Anatomie de la cravate

Avant-propos

Cet article n’a pas pour vocation d’être une anthologie de la cravate, mais plutôt une réflexion sur l’objet, ses qualités et sa fabrication. Il ne va pas s’agir de débattre de l’utilité ou non de la cravate ou de sa place dans le vestiaire masculin, je laisse ça aux branlettes en cercle de forums.

Rapide histoire de l’objet.

La cravate est un accessoire moderne puisqu’elle apparaît, sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, au début du 20ème siècle. En effet, le premier dépôt de brevet d’une cravate moderne similaire à ce qui se fait aujourd’hui remonte à 1922 et a été fait par l’américain Jesse Langsdorf. Notez que Langsdorf ne prétend pas avoir inventé la cravate, il a simplement amélioré ce qui existait déjà. Dans les pays anglo-saxons les hommes portaient souvent le four-in-hand qui était déjà une forme de cravate et qui aujourd’hui fait surtout référence à un type de nœud. De la même façon en France la régate était déjà un accessoire proche de la cravate actuelle. Le brevet de Langsdorf vise surtout à améliorer la durabilité et la tenue des four-in-hand en faisant en sorte que la souplesse de la triplure soit en adéquation avec celle de l’enveloppe. Il suggère pour cela l’utilisation de matériaux appropriés et coupés “on the bias” autrement dit, à un angle de 45°. Vous en savez maintenant assez pour briller dans les dîners mondains de la capitale, vous pouvez glisser cette anecdote au détour d’une discussion sur votre prochaine faillite frauduleuse ou entre deux petits fours. Ça impressionnera bien Karen cette riche américaine récemment divorcée d’un avocat devenu impuissant.

Schéma explicatif déposé par Jesse Langsdorf pour son brevet. (Source: Google patents)
Schéma explicatif déposé par Jesse Langsdorf pour son brevet. (Source: Google patents)
Une photo datant de 1890 illustrant le "four-in-hand". La différence avec la cravate moderne tient surtout dans le processus de fabrication.  (Source: photosmadeperfect)
Une photo datant de 1890 illustrant le "four-in-hand". La différence avec la cravate moderne tient surtout dans le processus de fabrication. (Source: photosmadeperfect)
Une page provenant d'un catalogue du magasin B. Altman & Company illustrant au milieu les nouveaux "four-in-hand". (Source: Harvard Library)
Une page provenant d'un catalogue du magasin B. Altman & Company illustrant au milieu les nouveaux "four-in-hand". (Source: Harvard Library)

Les critères de qualité, entre magie noire et science textile.

Contrairement à un soulier, probablement l'un des éléments les plus complexes du vestiaire masculin ou à une veste, il est très facile de décortiquer une cravate. Après tout, il ne s'agit que de tissu replié sur lui-même et cousu avec du fil. On ne parle donc pas exactement d'un élément qui nécessite un diplôme en physique nucléaire pour être compris. Pour autant, il serait trop simple de limiter la cravate à cette définition, il s'agit en réalité d'un élément plus complexe qu'il n'y paraît. Pas nécessairement dans sa fabrication, mais plus souvent dans ce qui fait ses qualités.

La cravate est un accessoire qui est par définition fasciste, de par sa connotation élitiste bien sûr, mais surtout elle élève au rang de qualité des critères que d'aucuns jugeront comme subjectifs alors qu'ils sont objectifs. Tout d'abord il y a la beauté du tissu, ses motifs et ses couleurs. Par exemple une cravate ornée d'un 7 démesuré dans des tons criards donnera immédiatement à son porteur l'apparence d'un gros plouc. Une cravate doit ensuite fournir un tombé qui soit satisfaisant, critère particulièrement abscons qui tient plus du vaudou que de la science dure, nous avons tous des cravates qui sont des gagneuses de peu de foi et refusent de produire le nœud qui leur a été demandé, tous les sacrifices humains du monde n'y changeront rien. Il y a aussi les cravates gauchistes, qui forment des nœuds impeccables car le tissu semble suivre comme un mouton vos mouvements, mais qui sont incapables de rester nouées convenablement, trahissant ainsi leur nature hypocrite, perfide et probablement pédophile. Enfin comme une femme battue, une cravate doit être capable de retrouver rapidement sa forme initiale, peu importe la façon dont vous la maltraitez, si la moindre occasion se présente elle doit être capable de cacher les atrocités que vous lui avez fait subir la veille afin d'avoir l'air présentable en public et de vous éviter des questions embarrassantes.

Le genre de cravate à éviter, sauf si vous voulez être le roi des ploucs. (Source: Delsignore)
Le genre de cravate à éviter, sauf si vous voulez être le roi des ploucs. (Source: Delsignore)
Une cravate objectivement atroce. Le porteur marque son appartenance à la communauté des iGents en laissant bien dépasser le petit pan. C'est un peu leur "code foulard".  (Source:rincondecaballeros)
Une cravate objectivement atroce. Le porteur marque son appartenance à la communauté des iGents en laissant bien dépasser le petit pan. C'est un peu leur "code foulard". (Source:rincondecaballeros)

La dichotomie commerciale, la belle cravate ou la cravate idéale?

Comme vous l'avez sûrement remarqué dans notre paragraphe précédent, les critères que nous retenons pour une bonne cravate ne sont pas des critères qui tiennent à la fabrication de la cravate, mais à sa tenue et à son apparence. Car comme il a été expliqué, c'est très con à fabriquer une cravate. N'importe qui peut le faire, ou presque. Munissez-vous du livre, “Custom Making Neckties at Home” achetez du tissu, du fil et des aiguilles et vous pouvez vous improviser maître cravatier es enculade. Avec un peu de chance, vous serez invité sur le talk show le plus célèbre de St Florentin. Un million d’abonnés selon lui, 170 000 selon la préfecture. Car bien qu'il soit très facile de comprendre comment est fait une cravate, personne ne prend vraiment la peine de le faire, et il est aisé à n'importe quel arnaqueur de devenir la coqueluche de toutes les influences sans trop d'effort. Plus d’information là-dessus dans un prochain article qui sera particulièrement savoureux.

La cravate est en réalité l'un des rares domaines dans lequel, cher ne veut pas nécessairement dire “mieux”. Alors évidement, il n'est pas question de dire que les cravates luisantes en polyester fabriquées en masse dans les pays du tiers monde sont meilleures que les cravates fabriquées à la main dans les ateliers Italiens par mama Rossa, le lecteur étant souvent distrait et parfois un peu con, il a tendance à extrapoler, il est donc bon de préciser ces évidences. Néanmoins les cravates des grands noms sont souvent plus des machines à marge qu'autre chose. Vous achetez avant tout un bel objet, cela ne veut pas pour autant dire que cet objet fera des nœuds impeccables ou qu'il aura un impact sur votre style proportionnel à son prix. De toute façon, la majorité des gens ne verront pas la différence entre une cravate Brooks Brothers et une Charvet et même les attar... génies des forums ne sont pas capables de faire la différence entre une véritable cravate E.Marinella, d'une contrefaçon. La preuve qu'il s'agit avant tout d'une question de perception et non de qualité intrinsèque.

Comment est fabriquée une cravate ?

Les différentes parties de la cravate et leurs matériaux.

Tout d’abord il faut comprendre qu’une cravate est généralement composée de trois parties : l’enveloppe, la doublure et la triplure. C’est le principe, et comme tout principe il y a des exceptions, certaines cravates ne sont pas doublées ou triplées, voire les deux à la fois.

Laine, cachemire, donegal tweed. Un simple exemple de matières disponibles. Notez que ces cravates 3 plis ne sont pas doublées. (Source: Styleforum)
Laine, cachemire, donegal tweed. Un simple exemple de matières disponibles. Notez que ces cravates 3 plis ne sont pas doublées. (Source: Styleforum)
L’enveloppe

L'extérieur de la cravate s'appelle donc l'enveloppe. Il est préférable que cette dernière soit fabriquée avec des fibres naturelles (soie, laine, cachemire, lin…) plutôt que des fibres chimiques (polyester, polyamide...). Non que cela ait un quelconque rapport avec l’écologie, je m'en tamponne les amygdales à coup de klaxon, il s’agit simplement d’une question de bonne tenue du tissu.

Mais cela n'est pas suffisant pour parler d’une “bonne cravate” il existe en effet différentes qualités de soies, de laines, etc... et toutes ne se valent pas loin de là. Dans le cadre de la soie par exemple il faut prendre en compte le poids, le détail du tissage, la qualité et la précision de l’impression. Non qu'une soie imprimée de façon industrielle soit meilleure qu'une soie imprimée par cadrage, au niveau de la tenue de votre nœud c’est du pareil au même, en revanche la différence est à chercher du côté du prix de vente et du marketing qui est fait autour. Vient ensuite la question de l'exclusivité du motif, un sujet que j’ai toujours trouvé particulièrement risible et qui est bien souvent l’apanage des ploucs les plus flamboyants, en général un grand nombre d’entre eux postent sur Style Forum ou Instagram pensant être les nouveaux Cary Grant. Les soieries et autres fabricants d’étoffes disposent tous d’une vaste librairie de motifs à leur disposition, certains “exclusifs” d’autres anciens, en fait il en existe tout simplement une quantité illimitée. Il est parfaitement ridicule de chercher “LE” motif parfait, ou original ou je ne sais quelle autre fadaise pour montrer votre individualité fantasmée quand on sait que les motifs sont copiés, refabriqués, dupliqué, modifiés en permanence et cela depuis des décennies. Si vous voulez impérativement le motif Hermès petit pingouin numéro 605988TA de je ne sais quelle année, votre existence est très certainement misérable. Que vous vouliez accorder le motif à votre tenue, c’est très bien, que vous vouliez achetez un motif uniquement parce qu’il est “rare” ou “vintage” c’est très con.

Le genre de motif enfantin qui hurle: "je fais ma crise de milieu de vie et je me crois drôle" ou pire  "je suis un membre de l’intelligentsia française et un kiddy fiddler". (Source: Grailed)
Le genre de motif enfantin qui hurle: "je fais ma crise de milieu de vie et je me crois drôle" ou pire "je suis un membre de l’intelligentsia française et un kiddy fiddler". (Source: Grailed)
En 1977, le président égyptien Anouar el-Sadate devient le premier dirigeant arabe à effectuer une visite officielle en Israël. Il arbore pour l’occasion une cravate au motif représentant le symbole universel de la paix et de l’amour chez les hindous, démontrant son fin flair sartorial ainsi que sa volonté de normaliser les relations entre les deux pays. (Source: Reddit)
En 1977, le président égyptien Anouar el-Sadate devient le premier dirigeant arabe à effectuer une visite officielle en Israël. Il arbore pour l’occasion une cravate au motif représentant le symbole universel de la paix et de l’amour chez les hindous, démontrant son fin flair sartorial ainsi que sa volonté de normaliser les relations entre les deux pays. (Source: Reddit)

L’enveloppe de la cravate est le plus souvent fabriquée en plusieurs parties, généralement entre deux et trois mais il existe parfois des cravates fabriquées en une seule pièce. La raison principale derrière le nombre de parties qui composent l’enveloppe est plus économique qu’autre chose, cela a une influence sur l’optimisation du patronage à la coupe et sur la taille de la pièce de tissu d’origine. Contrairement au cuir où le coupeur doit lever sa peau avec attention (dans le cadre de l’artisanat) afin d’éviter les défauts, un tissu ne présente pas les mêmes difficultés et de fait est beaucoup plus facile à travailler tout en générant moins de chutes. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’imperfections sur les rouleaux de tissus, elles sont simplement beaucoup moins courantes.

Cette photo illustre parfaitement comment le tissu est utilisé à la découpe. En fonction du placement des différents patrons il est possible d'éviter au maximum les chutes et donc d'augmenter la rentabilité. (Source: Quarantalocatelli)
Cette photo illustre parfaitement comment le tissu est utilisé à la découpe. En fonction du placement des différents patrons il est possible d'éviter au maximum les chutes et donc d'augmenter la rentabilité. (Source: Quarantalocatelli)
Une cravate réalisée en deux parties, reconnaissable à la couture unique sur l'endroit. (Source: Sartorialisme)
Une cravate réalisée en deux parties, reconnaissable à la couture unique sur l'endroit. (Source: Sartorialisme)
Une cravate réalisée en trois parties, reconnaissable aux deux coutures sur l'endroit. (Source: Sartorialisme)
Une cravate réalisée en trois parties, reconnaissable aux deux coutures sur l'endroit. (Source: Sartorialisme)
La doublure

La doublure est visible sur le grand pan et sur le petit pan une fois la cravate mise à l’envers. Elle peut être réalisée dans le même tissu que l’enveloppe. On parle alors de self tipping. Ce morceau de tissu provient dans la grande majorité des chutes à la coupe et n’est donc pas facteur d’un coût supplémentaire, il s’agit au contraire d’une économie. Il est donc amusant de voir que certaines marques via l’intermédiaire des influenceuses fassent passer cela pour une finition de luxe coûteuse à réaliser. Il existe également des cravates sans doublures, également appelées untipped.
Certaines cravates utilisent une doublure dans un autre tissu que celui de la cravate, parfois en fibres synthétiques, très honnêtement cela ne change pas grand-chose à la qualité de la cravate, la seule différence encore une fois se jouera sur le babillage ennuyeux qu’on appelle “communication” ou encore enculage de mouches. Ça plait aux ploucs il paraît, la preuve certains blogs ne font que ça.

Une cravate en grenadine de soie avec doublure. (Source: Poszetka)
Une cravate en grenadine de soie avec doublure. (Source: Poszetka)
Une cravate en grenadine de soie, cette fois sans doublure. (Source: kydos)
Une cravate en grenadine de soie, cette fois sans doublure. (Source: kydos)
La triplure

La triplure est l’élément qui permet à la cravate de maintenir sa souplesse et son élasticité, tout en lui donnant la tenue voulue. C'est elle qui lui donne vraiment corps et d’ailleurs les Italiens qui aiment en faire des tonnes pour pas grand-chose appellent parfois cette partie “l’anima”, l’âme. Bon, ils l’appellent aussi “teletta” que l’on peut traduire par l’entoilage mais c’est tout de suite moins vendeur. La matière choisie pour la triplure est donc un point particulièrement important, traditionnellement la triplure est faite en laine, parfois en soie voire en coton. Il existe bien évidement de très nombreuses variations en fonction du résultat voulu, le poids, le tissage vont donc changer en fonction des objectifs que le fabricant cherche à accomplir. L’essentiel étant de faire correspondre les caractéristiques de la triplure avec celles de l’enveloppe. Par exemple les soies fines s’accommodent mal d’une triplure trop épaisse. En général toutes les cravates trois plis ont une triplure, au moins au niveau de l’encolure mais voilà, toutes les cravates n’ont pas de triplure. Si l’on suit la logique des Italiens, toutes les cravates n’ont donc pas d’âme. Un peu comme les roux quoi, surtout celui de B… oups je m’égare. Je disais donc que toutes les cravates n’ont pas de triplure. Les cravates sept plis en sont parfois dépourvues puisqu’elles réclament plus de tissus pour leur fabrication, il n’est pas forcément nécessaire de rajouter du poids via la triplure. Dans un sens c’est un pied de nez assez amusant fait par le vocabulaire. Certaines cravates sept plis sont donc sans âmes, alors qu’elles sont de loin les modèles les plus snobs… un juste retour de bâton au non-sens du marketing. Nous reviendrons sur les cravates sept plis un peu plus loin.

Un choix de triplures avec des compositions différentes. (Source: Artlining)
Un choix de triplures avec des compositions différentes. (Source: Artlining)
Installation d'une triplure à la main chez Drake's. (Source: Spitalfieldslife)
Installation d'une triplure à la main chez Drake's. (Source: Spitalfieldslife)
La même étape mais plus avancée. (Source: Spitalfieldslife)
La même étape mais plus avancée. (Source: Spitalfieldslife)

Les méthodes de fabrication.

Toutes les cravates ne suivent pas la même méthode de fabrication. Il y a plusieurs façons de procéder, comme pour les chaussures l’industrie aime perpétuer ses petits mensonges et faire croire au tout artisanal, la réalité est assez souvent autre. Pour faire simple disons qu’il y a trois façons de faire. La première et la plus artisanale est évidement la fabrication à la main. Il y a ensuite la fabrication semi mécanisée où certaines étapes sont faites à la main et d’autres à la machine. Et enfin il y a la production totalement mécanisée. Comme pour les souliers ou les costumes vous allez donc retrouver un certain nombre de fabricants qui vont se vanter d’une fabrication entièrement à la main, pour en réalité être essentiellement mécanisée.

Les machines de Brooks Brothers qui coupent la soie au laser viennent certainement de Dominion, vous n’avez donc aucune raison de douter de la mention “fait main”. (Source: Youtube)
Les machines de Brooks Brothers qui coupent la soie au laser viennent certainement de Dominion, vous n’avez donc aucune raison de douter de la mention “fait main”. (Source: Youtube)

Nous n’allons pas entrer dans les détails de fabrication, car il est impossible de synthétiser les différentes méthodes de production entre l’artisanat le plus traditionnel et l’industrialisation intégrale il existe un monde de différence et tout un lot de techniques qui mélangent les deux. Sachez simplement qu’il existe trois grandes étapes de fabrication, le coupage, l’assemblage et le repassage. Normalement la coupe s'effectue à 45° par rapport au sens des fibres du tissu, pour permettre à la cravate de facilement retrouver sa forme et afin d’éviter qu'elle ne se vrille une fois nouée. Plus on peut obtenir de cravates à partir d'un rouleau de tissu, moins elles sont chères à produire, ce qui explique à la fois la tendance des cravates “skinny” de ploucs, et pourquoi certaines marques ne coupent pas en biais. Dans le cadre d’une cravate sept plis une marque comme Drake’s réalise deux cravates par bloc de soie. D’après eux en ne coupant pas en biais ils pourraient réaliser le double de cravates par bloc de soie, donc quatre. Toujours chez Drake’s n’imaginez pas que le coupeur s’amuse à couper chaque cravate une par une, jusqu’à cinquante “feuilles” de soie sont coupées simultanément ce qui est un exercice assez délicat à réaliser. C’est pourquoi la coupe est maintenant très largement automatisée et peu de marques font cela à la main. Il en va de même avec l’assemblage, il est encore parfois réalisé à la main mais cela fait bien longtemps que beaucoup de fabricants prestigieux ou non ont recours à la LIBA, une machine qui se charge de l’entoilage des cravates.
Comme dans toute industrie de confection, l’excellence dans la maîtrise et la réalisation de chacune des étapes de fabrication va distinguer les bonnes usines des mauvaises.

Découpe de la soie à la main chez Drake's. Notez l'orientation du patron à 45°.  (Source: Spitalfieldslife)
Découpe de la soie à la main chez Drake's. Notez l'orientation du patron à 45°. (Source: Spitalfieldslife)
Toujours chez Brooks Brothers, “handcrafted in Queens” alors que l’entoilage est fait à la LIBA. Ce n’est pas l’utilisation de machines qui est gênant, mais l’usurpation de la mention “fait main”. L’usurpation, un problème qui semble courant ces derniers temps outre-Atlantique. (Source : Youtube)
Toujours chez Brooks Brothers, “handcrafted in Queens” alors que l’entoilage est fait à la LIBA. Ce n’est pas l’utilisation de machines qui est gênant, mais l’usurpation de la mention “fait main”. L’usurpation, un problème qui semble courant ces derniers temps outre-Atlantique. (Source : Youtube)
Certains ateliers vont jusqu'à coudre les étiquettes à la main. (Source: Timeslessman).
Certains ateliers vont jusqu'à coudre les étiquettes à la main. (Source: Timeslessman).

Les finitions manuelles ou l’art du décorum superflu.

Il existe pléthore de finitions et autres arguments marketing qui sont avancés par les marques bien souvent pour justifier un prix de vente plus élevé, et qui ont en général peu ou pas du tout d’impact sur la qualité finale du produit. L’objectif est avant tout de générer de l’attrait “artisanal” pour un objet qui devient de plus en plus marginal dans le vestiaire d’aujourd’hui. Cela permet de faire fonctionner le commerce et de brosser le plouc dans le sens du poil puisqu’il a l’impression d’acheter un objet “rare”. Je n’ai absolument rien contre le superflu, le beau inutile et tout autre finition qui n’a pour finalité que l’embellissement de l’objet, après tout je m’extasie bien devant des roulettes d’emboitage. Mais il faut bien comprendre une fois pour toute que l’objectif est ici purement marketing et ne vise qu’à embellir l’objet. Les conséquences sur la qualité sont négligeables voire inexistantes malgré ce que peut avancer la clique d’influenceuses habituelle.

Voici quelques exemples de finitions futiles mais belles:

- Le roulottage à la main. Une finition très populaire ce qui en soi devrait déjà être une bonne indication qu’elle n’est pas si difficile à réaliser. Il est toujours amusant d’entendre parler de “finitions exclusives” alors qu’elles sont très répandues. Pour information une roulotteuse expérimentée ne passe pas plus d’une à deux minutes maximum pour faire un roulottage à la main. Il n’existe d’ailleurs pas de modification congénitale qui empêcherait les Chinois de roulotter aussi bien que les Italiens, vous avez donc potentiellement un milliard de roulotteurs dans le monde, cqfd.

Roulottage main sur une cravate Calabrese 1924. (Source: Zampa di gallina)
Roulottage main sur une cravate Calabrese 1924. (Source: Zampa di gallina)

- Arrêt de la dernière couture avec un fil de friction, il s’agit d’une petite longueur de fil qui dépasse pour pouvoir retendre le fil et donc la cravate. Parfois le fil forme une simple boucle parfois il est agrémenté d’un bouton, ou même d’une décoration. Je n’ai jamais eu à retendre mes cravates mais peut être que je ne traîne pas dans les bons cercles.

Fil de friction sur une cravate Shibumi Firenze. Notez que le roulottage est également fait main. (Source: Shibumi Firenze)
Fil de friction sur une cravate Shibumi Firenze. Notez que le roulottage est également fait main. (Source: Shibumi Firenze)
Juste pour le plaisir, voici une finition inutile supplémentaire, le travetto aux couleurs du drapeau Italien. (Source: Lanieri)
Juste pour le plaisir, voici une finition inutile supplémentaire, le travetto aux couleurs du drapeau Italien. (Source: Lanieri)

Enfin comment ne pas parler de l’un des “nouveaux” arguments de vente et d’inflation des prix, la multiplication des plis.

La cravate que l’on connaît aujourd’hui ne comporte historiquement que trois plis. La multiplication du nombre de plis est une invention récente. Il existe un nombre incalculable d’histoires sur l’apparition des cravates sept plis toutes plus improbables les unes que les autres. C’est le propre du monde des “élégants”, s’inventer une histoire est quelque chose de très courant dans le milieu, cela passe parfois des changements de patronymes. d’Olga Squeri on devient Olga Berluti, de Massimo Caiselli on devient Massimo Cifonelli. Certain s’inventent des clients prestigieux, des vies antérieures, d’autres ont des délires de noblesse, ou s’inventent des compétences qu’ils n’ont pas. D’apiéceur on devient tailleur, d’alcoolique dépressif on devient bottier formé chez Bemer. Vous l’avez compris, le révisionnisme est une pratique courante dans le milieu.
Certains attribuent l’apparition des cravates sept plis à une pénurie de triplure dans l’Italie d’après-guerre. D’autres disent que la technique est ancestrale mais avait disparue parce que les nonnes qui les fabriquaient avaient cessé de les produire. Dans les années 80, Robert Talbott racontait dans le cadre d'une campagne de marketing pour sa nouvelle ligne de cravate sept plis qu’il aurait "redécouvert" cette technique perdue depuis longtemps lorsqu'il a rencontré Lydia Grayson, une immigrée yougoslave qui les fabriquait aux alentours de 1920. Certains aurait vu des publicités pour des sept plis dans des magazines américains des années 30, mais leurs photos sont toujours floues. Luca Rubinacci lui, les a vues dans une révélation que la Sainte Vierge lui a fait alors qu’il comptait ses millions…bref on ne sait pas d’où ça vient, juste que ça sert à faire de la thune.

Les cravates sept plis peuvent être doublées comme celles de chez E.Marinella ou juste roulottées comme celles de chez Arnys ou de Ralph Lauren. Elles utilisent plus de tissus que les cravates normales et demandent plus de travail au niveau du pliage. La réalité est qu’elles permettent de tromper le plouc en lui expliquant que plus il y a de plis, mieux c’est. Le raisonnement numérique prévaut et comme pour les laines et leur “super 100, 120, 130…” le chaland va penser qu’il est l’homme du 21ème siècle si à la place d’une 3 plis on lui propose une 7 plis. Ou une 9 plis. Voire une 12 plis. La seule limite étant la crédulité du client et le niveau de fumisterie du vendeur. Les deux étants infinis j’annonce en exclusivité pour Sartorialisme le lancement de notre collection de cravates 77 plis au prix “très serré” de 3250 euros. Cheers les cons.

Une sept plis de chez Turnbull & Asser (Source: turnbullandasser)
Une sept plis de chez Turnbull & Asser (Source: turnbullandasser)
Un patron pour cravate sept plis. La multiplication du nombre de plis demande plus de tissus. (Source: Tieatie)
Un patron pour cravate sept plis. La multiplication du nombre de plis demande plus de tissus. (Source: Tieatie)

Démontage d’une paire de Meermin

Avant-propos

Meermin n’est en aucun cas affilié à cet article. Toutes les photos (sauf mention contraire) sont la propriété de Sartorialisme.com et ne peuvent être utilisées sans autorisation.

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La paire qui fait l’objet du démontage est présentée dans notre article précédent et a été achetée neuve début 2018, il s’agit d’un mocassin noir de type penny loafer en montage Goodyear sous rainette. Le modèle n’existe plus dans la collection actuelle de la marque. Cette paire compte environ une trentaine de ports et n’a jamais été portée sous la pluie, elle est donc en très bon état.

Cet article est par définition technique et assume que le lecteur a lu notre article “Qu’est-ce qu’un soulier de qualité”. Néanmoins, voici une illustration comportant quelques indications quant au vocabulaire qui va être utilisé. (Source: Alain Madec)

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Le démontage

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On commence par le démontage du bloc talon. Ce dernier est livré préfabriqué à la marque comme c’est la norme dans l’industrie. À titre informatif, traditionnellement les bottiers assemblent le talon couche par couche, dans le prêt-à-porter (PAP) cette façon de faire ne se rencontre que chez certaines marques du haut de gamme. Le bonbout est du type “cuir coin caoutchouc” et est maintenu par 6 petites pointes en laiton dont le rôle est surtout décoratif.

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Le bonbout en caoutchouc est exposé, on va pouvoir le retirer.

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Le bonbout en caoutchouc a été retiré, et l’on voit maintenant le premier sous bout. Ce dernier a été quadrillé pour permettre à la colle néoprène de mieux adhérer et donc de bien cimenter les deux pièces.
Cette photo permet également de voir l’état de la semelle d’usure, cette dernière bien qu’étant récente est assez usée surtout au niveau du bout. Ce n’est pas étonnant, à ce prix là vous n’avez pas du Bastin ou du Garat, patin et fer sont obligatoires ou en quelques mois vous pouvez trouer votre semelle.

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Le premier sous bout a été enlevé et l’on devine en dessous les clous vissés qui assurent le maintient du bloc talon à la première de montage. Le bloc talon est en cuir, c’est du croupon tannage végétal. Pour du PAP d’entrée de gamme c’est très bien. Il est rare dans cette gamme de prix de trouver du cuir où il est beaucoup plus commun de trouver des blocs talon en caoutchouc, salpa, voire même plastique avec enrobage “cuir”.

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On retourne la chaussure et on enlève la demi première de propreté (à droite), il est mesquin de ne mettre qu’une demi première de propreté mais c’est une économie courante dans cette gamme de prix.
La demi première de propreté a été collée sans attention particulière, dessus vous pouvez distinguer un “made in Spain” trompeur. Ce soulier date de la période où Meermin faisait fabriquer les souliers en Chine pour ensuite les “finir” en Espagne, cela démontre encore une fois qu’il ne faut pas se baser sur les indications de provenance. La production actuelle est exclusivement Chinoise.

En dessous de la demi première de propreté se trouve un morceau de polyéthylène ou de polypropylène blanc de faible densité, cela sert de padding pour le talon. On est très loin d’avoir quelque chose de qualitatif ou de confortable, mais encore une fois dans cette gamme de prix c’est la norme. En dessous de ce padding se trouve la première de montage en cuir avec les 7 clous vissés qui servent à maintenir le bloc talon. La première de montage est plutôt épaisse par rapport à la concurrence et présente l’avantage d’être en cuir, certaines marques parfois beaucoup plus chères utilisent du salpa…. coucou Alden.

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Les clous vissés maintenant exposés après avoir retiré une autre couche du bloc talon. La base du talon a été quadrillée pour permettre une meilleure adhésion de la colle néoprène au premier sous bout du bloc talon. Certain fournisseurs ne prennent pas le temps de quadriller cette partie et rendent le bloc talon beaucoup plus facile à démonter puisque la colle néoprène n’adhère pas aussi bien.

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Le bloc talon a été difficile à démonter ce qui laisse supposer une bonne durabilité dans le temps. Le fait que ce dernier soit fait de cuir et qu’il soit maintenu par 7 clous vissés et de la colle néoprène est un bon point. Beaucoup de marques se contentent bien souvent de 4 clous simples, parfois 3. La qualité dans le monde du soulier n’est pas linéaire, une paire de Meermin à 190€ peut avoir un meilleur bloc talon qu’une paire de Vass à 500 (qui est passé au salpa, du moins sur certains modèles) ou qu’une paire d’Alden à 650. Cette photo permet de voir la roulette d’emboitage, cette dernière n’est pas très marquée ni très belle mais elle a le mérite d’exister.

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On s’attaque maintenant à la couture petit point. Le plus simple est d’insérer un tournevis à tête plate pour séparer légèrement les semelles et ensuite couper la couture à l’aide d’un tranchet ou d’un cutter. Cette paire n’est pas destinée à être remontée, j’ai effectué le découpage rapidement et donc peu proprement. Je n’ai pas non plus pris la peine d’enlever les fils.

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Une fois la couture petit point coupée on peut “ouvrir” le soulier. Le rempli est en pâte de liège et est en bon état, cela n’est pas étonnant puisque la paire a été peu utilisée.

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Le cambrion est monté sous un morceau de salpa et l’ensemble est maintenu en place par un clou vissé ainsi que de la colle néoprène.

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Sans surprise le mur de montage est collé, le fil qui sert à la couture trépointe est noir et la couture a une densité de 2 spi. La bande de toile est de taille moyenne. Pour un mocassin un montage Blake aurait été plus approprié notamment pour sa souplesse, mais Meermin base sa communication sur le Goodyear master race. La tige et les renforts seront pourris avant le montage. Un non sens purement commercial pour appâter les débiles.

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Une fois que l’on a retiré le clou vissé on ôte le cambrion. Sans être difficile à enlever ce dernier résiste plus qu’avec d’autres marques où est il possible de l’enlever juste en soufflant dessus. Je déconne mais pas tant que ça. Le cambrion est en acier et est protégé par un morceau de salpa.

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L’emplacement du cambrion. Le fil se ballade est celui de la trépointe.

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Un petit détail qu’il est intéressant de noter, le couche point est maintenu en place par 6 pointes (semences), ce qui est la technique traditionnelle. De nos jours il est beaucoup plus commun d’utiliser des agrafes, du moins sur les productions qui sortent des usines Européennes.

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Sans la moindre surprise le bout dur est thermocollé comme sur pratiquement l’intégralité des marques de PAP. Toutefois, le celastic (ou autre thermoplastique utilisé) est de médiocre qualité, il est fin et peu rigide à la limite du papier à cigarette. C’est une économie de bout de chandelle sur un élément structurant important.

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Le contrefort est là aussi, sans surprise, en celastic ou tout autre matière thermoplastique. Comme sur le bout dur, il est extrêmement fin et peu rigide. Contrairement à ce qui a été avancé par le nain narcissique et alcoolique qui s’est autoproclamé snob de la pompe, il ne fait pas bon mégoter sur les contreforts. Il s’agit d’une pièce d’usure, structurante, et sur des mocassins il est particulièrement sollicité puisque beaucoup de gens n’utilisent pas de chausse-pied pour les mettre. Si un contrefort synthétique casse, il n’est pas réparable.

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Une comparaison rapide qui illustre le problème. Nous avons ici le pied droit de notre paire de Meermin (pied qui est resté intact). Et le pied gauche d’une paire de mocassin Carmina. En appliquant une pression sur l’arrière du contrefort il est facile de voir à quel point celui-ci se déforme. La pression est la même et il est évident que la paire de Meermin est extrêmement souple à l’emboitage, alors que la paire de Carmina est plus rigide. Il y a une raison derrière cela, Meermin utilise un celastic de qualité médiocre, Carmina utilise du salpa. Je ne vais pas réexpliquer la différence entre contreforts en celastic, salpa, et cuir, cela a déjà été fait dans notre article sur ce qu’est une chaussure de qualité.

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Les renforts sont simplement fabriqués dans une toile collée. Les ailettes de renfort en cuir sont uniquement présentes sur certaines marques haut de gamme.

Conclusion

Avant tout chose, il est important de comprendre que cette paire ne reflète pas nécessairement le reste de la production de Meermin. Chaque modèle est fabriqué selon son propre cahier des charges. Concrètement ce n’est pas parce que ce modèle avait un talon en cuir que c’est le cas des autres mocassins de la marque. Cela est d’autant plus vrai que la marque a vu la qualité de ses productions baisser de manière significative ces derniers temps, du moins en ce qui concerne les finitions et l’attention portée aux détails.      

     
Au final, quel est l’intérêt d’utiliser un montage Goodyear sur un soulier qui va devenir difforme à cause d’éléments structurants fabriqués dans du papier toilette glorifié ? L’intérêt pour la marque est de s’attribuer les qualités de durabilité du montage, pour les transposer au reste de la chaussure. Ainsi on opère le glissement d’une chaussure au montage durable, vers une chaussure durable. Habile, mais ce n’est pas la réalité. Meermin n’est pas le seul coupable de cette pratique, loin de là. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit de chaussures d’entrée de gamme, et que le concurrence n’est pas nécessairement meilleure sur ce point. Ou si elle l’est, elle pèche sur d’autres aspects. Il faut en plus souligner qu’avec un bon roulement et un bon entretien il est parfaitement possible de conserver une paire de Meermin plusieurs années sans soucis.     

     
Le bilan global est donc quand même plutôt positif. Le travail sur le bloc talon et la première de montage est particulièrement louable. L’utilisation de cuir pour ces deux éléments est assez rare dans cette gamme de prix et l’épaisseur de la première de montage est tout à fait correcte. La tige ne présentait pas de défauts majeurs mais ne mérite pas non plus d’éloges.      

Meermin : des chaussures de qualité à moins de 200€ ?

Avant-propos

Meermin n’est en aucun cas affilié à cet article. Toutes les photos sont la propriété de Sartorialisme.com (sauf mention contraire) et ne peuvent être utilisées sans autorisation.

Cet article va être un peu différent de ce que nous proposons d’habitude. Tout d’abord il sert de préambule à notre premier démontage (non verbal) qui sera bientôt publié. Par ailleurs il va nous permettre de conduire une expérience grandeur nature et de montrer ce qu’il est possible d’attendre en tant que client d’une marque, en l'occurrence Meermin. Ensuite cet article va également vous aider à identifier les différents types de défauts qu’il est courant de voir sur les chaussures. Enfin il s’agit de démontrer une fois pour toutes pourquoi l’achat en boutique est toujours préférable à l’achat en ligne.

Pour la réalisation de cet article nous avons acheté 5 paires de Meermin sur une période s’étalant de 2018 à 2021 et cela dans le but de reproduire l’expérience d’un client normal. Le choix de la marque s’est basé sur le fait que Meermin est une marque extrêmement populaire qui au fil des années s’est imposée sur le segment de l’entrée de gamme. Dès lors, il semblait logique de voir si cette réputation est justifiée et surtout si elle résiste à l’épreuve du temps. Concrètement, il est très rare de pouvoir avoir des retours fiables sur une marque. Certes il existe les forums qui regroupent une grande quantité d’informations mais cette dernière est souvent noyée dans une masse informe d’interventions inutiles dans laquelle il faut trancher à coup de hachoir. Les reviews google ? Si je vous disais qu’un vieux fou propriétaire de plusieurs marques de pompes passe son temps à aller dénigrer ses concurrents (et anciens partenaires) avec de faux avis clients à 1 étoile ? Il reste ensuite les influenceuses mais l’on est en droit de douter de la sincérité et de l’impartialité de quelqu’un qui exhibe une garde-robe de dictateur africain tout en étant en faillite personnelle, soyons sérieux. Notez que je n’ai rien contre essayer honnêtement un produit reçu gratuitement, tant qu’il ne s’agit pas de sucer. Malheureusement bon nombre de gens s’adonnent à la gorge profonde sans même que les marques ne leur demandent, une servilité commerciale doublée de la trouille de perdre leur gagne-pain se chargent de les transformer en avaleuses professionnelles.

Le genre de “reviews” que l’on trouve sur le net. Choc, on apprend que les semelles en cuir ça glisse “relativement”.  Trouver des points négatifs imaginaires et souvent inoffensifs est une astuce courante dans le milieu des influenceuses qui permet de donner l’impression au lecteur que le test est “légitime”. (Source : Comme un camion)
Le genre de “reviews” que l’on trouve sur le net. Choc, on apprend que les semelles en cuir ça glisse “relativement”.  Trouver des points négatifs imaginaires et souvent inoffensifs est une astuce courante dans le milieu des influenceuses qui permet de donner l’impression au lecteur que le test est “légitime”. (Source : Comme un camion)
La réputation de Meermin sur internet est pour le moins polarisante. Qui croire ? Les 63 % d’avis négatifs ou les 28 % d’avis dithyrambiques ? Je suis prêt à parier que les 63 % ont eu affaire au service client de la marque. (Source : Trustpilot)
La réputation de Meermin sur internet est pour le moins polarisante. Qui croire ? Les 63 % d’avis négatifs ou les 28 % d’avis dithyrambiques ? Je suis prêt à parier que les 63 % ont eu affaire au service client de la marque. (Source : Trustpilot)

Présentation de Meermin

Le siège social de Meermin, au premier étage vous pouvez même voir quelques boites de chaussure entassées devant la fenêtre. (Source : Google Maps)
Le siège social de Meermin, au premier étage vous pouvez même voir quelques boites de chaussure entassées devant la fenêtre. (Source : Google Maps)

Toute les marques se dotent d’une histoire et s’inventent une légende, c’est bon pour le business. Lisez notre article sur les arnaques dans le milieu de la chaussure si vous voulez en apprendre plus là-dessus. Toujours est-il que toutes les marques s’attachent à leur petite image d’Épinal et Meermin n’est pas différent des autres. En fonction des périodes vous avez soit le droit au couplet sur la petite entreprise familiale d’Espagne fondée par José Alabladejo qui se bat contre les géants de ce monde pour faire des chaussures qualitatives à des prix abordables. Soit vous avez le droit à l’histoire de la petite start-up qui vante sa stratégie agressive et disruptive parce qu’ils sont trop fous et qu’ils vendent directement au client, tout en faisant des marges “ridiculement” basses. Parce que si vous en doutiez, le secret de Meermin, ce n’est pas sa production Chinoise, non, ce sont ses marges “ridiculement” basses. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le directeur lui-même.

La théorie économique selon le directeur de Meermin, faire produire en Chine est plus cher qu’en Europe. Ça en dit long sur le QI des clients qui avalent le mensonge et sur son degré d’intégrité.  (Source : Stitchdown).
La théorie économique selon le directeur de Meermin, faire produire en Chine est plus cher qu’en Europe. Ça en dit long sur le QI des clients qui avalent le mensonge et sur son degré d’intégrité.  (Source : Stitchdown).

C’est pour cette raison que la majorité des entreprises occidentales font déménager leur capacité de production en Chine depuis des années, produire plus cher ailleurs ce qu’elles peuvent faire moins cher chez elles. Ça n’est pas du tout pour bénéficier des facilités locales en matière de législation, de taxation et de coût de la main d’œuvre. En réalité Meermin est une petite multinationale au capital social avoisinant les 2 millions d’euros, qui dispose de sociétés dans plusieurs pays du monde et dont le chiffre d’affaire global dépasse les 10 millions d’euros. Pas mal pour une “petite entreprise familiale avec des marges basses”.

Examen des chaussures

Toutes ces paires ont été achetées sur le site internet de la marque, nous n’avons donc pas eu la possibilité d’examiner les chaussures avant achat. Le pied gauche est celui qui est utilisé pour la majorité des illustrations, mais les deux pieds sont examinés et dans certains cas les illustrations proviennent des deux. Les différences majeures entre pied droit et pied gauche sont mentionnées, les différences mineures ou anecdotiques sont ignorées.

Paire numéro 1

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Cette paire est la plus ancienne du lot, achetée début 2018 il s’agit d’un mocassin de type penny loafer en cousu rainette. C’est la seule paire du lot à avoir été portée ce qui explique les plis de marche au niveau du plateau. C’est également cette paire qui fera l’objet d’un démontage donc nous n’allons pas nous attarder dessus puisqu’elle fera l’objet d’une analyse en profondeur. En revanche la paire est relativement exempte de défaut, en dehors de quelques coutures pas très droites sur la tige et autres petits défauts esthétiques mineurs. Cela n’est pas illustré en photo mais cette paire porte la mention “made in Spain” sur sa demi première de propreté.

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La paire présente l’un des problèmes récurrents chez Meermin, la séparation trépointe / couche point qui est faite à l’arrache. Ce n’est pas un défaut rédhibitoire, et cela ne demande pas de renvoyer la paire. La roulette d’emboitage n’est pas très belle, et l’application de la déforme un peu crasseuse mais ce ne sont pas des défauts, juste un signe du manque de soin porté par les ouvriers.

Paire numéro 2

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Cette paire est un derby de fin 2018 en country calf, un veau grainé donc. Pour rappel un cuir grainé est un cuir normal qui a été passé sous presse afin de lui imprimer un motif… et accessoirement pour en masquer les défauts.

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La storm welt a été terminée de façon pour le moins brutale, le problème est plus esthétique qu’autre chose.

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La couture petit point (PP) est plutôt régulière et ne se ballade pas trop au milieu de la trépointe. En revanche la storm welt ne colle pas parfaitement à la tige, c’est un détail mineur, le jour est très faible.

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Les finitions à l’intérieur de la chaussure sont peu soignées mais là encore il n’y a rien de particulièrement problématique. Cette paire ne présente aucune indication de provenance.

Paire numéro 3

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Cette paire est une bottine de type balmoral en bi-matière achetée fin 2019.

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Deux photos qui illustrent le problème des lots pied gauche/pied droit. Les usines ne fabriquent pas des paires de chaussures, elles fabriquent des pieds droits et des pieds gauches qui sont ensuite assemblées en paire. De fait vous pouvez vous trouver avec un pied qui a été coupé dans un cuir propre et un autre dans un cuir beaucoup moins beau. C’est le cas ici. Le pied droit utilise un cuir qui frisote énormément du quartier à la claque. Le cuir présente également des différences notables de teinte. Cela n’est pas présent sur le pied gauche. Un cuir qui frisotte ne veut pas dire que le cuir va avoir une durabilité moindre, en revanche cela veut dire que le pied droit ne va pas du tout vieillir de la même façon que le pied gauche. Rappelez-vous au passage que Meermin n’utilise que le meilleur cuir, venant des meilleures tanneries d’Europe et non du cuir de pangolin contrairement à ce que certains chiens d’impérialistes aiment à raconter.

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Sur le pied gauche la ligne de perforation n’est pas droite, de plus le trou du haut n’est pas totalement percé, l’emporte-pièce n’a fait que marquer le cuir sans le trouer. C’est un défaut uniquement esthétique anodin à ce niveau de prix.

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Le pied gauche présente une cassure significative dont je ne suis pas certain de comprendre l’origine. À l’intérieur de la bottine cela est marqué par une tache noire comme si le cuir avait été chauffé très fortement. L’ouvrier a probablement eu un problème au moment du collage du renfort entre la tige et la doublure mais pour en savoir plus il serait nécessaire de démonter la bottine.

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Des plis d’aisance… sur une paire neuve ? Je n’ai jamais porté cette paire, je me suis contenté de la sortir de sa boite et de lui mettre des embauchoirs. Le pied droit n’a pas ces plis. Il semble donc très probable que cette paire ait déjà été vendue à quelqu’un, qui a essayé le pied gauche, visiblement en intérieur et pour peu de temps, la semelle gomme présente également une infime trace d’usure. Cette personne est parvenue à renvoyer la paire et Meermin s’est contenté de la remettre en circulation. À mon sens on dépasse ce qui est tolérable même dans cette gamme de prix. À son retour cette paire devait être identifiée comme défectueuse et mise en vente à un prix réduit.

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La nouvelle mention de provenance, dessinée en Majorque fabriquée en Chine. Cette paire semble être l’un des premiers modèles à avoir été intégralement produit en Chine. Jusque-là certains des modèles indiquaient une provenance Espagnole et étaient montés en Chine puis “terminés” en Espagne. Il faut tout de même noter que beaucoup (l’intégralité ?) des modèles pré 2018 n’indiquaient aucune provenance, laissant planer le doute sur la réalité de la production Majorquine de la marque.

Paire numéro 4

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Il s’agit d’une paire de double boucle en veau velours achetée durant la toute première solde de Meermin d’Avril 2020. La marque ne faisait jusque-là pas de soldes. En revanche elle revendait les paires rejetées par le contrôle qualité de l’usine sur Ebay en enchère libre, chose qu’elle a arrêtée de faire dans les mois précédents la solde. Nous pensions qu’il était possible que Meermin utilise cet évènement pour se débarrasser des paires autrefois vendues sur Ebay (spoiler : cela a bien été le cas). Nous sommes parvenus à acheter une paire malgré la grande popularité de l’évènement, toutes les paires soldées ont été vendues en moins de 24h. Lorsque les paires ont été livrées et que les retours ont commencer à apparaître sur les forums il est devenu apparent que Meermin a bien refourgué ses rejets d’usine à -25 % sans mentionner la présence de défauts. Depuis cet évènement Meermin a organisé une nouvelle solde en Novembre 2020, en précisant cette fois qu’il s’agissait bien de “factory seconds”. Connaissant leur mauvaise foi légendaire cet aveux de leur part est presque un miracle. Voici donc notre paire des soldes d’Avril 2020.

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Lorsque les chaussures sont sur la chaine de montage la tige est protégée par un plastique. Ce sont les restes de ce plastique que vous pouvez voir ici. C’est sans conséquence sur la longévité de la chaussure mais c’est en général un bon indicateur du manque de soin apporté lors de la fabrication. Au passage j’ai pendant longtemps pensé que Meermin ne protégeait pas ses tiges tant leurs souliers avaient tendance à comporter bon nombre d’éraflures et autres marques diverses. Je sais maintenant que j’avais tort, mais je me demande encore plus comment ils se démerdent pour marquer autant les tiges…

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La fameuse séparation trépointe / couche point faite à l’arrache. De plus, l'ouvrier a teinté la tige au niveau de l'emboitage. À ce niveau c'est plus qu'une simple bavure. Probablement un artiste contrarié forcé par le glorieux parti communiste chinois à travailler dans une usine de chaussure. C'est un défaut mineur mais l'application de la teinture est si régulière (à l'exception de la fin de la ligne) que l'on se demande si l'employé savait ce qu'il devait faire.

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Le défaut le plus sérieux sur cette paire. Les points sombres sont en réalité la couture trépointe. Cette couture est normalement invisible, aucune pression n’était appliquée sur la chaussure pour la photo. En forçant un peu j’arrivais à voir les fils mais je ne pouvais pas prendre la photo en même temps. Quand la couture trépointe est visible c’est souvent à cause de problèmes de tensions, et cela a tendance à fragiliser le soulier donc à nuire à sa durabilité. J’ai vu des trépointes bien plus exposées que cela, néanmoins cela justifie quand même un remplacement de la chaussure. D’autant plus qu’il y a d’autres problèmes avec cette paire.

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De la colle, de la colle PARTOUT. Ça n’a rien d’exceptionnel sur une paire de Meermin et c’est sans conséquence. Notez la mention “made in Shanghai” sur la languette.

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Une machine à coudre qui va trop loin. Dans le cas de la dernière photo l’ouvrier, emporté par son élan et son amour du parti a voulu poursuivre sa couture PP sur le couche point.

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Cette chaussure a déjà été portée et a fait l’objet d’un retour. La couture a été “écrasée” par la démarche de quelqu’un. Il en va de même avec la semelle caoutchouc qui présente également quelques légères traces d’usure.

Paire numéro 5

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Cette dernière paire a été achetée en Janvier 2021 et est donc la plus récente du lot il s’agit d’un mocassin de type bit loafer. C’est également la seule paire issue de la gamme “femme“ de notre sélection. Le volume de la gamme féminine étant moindre nous voulions voir si ces modèles faisaient l’objet d’un traitement particulier ou si le niveau de (non) finition était le même que sur la gamme homme.

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On retrouve notre ami le morceau de plastique protecteur. La déforme est toujours appliquée de façon aussi aléatoire. Le couche point forme une bosse et la couture PP n’est pas droite. En fait elle sort pratiquement de la trépointe mais cette photo ne le montre pas bien. Les sous-couches du bloc talon sont en salpa, d’ailleurs un coin a été endommagé. C’est prometteur pour la suite.

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La tige frisote un peu, il y a différentes marques, éraflures et autres décolorations. “Made just using the finest French boxcalf” qu’ils disaient. Beaucoup de ces défauts vont disparaître lors d’un premier crémage. Sinon vous pouvez également voir que coudre droit chez Meermin est optionnel. Vu le prix c’est normal, et personne ne va le remarquer. Mes commentaires sarcastiques sont surtout là pour me moquer de la communication de la marque et de ses “very skillful artisans” du parti unique.

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Là aussi la tige frisote un peu, il y a quelques fils qui se baladent, aucune finition de tranche au niveau de la languette.

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Un fil qui a sauté et des coutures pas très propres…

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Enfin on termine sur la spécialité de Meermin, une séparation trépointe / couche point faite à l’arrache avec en prime une couture PP qui déborde et un morceau de plastique coincé entre la tige et le couche point.

Conclusion

Bien que 5 paires ne représentent qu’un échantillon limité, quelques tendances se détachent. Tout d’abord il y a beaucoup de défauts cosmétiques, mais également quelques défauts plus sérieux. Par ailleurs, les deux paires les plus anciennes sont de loin les plus propres. On peut toujours spéculer sur les raisons derrière la baisse de qualité, toujours est-il que le prix a augmenté sans que le niveau de finition ne se maintienne. On peut toujours spéculer sur les raisons derrières ce déclin. Est-ce que le déplacement intégral de la production vers la Chine y est pour quelque chose ? Quelle quantité de travail était effectué en Espagne auparavant ? Néanmoins, si certains doutent encore de la provenance des chaussures voici un tableau présentant les imports de la succursale de Meermin aux États-Unis. Les pompes sont livrées par conteneur directement depuis Shanghai, il n’y a aucune raison pour qu’il n’en soit pas de même pour les ventes en Europe.

La division USA de Meermin qui importe les paires directement depuis la Chine. (Source : seaair)
La division USA de Meermin qui importe les paires directement depuis la Chine. (Source : seaair)

De la même façon il faut savoir que depuis 2016 Meermin a connu une croissance exponentielle, avec une augmentation très forte de leur capital (ils sont passés d’un million d’euros en 2016 à pratiquement deux millions en 2017). La marque en a profité pour s’internationaliser en implantant aux États-Unis une nouvelle entité commerciale qui leur permet d’avoir à la fois un point de vente mais également un centre de stockage. Est-ce l’exemple d’une société qui a grandi trop vite et n’a pas été en mesure de gérer son expansion ? Il y a juste quelques mois en août 2020 la marque a ouvert une nouvelle entité commerciale à Hong Kong. Son utilité n’en est pas encore connue mais il peut s’agir d’un magasin. Toutefois, Meermin n’étant pas propriétaire de leur usine à Shanghai il est également possible que la marque ouvre une entité de production différente. Hong Kong bénéfice d’un régime différent de Shanghai, et ce dernier est particulièrement avantageux du point de vue fiscal…

La nouvelle entité commerciale de Meermin enregistrée à HK en pleine crise du virus Chinois. Comme quoi le business n’est pas mauvais pour tous. (Source : Companies Registry HK)
La nouvelle entité commerciale de Meermin enregistrée à HK en pleine crise du virus Chinois. Comme quoi le business n’est pas mauvais pour tous. (Source : Companies Registry HK)

L’autre point à retenir est que les caractéristiques intrinsèques des souliers n’ont pas beaucoup bougé à travers les années. Les contreforts et bouts durs sont toujours aussi fins et souples par exemple, ce n’est pas pour rien que les Meermin ont tendances à devenir difformes après quelques années. Le travail des tiges est lui aussi toujours aussi aléatoire et ainsi de suite. Après il est difficile de se prononcer sur ces aspects dans la mesure ou le cahier des charges de Meermin n’a jamais été homogène à travers la gamme. Par exemple certains modèles ont un bloc talon en cuir, d’autres ont un bloc talon en salpa, et cela a toujours été le cas et résulte juste d’exigences différentes pour des modèles différents. Il n’en reste pas moins que Meermin a toujours fait des chaussures d’entrée de gamme, et qu’il y a toujours eu des ratés comme l’image suivante le démontre.

Un cousu Norvégien tressé réalisé en 2015 par Meermin. Tout simplement atroce, d’ailleurs la marque a toujours un taux de défauts hallucinant sur ses cousus Norvégiens. Les ouvriers Chinois peuvent copier bien des choses mais il reste encore des domaines qu’ils ne maitrisent pas même après 5 ans. (Source : Styleforum)
Un cousu Norvégien tressé réalisé en 2015 par Meermin. Tout simplement atroce, d’ailleurs la marque a toujours un taux de défauts hallucinant sur ses cousus Norvégiens. Les ouvriers Chinois peuvent copier bien des choses mais il reste encore des domaines qu’ils ne maitrisent pas même après 5 ans. (Source : Styleforum)

S’il y a bien une chose qui est mise en valeur par cette sélection de paires c’est la nécessité d’acheter en boutique et non plus en ligne. Acheter en ligne se résume plus à un jeu de roulette Russe qu’autre chose, alors certes c’est l’option la plus facile et la plus pratique et sans aucun doute celle qui est privilégiée par la majorité des clients mais il faut bien comprendre que cela vous expose à des déceptions. Au final, pour le prix payé Meermin reste une marque intéressante à condition de choisir vos paires. À ce prix vous avez un vaste choix de tailles, de formes, de modèles… le fait est que la marque n’offre plus la même attention aux détails que par le passé.

Bonus: le service client

L’objectif était de reproduire l’expérience d’un client normal de la marque et cela passe également par la qualité du service. Parmi nos 5 paires, 2 avaient déjà été portées, ce qui en soit en dit déjà long sur le niveau d’exigence de la marque, mais cet article n’aurait pas été complet sans un message au légendaire service client.

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