Démontage d’une paire de Bridlen

Avant-propos

Bridlen a fourni la paire destinée à ce démontage. Toutes les photos sont la propriété de Sartorialisme.com et ne peuvent être utilisées sans autorisation.

La paire qui fait l’objet du démontage a été très rapidement présentée dans notre article "test & avis souliers Birdlen" et est parfaitement neuve si l’on excepte quelques ports en intérieur, il s’agit d’un richelieu de type semi brogue avec un montage goodyear sous gravure et un cuir provenant de la tannerie d’Annonay. Il s’agit d’un modèle qui est proposé à 237€ et qui provient de la Main line de la marque.

A

Cet article est par définition technique et assume que le lecteur a au moins lu notre article “Qu’est-ce qu’un soulier de qualité”.

Avant de démonter la paire nous commençons par vérifier si le cuir comporte des défauts.

B

Dans cette gamme de prix le cuir d’Annonay est égal à lui-même, vous avez donc quelques éraflures et à certains endroits le cuir frisote. Mais il n'y a en revanche aucuns défauts rédhibitoires. Vous allez voir la même chose chez énormément de marques du milieu de gamme. Pour autant le travail de clicking est bien fait, le coupeur a essayé au maximum d’utiliser les parties les plus marquées à des endroits peu visibles ou qui vont être masqués par le pantalon du porteur.

C

Sur le soulier gauche le cuir frisote pas mal en cambrure, mais il n'est pas creux. Il y a quelques bavures de déforme au-dessus de la lisse mais rien de choquant. Le cuir prend bien la lumière et il reçoit une couche de crème en finition ce qui lui donne ces reflets foncés. Le cuir devrait bien se patiner avec le temps.

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La “bosse” que vous voyez au milieu de la semelle d'usure est causée par le double cambrion. C'est un choix esthétique et non un défaut si jamais certains se posaient la question.

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On commence par le démontage du bloc talon. Le bonbout est du type “cuir coin caoutchouc” et est maintenu par 10 pointes en laiton. Le bloc talon est soigné et fait l’objet de quelques attentions particulières tel que la peinture (une teinture est absorbée par les fibres, une peinture les recouvre) au niveau du bord ou le “gentleman’notch” qui est hérité de l’époque où les pantalons étaient portés plus larges et pouvaient accrocher le talon. Aujourd’hui il ne s’agit que d’un détail esthétique.

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Le bonbout en caoutchouc est maintenant exposé, plutôt que de démonter le talon couche par couche je vais me contenter de retirer ce qu’il reste du bloc. La raison derrière cela est simple, le bloc talon est identifiable comme étant en cuir et il n’y a rien de plus à apprendre en retirant les couches individuellement.

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Le bloc talon a été totalement enlevé et est maintenu en place par 6 clous vissés. Le travail est propre et les matériaux utilisés sont de bonne qualité. La première de montage a bien été cadrée pour permettre une bonne adhésion de la colle, le talon n’a pas été facile à enlever. Il n’y a pas de salpa ni de plastique à enrobage imitation cuir. Pour rappel, il n’y a pas de “logique” qui permette de savoir si un bloc talon est en cuir ou autre matériau. Weston déjà utilisé des blocs talon en salpa, Vass a remplacé ses blocs talons en cuir pour du salpa, Meermin utilise du cuir. Le prix n’est donc pas un indicateur fiable.

C1
C2

La roulette d'emboitage n'est pas symétrique. Elle va jusqu'à la cambrure d'un côté du soulier et se limite au talon de l'autre. Elle manque également de netteté. Ce défaut n’est pas présent sur ma paire provenant de la Founder’s line donc vous allez avoir des résultats différents en fonction de l’ouvrier qui s’est occupé de votre paire.

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On retourne la chaussure et on enlève la demi première de propreté, j’ai toujours préféré avoir une première de propreté complète mais cela devient de plus en plus rare, même chez les marques haut de gamme. En dessous de la demi première de propreté se trouve un large morceau de mousse de bonne densité, similaire à ce que fait Loake par exemple, et collé avec soin.

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La semelle d’usure a été difficile à enlever. Cette dernière est faite en cuir Italien à tannage extra lent. Une amélioration par rapport au cuir Argentin que la marque utilisait auparavant et qui ne se trouve maintenant plus que sur leur ligne d’entrée de gamme montée en Blake. J’ai exposé la couture petit-point volontairement, comme souvent la gravure aurait gagné à être plus profonde mais ce n’est que du chipotage, surtout si vous faites poser un fer et un patin.

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La partie la plus intéressante du soulier, son montage. Plusieurs choses diffèrent par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir dans cette gamme de prix. Notamment la trépointe qui fait tout le tour du soulier à la façon d’une baraquette. Nous allons revenir là-dessus plus tard. Vous pouvez voir au milieu de la chaussure la partie en cuir du cambrion qui émerge de la pâte de liège.

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Le cambrion a été enlevé. Ce dernier est composé en deux parties, l’une en acier assez standard à ce que l’on trouve dans cette gamme de prix. L’autre est en cuir et non en salpa ou en carton comme ce que l’on peut voir chez Carmina par exemple.

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Une explication visuelle entre un montage dit à 360° et un montage dit à 270°.
En haut le modèle de Bridlen avec la trépointe qui fait tout le tour de la chaussure à la façon d’une baraquette. Le mur de montage (gravé) fait également tout le tour du soulier.
En bas vous avez une paire de Meermin dont le montage est fait à 270° La trépointe et le mur de montage (collé) ne font pas le tour du soulier mais s’arrêtent avant le talon, où vous trouvez alors le couche-point.
Ce type de montage à 360° n'est pas à proprement parlé un cousu baraquette puisque la couture petit-point s'arrête en cambrure et ne s'étend pas au talon. C'est un montage qui s'est déjà vu chez d'autres marques, en France Weston a fait quelques modèles de cette manière par exemple.

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Gros plan sur le mur de montage gravé machine. Les murs gravés machines sont devenus une exception dans l’industrie alors qu’ils étaient originellement une norme. Le montage Goodyear tel qu’il a été inventé à l’origine était toujours effectué avec un mur de montage gravé. Les murs collés ne sont apparus que plus tard dans un but de baisse des coûts après une période intermédiaire ou les murs étaient à la fois gravé et entoilé. La densité de la couture trépointe est de 3 à 4 spi, il y a plus fin mais le fil présente une bonne épaisseur et la couture est bien régulière.

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Nous nous attaquons maintenant à exposer les renforts. À l’arrière le contrefort est en salpa et présente une bonne rigidité. Le salpa est supérieur au celastic mais inférieur au cuir, qui a surtout l’avantage d’être réparable. Devant le contrefort se trouve une ailette en cuir qui court jusqu’à l’avant du soulier et qui va mourir au niveau des tête métatarsiennes du pied, soit juste au niveau du bout dur. Sur le principe, il est rare de voir des ailettes de renfort en cuir à ce niveau de prix. Certaines marques utilisent des contreforts dit longs, d’autres utilisent des ailettes en cuir ou en toile de coton mais cela se rencontre dans la très grande majorité des cas chez des marques plus haut de gamme. Pour autant ne vous y méprenez pas, il n’est pas question de faire un parallèle avec des ailettes de renfort comme vous pouvez en trouver chez Edward Green par exemple. La qualité n’est pas la même. En revanche, pour des chaussures à moins de 350€ cela témoigne d’un intérêt à bien faire les choses.

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Enfin le bout dur est en celastic. C’est la norme dans l’industrie, presque tout le monde fait la même chose puisque les bouts durs en cuir sont difficiles à industrialiser efficacement. Le celastic employé n’est pas de la meilleure qualité et mériterait d’être amélioré puisqu'en le torturant un peu il a commencé à marquer. Alors certes, dans des conditions normales d'utilisation vous n'aurez normalement pas de problème, mais un celastic de meilleure qualité résistera mieux aux affres du temps.
La pièce de cuir qui est sur le bout dur n’est là que pour servir de “fond” aux perforations du médaillon présent sur la tige.

Conclusion

Qu'il s'agisse de la Main line ou de la Founders lines il ne fait aucun doute que Bridlen est en mesure de proposer des souliers bien fabriqués à un prix compétitif. La marque suit un paradigme assez différent de beaucoup de marques Européennes qui misent énormément sur l'aspect cosmétique, et délaissent parfois le montage. À l'opposé la plus grande force de Bridlen réside dans la qualité de leur montage. L'utilisation d'un mur gravé est un choix parfaitement judicieux et bienvenu dans cette gamme de prix. Tout n'est certes pas parfait, il y a quelques détails qui peuvent être améliorés comme le celastic du bout dur ou certains détails cosmétiques liés aux finitions (déforme, roulette d'emboitage...) mais le rapport qualité/prix est très bon.

Test & Avis : les souliers Bridlen

Article mis à jour pour tenir compte de modifications que la marque compte apporter à certaines de ses gammes.

Avant-propos

Si vous n'avez jamais entendu parler de Bridlen ce n'est pas surprenant puisque nous sommes les premiers du web francophone à parler d’eux. Peut-être parce que les Lucaca, Valérien et tous les autres sont trop occupés à se palucher sur une énième marque en private label lancée façon Max Suceur. Non qu'il s'agisse de nous auto-congratuler comme beaucoup d'autres ont tendance à le faire dès qu'il s'agit de présenter une nouvelle “maison aux prix placés”, mais il s’agit simplement de souligner que ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de présenter en détail un “nouveau” fabricant.

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Les origines de Bridlen

Bridlen est un fabricant de souliers qui été co-fondé par Mr Hasan, le défunt père de l'actuel dirigeant Mohamed Affan, et Mr Watanabe. Pour ceux qui sont étrangers au monde de la chaussure, Jose Maria Watanabe est également impliqué chez Meermin en tant que directeur commercial, et a été à l'origine de l'implantation de la marque au Japon à ses origines. Il s'agit donc de quelqu'un qui ne manque pas d'expérience et surtout cela explique pourquoi Bridlen est une marque qui existe sur le marché japonais depuis 2011 avec une boutique en ligne doublée d'une activité de private labeling pour les grands distributeurs (pensez Isetan pour ceux qui connaissent) et autres fabricants de costumes japonais. Avant cela l’usine d’Hasan servait essentiellement à la fabrication de tiges pour le marché européen. Pour autant l’usine n’est ni localisée au Japon, ni en Europe, mais en Inde.

Le site internet de la marque. (Source: Bridlen)
Le site internet de la marque. (Source: Bridlen)

L'industrie Indienne du soulier

L’Inde est un pays qui prend une place de plus en plus importante dans l’industrie du soulier. Vous l’ignorez certainement, mais il est possible que vous possédiez des chaussures dont la tige a été cousue en Inde sans que cela soit mentionné nulle part. Je vais vous passer les détails légaux des règles d’importations et mentions de fabrications, mais un bon nombre de marques font piquer leurs tiges en Inde, ou encore utilisent des doublures en cuir de chèvre Indienne, tout en ayant la possibilité d’indiquer fièrement un “made in England” ou “fabriqué en France” sans que cela ne pose le moindre problème. Déjà dans les années 90 un certain nombre de marques Américaines comme Anglaises délocalisaient tout ou partie de leur production en Inde. Cette tendance n'a fait que s’accélérer au fil des années, favorisée par la rapide croissance du pays et bien évidemment par sa compétitivité salariale. Qu'il s'agisse de Loding, Loake, Herring, Grenson, Florsheim, Allen Edmonds…. Tous font fabriquer en Inde, parfois depuis très longtemps et avec un degré d’exigence variable. Car c’est là que le bât blesse, la production Indienne a souvent été très justement critiquée pour son manque de qualité.

On peut débattre pendant longtemps de la qualité des chaussures fabriquées en sous-traitance pour les marques Anglaises, Françaises, Italiennes, Américaines… Le fait est qu’elle ne m’a jamais impressionnée puisqu’elle a toujours été faite dans une optique de baisse des coûts et d’augmentation des marges. Le paradigme avec Bridlen est différent puisque leur objectif est de se faire connaître en tant que fabricant et ils sont avec quelques autres usines parmi les précurseurs de l’industrie du soulier Indien à vouloir se lancer avec leur propre marque. Si vous suivez un peu l’actualité internationale de la chaussure vous connaissez déjà Toramally, une autre marque indienne qui s’est spécialisée dans le cousu trépointe ou vous n’aurez pas manqué de remarquer que Luxire en plus de faire des chemises et pantalons se sont également lancés dans la chaussure (en faisant appel à une usine tierce pour la production). Signes que l’industrie indienne de la chaussure commence à entrer en effervescence et à se faire connaître à l’international autrement que pour sa sous-traitance.

Présentation de Bridlen et de leur offre

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de commencer à parler vraiment de ce qui nous intéresse, à savoir les souliers, nous allons rapidement présenter ce que Bridlen propose à la vente afin de mieux situer la marque sur le marché actuel. Bridlen dispose principalement de 3 gammes, la Founders line, la Main line (toutes les deux cousues Goodyear) et enfin l’Essential collection en cousu Blake et originellement réservée uniquement au marché Indien, cette gamme sera bientôt disponible au reste du monde. Il existe quelques collections intermédiaires mais qui concernent surtout des chaussures plus décontractées du type blutcher ou loafers non doublées. Nous allons donc seulement nous intéresser à la Main line et à la Founders line. Toutes les chaussures sont fabriquées à la commande, il s’agit donc d’un système de made to order (MTO). Notez également que toutes les chaussures sont livrées avec un chausse-pied en bois, des lacets supplémentaires, et deux pochons de rangement.

La Main line, compose comme son nom l’indique la colonne vertébrale de la marque avec une gamme construite autour de 30 modèles, (richelieu, derby, wholecut, mocassin…) montés sur 6 formes différentes. Tous les modèles sont en cousu Goodyear sous gravure, le mur de montage est gravé machine, les contreforts en salpa, le bloc talon en cuir et vous avez le choix entre une semelle cuir Argentin ou une semelle caoutchouc. Le cuir Argentin des semelles et de la première de montage sera très bientôt remplacé par un cuir Italien à tannage extra lent. Les prix vont de 208€ à 265€ TVA et frais de ports inclus. Une paire de la Main line sera démontée par nos soins dans un prochain article. Nous présenterons la chaussure plus en détail à ce moment-là.

La paire provenant de la Main line qui va faire l'objet du démontage. (Source: Sartorialisme)
La paire provenant de la Main line qui va faire l'objet du démontage. (Source: Sartorialisme)

La Founders line comme son nom le laisse supposer a été conçue en hommage au fondateur de la marque, il s’agit de la collection avec le cahier des charges le plus exigeant, et la marque entend continuer de le faire évoluer dans ce sens. Pour l’instant vous avez un cousu Goodyear sous gravure, un mur de montage gravé machine, un bloc talon en cuir, une semelle Rendenbach et une sélection de cuirs spécifiques à cette gamme. À l’heure actuelle la Founders line s’articule autour de 3 modèles, une austerity, une adélaïde et une wholecut et un prix de 282€ TVA et frais de ports inclus. Vous avez la possibilité de faire poser un fer encastré de type Lulu ou Triumph sur simple demande.

Maintenant que vous en savez un peu plus sur Bridlen et sur ce qu’ils font nous allons nous pencher sur l’austerity brogue qui nous a été envoyée. Bridlen a eu la gentillesse de nous envoyer des photos de la paire pendant sa fabrication. Les autres photos ont été effectuées par mes soins.

L'austerity brogue de notre test, il s'agit d'un modèle de la Founders line. (Source: Sartorialisme)
L'austerity brogue de notre test, il s'agit d'un modèle de la Founders line. (Source: Sartorialisme)

Le style

Nous n’allons pas aborder plus que cela les questions de style. Les blogs adorent en faire des tonnes là dessus car ils n’ont rien d’autre à dire, personnellement ça m’ennuie au plus haut point. Surtout que dans le cadre d’une production industrielle qui doit plaire au plus grand nombre, vous n’allez pas avoir une cambrure extrêmement pincée, vous n’allez pas avoir des proportions exagérées, ou un patron ultra révolutionnaire. Vous êtes donc en présence d’une paire de Richelieu noire sur un patron de type austerity brogue avec un bout carré assez marqué. Il n’y a pas besoin de partir dans un élan de lyrisme con pour expliquer cela. Le modèle est à mon sens bien proportionné et plutôt racé pour de la chaussure industrielle, il évite l’écueil d’être lourd ou pataud. La finesse du piquage est très appréciable, mais nous allons revenir là dessus plus tard.

Les proportions sont bonnes. La lisse a été fraisée, la roulette PP gagnerait à être plus marquée mais à ce prix c'est du chipotage. Les plis sur la claque sont des plis d'aisance. (Source: Sartorialisme)
Les proportions sont bonnes. La lisse a été fraisée, la roulette PP gagnerait à être plus marquée mais à ce prix c'est du chipotage. Les plis sur la claque sont des plis d'aisance. (Source: Sartorialisme)

La forme

Tous les modèles de la Founders line sont basés sur la forme “Deus”. Il s’agit de la forme la plus récente lancée par la marque, elle se distingue par son bout carré. Elle est décrite comme étant généreuse et adaptée pour les pieds large, néanmoins je vous invite à prendre cette information avec des pincettes. Elle n’est pas nécessairement fausse, mais c’est simplement une information relative. Si vous avez lu notre article “Comment choisir un soulier : chaussant, forme et taille.” vous savez que les marques basent leurs standards sur les caractéristiques morphologiques dominantes du marché qu’elles souhaitent investir. Dans le cas de Bridlen il s’est agi pendant de nombreuses années du Japon et au cas où vous l’ignoriez les Japonais n’ont pas les mêmes pieds que les Européens. Ce qui est large pour eux a tendance à être plus standard en Europe.

En dehors d'une légère compression au niveau du cou de pied la forme me convient bien (Source: Sartorialisme)
En dehors d'une légère compression au niveau du cou de pied la forme me convient bien (Source: Sartorialisme)

J’ai le pied fin et j’ai toujours été très à l’aise dans les formes considérées comme étroites du marché Européen. En se basant sur mes préférences et sur leur expérience Bridlen m’a conseillé de partir sur une taille 6 uk. Avec le recul une taille 6,5 uk aurait été légèrement plus adaptée, notamment au niveau du cou de pied où je suis un peu comprimé. Pour l’anecdote, sachez que les Japonais ont en règle générale un cou de pied peu prononcé, ce qui explique probablement en partie cela. Après deux semaines le soulier à commencer à se faire à mon pied et est beaucoup plus confortable. Néanmoins les garants restent toujours un peu plus ouverts que ce que j’ai tendance à préférer sur un richelieu. À titre de comparaison la marque m’a recommandé de prendre un 6,5uk pour leur modèle provenant de la Main line et basé sur leur forme “Zip“ et j’ai été immédiatement à l’aise dedans. Sachez enfin que si vous passer commande d’une paire de chaussures et que la taille ne vous convient pas, Bridlen procédera à un échange sans surcoût, ce qui devrait palier à l’absence de magasin physique sur le territoire Européen.

Les garants sont légèrement ouverts à cause de mon cou de pied un peu trop prononcé pour cette taille 6 uk. (Source: Sartorialisme)
Les garants sont légèrement ouverts à cause de mon cou de pied un peu trop prononcé pour cette taille 6 uk. (Source: Sartorialisme)

Le cuir

Si vous avez lu notre article “Qu’est-ce qu’un soulier de qualité” vous savez à quel point c’est un sujet exaspérant à aborder à cause de l’excès de communication fait sur le sujet par toutes les marques qui mentent purement et simplement, galvaudent leur produit ou font du name dropping de tanneries sans avoir de quoi elles parlent. Pour la Founders line Bridlen sourcent pour l’instant leurs cuirs chez Annonay, du Puys et Weinheimer. Des tanneries qui sont donc connues, sans que Bridlen affirme pour autant “avoir le meilleur cuir du monde” car la qualité dépend du grade de la peau choisie et pas du nom de la tannerie. Quand cela est possible Bridlen essayent de sourcer uniquement des cuirs de catégorie A et B, mais quand cela n’est pas possible la marque reconnaît ouvertement bien souvent devoir sourcer des lots de catégorie A/B/C avec une répartition de l’ordre des 30 %/40 %/30 %. Encore une fois cela n’est pas du tout un problème, et cela ne devrait pas vous étonner, c’est la façon dont l’industrie du cuir fonctionne. Toutes les marques qui sont dans le segment de l’entrée et du milieu de gamme font exactement la même chose, à commencer par celles qui sont en private label. Celles qui disent le contraire mentent. N’espérez donc pas des paires immaculées, ce n’est pas la promesse qui est faite ici et de toute façon cela n’existe virtuellement pas en dehors du très haut de gamme.

La tige de ma paire avant le montage. Le cuir est propre et n'a pas encore reçu la moindre couche de finition. (Source: Bridlen)
La tige de ma paire avant le montage. Le cuir est propre et n'a pas encore reçu la moindre couche de finition. (Source: Bridlen)

J’ai volontairement choisi un cuir provenant de Weinheimer Leder pour ma paire car dans cette gamme de prix Weinheimer est légèrement supérieur à du Puy et surtout à Annonay. C’est du moins mon expérience pour avoir pas mal travaillé avec des lots provenant de ces tanneries. Cela ne veut pas dire que les paires fabriquées dans le cuir provenant d’Annonay sont toutes percluses de défauts, où que celles faites avec du cuir Weinheimer sont immaculées, juste que vous avez théoriquement une légère chance d’avoir un cuir un peu plus propre. C'est également un cuir que je trouve personnellement très confortable, assez souple et légèrement plus “gras” au toucher que ceux d'Annonay par exemple.

Le clicking

Bridlen travaille uniquement en MTO et par conséquent la marque fabrique des paires de chaussures et non des lots pied droit / pied gauche. Pour ceux qui l’ignorent les usines de prêt à porter dans l’entrée ou le milieu de gamme font fabriquer des pieds droits et des pieds gauches en séries pour ensuite les assembler en paires, ce qui engendre parfois des différences non négligeables dans l’aspect du cuir d’un pied à l’autre. Un bel exemple de cela est visible dans notre article “Meermin : des chaussures de qualité à moins de 200€ ?”.
À l’inverse la façon dont Bridlen procède permet d’assurer une certaine homogénéité dans l’aspect des chaussures. Cela ne veut pas dire que votre paire va provenir d’une seule et même peau, mais les ouvriers chargés de lever les peaux vont essayer de s’assurer que le grain et la couleur sont constants et ne présentent pas de différences majeures. Les coupeurs évitent systématiquement le cou et le ventre de la peau, et quand c’est possible ils vont utiliser les peaux de catégorie A pour les parties les plus visibles de la chaussure, les peaux de catégories B pour les parties moins visibles alors que les peaux de catégories C sont en générale réservées à la doublure, la languette et la baguette. Sur ma paire le clicking a été fait de façon intelligente, il y a bien quelques veines qui sont visibles mais elles sont placées à des endroits peu gênants. De même par endroit le cuir frisote légèrement mais c’est une fois de plus à des endroits qui ne sont pas très visibles.

Le cuir de cette paire est propre et comporte très peu de défauts. Les coupeurs ont bien fait leur travail, on voit par exemple une zone qui frisote au niveau du contrefort, un endroit peu visible. (Source: Sartorialisme)
Le cuir de cette paire est propre et comporte très peu de défauts. Les coupeurs ont bien fait leur travail, on voit par exemple une zone qui frisote au niveau du contrefort, un endroit peu visible. (Source: Sartorialisme)

Le piquage de la tige

Le piquage de la tige est très propre. La marque fait des coutures très serrées avec une densité qui varie entre 18 et 20 stitches per inch (SPI). Pour donner une idée Carlos Santos, Sendra et Carmina ont en général une densité qui varie entre 11 et 14 SPI ce qui est déjà plutôt dans la moyenne correcte et on parle de chaussures qui ne sont pas dans la même gamme de prix. Le fait que l’usine ait commencé par surtout faire du piquage de tige pour le marché Européen se voit. Le point d'arrêt qui vient renforcer la solidité des garants est cousu main, c’est un détail qui n’est pas en soi déterminant mais certains font passer ça pour un raffinement alors autant le mentionner.

Le travail de piquage est vraiment très propre pour une chaussure à moins de 300€ (Source: Sartorialisme)
Le travail de piquage est vraiment très propre pour une chaussure à moins de 300€ (Source: Sartorialisme)

Le montage

Bridlen s’est spécialisé dans le Goodyear “à l’ancienne” avec un mur de montage gravé machine et une couture à 360°. La différence avec un montage Goodyear à 270° se trouve au niveau du talon. Il n’y a pas de couche point, le mur de montage fait intégralement le tour de la première de montage. Trouver un mur de montage gravé sur une paire de chaussures à moins de 300€ est rare. C’est même une exception tant les murs collés sont devenus légions. En France Weston offre des murs gravés, l’usine de Malinge en produit également. Il y a d’autres marques à travers le monde qui en proposent mais Bridlen n’ont pas une concurrence très rude dans ce domaine, surtout à ce prix.
La première de montage est en cuir (encore une fois certains utilisent du salpa quand il ne s’agit pas de pire…) et dispose d’une belle épaisseur, cela est nécessaire puisque le mur est directement gravé dedans. Il n’est pas question de faire le parallèle avec un mur gravé à la main comme le blog des toujours polis peut le faire, ce n’est pas la même chose.

Le mur gravé machine sur la première de montage. Une technique qui a largement ma préférence par rapport aux murs collés. (Source: Bridlen).
Le mur gravé machine sur la première de montage. Une technique qui a largement ma préférence par rapport aux murs collés. (Source: Bridlen).
La première de montage avant qu'elle ne soit recouverte par de la pâte de liège. L’épaisseur de la couche de liège sera moindre que sur une paire avec un mur collé. Le mur gravé machine ayant une hauteur moins importante, il n'est pas nécessaire d'employer autant de liège. (Source:Bridlen)
La première de montage avant qu'elle ne soit recouverte par de la pâte de liège. L’épaisseur de la couche de liège sera moindre que sur une paire avec un mur collé. Le mur gravé machine ayant une hauteur moins importante, il n'est pas nécessaire d'employer autant de liège. (Source:Bridlen)

La couture petit point a une densité qui oscille entre 8 et 9 SPI, ce qui comparable à ce que font là encore Carlos Santos, Carmina, Sendra et beaucoup d’autres. La couture est plutôt régulière et ne se balade pas sur toute la largeur de la trépointe mais gardez à l’esprit que cela dépend bien souvent de la dextérité de l’ouvrier qui utilise la machine. Le montage est effectué sous gravure, à mon sens la gravure manque un peu de profondeur, c’est quelque chose que l’on rencontre assez souvent, chez beaucoup de marques et ce n’est pas vraiment problématique. Surtout si vous faites poser un patin.

La semelle en cuir Rendenbach. La gravure manque un peu de profondeur mais c'est un détail. Le talon est du type cuir coin caoutchouc et est très bien monté. (Source: Sartorialisme)
La semelle en cuir Rendenbach. La gravure manque un peu de profondeur mais c'est un détail. Le talon est du type cuir coin caoutchouc et est très bien monté. (Source: Sartorialisme)

Les renforts

En ce qui concerne les contreforts ils sont en salpa, généralement les marques dans cette gamme de prix utilisent du celastic. Le salpa est en tout point supérieur au celastic et va avoir pour avantage de se former un minimum au talon du porteur.
Le bout dur est en célastic, ce qui est la norme en prêt-à-porter. La marque a pour projet de passer au cuir pour les contreforts et le bout dur sur la Founders line mais elle ne sait pas encore quand cela sera possible. Le cambrion est en acier et est protégé par une couche de cuir. Généralement les marques utilisent du salpa mais ce n'est pas le cas ici ce qui est un très bon point. Et enfin, la marque utilise des ailettes de renfort en cuir, ce qui est excessivement rare. Normalement les renforts de tige sont bien souvent en tissu, le cuir ne se rencontre que très rarement et cela même sur des chaussures de haut de gamme.

Les ailettes de renfort en cuir, il s'agit d'un modèle différent du mien mais tous en sont pourvus. (Source: Bridlen)
Les ailettes de renfort en cuir, il s'agit d'un modèle différent du mien mais tous en sont pourvus. (Source: Bridlen)

Conclusion

Bridlen proposent avec ses Main et Founders line des chaussures extrêmement compétitives, cela ne fait aucun doute. Le montage est très propre et l’utilisation d’un mur gravé est un excellent choix. Leur objectif avec la Founders line est de continuer à apporter des améliorations, que cela soit dans le choix des matériaux comme dans les méthodes de fabrication avec l’introduction de plusieurs étapes effectuées à la main, si la promesse est tenue c’est une démarche très intéressante et prometteuse. Bridlen ne cache pas avoir encore beaucoup à apprendre et se montre extrêmement humble de ce point de vue, ce qui est toujours une bonne chose. Dans nos échanges avec eux les représentants de la marque ont constamment mentionner être conscient de ce qu’ils peuvent améliorer et demandaient activement notre opinion sur les chaussures. Ils étaient d’ailleurs très réceptifs à l’idée de faire un démontage. Cela change beaucoup de l’arrogance des private labels qui sortent tout juste d’école de commerce et qui prétendent être les meilleurs du monde. Ici ce n’est pas le cas, la marque reconnaît volontiers qu’elle peut progresser sur certains points, mais elle doit composer avec les défauts de ses qualités. En effet l’Inde est encore en plein développement et il est parfois difficile de trouver les bonnes machines ou le personnel compétent pour les utiliser. Globalement le produit est déjà très bon, si la marque parvient à accomplir ses objectifs et à fournir un produit de qualité constante, il y a fort à parier qu’il faudra compter sur eux dans les années à venir.

Le site de la marque : https://bridlen.com/
Leur instagram : @bridlenshoes

Le guide de la seconde main partie 1 : ce qu’il faut savoir avant de se lancer

Avant-propos

Vous êtes désargenté mais vous voulez être sapé comme un roi, n’ayez pas peur cet état de fait n’est pas une fatalité. Il existe plein de gens désargentés qui ont une grosse garde-robe. Le fondateur d’un blog très connu est en faillite personnelle et donc (théoriquement) sans le sou, ça ne l’empêche pas d’être habillé comme un oligarque de mauvais goût. En réalité, ça ne l’a même pas empêché d’acheter une maison ancienne avec ses dépendances pour une petite centaine de millier d’euros. Il a même ensuite trouvé le moyen de rénover le tout, piano de cuisson Lacanche Cluny à 10k€ compris. Imaginez les longues heures de labeur qu’il a fallu accomplir chaque weekend pour en arriver là, en costume Chiffon Nelly bien évidemment. Comme quoi, tout est possible dans la vie. Malheureusement si contrairement à lui vous n’êtes pas doués des mêmes capacités en matière…. d’optimisation, il va falloir user de patience et faire preuve d’ingéniosité. Cette série d’articles va avoir pour but de vous aider à naviguer le marché de l’occasion.
Il existe plusieurs profils d’acheteurs de seconde main, il y a ceux qui sont attirés par les prix bas, ceux qui cherchent des pièces anciennes ou de prestige, ceux qui ne peuvent pas faire autrement et ainsi de suite. Sans que cette série d’articles ne s’adresse à un public en particulier, la seconde main va surtout être traitée sous l’angle de la chasse à la bonne affaire. Le collectionneur de pièces anciennes ou de prestige sait déjà où trouver l’objet de ses addictions.

Quelques principes de base

Si vous comptez vous investir dans le marché de la seconde main il est important de comprendre certaines choses avant d’espérer trouver quoique ce soit d’intéressant.

Une activité chronophage

Tout d’abord chiner demande du temps libre, beaucoup de temps libre même. Surtout au début. Il va falloir déterminer quels sont les endroits physiques ou virtuels que vous préférez pour chiner, connaître parfaitement vos mensurations etc etc… Heureusement l’investissement en temps est dégressif, au début il va falloir passer beaucoup de temps pour acquérir des connaissances. Car moins vous êtes expérimenté, plus il est facile de vous baiser. Vous ne savez pas faire la différence entre une mainline, une ligne outlet, une licence ? Vous êtes incapable de différencier le cordovan du box calf ? Vous allez vous faire enfler, parfois profondément. Plus le nom est prestigieux plus les risques sont grands. Pour se lancer dans la jungle qu’est la seconde main il faut savoir un peu de tout dans beaucoup de domaines, plus vos connaissances sont larges plus vous avez la possibilité de faire des bonnes affaires. Dans un prochain article nous vous donnerons quelques pistes à suivre pour vous aider dans l’identification des vêtements. Vous devez constamment faire des recherches afin de savoir ce que vous achetez, mais une fois que vous avez acquis suffisamment de connaissance, la majorité du temps sera passée à chercher des bonnes affaires plutôt qu’à chercher des informations.

Tout est atroce, mais là n’est pas la question. Dans cette photo vous avez tout, ligne de diffusion, mainline, licence…. À vous de faire le tri. (Source: Ebay)
Tout est atroce, mais là n’est pas la question. Dans cette photo vous avez tout, ligne de diffusion, mainline, licence…. À vous de faire le tri. (Source: Ebay)
Un costume Smalto pas cher? (Source: Ebay)
Un costume Smalto pas cher? (Source: Ebay)
Raté, il s’agit de la ligne de diffusion Smaltoby d’une qualité plus que médiocre. (Source: Ebay)
Raté, il s’agit de la ligne de diffusion Smaltoby d’une qualité plus que médiocre. (Source: Ebay)

Si vous ne voulez pas investir autant de temps dans la recherche d’information, il est bien évidemment possible de vous cantonner aux sites spécialisés ou revendeurs “professionnels”. Il en existe des centaines sur Ebay, Vinted… mais cela comporte certains désavantages. Nous allons revenir là-dessus dans un instant.

Aller à son rythme

Les prix bas peuvent facilement faire tourner la tête et on fait rapidement des erreurs. Les erreurs sont inévitables et bien souvent nécessaires afin d’apprendre. Elles forment votre parcours, votre œil et vos goûts dans un sens il est préférable de se tromper sur des pièces d’occasion pas chères plutôt que sur des produits neufs et plus onéreux. Selon votre approche, vous allez avoir tendance à être plus conservateur ou au contraire à être un acheteur compulsif. Si vous avez la place et les moyens pour le faire, c’est une façon comme une autre de vous former. Gardez néanmoins à l’esprit qu’avec le temps vous allez trouver plus facilement des bonnes affaires et qu’elles risquent dès lors de s’entasser dans votre garde-robe. D'un autre coté, plus vite vous allez apprendre et plus vite vous allez être en mesure de cibler des pièces qui vous conviennent.

Connaitre sa taille

Encore un autre point qui peut paraître évident, mais qui est en fait crucial. En fonction de votre morphologie il va être plus ou moins facile de trouver des vêtements de seconde main. Tous les physiques hors de la “norme” vont être plus difficile à satisfaire, c’est une évidence. Il ne faut pas non plus oublier que le service après-vente dans le monde de la seconde main est très différent de ce qui se fait dans le neuf. Bien souvent il est impossible de procéder à un retour ou d’obtenir un remboursement. La seule façon de vous débarrasser d’une pièce qui ne vous convient pas sera soit de la revendre soit de la jeter/en faire don. Il est donc important de connaître vos mensurations, mais également de connaître le fit des marques qui vous intéressent le plus. Mesurez scrupuleusement toutes les pièces qui vous vont le mieux, garder ces mesures dans un carnet ou je ne sais quoi. Veillez à archiver vos mesures en tenant compte des caractéristiques des vêtements. Très concrètement vous ne voulez pas avoir des notes du genre “longueur de pantalon : XX” mais “pantalon taille haute double pinces françaises avec une fourche basse = longueur XX”. Il faut toujours comparer ce qui est comparable. Cela vous donnera un point de référence qui sera très utile. Une fois que vous recevez un nouveau vêtement, mesurez-le également et ajouter ces mesures à votre liste. Avec le temps vous allez pouvoir bâtir une base de donnée qui vous facilitera la vie. Nous allons aborder la question des retouches dans la seconde partie de ce guide.

Certains sites spécialisés possèdent leur propre guide pour les mesures. Pratique mais parfois trompeur. (Source: Savvyrow)
Certains sites spécialisés possèdent leur propre guide pour les mesures. Pratique mais parfois trompeur. (Source: Savvyrow)

Maintenant que vous avez ces principes en tête nous pouvons aborder la question centrale des lieux de débauche qu’il va vous falloir fréquenter.

Connaissez les bonnes adresses et allez là où les autres ne vont pas

Les magasins et commerces physiques

Il existe un certain nombre de friperies un peu partout en France (et en Europe), mais ne négligez pas non plus les œuvres de bienfaisance (Saint Vincent de Paul, Emmaüs...), et autres brocantes. Ils peuvent être une mine d'or pour trouver des vêtements ou des accessoires de qualité, parfois à des prix absolument imbattables. Si vous êtes patient et minutieux, vous pouvez trouver de tout. C’est l’avantage mais aussi l’inconvénient majeur de beaucoup de ces endroits, la perle rare est bien souvent noyée au milieu d’un tas d’immondices et il vous faudra beaucoup de patience. Il n’y a pas de secret, pour avoir la moindre chance de trouver quelque chose d’un peu intéressant vous devez être habitué à fureter. Les chances de repartir avec quelque chose qui vous va, qui est en bon état et au bon prix lors d'une seule visite sont extrêmement faibles pour ne pas dire inexistantes. Il faut bien souvent plusieurs visites régulières et un esprit d’initiative pour commencer à se constituer une garde-robe uniquement à partir des commerces physiques. Par exemple il est parfois préférable de passer tous les jours pour 5 minutes, qu’une fois par semaine pour une demi-heure, mais c’est à vous de vous adapter en fonction de vos objectifs.

282 Portobello une fripperie très célèbre à Londres. (Source: the500hiddensecrets)
282 Portobello une fripperie très célèbre à Londres. (Source: the500hiddensecrets)
La friperie de Salaise-sur-Sanne, une surface de 750m2 à naviguer. Imaginez l’enfer si vous ne savez pas faire la différence entre une couture main et une couture machine. (Source: Radiofrance)
La friperie de Salaise-sur-Sanne, une surface de 750m2 à naviguer. Imaginez l’enfer si vous ne savez pas faire la différence entre une couture main et une couture machine. (Source: Radiofrance)

L’autre problème des commerces physiques est également lié à leur nature… physique. Ces commerces sont ancrés dans une location, et ce que vous trouvez est plus ou moins fortement lié à la démographie environnante. Plus vous êtes dans une région dense et plus vous avez des chances de trouver ce que vous cherchez. Malheureusement comme le Français moyen se plouquifie à un rythme effarant vos chances ne vont pas être les mêmes si vous habitez Paris, Grignoble ou Aurillac… C’est pourquoi en fonction de votre situation il peut être bénéfique de ne pas perdre trop de temps dans le seul Emmaüs miteux de votre cambrousse, vous n’allez rien y trouver. La solution passe donc évidemment par la vente en ligne.

L’internet

Les sites généralistes et sites dédiés au vêtement

Vous en connaissez au moins trois, Ebay, Vinted et Leboncoin. Mais pourquoi se limiter aux sites les plus connus ? Il existe une offre pléthorique de sites de seconde main à travers le monde. Citons par exemple Poshmark, Videdressing, Mercari, Grailed, Vestiaire Collective, Therealreal…
Tous n’offrent pas les mêmes services, ne fonctionnement pas de la même manière et surtout ne sont pas intéressants à visiter quotidiennement. C’est à vous d’adapter votre routine en fonction de ce que vous cherchez et de votre degré d’investissement. Il peut exister des barrières à acheter sur des sites étrangers, la langue est le premier mais parfois il existe des restrictions sur les livraisons ou bien même sur la création d’un compte. Pour autant cela ne doit pas vous empêcher d’aller découvrir ces sites. Utilisez tous les outils à votre disposition, il existe des traducteurs en ligne si la langue vous pose problème. Il existe également des sociétés de reshipping qui vous donnent une adresse de livraison dans le pays d’achat et se chargent ensuite de vous faire parvenir le colis. Il n’a jamais été aussi simple d’acheter à l’étranger.

Poshmark est un site peu connu en France, mais il est possible d'y faire de bonnes affaires. (Source: poshmark)
Poshmark est un site peu connu en France, mais il est possible d'y faire de bonnes affaires. (Source: poshmark)
Le genre de choses que l’on peut trouver sur les sites moins populaires. Le prix est très en dessous de ce qu'on trouve habituellement pour la marque. (Source: Mercari)
Le genre de choses que l’on peut trouver sur les sites moins populaires. Le prix est très en dessous de ce qu'on trouve habituellement pour la marque. (Source: Mercari)
Vendeurs pros ou spécialisés dans le sartorial, amis ou ennemis ?

La seconde main s’est rapidement professionnalisée et il existe maintenant des gens dont c’est le métier de vendre sur Ebay, Vinted…. il s’est même développé une offre de sites spécialisés dans la seconde main dite sartoriale. Tous ceux qui achètent sur le marché de l’occasion le savent, c’est une activité extrêmement chronophage et c’est justement là qu’interviennent ces sites et boutiques en ligne, ils vous font gagner du temps.

Pour ce qui concerne les vendeurs professionnels, il faut savoir que plus le revendeur a professionnalisé son activité, plus il est fourbe. Il proposera bien souvent des pièces intéressantes, mais au prix fort. L’un des plus gros revendeurs d’Ebay passe 70h par semaine pour alimenter sa boutique et ça depuis la fin des années 90, son succès est tel qu’il roule en Ferrari. N’espérez pas faire une bonne affaire chez lui. Il est un intermédiaire entre vous et l’objet et est donc en trop. En contrepartie il propose une sélection de pièces (très) intéressantes, qui ont déjà été triées, mesurées inventoriées parfois même nettoyées voire restaurées. Vous économisez donc énormément de temps, mais vous en payez le prix. Tout est donc une question de priorité et de moyens. À l’inverse, vous imaginez bien que plus le vendeur est ignorant, moins le prix va être cher. Une veuve qui se débarrasse de la garde-robe de son mari va rarement avoir l’envie ou la motivation (à moins que son veuvage ait été disons… planifié) pour se renseigner sur la valeur de chaque pièce, surtout qu’elle a toujours entendue de la bouche de son défunt mari que “ce n’était pas cher”. En revanche elle aura également moins la motivation pour prendre des photos représentatives ou mesurer les vêtements. La majorité des vendeurs occasionnels ne vont pas prendre la peine de vous fournir des informations intéressantes, et il faudra bien souvent les contacter pour essayer d’obtenir des photos supplémentaires ou des mesures précises, ce qui peut être difficile.

Pour les sites spécialisés dans le sartorial, le constat est le même. En règle générale ces sites sont à éviter si vous êtes à la recherche des prix les plus bas possibles. D’une part ils sont un intermédiaire et il faut donc leur graisser la patte, alors que le service qu’ils offrent se limite bien souvent à l’établissement d’une plateforme en ligne. D’autre part ils vous mettent en relation directe avec votre ennemi fatal, le revendeur (professionnels ou non) de vêtements “sartoriaux”. Contrairement à notre chère veuve ou aux enfants qui héritent d’une garde-robe qu’ils vont juger ringarde, le propriétaire de vêtements sartoriaux connaît la valeur de ce qu’il possède. Du moins, il croit la connaître, car bien souvent beaucoup de ces gens surestiment très largement la valeur de leurs pièces. Surtout quand il s’agit d’une marque avec des fanboys très con comme Alden ou Arnys. Les prix de ces pièces en seconde main sont absolument ridicules comparé à la qualité intrinsèque de l’objet. La mise en relation de l’offre et de la demande est donc un concept intéressant, mais même sans les fanboys elle conduit à une augmentation des prix, et le gain de temps que vous effectuez est en fait relativement marginal. Si vous avez un système un peu rodé, que vous savez où chercher et que vous savez ce que vous voulez, ces sites ne présentent que très peu d’intérêt. En revanche si vous êtes un débutant complet ce genre de site permet de connaitre le nom des marques qui peuvent être intéressantes et qui ne sont pas forcément représentée ailleurs. Vous trouverez beaucoup plus de pièces de niche à un seul endroit, immédiatement cataloguées et généralement bien présentées. C’est encore une fois à vous de vous organiser en fonction de vos préférences.

Le site officiel de Vass avec une paire en solde à 374€ pour clients hors UE. (Source: Vass)
Le site officiel de Vass avec une paire en solde à 374€ pour clients hors UE. (Source: Vass)
Exactement la même paire neuve mais en vente sur un site US dédié à la chaussure qui mélange seconde main et produits neufs. Si vous achetez là plutôt que chez Vass, vous allez le regretter.
Exactement la même paire neuve mais en vente sur un site US dédié à la chaussure qui mélange seconde main et produits neufs. Si vous achetez là plutôt que chez Vass, vous allez le regretter.

Voici maintenant une comparaison entre 3 sites pour la même recherche. L'un est généraliste, les deux autres sont spécialisés.

La recherche "Meermin" sur un site de seconde main spécialisé. Le prix est plus haut et la sélection moindre. (Source: Vulpilist)
La recherche "Meermin" sur un site de seconde main spécialisé. Le prix est plus haut et la sélection moindre. (Source: Vulpilist)
Un second site spécialisé (le même qui avait les Vass trop chères) mais Américain. Là aussi les prix sont élevés et la sélection moindre.
Un second site spécialisé (le même qui avait les Vass trop chères) mais Américain. Là aussi les prix sont élevés et la sélection moindre.
Enfin le site international d'Ebay, la sélection est plus large et les prix commencent à un niveau inférieur. (Source: Ebay)
Enfin le site international d'Ebay, la sélection est plus large et les prix commencent à un niveau inférieur. (Source: Ebay)

L’exemple ci-dessus illustre plusieurs choses.
Tout d'abord, les sites généralistes peuvent parfois être “meilleurs” pour les marques très répandues. Alors, j’en vois déjà dire “oui mais les frais postaux depuis les États-Unis ect etc”. Certes, mais même en payant $50 pour rapatrier votre colis si la paire de base ne coûte que $30 vous êtes toujours gagnant par rapport à une paire vendue 100€ en France. Surtout si vous prenez en compte le taux de change. L'inverse est aussi vrai, si vous cherchez un costume Camps de Luca, Vinted ou Ebay sont des options valables, mais vous avez plus de chance de trouver rapidement sur un site spécialisé.
Ensuite, cela ne veut pas dire que vous deviez ignorer les sites spécialisés, loin de là, simplement qu’il ne faut pas hésiter à visiter plusieurs plateformes pour avoir une idée des prix pratiqués. Chaque plateforme est son propre microcosme et donc son propre marché avec une offre et une demande spécifique et des règles propres. Par exemple sur Vulpilist l’acheteur paye une commission de 15% alors qu’en général la majorité des autres sites le vendeur paye la commission. Sur Vestiaire collective il y a un service d’authentification qui existe et permet de limiter la présence de contrefaçons, alors que sur Ebay les contrefaçons sont courantes.
Enfin cet exemple illustre également une dernière chose, la quantité d'objets en vente est bien souvent proportionnelle à la popularité du site. Plus le site est populaire, plus il y a de choix, c'est une évidence, mais il est bon de la rappeler.

Les risques inhérents à l’occasion

Pour clore cette première partie nous allons aborder rapidement les risques auxquels vous vous exposez en achetant de la seconde main. Le plus commun est évidement le cas du vendeur malhonnête, renseignez-vous au mieux sur le profil du vendeur, vérifier les avis laissés par ces précédents clients s’il y en a. Parcourez ses autres ventes, vérifiez la provenance des images de l’annonce… Il y a ensuite le risque des contrefaçons, c’est un problème très répandu et peu de marques sont épargnées. Il y a des contrefaçons Drake’s, E.Marinella… donc même les marques un peu “de niche” sont touchées, mais les marques les plus connues sont bien évidemment plus souvent concernée par ce problème. Là encore vos connaissances sont la meilleure façon d’éviter les problèmes, il existe maintenant plein de sites qui permettent de vérifier l’authenticité d’un objet. Enfin il y a le risque des mites, ayez des sacs de lavande dans votre penderie, aérez vos vêtements régulièrement, utilisez un pressing si vous pensez que cela est nécessaire. Attention, beaucoup de pressing sont tenus par des gros cons qui ne savent pas faire leur métier et ils flinguent très régulièrement des vêtements. Vous avez été prévenu.

Un lot de cravates E.Marinella contrefaites. (Source: corrierefiorentino)
Un lot de cravates E.Marinella contrefaites. (Source: corrierefiorentino)
Les mites, l’enfer que vous voulez impérativement éviter. (Source: Adobestock)
Les mites, l’enfer que vous voulez impérativement éviter. (Source: Adobestock)

Et en guise de bonus, une petite arnaque Ebay de derrière les fagots. Si vous ne voyez pas immédiatement le problème, ne vous lancez pas dans la seconde main.

Une paire de Corthay? (Source: Ebay)
Une paire de Corthay? (Source: Ebay)
Ou une paire d'Aubercy? (Source: Ebay)
Ou une paire d'Aubercy? (Source: Ebay)

Oui ces deux annonces existent sur le site de façon simultanée, oui il s'agit de la même paire de chaussures et du même vendeur. Non, ce ne sont ni des Corthay, ni des Aubercy.