat du vêtement. En revanche nous pensons que le soi-disant principe énoncé par d’autres qui voudraient que “le coût de la retouche ne doive pas dépasser le prix du vêtement” est complètement ridicule et sans fondement. C’est à vous de voir ce qui fait sens par rapport à votre budget. Si par exemple vous vous fixez un budget de 300€ pour une veste à motif pied de poule et que vous en trouvez une à 250€ avec 50€ de retouches, ou une à 50€ avec 250€ de retouches, cela ne change rien dans l'absolu, à la fin vous avez la veste désirée au prix voulu. C’est surtout vrai dans le cadre des pièces anciennes, bespoke ou du prêt-à-porter très haut de gamme. Dans le cas d’un vêtement “commun” et sans aucune valeur particulière disons la bête veste Suitsupply achetée sur Vinted pour trois fois rien, financièrement le travail de retouche reste intéressant tant qu’il est mineur (on va dire cintrer la veste et raccourcir les manches, les opérations les plus courantes), après imaginons que vous fassiez une taille 50 et que la veste soit une taille 56... il va y avoir énormément de travail mais au final la seule règle, c'est de respecter la ligne du vêtement (nous allons aborder cela dans un instant) et que vous ne dépassiez pas votre budget.

Avant toute chose, pensez à vous habiller intelligemment pour aller chez le retoucheur. Si vous allez faire retoucher un pantalon, mettez les chaussures que vous allez vouloir porter avec ledit pantalon par exemple. 
Dans l'absolu presque tout est possible au niveau retouche si vous avez un retoucheur compétent, sauf rallonger ou modifier de façon extrême, puisqu’il faut pour cela des réserves conséquentes de tissu dans le vêtement. Ainsi, un collar gap peut être corrigé en pinçant le col, de la même façon un excès de matière si l'ancien propriétaire était vouté peut être rattrapé, des épaules trop structurées peuvent s'adoucir. Faites attention cependant, une épaule de prêt-à-porter bas de gamme ne peut pas être rattrapée esthétiquement car on ne peut pas créer de talon de manche. On peut réduire la carrure et parfois l'augmenter (légèrement) s'il y a de la réserve de tissu dans le dos. Les manches peuvent se raccourcir par le poignet ou l'épaule. La fourche d'un pantalon peut également être modifiée si vous avez des plis de tension ou au contraire un excès au niveau des fesses ou de l'aine. Il est possible de cintrer et d'ouvrir une veste, on peut ouvrir des boutonnières, on peut réduire l'ampleur d'une manche ou d'un poignet (utile si on ne porte pas de poignet mousquetaire) mais dans ce cas il faut des boutonnières ouvertes. En revanche on ne peut pas réduire l'emmanchure. Vous l’avez compris, ce ne sont pas les possibilités qui manquent en matière de retouche, mais cela ne veut pas dire que toutes les retouches sont bonnes à faire. Le plus important est d’essayer de conserver au maximum la ligne du vêtement. C’est un principe duquel il ne faut jamais s’éloigner. Par exemple n'essayez pas de raccourcir une veste qui est trop longue pour vous, c’est une fausse bonne idée, car les poches ne vont pas bouger et cela va ruiner la ligne et les proportions du vêtement. Il n’est également pas possible de changer de place les boutons. Agrandir un fond de culotte comporte des risques car cela écarte trop les poches. Elargir le bassin est une retouche délicate car elle peut aussi modifier le tombé du pantalon au niveau des cuisses. Cela peut cependant se rattraper en pinçant l'arrière du pantalon mais il y a alors un risque de remonter les poches. Il est vraiment important de comprendre que même si une retouche est techniquement possible, elle n’est pas nécessaire souhaitable. Un retoucheur peut toujours changer le nombre de boutons d’une veste pour la faire passer d’une 3 boutons à une 3 roll 2 par exemple, mais le résultat sera esthétiquement décevant, pour ne pas dire ridicule. On peut aussi modifier un cran mais là encore le résultat sera laid. Au risque de nous répéter, il faut vraiment respecter la ligne du vêtement.

Il est possible de convertir une veste 3 boutons en 3 roll 2, mais le col risque de se relever/plisser comme c’est le cas ici. (source : dirnelli)
Il est possible de convertir une veste 3 boutons en 3 roll 2, mais le col risque de se relever/plisser comme c’est le cas ici. (source : dirnelli)
Idem. (source : dirnelli)
Idem. (source : dirnelli)
Exemple typique du costume charcuté de partout, et plusieurs fois. Le résultat est au final difforme et ridicule. Le téléphone dans la poche de poitrine et le masque de cocu paniqué ne sont donc pas surprenants. (source : dirnelli)
Exemple typique du costume charcuté de partout, et plusieurs fois. Le résultat est au final difforme et ridicule. Le téléphone dans la poche de poitrine et le masque de cocu paniqué ne sont donc pas surprenants. (source : dirnelli)
Il est possible de changer la forme d’une épaule, dans un sens comme dans l’autre. (source : dirnelli)
Il est possible de changer la forme d’une épaule, dans un sens comme dans l’autre. (source : dirnelli)

L’état d’usure des objets, est-ce qu’il y a des règles à suivre ?

Oui et non. On pourrait penser que cette question est importante pour les vêtements de seconde main, mais en réalité cela dépend beaucoup des préférences de chacun. Certains aiment quand le tissu est très fatigué ou élimé, pour d'autres c'est intolérable. Sachez tout de même qu’il subsiste des stoppeuses sur Paris mais vu le coût c'est à réserver aux pièces assez onéreuses et durables (par exemple les manteaux et vestes pouvant être recyclées en dépareillées). Les réfactions de doublure, bouton décousu et autres petits problèmes mineurs ne doivent pas freiner l'achat. En revanche un bouton cassé peut amener à changer tous les boutons (si jamais on ne peut pas retrouver le même bouton) et ça peut revenir un peu cher si on prend des boutons de qualité mais c’est là encore un choix personnel. Nous pouvons bien évidemment vous donner quelques conseils spécifiques, par exemple sachez que les barbours fatiguées peuvent être recirées, faites toutefois attention aux barbours très sèches car le tissu peut casser. D’ailleurs les anciennes barbours sont souvent trouées et certains aiment les porter de cette manière. Les pantalons en velours peuvent être blanchis, ça n'indique pas un état d'usure particulier car un velours neuf devient blanc assez rapidement. 
Les chemises typées business avec un col élimé peuvent être recyclées en chemises de WE, le col peut également être coupé pour faire une chemise sans col si le tissu est estival et que vous aimez ce type de chemise. Une chemise avec une tache indélébile peut être utilisée sous un pull si vous êtes vraiment fauché. Cette astuce fonctionne également avec les cravates tachées ou qui ont un accroc. Ce qui n’est pas forcément un mauvais plan car les défauts vont en général très vite baisser le prix des cravates en seconde main. En ce qui concerne un coton un peu délavé, il est facile de le reteindre, c’est valable pour les chinos par exemple. Tout est vraiment une question d’appréciation et de préférence. Et plus vous êtes débrouillards plus il est facile de redonner une seconde jeunesse à certaines pièces, c’est surtout vrai pour les chaussures mais nous allons traiter de ce sujet dans un futur article. Pour certains tant que l’usure n'affecte pas la solidité du vêtement il est encore sauvable ou du moins portable. Pour d’autres la moindre trace d’âge est insupportable, mais on se demande alors pourquoi ils ont le moindre intérêt dans la seconde main.