Le guide de la seconde main partie 2 : identifier un vêtement et le faire retoucher

Après avoir vu dans notre précédent article les principes de base qu’il faut connaître avant d’acheter des vêtements sur le marché de la seconde main, nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet en vous expliquant comment éviter certains écueils, et surtout comment faire la distinction entre le bon grain et l’ivraie. Cet article ne va pas traiter des chaussures, ces dernières vont faire l’objet d’un article dédié.

Mainline, outlet, ligne de diffusion, licence…. L’art de naviguer en eau trouble

Les marques sont un élément déterminant dans le commerce, cela fait bien longtemps que les multinationales qui les exploitent le savent. Elles se servent même de leur poids médiatique pour détrui…. influencer les sociétés, toujours bien évidement dans le sens du vent, afin de maximiser leur capital sympathie et leurs profits. C'est la même raison qui pousse les marques de tocards bouffeur de quinoa importé d'Amérique du Sud à se faire passer pour “l'ami” du client. L'objectif étant d'instiller dans la tête du pigeon/client/plouc (la ligne est mince) une relation de confiance “parce qu'on est pote quoi”. Malheureusement dans le monde du luxe, il est parfois difficile d'être inclusif. À vendre ses créations trop chères, on fait les poches du bourgeois concon (un pléonasme ça) mais on délaisse le plouc moyen en dehors de l'équation, alors que lui aussi, il aimerait bien exprimer son individualité à travers des marques et connaître le frisson du luxe, sans pour autant casser son PEL.

C'est ainsi que sont nées les lignes de diffusion et autres licences. Pour l'anecdote l'un des premiers à avoir cette idée dans le monde du vêtement “de luxe” est Pierre Cardin, vous allez très souvent croiser des merdes avec son nom dessus, il adorait les shekels et n'était pas regardant sur la qualité. Et bien évidement, il n’a pas fallu longtemps pour que tout le monde fasse la même chose. Le principe est simple, les marques ont une ligne “principale” appelée mainline en Anglais, qui correspond à la qualité “standard” de la marque et qui est revendue au prix fort dans les magasins “principaux” de la marque, que l’on appelle également les flagship stores. Elles ont ensuite des lignes secondaires, qui sont parfois sous-traitées, parfois fabriquées en interne, nous allons y revenir plus tard, mais d’une qualité inférieure. Il peut s’agir d’une ligne outlet, normalement revendue dans des magasins spécifiques, mais qui parfois trouvent leur place dans les magasins principaux, cela dépend de la politique de distribution et du pays dans lequel vous vous trouvez. Comme il peut s’agir de licences, une marque exploitée par un industriel qui reverse une commission sur les ventes à l’entreprise propriétaire de la marque, la qualité est extrêmement variable. Tout le monde y passe, y compris des grands noms du bespoke.

Gardez toujours en tête que dans la majorité des cas les lignes secondaires sont d’une qualité plus que médiocre. Leur but est d’exploiter le nom d’une marque connue pour en extraire le maximum de shekels. On est dans cette gamme floue du “luxe abordable” où le véritable luxe est celui de se faire repasser de plusieurs centaines d’euros en échange d’une étiquette qui porte le nom d’une marque connue, le tout sans vaseline. Cela est valable pour tous les types de vêtements et d’accessoires. En seconde main, le risque est moindre puisque vous achetez quelque chose d’usagé et donc théoriquement de moins cher. Mais il n’est pas absent pour autant. Vous pensiez acheter un costume bespoke Gieves and Hawkes et il doit bien valoir les 500€ qu’en demande le vendeur, mais faute d’un manque de connaissance vous vous retrouvez avec la ligne made-to-measure (MTM). L’entrée de gamme, celle fabriquée en république de Maurice. Votre seule consolation est de savoir qu’un crétin a payé plus de 2000€ neuf pour quelque chose dont la valeur intrinsèque ne doit pas dépasser les 300, et encore je suis généreux. Mais le fait est que vous vous êtes fait avoir.

Et c’est là problème majeur de la seconde main, vous achetez des vêtements souvent sans contexte, sans histoire apparente et dont l’origine est le plus souvent floue, quand elle n’est pas franchement douteuse. Tout est mélangé, le récent côtoie les antiquités et la distinction ligne principale/lignes secondaires devient difficile si vous n’avez aucune expérience en la matière. Pour un néophyte, la première façon de reconnaître un vêtement passe par le nom de la marque. Ce n’est pas toujours vrai, mais dans la vaste majorité des cas les lignes inférieures sont repérables à leur nom qui est bien souvent construit sur une variation du nom original de la marque. Un exemple simple, en prêt-à-porter (PAP) la ligne principale de Smalto s’appelle…. Smalto. La ligne pestiférée s’appelle Smaltoby. Ce n’est pas une astuce qui est toujours valable, par exemple dans le cas de Ermenegildo Zegna, la ligne principale s’appelle de la même façon, alors qu’une ligne supérieure porte le nom de Zegna couture et la ligne du purgatoire s’appelle Z Zegna. En cas de doute, le pays de provenance du vêtement va vous aider à faire la différence. Thieves and Hawkes, encore eux, ont fait fabriquer en Turquie, à Hong Kong et un peu partout dans le tiers monde. Si vous ne savez pas reconnaître les finitions sartoriales propres au bespoke, il est facile de déterminer que si le vêtement vient de Turquie, il ne s’agit pas du Bespoke. Mais là encore ce n’est qu’une indication dont la valeur est très aléatoire. La ligne Smaltoby dont je parlais plus haut était fabriquée en Italie, ça ne l’empêchait pas d’être médiocre. Le nom de la marque, et la provenance ne sont que des indications. Vous pouvez ajouter à ce faisceau d’indice la composition du tissu. Enfin pour ce que ça vaut… Arnys adorait foutre du polyester partout ça n’empêche pas les fanboys de se pignoler sur la marque au-delà de toute logique. Comme quoi avec les shmattes de “luxe” tout est possible. Nous allons revenir sur la question de la composition un peu plus loin.

Savoir différencier les labels, identifier les fabricants

Une autre possibilité pour estimer la valeur d’un vêtement, c’est d’en trouver le fabriquant
Comme pour les montres, les chaussures et bien d’autres secteurs, les vêtements sont très souvent fabriqués en private label. En général les grands groupes généralistes ne fabriquent pas leurs vêtements de PAP, il en va de même pour les petites boutiques indépendantes ou les tailleurs. La production est donc effectuée par une usine tierce, qui vend ses services à de nombreuses marques. Caruso est l’une des usines les plus connues, mais il en existe bien d’autres. Ermenegildo Zegna, St. Andrews, Cantarelli, Attolini, D'Avenza, Sartoria Partenopea, Isaia disposent tous de leurs propres usines par exemple. En France, Formens, l’usine Roumaine, est également très populaire et fabrique pour beaucoup de marques qui font du made to measure (MTM). Bien évidemment, au fur et à mesure des années et des collections les marques qui font fabriquer en private label changent de fournisseurs. Pour donner un exemple les vêtements de la ligne Brooks Brothers Golden Fleece ont été fabriqués par Martin Greenfield, Isaia, Caruso…. Identifier le fabricant particulièrement utile quand vous vous trouvez face à une marque inconnue, ou une marque qui a disparue. Mais attention, il faut garder en mémoire que comme pour les chaussures les usines de vêtements utilisent différents cahiers des charges. Elles proposent plusieurs niveaux de finitions à leurs clients, pour faire simple le prêt-à-porter de Cifonelli fabriqué chez Caruso n’utilisait pas le même cahier des charges que le prêt-à-porter de Brooks Brothers venant de la même usine, c'est de la segmentation.

Afin de vous aider à identifier certaines marques, voici une archive des étiquettes vous permettant d’identifier les fabricants les plus répandus.
Quelques remarques sur cette archive: vous pouvez agrandir les photos, le nom indiqué est le nom du fabricant et non le nom de la marque, quand l'information était donnée le fabricant et le nom de la marque sont indiqués, les images présentent certaines étiquettes à différentes époques.

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Aller au delà des marques, tissu, entoilage...

Le tissu

Savoir reconnaître qui est le fabriquant d’un vêtement en utilisant son étiquette, c’est bien mais c’est loin d’être suffisant. On l’a déjà dit, les usines utilisent la segmentation et surtout, il faut éviter d’être obnubilé par l’idée de “marque” car ce qui compte avant tout, c'est la qualité des matériaux employés. On n’a jamais vu un costume bien tomber à cause d’une étiquette avec tel ou tel grand nom dessus, comme on n’a jamais vu un homme devenir une femme parce qu’il porte une perruque, penser de cette façon c’est confondre corrélation et causalité. Ce qui joue c’est avant tout la qualité des matériaux et du travail effectué. En fonction de certains détails de confection il va être possible de savoir si vous vous trouvez en présence d'un vêtement de prêt-à-porter, ou non et d'un vêtement de qualité ou non. Encore faut-il être capable de reconnaître les détails en question. Cela demande un certain temps et rien ne remplace l’expérience mais il faut bien commencer quelque part. Voici donc quelques éléments de construction qu’il est bon de connaître. Attention cependant, il faut garder à l’esprit que ces éléments ne sont pas à eux seuls déterminant pour la qualité. Il faut regarder un vêtement dans son ensemble pour juger de sa qualité et ne pas se fixer sur un détail spécifique. Gardez également à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un article sur l’anatomie des vêtements et que par conséquent beaucoup d’éléments ne sont pas traités ici.

Commençons tout d'abord par le plus évident, à savoir la qualité du tissu. C’est un sujet qui mériterait une série d’articles à lui seul et que nous n’allons traiter que de façon anecdotique ici. Si le nom du fabricant est indiqué à l’intérieur du vêtement, c’est bon signe. Mais les industriels du textile sont comme les tanneries, bien que ça soit leur rêve, le nom ne fait pas tout. Annonay font parmi les meilleurs cuirs du monde, ils font également des cuirs médiocres. La règle est la même chez les drapiers et ce n'est pas parce que vous avez un tissu qui provient de chez VBC, Thomas Mason, Loro Piana, Dormeuil et ainsi de suite qu'il est exceptionnel. Le nom du fabricant n’est qu’un indice parmi d’autres. Un autre indice tient évidemment à la composition du tissu, mais là encore les marques savent jouer sur l'aspect psychologique de l'étiquette. Avec le développement du “luxe accessible”, qui n'est en réalité qu'une invention postmoderne de plus pour faire les poches du prolo, il s'est répandu sur le marché quantité de tissus qui ne comprennent qu'une infime quantité de “matière noble”. Je ne parle pas ici des mélanges destinés à rendre certains tissus fragiles plus durables, mais plutôt des liasses du genre Cape Horn de chez Holland & Sherry qui comportent 1% de cachemire. Un pourcentage tellement bas et dérisoire qu'il n'a aucune influence sur le tissu et dont l'objectif est de faire tourner des têtes un peu vides avec la simple mention du mot “cachemire” sur l'étiquette. La seconde main est justement l'occasion idéale pour envoyer balader ces tissus bâtards dont la seule raison d'exister est un marketing débile et arriviste. Je ne suis pas en train de dire que ces tissus sont mauvais, ou qu'il faut les brûler sur la place publique, mais le marché de l'occasion regorge de pièces aux tissus anciens, rares et chers et c'est l'occasion idéale pour tout acheteur aux moyens limités de s'offrir des vêtements dont le prix du neuf est parfois stratosphérique. Attention toutefois à ne pas tomber dans le piège inverse et d'acheter des pièces dont la provenance est douteuse parce que l'étiquette mentionne une composition 100% cachemire ou autre. C'est une pratique courante chez les tailleurs asiatiques, surtout Chinois.

Le genre de composition fantaisiste dont il faut se méfier comme la peste, c'est comme une veste en tignasse de Jacom*t, ça envoi du rêve mais au final c'est beaucoup de bruit pour rien. (source: styleforum)
Le genre de composition fantaisiste dont il faut se méfier comme la peste, c'est comme une veste en tignasse de Jacom*t, ça envoi du rêve mais au final c'est beaucoup de bruit pour rien. (source: styleforum)
Surtout quand l'étiquette du "tailleur" ressemble à ça... (source: styleforum)
Surtout quand l'étiquette du "tailleur" ressemble à ça... (source: styleforum)

L'entoilage

Passons maintenant à une question sur laquelle on lit de tout et n'importe quoi, l'entoilage. Commençons par évacuer un mythe sur ce sujet. Toutes les sommités autoproclamées de “l’élégance”, toutes les marques 2.0 et autres “tailleurs” formation Formens, disent que pour reconnaître une veste entoilée il faut faire rouler entre vos doigts l’un de ses pans, de préférence au niveau des boutons ou des revers, pour sentir s’il y a une couche intermédiaire entre le tissu extérieur et la doublure. Foutaise. Vous pouvez être en présence d’un costume thermocollé avec plastron flottant. Ce n'est donc pas parce que vous sentez une “couche intermédiaire” que la veste sort forcément de l’atelier millénaire de pépé Giuseppe, c'est possible mais ce n'est pas garanti. Les vendeurs de costumes entretiennent une confusion entre le plastron et la toile tailleur: sauf exception (par exemple une slack jacket), les vestes ont un plastron au niveau du revers. La présence de ce plastron ne garantie aucunement que la veste est entoilée, c'est-à-dire qu'une "toile" est utilisée dans la confection de la veste plutôt que de la thermocolle.

Lorsqu'on vous présente du semi-entoilé, vous imaginez que la poitrine est entoilée (donc dispose d'une toile en crin de cheval) et que le bas de la veste est thermocollée. Malheureusement, c'est bien souvent toute la veste qui est thermocollée, sauf qu'un plastron est rajouté au niveau du revers. Pour qu'il puisse être senti quand on pince le revers et qu'on le fait rouler sous les doigts, le plastron sera cousu de façon flottante.
En revanche, si c'est de l'entoilé, la toile tailleur (normalement en crin de cheval et en laine, avec différentes épaisseurs possibles) remplace la thermocolle sur toute la veste. On ajoute ensuite le plastron au niveau des revers et de la poitrine.

Vous comprenez donc que pincer le revers n'aide pas à savoir si la veste est entoilée, mais simplement à déterminer si un plastron est employé. En même temps, quand on vous dit que l’entoilage est cher et long à faire et que les Chinois de SuitSupply ou Spier & Mackay peuvent produire des chiées de vestes “entoilées” à la demande, à moins que comme vos contemporains vous ne viviez dans un état permanent de dissonance cognitive, c’est le genre de contradiction qui devrait vous interpeller.

Il reste que l'entoilage étant devenu un argument commercial, bien des marques font effectivement de l'entoilage et non pas simplement du thermocollé avec plastron. Mais en réalité il existe différentes méthodes d'entoilage, propres à chaque atelier/usine. La toile utilisée, normalement en crin de cheval, pourra être remplacée par d'autres matières (lin, coton, laine, synthétique). Le nombre de couches pourra également être différentes, ainsi que tout le travail de couture et au fer. On peut se retrouver avec un entoilage assez lourd, tout comme avec un entoilage digne d'un papier à cigarette. Entoiler pour entoiler n'a pas vraiment d'intérêt, le but d'un entoilage est de garantir le bon tombé de la veste. Ne croyez pas aux histoires de "durabilité" d'une veste de pap milieu de gamme ou de demi-mesure entoilée, les tissus employés pour ces costumes ont souvent une durée de vie inférieure à la thermocolle et la qualité d'un entoilage complet industriel apporte rarement au tombé de la veste.

La qualité du plastron n'est pas non plus en reste. Le plastron est lui aussi composé soit d'une ou plusieurs toiles qui peuvent être de matières différentes (laine, lin, crin, coton, synthétique...) et en nombre de couches différentes, ce qui donne un plastron plus ou moins souple ou rigide. La nervosité du plastron et la qualité de sa confection dépendent également de la façon dont il est cousu et repassé. Plus le plastron est rigide, et plus il sera nécessaire de le doubler de ouate pour ne pas être gêné par sa rigidité et pour protéger la doublure (le crin de cheval, hypothèse de référence, ayant un effet abrasif).

Le choix des matières, leur épaisseur etc sera dicté par le tissu choisi (nature et poids) pour la confection du costume, les habitudes de l'atelier et par le positionnement tarifaire.

Entoilage main sur un bespoke Parisien, reconnaissable par les points piqués laissés par le tailleur au niveau des revers. 
(Notez le fil supplémentaire en bas de la boutonnière, ce dernier est là pour accommoder la tige d’une fleur, vestige du temps où les hommes portaient encore ce genre d’ornement). (source : sartorialisme)
Entoilage main sur un bespoke Parisien, reconnaissable par les points piqués laissés par le tailleur au niveau des revers. (Notez le fil supplémentaire en bas de la boutonnière, ce dernier est là pour accommoder la tige d’une fleur, vestige du temps où les hommes portaient encore ce genre d’ornement). (source : sartorialisme)
Même commentaire, mais sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Même commentaire, mais sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Idem, mais sur un bespoke Napolitain (source : sartorialisme)
Idem, mais sur un bespoke Napolitain (source : sartorialisme)
Entoilage machine sur un MTO Espagnol, les points sont plus discrets (au point d’être en partie invisibles sur cette photo) et sont laissés par la Strobel, une machine à coudre souvent utilisée pour les entoilages industriels. (source : sartorialisme)
Entoilage machine sur un MTO Espagnol, les points sont plus discrets (au point d’être en partie invisibles sur cette photo) et sont laissés par la Strobel, une machine à coudre souvent utilisée pour les entoilages industriels. (source : sartorialisme)
Voici un entoilage de qualité, composé de plusieurs couches de crin. Ici la veste est coupée, mais sur certaines vestes non doublées il est parfois possible de voir une partie de la toile d’entoilage en fouillant un peu. (source : j.diduch)
Voici un entoilage de qualité, composé de plusieurs couches de crin. Ici la veste est coupée, mais sur certaines vestes non doublées il est parfois possible de voir une partie de la toile d’entoilage en fouillant un peu. (source : j.diduch)
Le genre d’entoilage industriel en matière synthétique que l’on peut voir chez énormément de “tailleurs” Formens et autres marques de MTO/MTM qui existent de nos jours. Comme le montage Goodyear, l’entoilage n’est rien d’autre qu’une technique dont la qualité varie énormément selon les fabricants/tailleurs. (source : sartorialisme)
Le genre d’entoilage industriel en matière synthétique que l’on peut voir chez énormément de “tailleurs” Formens et autres marques de MTO/MTM qui existent de nos jours. Comme le montage Goodyear, l’entoilage n’est rien d’autre qu’une technique dont la qualité varie énormément selon les fabricants/tailleurs. (source : sartorialisme)

Les détails “sartoriaux” à reconnaître

Un autre des critères de distinction entre un vêtement moyen et un vêtement de qualité supérieure réside dans la façon, vous serez étonné de voir la quantité d'information que l'on peut apprendre en regardant simplement qualité des coutures, n'hésitez pas à écarter les lignes de coutures avec vos doigts pour vérifier la qualité des coutures, si c'est irrégulier c'est sans doute fait à la main, si vous voyez que c'est très régulier ou que vous ne voyez rien c'est à la machine. Et bien évidemment viennent ensuite les finitions et la quantité de travail effectué à la main. Au risque d'en surprendre plus d'un, toutes les finitions à la main ne se valent pas, certains font exprès de faire du travail bâclé pour vanter la beauté de l'irrégularité du travail à la main... Si, si.
L’attention portée à chaque détail est un critère bien souvent révélateur, et les fabricants l’ont compris. Ces dernières années il s’est développé la tendance des finitions attire plouc (surpiqures AMF le long des revers, boutonnières fonctionnelles, milanaise en fil de couleur contrastante…) le but étant d’augmenter la valeur perçue d’un vêtement à moindre frais, ne vous laissez pas berner. Sachez aussi que certains amateurs, petits pervers, font également ajouter des milanaises ou des points baguette par des retoucheurs spécialisés.

Surpiqûre AMF, boutonnière fonctionnelle machine en fil contrasté, finitions que l’on trouve souvent sur du mauvais merde-to-measure, Chinois ou Roumain. Le seul message que vous envoyez à porter ce genre de vêtement est le suivant : “Je suis d’extraction moyenne et je gagne péniblement un Smic”. Ne vous étonnez pas si vous vous faites cracher dessus dans la rue, vous le méritez.
Surpiqûre AMF, boutonnière fonctionnelle machine en fil contrasté, finitions que l’on trouve souvent sur du mauvais merde-to-measure, Chinois ou Roumain. Le seul message que vous envoyez à porter ce genre de vêtement est le suivant : “Je suis d’extraction moyenne et je gagne péniblement un Smic”. Ne vous étonnez pas si vous vous faites cracher dessus dans la rue, vous le méritez.

Surpiqûre

Commençons par la surpiqûre, il s'agit d'une légère couture que l’on trouve à divers endroits, mais le plus souvent le long des revers. C’est une finition qui est technique, historiquement réalisée à la main, et qui permet de renforcer la toile intérieure dans le cas de costumes entièrement entoilés. Les surpiqûres permettent à la veste entoilée de conserver des bords très “nets” en maintenant le tissu en place. La surpiqûre n’a de raison d’être que si le costume en entièrement entoilé, sur les costumes thermocollés, semi-entoilés ou certains “entoilés” industriels la colle “remplace” la surpiqûre, cette dernière devient alors totalement superflue. Cela n’empêche pas les fabricants d’en foutre partout, chez beaucoup on est passé d’une finition technique à une finition esthétique.
Le problème c’est qu’il n’est pas évident de faire une belle surpiqûre et puis surtout cela demande du temps. Et comme vous le savez, dans tous les processus industriels, le temps c’est de l’argent. C’est ainsi qu’a été développé il y a fort longtemps la machine AMF. Il s’agit d’une machine qui a pour but d’imiter une surpiqûre fait main. Il peut être difficile de repérer une surpiqûre AMF, surtout si la machine est très bien réglée et l’ouvrier très qualifié mais avec de l’expérience il est assez facile de repérer une surpiqûre machine à cause de sa régularité. Gardez à l’esprit qu’il n’existe pas que la machine AMF, il existe également la machine Complett, la Columbia ou encore la Juki. Dans le cas de ces deux dernières, elles laissent une couture en point de chaînette sur l’envers. Par simplicité, nous regroupons tout cela sous le nom de couture AMF.

Surpiqûre main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Surpiqûre main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Surpiqûre main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Surpiqûre main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume en prêt-à-porter entoilé machine (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume en prêt-à-porter entoilé machine (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume MTO espagnol entoilé machine (source : sartorialisme)
Surpiqûre AMF sur un costume MTO espagnol entoilé machine (source : sartorialisme)
Petit bonus, la surpiqure AMF comme outil de marketing puisqu’elle évoque l’idée du travail tailleur et donc la qualité. Il n’y a pas besoin de dire d’où vient l’image, vous avez compris qu’il y a des moustaches, du tutoiement et des sales gueules.
Petit bonus, la surpiqure AMF comme outil de marketing puisqu’elle évoque l’idée du travail tailleur et donc la qualité. Il n’y a pas besoin de dire d’où vient l’image, vous avez compris qu’il y a des moustaches, du tutoiement et des sales gueules.

Boutonnières

Nous allons maintenant aborder la question des boutonnières. La boutonnière est un autre élément qui peut permettre de déterminer assez facilement la provenance d’une veste. Une boutonnière faite main étant en général le signe d’une attention aux détails assez poussée.
Vous avez en général trois types de boutonnières, celles qui sont faites à la machine, celles qui sont faite machine et “retouchée main” et enfin celles qui sont faites intégralement à la main. Notez que sur une même veste il est possible de trouver plusieurs types de boutonnières. Une boutonnière machine va être très régulière sur son envers, alors qu’une boutonnière main va avoir tendance à être plus irrégulière. Et bien évidemment, une boutonnière fonctionnelle sur les manches n’est pas nécessairement signe d’un bespoke…

Boutonnière main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Parisien (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Parisien mais au niveau du revers. (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Parisien mais au niveau du revers. (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Romain (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Romain mais au niveau du revers (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur ce même bespoke Romain mais au niveau du revers (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Napolitain. Vous pouvez également apercevoir la (très discrète) surpiqûre main sur le revers (source : sartorialisme)
Boutonnière main sur un bespoke Napolitain. Vous pouvez également apercevoir la (très discrète) surpiqûre main sur le revers (source : sartorialisme)
Boutonnière machine retouchée à la main sur un costume de prêt-à-porter (source : sartorialisme)
Boutonnière machine retouchée à la main sur un costume de prêt-à-porter (source : sartorialisme)
Envers d'une boutonnière machine sur un costume MTO espagnol (source : sartorialisme)
Envers d'une boutonnière machine sur un costume MTO espagnol (source : sartorialisme)
Boutonnières main sur un costume 2 boutons Smalto, avec une particularité, cf la photo suivante.  (source : j.diduch)
Boutonnières main sur un costume 2 boutons Smalto, avec une particularité, cf la photo suivante. (source : j.diduch)
Plutôt que d’avoir la traditionnelle forme en trou de serrure la boutonnière du bas est droite, un détail qui sert à rappeler que le bouton du bas doit toujours être laissé ouvert. (source : j.diduch)
Plutôt que d’avoir la traditionnelle forme en trou de serrure la boutonnière du bas est droite, un détail qui sert à rappeler que le bouton du bas doit toujours être laissé ouvert. (source : j.diduch)
Sur cette veste 2 boutons de prêt-à-porter haut de gamme la boutonnière du haut à été faite à la main sur l’endroit et sur l’envers.  (source : j.diduch)
Sur cette veste 2 boutons de prêt-à-porter haut de gamme la boutonnière du haut à été faite à la main sur l’endroit et sur l’envers. (source : j.diduch)
Alors que la boutonnière du bas n’a été faite à la main que sur l’endroit, car elle n’est jamais censée servir. (source : j.diduch)
Alors que la boutonnière du bas n’a été faite à la main que sur l’endroit, car elle n’est jamais censée servir. (source : j.diduch)
Boutonnières main sur un bespoke Anglais. Les boutonnières sont difficiles à aligner, c’est un détail à observer avec attention. Autre détail qui n’apparait dans la photo, ces boutonnières avaient été scellées avec une sorte de substance “grasse”. Sur les vêtement de grande qualité il est courant de sceller les boutonnières avec de la cire d'abeille après la coupe et avant de les travailler, ce qui permet d'éviter l'effilochage et d'obtenir un bord plus solide. Parfois d’autres matières sont utilisées à la place de la cire, mais le résultat au toucher est similaire. (source : j.diduch)
Boutonnières main sur un bespoke Anglais. Les boutonnières sont difficiles à aligner, c’est un détail à observer avec attention. Autre détail qui n’apparait dans la photo, ces boutonnières avaient été scellées avec une sorte de substance “grasse”. Sur les vêtement de grande qualité il est courant de sceller les boutonnières avec de la cire d'abeille après la coupe et avant de les travailler, ce qui permet d'éviter l'effilochage et d'obtenir un bord plus solide. Parfois d’autres matières sont utilisées à la place de la cire, mais le résultat au toucher est similaire. (source : j.diduch)

Les boutons

En plus des boutonnières, n’hésitez pas également à regarder la qualité du bouton et la qualité de son cousu. Le fil doit à la fois être épais et avoir un aspect légèrement ciré ou “gras” plutôt que d'être fin et sec comme en prêt-à-porter. Le cousu le plus souvent utilisé en bespoke n'est pas un cousu en croix ou un cousu farfelu type pied de coq (sauf pour les chemises) mais un simple cousu parallèle. La tige sera souvent un peu épaisse afin que le bouton se tienne bien droit et ne tombe pas mollement. Pour ce qui est de la qualité du bouton, évitez le plastique ou tout autre imitation. Sauf exception (cuir, bois...), les boutons de qualité sont en corne ou en métal, parfois précieux. Il existe différentes qualités de corne, et certains boutons en corne peuvent coûter très cher.

Un bouton cousu à la main sur une veste, le bouton est bien droit et est solidement cousu. (source : j.diduch)
Un bouton cousu à la main sur une veste, le bouton est bien droit et est solidement cousu. (source : j.diduch)
Même chose mais au niveau des manches. (source : j.diduch)
Même chose mais au niveau des manches. (source : j.diduch)

La doublure

Pensez à regarder les doublures ainsi que leur cousu. Lorsque la doublure a été cousue à la main c'est soit du bespoke soit du prêt-à-porter haut de gamme. La marque de la doublure est parfois indiquée dans le bon prêt-à-porter (fodera bemberg revient fréquemment par exemple). La doublure des manches est également un indicateur utile bien que certains tailleurs utilisent des doublures de PAP. Dans certains cas vous pouvez également trouver des systèmes de doubles doublures. Au niveau des manches et de la ceinture scapulaire vous avez alors une doublure en cupro et en bas du vêtement une doublure en laine ou en coton. Il existe également des doublures capitonnées, ça c'est vraiment extra mais c’est rare.

Différence de traitement sur deux vestes de prêt-à-porter haut de gamme. À gauche une surpiqure réalisée à la main vient fermer la doublure alors qu’à droite la doublure a simplement été fermée à la machine. (source : j.diduch)
Différence de traitement sur deux vestes de prêt-à-porter haut de gamme. À gauche une surpiqure réalisée à la main vient fermer la doublure alors qu’à droite la doublure a simplement été fermée à la machine. (source : j.diduch)
Une doublure bespoke assemblée entièrement à la main et présentant une surpiqure décorative. (source : j.diduch)
Une doublure bespoke assemblée entièrement à la main et présentant une surpiqure décorative. (source : j.diduch)

La question des proportions d'un vêtement et des retouches

Le patronage

Le travail de patronage tend à être souvent considéré par les ploucs qui trainent trop sur les forums comme quelque chose de subjectif, alors qu'il est au contraire totalement objectif. Dans le monde de la seconde main, vous allez croiser de tout. Des patronages ratés, des vêtements charcutés par des retoucheurs, des pièces qui datent des heures sombres de notre histoire (du vestiaire masculin j'entends) comme des vêtements bien proportionnés. Et c'est ceux là qu'il faut bien évidemment privilégier Alors certes, certaines considérations morphologiques sont à prendre en compte, mais d'une façon général, un bon travail de patronage se traduit souvent par un vêtement qui tombe bien. Nous n'allons pas trop nous attarder sur ce sujet, vous avez déjà plusieurs articles sur le site qui traitent de cette question. Toutefois, à moins de souffrir de nanisme, évitez les vestes trop courtes ou en tout cas disproportionnées. Evitez aussi le boutonnage actif très haut proposé par toutes les mauvaises enseignes sauf si vous voulez avoir une allure simiesque. Autre travers souvent observé: le dernier bouton trop décalé par rapport à la ligne de la poche (soit trop haut, assez rare, soit trop bas, très fréquent).

Le bon boutonnage trois boutons. (source : ethan wong)
Le bon boutonnage trois boutons. (source : ethan wong)
Le bon boutonnage deux boutons. (source : alittlebitofrest)
Le bon boutonnage deux boutons. (source : alittlebitofrest)
A fuir, le bouton du bas est trop bas par rapport aux poches. (source : alittlebitofrest)
A fuir, le bouton du bas est trop bas par rapport aux poches. (source : alittlebitofrest)
Idem à fuir. (source : alittlebitofrest)
Idem à fuir. (source : alittlebitofrest)
Même si le boutonnage actif est placé très bas, le reste de la veste doit être coupé de façon harmonieuse de façon à ce que le bouton du bas reste au niveau des poches. (source : alittlebitofrest)
Même si le boutonnage actif est placé très bas, le reste de la veste doit être coupé de façon harmonieuse de façon à ce que le bouton du bas reste au niveau des poches. (source : alittlebitofrest)
L'écart entre les boutons commence à être dangereusement excessif.(source : alittlebitofrest)
L'écart entre les boutons commence à être dangereusement excessif.(source : alittlebitofrest)

Après un rapide tour sur insta, on comprend rapidement que la majorité des sartorialistes semblent méconnaitre cette règle... qu'importe, l'important est de nous bassiner avec leurs histoires de chemises à grands cols et leurs vestes à larges revers.

L'art des proportions selon le sartorialiste Instagram. (source : gentleman chemistry)
L'art des proportions selon le sartorialiste Instagram. (source : gentleman chemistry)

Les retouches

À moins que vous ayez une chance incroyable, la vaste majorité de ce que vous allez trouver en seconde main va nécessiter des retouches. C’est un passage pratiquement obligatoire et en fonction de votre budget il peut être important de prendre en compte les retouches lors de l’achat du vêtement. En revanche nous pensons que le soi-disant principe énoncé par d’autres qui voudraient que “le coût de la retouche ne doive pas dépasser le prix du vêtement” est complètement ridicule et sans fondement. C’est à vous de voir ce qui fait sens par rapport à votre budget. Si par exemple vous vous fixez un budget de 300€ pour une veste à motif pied de poule et que vous en trouvez une à 250€ avec 50€ de retouches, ou une à 50€ avec 250€ de retouches, cela ne change rien dans l'absolu, à la fin vous avez la veste désirée au prix voulu. C’est surtout vrai dans le cadre des pièces anciennes, bespoke ou du prêt-à-porter très haut de gamme. Dans le cas d’un vêtement “commun” et sans aucune valeur particulière disons la bête veste Suitsupply achetée sur Vinted pour trois fois rien, financièrement le travail de retouche reste intéressant tant qu’il est mineur (on va dire cintrer la veste et raccourcir les manches, les opérations les plus courantes), après imaginons que vous fassiez une taille 50 et que la veste soit une taille 56... il va y avoir énormément de travail mais au final la seule règle, c'est de respecter la ligne du vêtement (nous allons aborder cela dans un instant) et que vous ne dépassiez pas votre budget.

Avant toute chose, pensez à vous habiller intelligemment pour aller chez le retoucheur. Si vous allez faire retoucher un pantalon, mettez les chaussures que vous allez vouloir porter avec ledit pantalon par exemple. 
Dans l'absolu presque tout est possible au niveau retouche si vous avez un retoucheur compétent, sauf rallonger ou modifier de façon extrême, puisqu’il faut pour cela des réserves conséquentes de tissu dans le vêtement. Ainsi, un collar gap peut être corrigé en pinçant le col, de la même façon un excès de matière si l'ancien propriétaire était vouté peut être rattrapé, des épaules trop structurées peuvent s'adoucir. Faites attention cependant, une épaule de prêt-à-porter bas de gamme ne peut pas être rattrapée esthétiquement car on ne peut pas créer de talon de manche. On peut réduire la carrure et parfois l'augmenter (légèrement) s'il y a de la réserve de tissu dans le dos. Les manches peuvent se raccourcir par le poignet ou l'épaule. La fourche d'un pantalon peut également être modifiée si vous avez des plis de tension ou au contraire un excès au niveau des fesses ou de l'aine. Il est possible de cintrer et d'ouvrir une veste, on peut ouvrir des boutonnières, on peut réduire l'ampleur d'une manche ou d'un poignet (utile si on ne porte pas de poignet mousquetaire) mais dans ce cas il faut des boutonnières ouvertes. En revanche on ne peut pas réduire l'emmanchure. Vous l’avez compris, ce ne sont pas les possibilités qui manquent en matière de retouche, mais cela ne veut pas dire que toutes les retouches sont bonnes à faire. Le plus important est d’essayer de conserver au maximum la ligne du vêtement. C’est un principe duquel il ne faut jamais s’éloigner. Par exemple n'essayez pas de raccourcir une veste qui est trop longue pour vous, c’est une fausse bonne idée, car les poches ne vont pas bouger et cela va ruiner la ligne et les proportions du vêtement. Il n’est également pas possible de changer de place les boutons. Agrandir un fond de culotte comporte des risques car cela écarte trop les poches. Elargir le bassin est une retouche délicate car elle peut aussi modifier le tombé du pantalon au niveau des cuisses. Cela peut cependant se rattraper en pinçant l'arrière du pantalon mais il y a alors un risque de remonter les poches. Il est vraiment important de comprendre que même si une retouche est techniquement possible, elle n’est pas nécessaire souhaitable. Un retoucheur peut toujours changer le nombre de boutons d’une veste pour la faire passer d’une 3 boutons à une 3 roll 2 par exemple, mais le résultat sera esthétiquement décevant, pour ne pas dire ridicule. On peut aussi modifier un cran mais là encore le résultat sera laid. Au risque de nous répéter, il faut vraiment respecter la ligne du vêtement.

Il est possible de convertir une veste 3 boutons en 3 roll 2, mais le col risque de se relever/plisser comme c’est le cas ici. (source : dirnelli)
Il est possible de convertir une veste 3 boutons en 3 roll 2, mais le col risque de se relever/plisser comme c’est le cas ici. (source : dirnelli)
Idem. (source : dirnelli)
Idem. (source : dirnelli)
Exemple typique du costume charcuté de partout, et plusieurs fois. Le résultat est au final difforme et ridicule. Le téléphone dans la poche de poitrine et le masque de cocu paniqué ne sont donc pas surprenants. (source : dirnelli)
Exemple typique du costume charcuté de partout, et plusieurs fois. Le résultat est au final difforme et ridicule. Le téléphone dans la poche de poitrine et le masque de cocu paniqué ne sont donc pas surprenants. (source : dirnelli)
Il est possible de changer la forme d’une épaule, dans un sens comme dans l’autre. (source : dirnelli)
Il est possible de changer la forme d’une épaule, dans un sens comme dans l’autre. (source : dirnelli)

L’état d’usure des objets, est-ce qu’il y a des règles à suivre ?

Oui et non. On pourrait penser que cette question est importante pour les vêtements de seconde main, mais en réalité cela dépend beaucoup des préférences de chacun. Certains aiment quand le tissu est très fatigué ou élimé, pour d'autres c'est intolérable. Sachez tout de même qu’il subsiste des stoppeuses sur Paris mais vu le coût c'est à réserver aux pièces assez onéreuses et durables (par exemple les manteaux et vestes pouvant être recyclées en dépareillées). Les réfactions de doublure, bouton décousu et autres petits problèmes mineurs ne doivent pas freiner l'achat. En revanche un bouton cassé peut amener à changer tous les boutons (si jamais on ne peut pas retrouver le même bouton) et ça peut revenir un peu cher si on prend des boutons de qualité mais c’est là encore un choix personnel. Nous pouvons bien évidemment vous donner quelques conseils spécifiques, par exemple sachez que les barbours fatiguées peuvent être recirées, faites toutefois attention aux barbours très sèches car le tissu peut casser. D’ailleurs les anciennes barbours sont souvent trouées et certains aiment les porter de cette manière. Les pantalons en velours peuvent être blanchis, ça n'indique pas un état d'usure particulier car un velours neuf devient blanc assez rapidement. 
Les chemises typées business avec un col élimé peuvent être recyclées en chemises de WE, le col peut également être coupé pour faire une chemise sans col si le tissu est estival et que vous aimez ce type de chemise. Une chemise avec une tache indélébile peut être utilisée sous un pull si vous êtes vraiment fauché. Cette astuce fonctionne également avec les cravates tachées ou qui ont un accroc. Ce qui n’est pas forcément un mauvais plan car les défauts vont en général très vite baisser le prix des cravates en seconde main. En ce qui concerne un coton un peu délavé, il est facile de le reteindre, c’est valable pour les chinos par exemple. Tout est vraiment une question d’appréciation et de préférence. Et plus vous êtes débrouillards plus il est facile de redonner une seconde jeunesse à certaines pièces, c’est surtout vrai pour les chaussures mais nous allons traiter de ce sujet dans un futur article. Pour certains tant que l’usure n'affecte pas la solidité du vêtement il est encore sauvable ou du moins portable. Pour d’autres la moindre trace d’âge est insupportable, mais on se demande alors pourquoi ils ont le moindre intérêt dans la seconde main.

15 réflexions au sujet de “Le guide de la seconde main partie 2 : identifier un vêtement et le faire retoucher”

  1. Hello,
    merci pour cet article.
    Vous mentionnez brièvement que le semi-entoilage/entoilage de SS et S&M n’en est pas vraiment un.
    Pouvez-vous svp élaborer ce point?
    Que pensez-vous de Pini Parma sur ce même aspect?
    Merci

    Répondre
    • Bonjour,
      Difficile de savoir si SS/SM font du thermo + plastron ou entoilage (d’autant plus qu’il y a différentes gammes chez SS, genre Jort etc). Et ça a possiblement varié dans le temps. Il faudrait décortiquer une veste pour vérifier (enfin même plusieurs, dont des anciennes productions). Ce qui n’a jamais été fait, du moins à ma connaissance. On pointe juste des procédés utilisés par des marques d’entrée / milieu de gamme. Ces marques servent à situer la gamme critiquée et non à désigner que ces marques se livrent à ce genre de pratiques.

      Répondre
      • Merci pour votre retour.
        Vous devriez mettre un lien patreon pour que vos lecteurs puissent financer les dissections anatomiques de produits !

        Répondre
  2. Vous avez parlé à plusieurs reprises des pratiques dans la mesure industrielle, et des produits qui peuvent être de qualité décevante. Avez-vous des labels à conseiller et/ou d’autres à fuir ?

    Répondre
    • C’est une question difficile car il faut prendre en compte le produit mais également le travail de l’intermédiaire (vendeur/“tailleur”) tout en ayant en tête que cela dépend également des attentes du client, de son niveau d’exigence, de son budget…. Toutes les marques de MTO/MTM ne sa valent pas, c’est un fait mais ce n’est pas pour autant qu’il est aisé de recommander des marques. D’une façon générale il est bon de se méfier quand l’on commence à entendre parler d’algorithme magique, de façon artisanale ou de je ne sais quel autre argument marketing. C’est d’ailleurs pour cela que nous tâchons d’expliquer en détails certains critères qui permettent de distinguer un produit d’un autre.

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  3. Merci de cet article édifiant.

    Je rebondis sur le commentaire précédent pour vous demander si vous avez un avis sur Blandin & Delloye.

    Il me semble que c’est du Formens et j’imagine que ce n’est pas parfait, mais que pensez-vous du rapport Q/P pour un deux pièces fait avec la liasse Proposte Abiti de chez Loro Piana (laine, lin, soie) autour de 800€ ?

    Quid d’Ardentes Clipei ? Ils proposent la même liasse autour de 1400€, avec un vrai tailleur cette fois-ci et non un commercial, et via un atelier au Portugal je crois. Forcément, j’imagine que la qualité sera supérieure à B&D, mais un tel écart de prix est-il justifié ? Ne peut-on pas arriver à un résultat correct chez B&D en expliquant bien ce que l’on souhaite, notamment au niveau de la coupe ? Bref, je souhaite de la qualité, mais j’ai du mal à dépasser le seuil psychologique des 1000€ pour ce qui reste finalement un vêtement…

    Répondre
    • Suite à mon commentaire ci-dessus, j’en profite pour vous dire que de manière plus générale un article sur des marques de demi-mesure à conseiller dans différentes gammes de prix, ccomme vous l’aviez fait pour les chaussures, serait le bienvenu. Tout comme des recommandations de retoucheurs d’ailleurs. Le tout à Paris ou ailleurs.

      Merci.

      Répondre
      • Bonjour Remi,

        J’avais la même question à vrai dire, j’ai 3 costumes de chez Ardentes Clipei, et j’hésite à faire une veste sport chez lui ou tester B&D pour une simple de question de budget. Si vous voulez en parler sur Instagram vous pouvez me retrouver sur Constantin.bardin.

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    • Pas d’avis particulier.

      Il est de toute façon très difficile de répondre à la question du rapport qualité prix d’une marque par rapport à une autre car contrairement aux souliers, les proportions et surtout le tombé ajoutent une dimension supplémentaire au problème. Je comprends bien que peut être une marque va avoir un entoilage de meilleur qualité qu’une autre, qu’une va avoir des détails fait à la main et pas l’autre. Si il ne s’agit que d’une question de comparer des caractéristiques techniques, vous pouvez trouver la réponse vous même, mais est-ce que cela est très important si à la fin vous ressemblez à un jambon?
      Voilà plusieurs exemples de costumes objectivement ratés qui viennent tous de différentes offres de demi-mesure:
      https://i.imgur.com/Fehcznv.jpeg (Scavini)
      https://i.imgur.com/anT6zio.jpg (Maison Pen)
      https://i.imgur.com/x9XVmaF.jpeg (B&D, cas particulier, costume offert à des fins promotionnelles)

      Je suis certains que tous ces clients sont contents mais était-ce bien la peine de payer aussi cher pour avoir l’air con(tent)? Alors certes, peut-être que le client avait mauvais goût, peut être qu’il a un physique ingrat difficile à habiller, et que ces résultats s’expliquent d’une façon ou d’une autre. La question reste la même, était-ce bien la peine ? Peut-être que la réponse, est oui, je n’en sais rien, je ne suis pas le client. La question fondamentale est plutôt de savoir, qu’êtes vous prêt à mettre dans le vêtement (en temps et en argent), quel est votre niveau d’exigence, quels sont vos besoins ?

      Si vous avez du mal à dépenser plus de 1000€ dans un vêtement, j’ai une bonne nouvelle pour vous. Il est tout à fait possible d’avoir un résultat correct en achetant du prêt-à-porter et en le faisant (bien) retoucher. La seconde main est également une option comme le montre cet article. La demi-mesure, c’est très bien, mais ce n’est pas une formule miracle.

      Répondre
      • J’apporte mon témoignage pour confirmer ces conseils.
        J’ai testé un « semi-entoilé » il y a deux ans chez Atelier Mesure, 800€ pour un résultat minable. Le vendeur prend beaucoup (trop) de mesures, bidouille la veste de partout et ça ne ressemble plus à rien à la fin.
        À l’inverse, j’ai payé 600€ un costume « custom made » tout entoilé chez Suitsupply, le vendeur s’est contenté de raccourcir la longueur de manche, la longueur du pantalon et le résultat était très bien. C’est presque du pap retouché mais avec la possibilité de choisir tissu et détails.

        Répondre
  4. Merci de votre réponse. Je suis bien d’accord, la coupe est vraiment la priorité. L’entoilage, les finitions main etc., ne sont finalement que des détails, plus ou moins importants, mais appréciables seulement à partir du moment où la coupe est réussie. Le secret d’une demi-mesure réussie résiderait donc en partie dans la bonne explication de la coupe recherchée par le client, et dans le fait de ne pas hésiter à prendre le temps de faire plusieurs essayages/retouches (si possible selon la marque) jusqu’à arriver à un résultat satisfaisant. Je vais peut-être tenter le coup, surtout s’ils ont une liasse particulière qui me fait de l’œil.

    L’option seconde main voire pàp + retouche me tente pas mal aussi, et prendre le temps de bien rechercher les pièces ne me rebute pas, mais je ne connais aucun retoucheur. Désolé de vous demander une nouvelle fois des recommandations, mais auriez-vous des retoucheurs à conseiller ?

    Merci beaucoup.

    Répondre
    • Pas de problème.
      Pour les retouches, il y a le choix à Paris. Les plus connus sont Création Akbar, Aspen couture, Maison Pen (le tailleur, il fait de la retouche mais à prix fort), Amar Couture. Après il ne faut pas hésiter à essayer les petits retoucheurs de quartier, surtout sur des vêtements pas chers achetés en friperie par exemple, si ils s’en sortent bien vous pouvez alors graduellement leur confier du travail plus difficile. En province en revanche je n’ai malheureusement aucune idée de ce qui existe.

      Répondre
      • Pour les blésois, Stylucy à Blois-Vienne (rive gauche) : 13 Rue du 28 Janvier, 41000 Blois – 02 54 78 12 60

        Cette couturière m’a retouché nombre de pantalons et costumes achetés en seconde main, voire du PAP neuf pas très bien coupé à petit prix (sans parler des réparations et autres adaptations telles que ganser des revers usés).
        Elle a même superbement repris une veste sport en tweed cousue en grande mesure par Pascale Maugeri pour l’adapter à ma morphologie.

        Les ligériens, vous pouvez y aller les yeux fermés !

        Bien à vous, Alexandre

        Répondre

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